‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 37 sur 193 · G. CHOEUR, X,°P05' CHORUS · texte numérisé non relu

G. CHOEUR, X,°P05' CHORUS

Le chœur des moines, dit dom Martenne, était ordinairement établi dans la croisée de l'église2. Lorsque l'édifice n'avait pas de transsepts , le chœur était un espace pris aux dépens de la nef principale, en avant du sanctuaire; élevé d'une ou deux marches au-dessus du sol de l'église, il était renfermé dans une enceinte ordinairement composée de tables de marbre placées debout et maintenues par des pilastres; une porte y donnait entrée; on la nommait speciosa (belle porte); elle était ordinairement close par deux ventaux en métal ornés de ciselures. On évitait de lui donner plus de hauteur qu'à la clôture pour ne pas masquer les cérémonies du chœur et pour la distinguer de la porte sainte, dont il sera parlé plus loin. L'église du monastère de Saint -Clément, à Rome, conserve son ancien chœur ; on y voit le monogramme de Jean VIII, sculpté sur plusieurs parties de l'enceinte, ce qui le fait remonter à la seconde moitié du ixe siècle. Le dessin suivant, pl. 1 16, en fait connaître l'ensemble; la vue est prise de la partie antérieure de la nef principale de la basilique.

1 Ciampini, tab. L.

2 Voyage litt. t. I , p. i 37.

N" i 16. Chœur de la basilique de Saint-Clément.

Cette enceinte , enrichie de mosaïques précieuses , est moins large que la nef principale ; plus ordinairement la clôture ou le chancel 1 s'appuyait contre les colonnes de la basilique : on en retrouve des exemples à Parenzo (Istrie), dans l'église construite par l'évêque Eufrasius en 5^2, et dans la basilique de Torcello. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall fait voir aussi cette disposition; il présente comme particularité remarquable, la division du chœur en deux: parties distinctes séparées par un chancel. Ce double chœur était rare : l'abbaye de Clairvaux en possédait un destiné aux infirmes; il précédait celui des moines 2.

Au plan de Saint-Gall, le chorus psallentium , réservé aux chants, est tracé, comme l'indique dom Martenne, au milieu de la croix. Le chœur des grandes abbayes prit un dévelop-

1 Cancellus, paries qui claudit chorum. (Du Cange.) Le chœur se nommait aussi cancellus: ne f retires nostri, cum divina celebranlur, canceUum. seu chorum intrent.. . (Du Cange.) " Voyage litt. I. I, p. 99.

pement tel, que la nef principale fut en partie occupée par les slalles et crue le public avait fort peu de place.

Dans quelques monastères, le chœur était situé derrière le maître-autel ; les basiliques de Saint-Laurent et de Saint-Sylvestre, à Rome, sont ainsi disposées.

Les églises à double abside, comme celle de l'abbaye de Saint- Gall, possédaient un second cbœur placé à l'occident, et lors même que l'édifice n'offrait point cette disposition exceptionnelle et particulière au voisinage du Rhin, une tribune située au-dessus de la porte principale de l'église contenait des chantres, soit au lieu occupé ordinairement par l'orgue, soit latéralement à cet instrument, comme on en voit à un grand nombre d'églises.

Le pavé du chœur était ordinairement plus riche que celui des nefs; on y employait les marbres précieux et les matières dures, le porphyre rouge et vert. Le dessin de l'église de Saint- Clément, placé à la page 1 83, n° 116, donne une idée approximative de ces riches pavés, composés le plus fréquemment de cercles concentriques tangents ou reliés par des bordures qui forment des entrelacs. Ce genre de travail est nommé opas Alexandrinum par les auteurs, qui le supposent importé d'Alexandrie en Occident; d'autres en attribuent l'invention au règne d'Alexandre Sévère : la première hypothèse est la plus probable, en raison de la nature des matériaux qu'on y employait, et dont l'origine est africaine. Ce genre de pavage fut presque généralement adopté durant les premiers siècles de l'Eglise; les anciennes basiliques de Rome n'en ont pas d'autre : nous en avons retrouvé plus d'un exemple en Grèce, particulièrement en Morée; les églises souterraines du Rhin, les anciennes abbatiales de Saint-Bertin, à Saint-Omer, de Saint-Benoît-sur-Loire, en fournissent aussi des fragments.

