‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 39 sur 193 · I. CRYPTE , MARTYRIUM , CONFESSIO · texte numérisé non relu

I. CRYPTE , MARTYRIUM , CONFESSIO

Quand les populations quittèrent les temples païens pour se rendre en foule aux tombeaux des martyrs, on éleva de nombreuses basiliques sur les catacombes elles-mêmes , puis sur des sépultures isolées; enfin, bientôt les églises se multipliant à l'infini, on voulut encore y posséder des reliques des confesseurs. Ces distinctions diverses établirent des difPé-

rences dans la manière dont les premiers constructeurs disposèrent le lieu destiné à conserver les restes du saint, et qu'on nomma crypta, martyruim, confessio.

Lorsqu'on éleva le temple sur les catacombes , l'antique entrée des souterrains fut maintenue dans une place favorable, voisine du sanctuaire, et la crypte sacrée ne fut autre que celle qui renfermait depuis les siècles de persécution les restes mortels du martyr. Ce fut la disposition des premières cryptes des basiliques de Saint-Laurent et Saint-Sébastien. Anastase, écrivant la vie du pape Sylvestre, dit que Constantin éleva la basilique de Saint-Laurent sur les catacombes, « supra arenarium cryptae, » et qu'il fit établir un escalier pour descendre jusqu'au tombeau du martyr : « et usque ad corpus beati Laurentii fecit gradum descensionis et ascensionis. » Si la basilique était construite sur une sépulture isolée, pratiquée , comme elles l'étaient souvent, en plein sol, on dut établir autour du sarcophage qu'on retrouvait, un caveau qui pût devenir praticable; des escaliers furent disposés pour y descendre; le sarcophage y demeura sous sa forme première ou fut remplacé par un autel tombeau , comme ceux, des catacombes. La basilique de Saint- Paul offre cette disposition. Une troisième catégorie s'établit lorsqu'on dut apporter d'un autre lieu, sur celui qui avait été fixé pour construire la basilique, les restes mortels du saint martyr; alors on eut plus de liberté pour préparer à l'avance la crypte destinée à les contenir : elle reçut une forme généralement mieux combinée avec la construction de l'édifice qui devait s'élever au-dessus ; c'est la marche qui fut suivie dans le moyen âge.

Les dispositions des cryptes ont beaucoup varié dès les premiers âges; on en voit de très-ouvertes auxquelles on descend par un large escalier situé en avant de l'autel : la crypte est

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ainsi à l'église de Sainte-Sabine. (Voir la coupe à la pl. 112.) A la basilique de Saint-Paul hors les murs elle est ouverte de même, tournée dans le sens inverse et les escaliers sont derrière l'autel. Ailleurs on arrive à la crypte par les bas-côtés, auprès des colonnes qui séparent les nefs , et le caveau n'est qu'un étroit réduit formé de dalles de marbre , précédé de corridors, c'est ainsi à l'église de Saint-Sabas.

N° 162. Crypte de l'église de Saint-Sabas. N° 1 33. Crypte de l'église de Sainte-Praxède.

A la basilique des Quatre-Saints-Couronnés on descend par des escaliers courbes situés derrière le banc du prœsbyterium; à celle de Torcello de même , avec cette différence que le mur de l'abside est doublé pour contenir les escaliers (voirie n° 106); aux cryptes de l'église de Saint-Marc, à Rome, du monastère de Sainte-Praxède, dans la même ville, comme à celles d'un grand nombre d'autres basiliques latines de l'Italie, d'étroites galeries voûtées ou plafonnées conduisent jusqu'au tombeau du saint, et rappellent les rues souterraines des catacombes. (Voir le n° i33.)

Déjà, dans quelques basiliques, on entrevoit la pensée d'établir sous le sanctuaire plus qu'un réduit étroit rappelant les sépultures des catacombes; aux églises monastiques de Sainte-Marie in Cosmedin, de Saint-Martin-des-Monts, etc. les cryptes sont assez étendues pour être de véritables églises souterraines.

N" i3Z|. Plan de la crypte de Saint-Martin-des-Monts.

Enfin , durant les premiers siècles chrétiens , comme on ne pouvait avoir de crypte souterraine dans toutes les églises , qu'elles n'auraient pas été motivées en tous lieux, et qu'on n'avait pas eu encore, comme plus tard, l'idée de renfermer les reliques dans des châsses , on établissait un simulacre de crypte, étroit réduit voûté ou plafonné, nommé aussi martyrium, confessw, et qui était ménagé au-dessous de l'autel, dans la hauteur produite par la différence de niveau du sol du sanctuaire au-dessus de celui du chœur. Cette espèce de châsse maçonnée était close vers l'église par une grille ou une tablette de marbre perforée ; une interruption des marches du sanctuaire , dans leur partie moyenne , permettait d'approcher des reliques qu'on y renfermait. (Voir les planches i35 et i36.)

