BASILIQUES LATINES DANS LES GAULES
PLANS
Les descriptions faites par Grégoire de Tours, Fortunat, Sidoine- Apollinaire , l'auteur de la Vie de saint Doctrovée et quelques autres, des églises construites pendant les premiers siècles chrétiens dans les Gaules , démontrent qu'elles étaient disposées comme celles de l'Italie. Ainsi, à l'égard de leur plan général , on voit qu'elles étaient précédées d'un atrium : « in itinere illo quod inter portam atrii basilicœ beati Martini et ecclesiam civitatis est, » dit Grégoire de Tours1. Sidoine-Apollinaire, décrivant l'église construite à Lyon par l'évêque Patient, dit qu'elle était précédée d'un triple portique décoré de colonnes et qui ne pouvait être qu'un atrium entouré de galeries sur trois de ses faces, comme celui de la basilique de Saint-Clément, et ceux que les papes élevaient alors à Rome2. Les baptistères étaient en France, comme dans le reste du monde chrétien , des édifices isolés, circulaires, ou en polygone. Nous avons cité le passage dans lequel Grégoire de Tours dit : « Les baptistères sont construits en rond ; au milieu est un enfoncement où l'on descend. » Auprès de la basilique deChildebert, à Paris, était le baptistère, nommé Saint-Jean-le-Rond; il devait être placé comme celui qui est figuré auprès de la basilique de Trieste, planche 1 1 5. Devant celle du prieuré de Saint-Julienle-Pauvre, à Paris, s'élevait un bapti stère situé à peu près comme celui de la basilique de Torcello gravée à la planche 106. On voit encore à Aix, à Fréjus, des baptistères octogones. La partie principale des églises renfermant les nefs se divisait par des lignes de colonnes de marbre, ainsi qu'on le
1 Grégoire de Tours, liv. II, p. 2^9.
2 Anast. Vita Symmachi: « Fecil triporticum anle oralorium sanctae crucis. »
voit clans les récits de Grégoire de Tours, du moine Gislemar, de Fortunat, à l'occasion de la basilique construite à Clermont par Namatius, huitième évêque de cette ville, de l'abbatiale de Saint -Vincent à Paris, par saint Germain, de la basilique élevée par Childebert dans cette dernière ville, édifice dont deux colonnes ont été découvertes en 1847 au parvis Notre- Dame. Le sanctuaire était quelquefois établi, comme en Italie, dans une nef transversale donnant à l'édifice la forme d'une croix : « Ab ut roque latere ascellas eleganti constructas opère : totumque aedificium in modum crucis habetur expositum1. » Cette description s'applique à l'église de Namatius; l'abbatiale de Saint-Vincent, à Paris, était disposée de même: on nommait aussi cet édifice la Sainte-Croiœ. Enfin, une abside semi-circulaire formait la tête des églises : « inante absidem rotundam habens, » dit encore Grégoire de Tours de la basilique de Clermont, ce qui complète les dispositions générales des plans et les assimile entièrement à ceux de l'Italie. L'église abbatiale de l'Ara- Cœli, à Rome, dont nous donnons le plan au n° 1^2, indique la disposition que devaient jDrésenter ces édifices en croix; celui de l'abbaye de Saint-Gall, gravé à la planche 1 5, fait voir que dans le nord, au commencement du ixe siècle, le plan des églises abbatiales avait la plus grande analogie avec ceux des basiliques élevées précédemment dans les contrées méridionales de l'Europe, comme nous avons eu déjà plus d'une fois l'occasion de le faire remarquer à l'égard des distributions intérieures; ce plan d'église est en forme de croix latine, toutes les distributions intérieures sont établies suivant le système adopté dans les basiliques latines qu'on vient d'examiner, sauf la contr'abside située à l'occident et dont nous essayerons plus loin d'expliquer la présence.
1 Grégoire de Tours, liv. Il, p. 180.
N° 1/12. Plan de l'Ara-Cœli.
BSsr
On sait que chez nous, comme dans les contrées méridionales du monde chrétien, quelques églises étaient construites sur un plan circulaire : celle de Saint-Germain-le-Rond à Paris, édifice mérovingien, était dans ce cas. La célèbre basilique construite par Perpetuus sur le tombeau de saint Martin , à cinq cent cinquante pas de la ville de Tours, présentait un akarium ou sanctuaire de forme ronde, auquel on arrivait par trois nefs renfermées dans un capsum ou construction quadrangulaire disposée comme les basiliques dont les plans ont été précédemment examinés; l'ensemble de cet édifice rappelait le Saint-Sépulcre de Jérusalem1.
1 Grégoire de Tours, liv. II, p. 178. Voir, pour plus d'éclaircissements, la noie de M. C. Lenormanl à la lin du ie' volume de l'édition de Grégoire de Tours, publiée par MM. Guadet et Taranne. J. Renouard, 1 836 , Paris, in-8"
FAÇADES
Ce qu'on lit à l'égard des façades de nos églises monastiques et de leur décoration n'est pas moins conforme aux précieux restes qui se voient encore à Rome, et avec lesquels nous avons pu donner une idée approximative des premières constructions des moines architectes.
Etienne d'Orléans, évêque de Tournay au xne siècle, s'exprime ainsi à l'égard de l'église abbatiale de Saint-Pierre-et- Saint-Paul à Paris, fondée vers 5o8 par Clovis sur la montagne Sainte-Geneviève, édifice qui fut détruit en 8 57 par les Normands: «Elle était, dit-il, de construction royale, décorée au dedans et au dehors de mosaïques, comme les ruines en offrent
la preuve 1 » Ces mosaïques placées au-dehors ne pouvaient
être qu'une imitation de celles de Rome que nous venons de faire connaître.
Le métal fut employé dans le nord, comme en Italie, pour la couverture des basiliques. Clotaire rétablissant l'église de Saint- Martin, à Tours, la fit couvrir en étain2. Celle que Félix, évêque de Nantes, éleva à saint Pierre et saint Paul, était couverte de même métal3, et, suivant le récit de l'auteur de la vie de saint Doctrovée, premier abbé de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés à Paris, «les toits de cette abbatiale, formés de lames de bronze doré , produisaient des éclats de lumière qui éblouissaient les yeux lorsque les rayons du soleil venaient à les frapper, ce qui avait fait nommer cet édifice le palais doré de Germain. » Enfin, à l'égard des vitraux et des clôtures qui les
1 Etienne d'Orléans, évêque de Tournay, Recueil des historiens de France, t. VII, p. 72.
2 Grégoire de Tours, liv. IV, p. 59.
3 Forlunat. lib. III, ? 2.
maintenaient dans les fenêtres, Grégoire de Tours, Fortunat, saint Ouen dans la Vie de saint Eloi , nous font connaître l'analogie que présentaient nos églises avec celles du midi de l'Europe.