L'autre système de pavé , celui qu'on imitait de la mosaïque à petits cubes, si fréquente dans l'antiquité païenne, était fort rare en Italie. Nous n'en avons vu des restes que dans l'église souterraine de Saint-Martin-des-Monts à Rome, où le pape Sylvestre assembla le premier concile, sous Constantin. Ce pavé se compose de grands et de petits carrés blancs, séparés par de larges bandes noires. Dans le Nord, au contraire, où les riches matières africaines étaient rares, les mosaïques à petits cubes se transmirent plus longtemps ; les fragments du pavé de la basilique de Childebert, trouvés en 18/17 au parais de Notre-Dame à Paris, les descriptions de l'abbatiale de Saint- Germain-des-Prés , dans la même ville, par Fortunat, en sont des preuves; on en voit des fragments à l'abbaye d'Ainay de Lyon, à celle de Saint-Denis; Moissac en possédait une; ces dernières, exécutées vers les xie ou xne siècles, démontrent que ce système de pavage se conserva longtemps en France, chez les moines.

Trabes , Jubé. — Saint Grégoire de Naziance considère le septum ou chancel du chœur comme placé au milieu des deux mondes, le ciel et la terre, dont l'un est stable et l'autre variable, entre les ecclésiastiques et les laïques : cette pensée mystique des premiers chrétiens était complétée par une disposition particulière , indépendante d'abord du chancel et qui s'y relia bientôt : en travers de la grande nef, à une certaine hauteur, on plaça une poutre, trabes, qui indiquait au loin cette séparation des deux mondes dont parle Grégoire de Naziance; une croix, et plus tard un crucifix, s'élevait au milieu pour retracer aux fidèles cette séparation entre la terre et le ciel ; la trabes s'est conservée longtemps au moyen âge dans les églises de village, où quelquefois on en voit encore, si elle n'est remplacée par un grand crucifix suspendu à la voûte.

INSTRUCTIONS. II. lk

Lorsque les basiliques s'élargirent au point qu'une simple poutre, trabes , libre et isolée, ne pût les traverser sans points d'appui , on plaça des colonnes au-dessous , et l'ensemble de cette décoration transversale conserva encore le même nom : on lit dans Anastase qu'en 5 1 k le pape Horinisda couvrit d'argent la trabes de la basilique de Saint-Pierre au Vatican1. Sous le pape Adrien Ier, la nef de la même basilique était traversée par un portique de douze colonnes de porphyre , d'albâtre et de marbres précieux, reliées par une grille de bronze; l'église de Torcello présente encore aujourd'hui une colonnade qui traverse la nef et supporte une clôture en marbre richement décorée de sculptures : c'est un exemple de la trabes.

N° 117. Vue intérieure de la basilique de Tcrcello.

1 Anast. Vità Hornusdœ , p. 48. « Eodem tempore fecit papa Hormiscla apud Beatuii) Petrum apestolum, Irabem quam ex argento cooperuit, quae pensabat lib. mille et qua-

(iraginta. »

Si le chœur de la basilique était situé derrière l'autel, comme nous en avons cité quelques exemples, la trabes s'élevait en avant du sanctuaire : on en voit une remarquable à l'église de Saint-Marc de Venise. La trabes doit être l'origine du jubé, qui, au moyen âge, devint à peu près général et formait une construction importante en avant du chœur, et le fermait quelquefois complètement; on y appuyait des autels à droite et à gauche de la porte placée au milieu. Dans d'autres églises un seul autel s'élevait au centre et deux portes s'ouvraient latéralement. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall fait voir cet autel placé en avant et dédié au Christ en croix , altare sancti Salvatoris ad crucem. Chez les religieux, plus que partout ailleurs, le jubé fermait complètement le chœur, à ce point qu'à l'abbaye de Cluny la communion des laïques se faisait à travers une grille de fer disposée ad hoc au septum, parce que, même pour communier, on ne pouvait entrer dans le chœur1. « Saeculares.... nec inter sacros cancellos ordinibus debitos... adtentent accedere2. » Sur ce jubé on faisait les lectures des épîtres et des évangiles, des lettres de communion; on y publiait les édits des évêques et les décisions des conciles : aussi sur la clôture du chœur de l'abbaye de Saint-Gall voit-on deux pupitres ou analocjia qui servaient à ces lectures; la petite église des saints Nérée et Achillée, à Rome, de la congrégation de l'Oratoire, contient un exemple curieux de ces pupitres établis à demeure sur les chancels : ils expliquent ceux qui sont figurés au plan de Saint-Gall. Les pupitres fixes furent remplacés au moyen âge par des meubles portatifs qu'on posa derrière le chancel. (Voir la planche 1 18.)

