‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 34 sur 193 · E. NEFS · texte numérisé non relu

E. NEFS

1" disposition. — Les premières basiliques des maisons religieuses étaient divisées intérieurement en trois nefs parallèles, par deux rangs de colonnes en marbre, placées sur un pavé composé de matières dures de diverses couleurs ou de mosaïques à petits cubes, semblables à celles qu'exécutaient les anciens. Quelques-unes de ces basiliques, celle de Saint-Laurent hors les murs est du nombre , présentent des architraves au-dessus des colonnes inférieures, ce qui les assimile à des édifices antiques; à l'église de Sainte-Agnès, des arcs reposent sur les chapiteaux ; c'est la première et la plus importante des innovations des chrétiens dans leur architecture; cet abandon de l'architrave pour l'arcade devait les conduire aux grands développements de l'architecture sacrée. La nef principale offrait un étage en tribune , destiné aux femmes; il occupait la partie supérieure des collatéraux et s'ouvrait dans toute l'étendue du temple par des arcades situées au-dessus des entrecolonnements du rez-de-chaussée. Le gyncconitis donnait une grande hauteur relative à la nef principale; ce fut l'origine des proportions élevées qu'on adopta durant le moyen âge, dans toutes les parties des temples.

N° 107. Coupe de la basilique de Sainte-Agnès.

N° 108. Vue intérieure restaurée de la basilique de Saint-Laurent.

La coupe de l'église de Sainte -Agnès et la vue de celle de Saint-Laurent démontrent que les murs supérieurs étaient percés de nombreuses fenêtres, et qu'ils portaient la charpente de couverture. Cette partie haute des basiliques était nommée le treillis, à cause des châssis à jour qui fermaient les fenêtres : «ipsam ecclesiam construere cœpit, et parti superiori , qiue «vulgo cancellum nominatur, etiam tectum imposuit1. »

1 Du Cange, au mot Canceïïus.

N° 109. Travées de la basilique de Saint-Laurent.

On couvrait quelquefois alors les nefs par des plafonds, lacunaria , semblables à ceux des Grecs et des Romains , et

composés de menuiserie suspendue à la charpente de la couverture; les métaux les décoraient, car une basilique construite au vin6 siècle à Pavie, était nommée par cette raison l'église de Saint-Pierre au ciel d'or1; les plafonds étaient aussi ornés de caissons peints, pictis laquearibus'2.

Fréquemment on laissait paraître les bois de construction du comble; les plus anciens auteurs nous apprennent qu'on agissait ainsi dans des monuments remarquables d'ailleurs par la richesse de leur décoration : Prudence , décrivant la basilique de Saint-Paul hors les murs, dit qu'on y dora les poutres, bracteolas trabibus; dans les basiliques il n'y avait de bois qu'à la charpente, et l'expression trabibus au pluriel ne peut s'appliquer qu'aux poutres de la couverture. Nous dirons plus loin ce qu'on entendait par trabes, au singulier, dans la décoration des basiliques. Cette citation ne laisse pas de doute; on peut y joindre la mention d'édifices dans lesquels des mosaïques très-anciennes appliquées sur les pignons intérieurs prouvent, par leurs formes triangulaires, qu'une charpente apparente permettait seule de les voir jusqu'à leur sommet; les basiliques de Torcello, de San-Miniato, de Saint-Sabas ,' l'abbatiale de Monreale, en Sicile, en sont des exemples. Nous donnons sur la page suivante deux dessins des pignons intérieurs des basiliques de Torcello et de Saint-Sabas. Le premier est décoré d'un Christ exécuté en mosaïque comme toute la paroi du mur situé au-dessous. Celui de Saint-Sabas est peint; le sujet représente l'Annonciation; il a été exécuté au xve siècle, comme l'indique une inscription ainsi conçue :

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