Les simulacres de cryptes ou premières châsses maçonnées sous l'autel des basiliques privées de martyrium réel n'ont

ordinairement qu'une étroite ouverture en forme d'arcade, qu'on fermait avec des grilles de bronze ou d'argent.

N° i35. Martyrium de Saint-Georges au Vélabre.

Nous donnons ici un dessin de celle qui se voit à l'église de Saint-Georges au Vélabre; d'autres plus ouvertes, sur leur partie antérieure, étaient closes par des treillis en marbre enlevés à des édifices antiques : l'église des saints Nérée et Achillée en offre un exemple.

N° ] 36. Martyrium des saints Nérée et Achillée.

Enfin, par extension, on fit de ces châsses assez grandes pour contenir une statue couchée du saint; on la tenait ou-

verte alors dans toute son étendue ; la belle figure de sainte Cécile, par Etienne Maderne, est ainsi placée sous le maîtreautel de sa basilique, à Rome.

Lorsqu'un caveau contenait le tombeau du saint, le besoin de le mettre en rapport direct avec l'église, de le faire voir facilement aux fidèles sans qu'ils descendissent dans la crypte même, fit que dans plus d'une basilique, au-dessous de l'autel et dans le lieu que nous indiquions précédemment, on ouvrit un soupirail à travers les voûtes souterraines : on le nomma fènestra, catardcta, jugulum. Par cette ouverture, le fidèle passait la tête pour intercéder le saint, ou faisait descendre sur son tombeau un linge qui devenait une relique précieuse; les papes en envoyèrent dans toute la chrétienté : on les nommait sanctuaria, sudoria, brandea, palliola 1.

L'ouverture pratiquée sous l'autel de quelques églises primitives pour permettre de voir le tombeau du saint placé dans la crypte, sans y descendre, devait être disposée comme celle de la châsse de Saint-Georges au Vélabre, que nous avons dessinée au n° i36; la découverte récemment faite de la confession de l'église de Saint-Marc, à Rome, indique qu'on usa de cette disposition dès le règne de Constantin. La basilique de Saint-Pierre au Vatican offrait aussi un jugulum, et le plan de l'abbaye de Saint-Gall prouve que cet usage se transmit jusqu'au ixe siècle et dans le Nord, car l'église qui y est tracée fait voir en même temps une crypte contenant le tombeau du saint et les escaliers d'entrée et de sortie, sarcophacjiim sancti corporis in cryptam introitus et exitus; puis devant le maîtreautel, loin des escaliers de la crypte, au lieu où les marches du sanctuaire s'interrompent, on lit : Accessus ad confessionem,

1 Dom Bouillart, Histoire de l'abb. de Saint-Germain-des-Prés. Raoul Rochette, Tableau des catacombes, page 84-

ce qui indique bien un jugulum d'où I on pouvait voir la confession sans y descendre. L'ouverture externe de ce soupirail n'était pas toujours pratiquée dans la construction verticale située au-dessous de l'autel, comme dans les deux exemples donnés aux planches 1 36 et 1 3 7; quelquefois elle était dans une position horizontale et percée à travers le pavé du chœur ou de la nef, alors on l'appelait ambilicus. Nous donnons ici le plan et la coupe de celui qui se voit à la basilique de Sainte- Prisque, à Rome. (Pl. i3y.)

N° 137. Plan et coupe de la crypte de Sainte-Prisqne.

Décoration des cryptes. — L'ornementation des cryptes latines suivit la marche qu'on observe dans celle des basiliques ellesmêmes : emploi de riches matières, marbres et porphyres, arrachés par les premiers chrétiens aux temples des idoles; peintu res dans le style de celles des catacombes, mosaïques analogues à celles qui se voient dans les églises. La sculpture d'ornement y est rare : la crypte de Saint- Marc de Rome a l'immense intérêt, pour l'histoire de l'art chrétien, de présenter des sculptures dans lesquelles on reconnaît l'influence antique modifiée par l'abandon de la pratique du dessin et du ciseau. Le luxe de la matière vint remplacer dans ces réduits souterrains ce qu'en

d'autres temps l'art seul devait faire : on lit dans Anastase \ que les colonnes et les arcs de la crypte de Saint-Pierre au Vatican étaient ornés de tentures précieuses et de chérubins d'or; le tombeau, en bronze doré, portait une croix d'or massif pesant cent cinquante livres, donnée par Constantin; une autre croix d'or pesant cent livres avait été offerte par Bélisaire : on y voyait la représentation de ses victoires. Les grilles du tombeau, les candélabres étaient en argent. Plus tard, le pape Léon III couvrit toutes les parois de la crypte de lames d'or; le sol lui-même avait employé quatre cent cinquante-trois livres de ce métal; on y avait exécuté des épisodes de l'ancien et du nouveau Testament. Adrien Ier remplaça par des statues d'or celles du Christ, des apôtres Pierre et Paul, de saint André, qui, dans l'origine, étaient en argent; il est probable que Charlemagne contribua pour beaucoup à ces décorations par les nombreux trésors qu'il offrit à ces deux pontifes.

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