1 Dom Martenne, Voyage litt. Cluny, t. I, p. 229.

2 Du Cange, verb. Cancellus.

1N° 118. Seplum de la basilique des saints Nérée et Achillée.

Meubles du chœur. — Bancs. — Les sièges disposés dans le chœur de l'église de Saint-Clément sont des bancs en marbre placés contre les parois du septum et dans le sens longitudinal de la nef; il est probable qu'on y apportait des coussins. Le chœur de l'abbatiale de Saint-Gall fait voir, au contraire, les bancs disposés en travers de l'axe de l'édifice; le nom qui leur est donné, formulœ, doit faire entendre qu'ils étaient en bois et construits comme des stalles, qu'on nommait formes.

Ambons. — Deux meubles importants étaient placés dans le chœur des basiliques : on les nommait ambons, ambones ; ils servaient, l'un aux lectures, l'autre aux prédications. Construits tous deux en marbre, et décorés le plus souvent de mosaïques, ils étaient posés dans l'enceinte de manière à ne pas nuire au service, ainsi qu'on le voit dans le plan de l'église de Saint-Clément. La solidité avec laquelle furent construits ces meubles est cause qu'en Italie on en retrouve encore quelques exemples: Rome en montre dans les églises de Saint-Clément, de Saint- Laurent, de Sainte-Marie in Cosmedin, de Saint-Pancrace; le porphyre et les plus riches matières les décorent. Le moins important de ces deux meubles porte toujours un pupitre ayant généralement la forme d'un livre ouvert et construit en marbre comme le reste. Grégoire de Tours , dans la Vie de saint Cyprien, martyrisé à Carthage sous Gallien, en l'année 2 58 de notre ère, s'exprime ainsi : « Le bienheureux saint Cyprien de Carthage , évêque et martyr, rend souvent la santé aux infirmes qui la lui demandent; on dit que dans sa basilique, le pupitre [ancdogius) sur lequel on met le livre pour chanter ou lire est d'une structure merveilleuse : il est entièrement sculpté dans un seul morceau de marbre , et se compose d'un sol supérieur auquel on arrive par quatre degrés, d'une balustrade autour, portée par des colonnes, et d'un pupitre, devant lequel huit personnes se peuvent tenir : cette œuvre n'aurait jamais pu être exécutée par aucune industrie , si la puissance du saint martyr n'y eût pourvu K »

L'expression ancdogius dont se sert Grégoire de Tours s'applique ici au meuble tout entier et non pas seulement au pupitre; cette dénomination ou celle de lectorium dont se servent

1 Grégoire de Tours, Gloria martyr, lib. I, p. 826.

quelques auteurs désignent clairement ce genre de meubles, dont nous donnons ici un exemple isolé, tiré de l'église de Saint-Laurent hors les murs.

N° 119. Lectorium de la basilique de Saint Laurent.

Celui de Saint-Clément offre avec lui la plus grande analogie, comme on peut le voir sur la planche qui représente le chœur de cette église, page 1 83.

Le second meuble était une chaire et devait présenter d'autres dispositions que Yanalogins. En effet, tous ceux qu'on voit à Rome, en Italie et dans les manuscrits, sont plus élevés: on y monte des deux côtés par un grand nombre de marches ; sur le devant, et quelquefois aussi sur la partie postérieure, se présente une partie semi-circulaire et en saillie pour donner plus de place à l'orateur et faciliter ses mouvements. Cette partie arrondie et saillante, qui est parfaitement exprimée par le mot grec dfytéW2, a dû faire donner le nom d'ambon à ce meuble, auquel seul il convient; on l'a étendu ensuite aux deux.

. s Afi&uv, quidquid in piano eminet et protuberat, rotundam habens liguram. (Corn. Schrev. Lexic .)

