FRANCISCUS CARDINALIS SENENSIS PII PAP/E .11. NEPOS. HVJ. TEMPLI
F. TECTUM. MCCCCLXIII.
1 Paul Diacre, de Gestu Louçjob. I. VII, c. lviii. - Ann. 0. S. Bencd. t. II, p. 3o2.
j 10. Pignon occidental de la basilique de Torcello.
N° lit. Pignon oriental de la basilique de Saint-Sabas.
Plusieurs des églises que nous citons ici démontrent qu'en peignant et dorant d'une manière convenable les charpentes apparentes , on peut les mettre en harmonie avec un édifice présentant toute la dignité convenable à un temple.
Décoration. — La principale décoration des nefs consistait dans la richesse des marbres qu'employaient les constructeurs; la basilique de Saint-Laurent est, à cet égard, l'une des plus curieuses qu'on puissë voir : de grandes colonnes antiques cannelées portent des chapiteaux du plus beau travail; un riche entablement, dont la frise et les moulures sont couvertes de sculptures, règne autour du temple et complète le premier ordre; plus haut s'élève le gyneconilis, dont la balustrade d'appui est composée de grandes tablettes de porphyre encadrées de marbre blanc; un ordre de colonnes plus délicates que celles du bas y soutient des chapiteaux variés , sur lesquels des dosserets, décorés de croix grecques et de feuillages, supportent les retombées des arcs. L'ésonarthex et la galerie qui le surmonte présentent encore plus de luxe que les travées; les colonnes supérieures reposent sur des piédestaux ornés de croix qu'accompagnent l'alpha et l'oméga des premiers chrétiens, et les fûts de ces colonnes sont en matière noire, des plus rares. (Voir la planche n° 108.)
La mosaïque et la peinture murale, fréquemment employées à l'extérieur pour orner les façades, furent, à plus forte raison, mises en œuvre pour décorer les parois intérieures des nefs; les basiliques de Rome en possèdent qui datent des premiers âges monastiques. Les anciennes églises de forme latine qui se voient à Torcello, à Salonique , à Bethléem , en montrent des restes qui s'étendent jusqu'à la charpente de couverture, et permettraient de compléter une décoration dans le goût des premiers siècles chrétiens; les abbatiales de Monreale et de la Martorana, en Sicile, sont des exemples encore complets de ce procédé de peinture.
2e disposition. — Le changement qui s'opéra dans les basiliques lors de la suppression du gyneconitis ne donnant plus à Tinté-
rieur des nefs qu'un étage de colonnes, les fenêtres furent ouvertes à peu de distance des arcades inférieures, et prirent une étendue beaucoup plus considérable; ce fut le système qu'on adopta le plus généralement dès le ve siècle; il suffira de donner pour exemple de cette disposition une travée de la belle église monastique de Sainte-Sabine, à Rome, bâtie en ^22, sous le pontificat de Célestin Ier, par Pierre d'Illyrie , comme on l'apprend d'une grande inscription en mosaïque placée au-dessus de la porte d'entrée. Toutes les arcades intérieures de cet important édifice étaient surmontées originairement d'une fenêtre, ce qui en portait le nombre à vingt-buit ; elles sont aujourd'hui murées pour la plupart. La décoration de la nef a été conservée; elle se compose d'un travail de marbres précieux, de porphyre rouge et vert, plaqués, et dont un dessin peut seul donner une idée exacte. (Voir la planche 112, à la page 175.)
La frise située entre cette décoration et le bas des fenêtres devait être ornée de mosaïques, à en juger par celle qui est au-dessus de la porte et qui a reçu précisément la même hauteur qu'elle. La charpente de l'église de Sainte -Sabine est simple et apparente, la mosaïque de la tribune nous a été conservée par la gravure dans l'ouvrage de Ciampini.
La grande basilique de Sainte-Marie Majeure à Rome, bien qu'elle ne soit pas de construction monastique, peut être citée ici comme offrant le plus bel exemple d'une partie importante de décoration en mosaïque des premiers siècles chrétiens. Entre l'entablement des colonnes et l'appui des fenêtres, règne, de chaque côté de la nef principale , une immense frise représentant l'histoire de l'Ancien Testament; le style qui règne dans ces vastes compositions dénote que l'artiste qui en fut chargé par le pape Libère , fondateur de ce monument , s'est inspiré des plus beaux travaux d'art laissés à Rome par le paganisme;
N° 112. Travée de la basilique de Sainte-Sabine.
on peut s'en convaincre par la publication complète qu'en fit Ciampini clans son grand ouvrage , ainsi que par celui de d'Agincourt, qui les compare aux bas-reliefs de la colonne Trajane1.
On établit dans quelques basiliques une circulation audessous des fenêtres, vers la nef principale, pour remplacer en quelque sorte la tribune des femmes. L'antique église des Quatre-Saints-Couronnés à Rome présente des fragments d'un balcon très-saillant, qui était porté par des modillons de grande dimension, et sur lequel on pouvait circuler autour de la nef, au-dessus des arcades. Ce balcon, sur lequel on était garanti des chutes par une balustrade, permettait, dans les fêtes solennelles, de placer quelques assistants, et, journellement, de faire le service intérieur. Nous n'avons vu de traces de cette galerie saillante que dans cette basilique; elles sont à la partie antérieure, qui fut privée de toit pour former la cour du monastère de femmes qu'on y annexa au xvie siècle.