Anastase cite un ambon construit par le pape Sergius, en 687, dans l'église de Saint-Côme et Saint-Damien : « Fecit ambonem in basilica sanctorum Cosmae et Damiani. » Celui de l'église monastique de Saint-Clément est, ainsi que le reste du chœur, du commencement du ixe siècle. D'Agincourt publie une peinture du xie siècle tirée d'un Exultet latin de la bibliothèque Barberini 1 : elle représente un prédicateur parlant au peuple du haut d'un ambon parfaitement semblable à ceux qu'on voit à Rome dans les églises citées plus haut. Nous publions ici celui que nous avons recueilli dans l'église de Corneto et qui porte une inscription du xme siècle, indiquant que l'an du Seigneur m.cc.viiii, sous le règne du pape Innocent III, Angelo, prieur, donna cet ambon à l'église.

N" 120. Ambon de l'église de Sainl-Pierre à Cornelo.

Toutes ces dates suffisent pour démontrer qu'à Rome et dans le territoire de Saint-Pierre, où se conserva le style d'ar-

3 D'Agincourt, Peint, t. V, p. 55.

chitecture de la primitive église, cette disposition se maintint durant tout le moyen âge pour les chaires ou ambons. On en voit sans doute ailleurs d'anciennes et d'une forme différente, mais elles sont dérivées de celles-ci et sont moins complètes.

Les deux meubles que nous venons d'examiner étaient quelquefois réunis en un seul : ainsi le plan de l'abbaye de Saint- Gall fait voir au milieu de l'avant-chœur un ambon circulaire, qui probablement réunissait le pupitre et la chaire, comme celui qu'on voit dans la basilique de Torcello; ce double emploi s'explique par le besoin d'économiser la place et la dépense.

Lorsque le jubé devint assez important pour masquer le chœur au point que les fidèles ne pussent voir ni entendre facilement l'orateur placé dans l'ambon , ce meuble fut construit dans la nef: celui de Torcello, que nous venons de citer, est dans ce cas , ainsi que beaucoup d'autres élevés postérieurement aux premiers siècles chrétiens.

Auprès de l'ambon, et quelquefois même sur son enceinte, s'élevait une colonne élégamment sculptée, et destinée à porter le cierge pascal ; on en voit de fort riches aux ambons des basiliques de Saint-Laurent hors les murs et de Saint-Clément , à Rome; plus d'une église de l'Italie a de ces colonnes, construites d'une manière indépendante de l'ambon, mais elles sont presque toujours placées à une distance assez minime pour se grouper avec lui et former en quelque sorte une partie nécessaire à son ensemble.

H. SANCTUAIRE, SACRAR1 VM , S ANC TUARWftt.

Le sanctuaire, toujours élevé de plusieurs marches au-dessus du sol du chœur, en était ordinairement séparé par une

clôture , au milieu de laquelle s'ouvrait la porte sainte ; lorsque la basilique était disposée comme celles de Sainte-Agnès, de Saint -Sabas ou de Saint -Clément, dont les plans sont aux nos 59, 66 et 67, cette clôture portait des pilastres ou de simples tiges de métal destinées à soutenir le voile alexandrin, vélum Alexandrinum , qui pendant une partie des cérémonies masquait le sanctuaire. Anastase nous apprend qu'en 825 le pape Grégoire IV donna un de ces voiles à l'église de Saint- Georges au Vélabre, semblable à toutes celles qui viennent d'être indiquées , et sur les deux dernières colonnes de ce temple on voit encore aujourd'hui les scellements du support de ce voile l. Les mosaïques de Saint-Apollinaire de Ravenne font voir un exemple du voile placé en avant d'un autel.

Quand la basilique accompagnée de transsepts, comme celle de Saint-Paul hors les murs, gravée au n° 1 1 3, offrait un grand mur transversal , en avant du sanctuaire , et percé d'un arc triomphal , le voile était suspendu à cette immense arcade : c'est encore Anastase qui nous l'apprend dans la Vie du même Grégoire IV. Il s'exprime ainsi : « Obtulit jam dictus praesul in ecclesia doctoris gentium beati Pauli apostoli, cortinam fundatam pendentem ad arcum triumphalem , habentem in medio annuntiationem etnativitatem Domini nostri J. C.2 » Ce voile devait être une tapisserie, comme l'indiquent les mots cortina, vélum Alexandrinum , et les sujets de l'histoire sacrée exécutés dans son tissu; celui que le même pape avait donné à l'église de Saint- Georges était orné de douze faisans, habens duodecim phasianos3.

Le voile Alexandrin devait se diviser en deux parties par le milieu, pour laisser voir, au besoin, l'autel et la décoration

' Anastase, Vie de Grégoire IV.

Idem , p.

3 Idem.

INSTUUCTIONS. II.

qui le surmontait, ainsi que les ornements de l'abside. Les deux sujets de l'histoire sainte figurés sur celui qui fut donné à la basilique de Saint-Paul par Grégoire IV indiquent suffisamment cette division en deux rideaux , qu'on devait relever à gauche et à droite , comme on le voit sur la mosaïque de Ravenne déjà citée. Le voile ne devait descendre que jusqu'au sommet du chancel qui séparait le chœur du sanctuaire.

La porte Sainte, pratiquée dans la clôture, était toujours fermée par deux ventaux en métal doré et ciselé ; des manuscrits anciens et les mosaïques exécutées dans l'église de Saint-Marc de Venise font voir que les deux ventaux de cette porte étaient cintrés par le haut et dépassaient le chancel de toute la partie courbe qui les surmontait.

N°s 121, 122. Portes Saintes.

Pendant une partie de la cérémonie, le voile restant baissé

et la porte Sainte fermée, les acolytes qui se tenaient auprès recevaient du sanctuaire les ordres nécessaires à l'ensemble de la cérémonie, par de petites ouvertures pratiquées en réseau dans le chancel. Ces détails curieux se voient dans le chœur de l'ancienne église monastique de Saint - Clément , dont la planche 1 1 5 reproduit l'ancien ciborium accompagné , au premier plan, de deux tablettes de marbre perforées pour l'usage que nous venons d'indiquer.

La clôture placée en avant du sanctuaire s'étendait ordinairement jusque dans les bas-côtés de l'église, comme on le voit à la basilique de Saint-Clément, disposition qui ne pouvait se présenter que dans les édifices sans transsept. Des portes pratiquées dans ce septum prolongé permettaient d'arriver aux petites absides sans passer par le chœur.

Dans les grandes basiliques à transsept, l'arc triomphal complétant avec la clôture la partie antérieure du sanctuaire, on le décorait avec tout le luxe de l'architecture. D'immenses colonnes en marbres précieux supportaient l'arcade, comme on le voit aux églises de Saint-Paul hors les murs, de Saint- Jean-de-Latran , de Sainte-Marie -Majeure et du Transtevère, à Rome. Au-dessus de l'arc, des sujets en mosaïque d'émail sur fond d'or faisaient suite à l'ornementation de la nef principale, s'harmonisaient avec le voile brodé suspendu au cintre, et préparaient l'œil aux décorations plus brillantes encore du sanctuaire et de l'abside.

On montait au sol du sanctuaire par plusieurs marches, qui étaient indifféremment en arrière du septum, comme à l'église de Saint-Clément, ou en avant, ainsi qu'on le voit sur le plan de l'abbaye de Saint-Gall; dans ce dernier cas, la marche supérieure portait la clôture. De ce point, le riche pavé du sanctuaire s'étendait à l'orient jusqu'à l'abside, puis occupait toute

la largeur du lieu saint. Sous le pape Adrien Ier, une partie du sol du sanctuaire de la basilique du Vatican fut couverte de lames d'argent.

Dans les églises ordinaires, les décorations latérales du sanctuaire n'offraient rien de particulier, puisqu'il était formé aux dépens du fond de la nef principale. Dans une basilique à transsept, au contraire, une grande partie de la nef transversale formait son ensemble; on ornait les parois de cette nef des plus riches tableaux en mosaïques, de voiles brodés suspendus dans les arcades et aux fenêtres.

MEUBLES DU SANCTUAIRE

Autel, altare, sacra mensa, sacrifie atorium. — L'autel, meuble principal, occupait le milieu du sanctuaire et s'élevait sur plusieurs marches. Dans l'église latine, il pouvait être simultanément table sainte ou de l'Eucharistie, et tombeau du martyr auquel était consacrée la basilique. Les restes mortels du saint occupaient le dessous de la sainte table, directement dans un sarcophage qui la portait, ou dans le martyrixim, situé plus bas sous le sanctuaire; dans ce cas l'autel n'était plus que la table sainte : nous en donnons deux exemples aux numéros 1^3 et 124.