3e disposition. — Les basiliques classées dans la troisième division présentaient dans leurs nefs, avec les précédentes églises, des différences qui résultaient de leur construction même : développées sur des proportions immenses, et quatre nefs secondaires accompagnant celle du milieu, l'inclinaison nécessaire des toits obligeait à élever considérablement les fenêtres pour qu'elles prissent la lumière au-dessus des hauts combles latéraux ; un mur lisse d'une grande élévation séparait alors les colonnes de la partie inférieure des fenêtres. Ce fut un vaste champ ouvert à la peinture décorative, à la mosaïque. A Rome, l'église monastique de Saint-Paul hors les murs, celles de Saint-Jean-de-Latran et de Saint-Pierre au Vatican, étaient les seules qui offrissent ces dispositions exceptionnelles.
1 D'Agincourt, Peinture, pl. xiv et xv.
N° 1 1 3. Vue intérieure de ia basilique de Saint-Paul hors les mur5.
Salonique possède aussi une basilique à cinq nefs, dédiée à saint Démétrius. A en juger par les dessins publiés par Ciarnpini et les peintures qui se voient dans les souterrains de l'église actuelle de Saint - Pierre de Rome , les colonnes de l'ancienne basilique Vaticane portaient des architraves, ce qui Ja faisait différer de toutes celles que nous citons ici, et donnait encore plus de place pour la peinture décorative : aussi offraitelle, entre les colonnes et les fenêtres, ainsi que celle de Saint- Paul hors les murs, deux rangs superposés d'immenses tableaux en mosaïques représentant des sujets de l'histoire sainte, thème fécond qui, dès l'origine, servit de base aux compositions dont on orna les murailles intérieures des basiliques.
Enfin la décoration des nefs, quelle que fût d'ailleurs la disposition architecturale, était complétée par des voiles précieux qui étaient suspendus dans les arcades ou les entre-colonnements qui séparaient le vaisseau principal et les bas-côtés. Anastase, écrivant la vie du pape Léon IV, s'exprime ainsi à l'occasion de l'église monastique de Saint-Paul hors les murs, « Fecit vela alla holoserica pendentia inter colamnas majores, dextra levaque numéro xlii, » (il fit des voiles blancs en soie pendants à droite et à gauche, entre les grandes colonnes, au nombre de quarante-deux); or ce nombre est précisément celui des entre-colonnements de cette église et ne peut laisser aucun doute sur leur place. Le même auteur attribue un pareil don au pape Grégoire IV, prédécesseur de Léon1. L'examen de plusieurs églises anciennes de l'Italie nous a convaincu de ce que l'auteur indique ici d'une manière si positive; celle de Sainte- Vlarie de Toscanella, du xie siècle, présente dans la nef, audessus des chapiteaux et à l'intrados de chaque cintre, des trous carrés et peu profonds, preuve certaine qu'une tringle en bois
1 Ainsi. Vie de Grégoire IV, p. 2 fa.
ou en fer y était placée pour porter les rideaux de la décoration. Une mosaïque du baptistère de Ravenne et plusieurs tableaux qui font partie des peintures en mosaïque de l'église de la Nativité à Bethléem, publiés par Ciampini, donnent encore la confirmation de cet usage et de sa généralité. Ces voiles servaient à séparer les sexes de manière à empêcher même qu'ils pussent se voir; des barrières placées dans la partie basse des entre-colonnements ne permettaient pas d'aller d'une nef dans l'autre et de troubler l'ordre des cérémonies; on a trouvé des traces de ces barrières à la basilique de Trieste.
F. CHAPELLES
Les basiliques abbatiales latines des premiers siècles n' avaient généralement pas de chapelles latérales auprès de leurs nefs, comme on en établit plus tard; celles qui se voient aujourd'hui auprès des anciennes églises de Rome et de l'Italie, construites dans ce style, sont, pour la plupart, postérieures à la fondation première et ajoutées après des percements opérés dans les murs latéraux. On doit faire exception cependant à l'égard de quelques chapelles destinées à la sépulture de saints personnages ou à la conservation de certaines constructions précieuses pour l'histoire des martyrs : ainsi l'abbatiale do Saint-Germain-des-Prés, à Paris, selon le récit du moine Gislemar, présentait près de la porte occidentale, dans la direction du midi, un oratoire dédié à saint Symphorien d'Autun, et dans lequel saint Germain voulut être enterré; en regard de cette chapelle, au nord, en était une dédiée à saint Pierre.
L'église monastique de Sainte-Praxède, à Rome, présente en dehors du collatéral droit, la chapelle des saints Zénon et Valentin, martyrs, que leur éleva le pape Pascal Ier en 817. Nous en
donnons un dessin ; il fait connaître sa décoration vers l'église.
N1 1 Façade de la chapelle de Saint Zénon.
La belle basilique de Saint-Démétrius , à Salonique, offre aussi auprès de l'entrée, et en dehors du collatéral gauche, la chapelle funèbre du martyr. A l'église monastique de Sainte- Cécile au Transtevère, à Rome, on voit, à droite en entrant, une chapelle où sont conservés les restes du bain dans lequel périt la sainte. Quelquefois aussi on construisait auprès de la basilique un petit temple particulier consacré à un saint personnage, une galerie couverte le reliait à. l'édifice principal : Trieste offre un curieux exemple de cette disposition d'oratoire de style latin, consacré aux saints Juste et Servulus.
N° î i5. Plan de la basilique de Trieste.
Baptistère
Chapelle des saints Juste et Servulus.