N° 123. Autel table, à l'abbatiale de Sainl-Vincenl aux Trois fontaines.

Originairement il n'y avait qu'un autel dans les basiliques latines ; mais bientôt on en dressa plusieurs : saint Germain en consacra quatre différents dans l'église abbatiale de Saint- Vincent, à Paris, au milieu du vie siècle.

Les autels de l'Occident étaient en pierre ou en marbre, comme les sarcophages des catacombes qu'ils rappelaient; on employa plus d'une fois des tombeaux païens en matières précieuses et décorés de sculptures pour en faire des autels : on en voit dans un grand nombre d'églises de l'Italie. Les chrétiens firent eux-mêmes des sarcophages qu'ils couvrirent de sculptures sacrées : l'église de Saint- François, à Pérouse, en montre un exemple curieux.

N° 124- Autel lombeau, à Sainl-François de Pérouse.

Enfin, on fit des autels en bois, en métaux précieux et couverts de ciselures: dans ce cas, une pierre incrustée sur la

table supérieure contenait la relique et était consacrée; le reste se bénissait seulement.

L'ornementation de l'autel était ordinairement en rapport avec la richesse du temple : ainsi, dans l'antique et modeste abbatiale de Saint-Quinin de Vaison, il est simplement orné de l'alpha et de l'oméga des premiers chrétiens; dans les brillantes basiliques de Rome, s'il ne devait son éclat à une matière précieuse qui le composait, ou à de la sculpture qui couvrait ses parois, la mosaïque, la peinture, le mettaient en harmonie avec le temple. On lit dans Anastase avec quel luxe les empereurs et les papes, depuis Constantin et Sylvestre, ornèrent les autels des basiliques: l'argent, le vermeil et l'or pur étaient prodigués pour faire des devants d'autel; il est probable qu'alors , comme plus tard , ces décorations étaient mobiles et se plaçaient seulement lors des fêtes solennelles.

Ciborium , propitiatorium , umbraculum , tegimen altaris. — Aux angles de l'autel s'élevaient quatre colonnes, réunies à leurs sommets par des architraves ou des arcs; un simple plafond, un toit ou une coupole surmontaient l'édicule : cet ensemble formait ce que les auteurs nomment ciborium1. Les mosaïques de Ravenne en montrent un qui est seulement plafonné; on en voit dans les manuscrits et sur les mosaïques de Venise qui sont couronnés d'une voûte2; celui de l'église monastique de Saint-Clément porte des frontons comme un édicule antique : il date du ixe siècle. Le dessin gravé sur la planche n° 125 en fait voir l'ensemble tel qu'il est encore aujourd'hui, nous y avons rétabli l'autel et l'ouverture ou fencstra de la confession, d'après les gravures de Ciampini.

1 Anastase le Bibl. Vies des papes. — Du Cange, Gloss. — Macr. Hierolexicon. Voir les planches 1 1 8 et 1 1 1 .

N° 12 5. Ciborium de la basilique de Saint-Clément.

Des rideaux placés entre les colonnes permettaient de masquer l'autel et l'officiant pendant une partie de la cérémonie religieuse, et faisaient de l'ensemble du ciborium un véritable tabernacle, qui pouvait avoir son origine dans le saint des saints dont Moïse environna l'arche dans le désert; il en offrait la disposition et les divers éléments. Peut-être aussi était-ce une reproduction des Memoriœ, petits édicules composés de quatre colonnes surmontées d'un toit, que les premiers chrétiens élevèrent d'abord sur la sépulture des martyrs

ensevelis hors des catacombes , ce qui fut fait pour saint Pierre et pour saint Paul1. Ces édicules, enveloppés ou reproduits plus tard dans les basiliques, auraient formé le ciborium. Cette décoration de tombeau était usitée chez les anciens , ainsi qu'on le voit sur les vases grecs, et comme l'indique Pausanias : «Les Sicyoniens, dit-il, élèvent sur leurs tombeaux « quatre colonnes qui soutiennent un toit en forme d'ailes dé- « ployées et penchées, comme la couverture de nos temples2. »

Au centre de la voûte ou du plafond du ciborium était fixée une chaîne qui servait à suspendre une colombe en métal dans laquelle on renfermait les saintes hosties, ce qui, selon quelques auteurs, fut l'origine du nom ciborium, de sacro cibo, donné à l'édicule; on en cherche aussi l'étymologie dans la forme en coupe renversée de la coupole qui surmontait quelquefois l'ensemble du petit monument3. Lorsqu'on cessa de suspendre en Occident les saintes hosties, la chaîne porta une lampe, comme on le voit dans les peintures du porche de l'église monastique de Saint-Laurent hors les murs. A la basilique de Saint-Clément on trouve encore la chaîne de suspension, et les anneaux des voiles placés entre les colonnes. Ces voiles étaient de précieux tissus, comme l'indique Anastase, pallia auro texta; il cite ceux que le pape Benoît II fit placer au vu6 siècle aux ciboria des basiliques de Saint-Valentin sur la voie Flaminienne et à l'église de la Vierge-aux-Martyrs , ainsi que les lambrequins ornés de clous dorés auxquels ces rideaux étaient suspendus \

1 Euseb. Hist. eccles. lib. III, cap. xxv, p. 68. «Nam sive in Vaticanum, sive ad Ostiensem viam pergere îibet , occurrent libi trophaea eorum qui ecclesiam illam fundaverunt. » — David Leroy , Forme des temples, 1 764.

J Paus. Voyage d'Achaïe, liv. VII, p. 2i5; Voyage de Corinthe, p. 33o.

1 Voir les planches 118 et 121. Anast Vita Benedict. U, p. 81. « Item in ecclesia Beati Valentini, via Flaminia,

Le ciborium fut d'abord fort simple, comme on le voit sur la mosaïque de Ravenne, exécutée en [\b i sous l'exarchat de Néon (Neone Ravennatensi prœsule) ; la matière répondait aussi à cette simplicité: le pape Sergius, en 687, renouvelait celui de l'église de Sainte-Suzanne, à Rome, qui avait été d'abord en bois « quod ante ligneum fuerat1. » Il y en eut en bronze : Honoriusler, en 626, faisait exécuter ainsi celui de l'église de Sainte- Agnès et lui donnait des dimensions remarquables, mirœ ma- (jnitudinis^. L'argent fut employé aussi dans l'exécution de ces édicules : le même Honorius Ier en plaçait un ainsi fabriqué dans la basilique de Saint-Pancrace; il pesait 287 livres, « ciborium super altare ex argento quod pens. lib. 287^ » Enfin, le pape Adrien Ier remplaçait par un ciborium de vermeil, qui pesait deux mille sept cent quatre livres et un quart, celui que le pape saint Grégoire le Grand avait fait élever dans l'église de Saint-Pierre, en 5o,o, et qui était en argent, «ex argento puro cum columnis suis4. »

Ces monuments en métal précieux n'existent plus depuis longtemps : c'est le sort de toutes ces fausses applications à l'architecture. Les cikoria en marbre ont seuls survécu : nous donnons, pl. 1 2 5, un dessin de celui de l'église de Saint-Clément, pour faire connaître les formes anciennes; on en voit un remarquable à l'église de Saint-Georges au Vélabre; les villes de Terracine, deNaples, de Pérouse, en possèdent qui datent des xe et

coopertorium super allare , cum clavis et fistellis, et in circuitu palergium chrysoclavum preciosissimum , et in ecclesia Beatae Mariae ad Martyres, aliud coopertorium porphyreticum, cum cruce et gemmolis quatuor chrysoclavos et in circuitu palergium de lioloserico. »

1 Anast. Vita Sergii.

2 Idem, Vita Honorii , I, p. 65.

3 Idem, Vita Honorii, I, p. 88.

" Idem, Vita Sancti Gregorii, p. 62.

xie siècles; ceux des églises de Sainte-Marie au Transtevère, de Saint-Laurent hors les murs, à Rome, sont des années 1 1 45 et 1 1 52 ; il y en a un à l'église de Saint -Pierre de Corneto qui porte une date de la fin du xne siècle. Dans tous les ciboria que nous citons ici, les principes de l'architecture latine se sont maintenus comme dans les basiliques.

Tables. — Deux tables accompagnaient quelquefois l'autel, l'une nommée mensa proposition,™ , recevait les eulogies, le vin de proposition, avant qu'ils fussent consacrés; sur l'autre, on posait tout ce qui était nécessaire à la célébration de l'office divin. On voit une de ces tables à l'église de Saint-Clément; il y en a deux à celle des saints Nérée et Achillée.

Les basiliques latines ne présentent pas, auprès des autels, des piscines établies dans la construction même de l'édifice, comme on les fit au moyen âge, pour verser l'eau après le sacrifice de la messe; on se servait d'un bassin portatif pour donner à laver au prêtre officiant, l'eau était portée ensuite au dehors. L'armoire aux saintes huiles et celle qui contenait des objets faisant partie du trésor paraissent être aussi des créations du moyen âge qui furent placées dans le sanctuaire, lorsque les petites absides latérales des basiliques furent supprimées ou se convertirent en chapelles du rond point.

ABSIDE, TRIBUNAL, PRtâSBYTERI UM .

Au fond du sanctuaire se développait l'abside, de forme généralement semi-circulaire et la seule partie du temple qui fût surmontée d'une voûte : c'était le prœsbyterium , le chorus sacerdotum, lieu où se réunissait le clergé. Le mur courbe situé au-dessous de la voûte fut, dès l'origine, décoré avec beaucoup de luxe. Constantin orna de marbres et de porphyres l'abside

de la basilique de Saint-Laurent, «in basilica Sancti Laurentii construxit absydam et exornavit marmoribus , porphyreticis, etc.1 » Celle de Saint-Georges au Vélabre comporte des marbres encadrés par des pilastres d'un très-bon goût , décoration en usage dans les édifices païens des beaux siècles : il suffit de citer ces deux exemples anciens. Ailleurs, ce mur courbe fut orné par la mosaïque ou la peinture : c'est ainsi aux basiliques de Saint-Clément et de Torcello2 ; les douze apôtres y sont figurés debout et sur de grandes proportions. Dans l'église des saints Nérée et Achillée, on a peint le pape Grégoire le Grand assisté du Saint-Esprit et prononçant au milieu d'une grande réunion de cardinaux et d'évêques sa xxvme homélie : c'est un souvenir locaP. Ces grands tableaux courbes sont généralement exécutés au-dessus d'un lambris en marbre, et de riches ornements les encadrent. Rarement on voit des fenêtres dans l'abside des basiliques; celles de Parenzo, de Sainte-Marie de Canedo à Pola, en Istrie, de Saint-Apollinaire de Ravenne, et quelques autres en possèdent; elles sont placées au-dessous de la voûte. A ces fenêtres étaient suspendus des voiles précieux, ainsi qu'à celles qui étaient pratiquées dans toute l'étendue de la ne! transversale, dans les basiliques à transsepts ; il est probable aussi qu'on suspendait, pour les cérémonies, des tapis dans la courbe de l'abside, devant les placages de marbre qui couvraient ses parois. On lit dans l'histoire de Grégoire IV par Anastase, que ce pape fit placer vingt-quatre voiles dans le prœsbyterium de la basilique de Saint-Paul hors les murs, « vela quœ pendent in pr;esby terio , numéro vigenti quatuor \ »

1 Anast. Vita Sylvestri.

~ Voir la pl. 126.

' Voir la pl. i3o.

' Anast. Vita Grecjorii IV, p. 2^3.

Une corniche en marbre sépare quelquefois le mur courbe de la voûte qu'il porte, puis sur cette conque ou à-tyïs se développe un grand sujet religieux , le plus important de l'édifice : le Christ ou sa mère y sont presque toujours représentés triomphants au milieu des anges, des apôtres ou de saints personnages; quelquefois c'est le patron de l'église qui occupe lui-même le centre du tableau, et qu'entourent, soit les compagnons de son martyre, soit les fondateurs du temple. Des palmiers, des cerfs, des agneaux, se groupent au milieu des figures. Ailleurs c'est la croix qui brille sur le fond doré de la mosaïque : elle est placée au sommet d'un trône où repose l'agneau de l'apocalypse; des figures allégoriques, de riches enroulements de feuillages l'environnent1.

Le mur qui forme le fond de la basilique et encadre l'abside offre aussi des peintures en mosaïque. On y a représenté généralement les attributs des évangélistes, la Jérusalem céleste, les prophètes, le saint patron ou le fondateur de l'édifice.

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