‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 42 sur 193 · DISPOSITIONS INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS INTÉRIEURES

Les basiliques latines de l'Italie ne furent pas moins, pour les dispositions intérieures que pour les plans et les façades, les modèles dont s'inspirèrent les religieux constructeurs de la Gaule : ainsi les pavés de leurs églises étaient des mosaïques, comme l'indique Gislemar dans sa description de l'abbatiale de Saint-Vincent, à Paris, construite par saint Germain : «le pavé, dit-il, est composé de toutes sortes de pièces de rapport1.» Le style de ces mosaïques, construites à la manière romaine, est bien déterminé par la découverte, faite en 18^7, d'un fragment du pavé de la basilique construite par Childebert sur une partie de l'emplacement actuel de la cathédrale de Paris; on y voit des croix grecques et le triangle2. Sur ces pavés s'élevaient les colonnes des nefs. Le môme Gislemar dit que l'abbatiale de Saint-Vincent « était bien percée et soutenue de grandes colonnes de marbre3.» Les colonnes de la basilique de Childebert sont en marbre dit grand antique, noir et blanc".

La décoration des nefs était exécutée au moyen de la peinture ou de la mosaïque à fond d'or. Grégoire de Tours dit que la femme de Namatius, huitième évêque de Clermont, bâtit hors des murs de la ville l'église de Saint-Etienne, et, comme

' Gislemar, Vita Sancti Doctrov. Act. SS. ord. S. Bened. tom I.

2 Voir la 27e livraison de la Statistique de Paris , A. Lenoir.

3 Gislemar, loc. cit.

1 Ces colonnes sont déposées au musée des Thermes.

elle voulait l'orner de peintures, elle lisait l'histoire des temps passés , indiquant aux peintres ce qu'elle en voulait faire représenter sur les murs l. Pour ce qui concerne la mosaïque, le même Grégoire nous apprend que « l'évêque de Châlons , Agricola, construisit une église soutenue par des colonnes, ornée de marbres de diverses couleurs et de peintures en mosaïque2. » Gislemar en dit autant de l'abbatiale de Saint-Vincent, et ajoute qu'elles étaient sur fond d'or 3. Enfin Etienne d'Orléans, évêque de Tournay, décrivant les ruines de l'abbatiale de Sainte- Geneviève, à Paris, dit: «elle était décorée au dedans et au dehors de mosaïques, et ornée de peintures k. »

A l'instar de celles des basiliques de l'Italie, les nefs de nos premières églises abbatiales étaient surmontées de plafonds ; celui de Saint-Vincent, à Paris, présentait de riches lambris dorés 5. On apportait beaucoup de soin à les décorer, car Grégoire de Tours rapporte que l'évêque de cette ville, Perpetuus, faisant construire la grande basilique de Saint-Martin, détruisit la première chapelle; mais jugeant que le plafond de cette chapelle était d'un travail précieux et qui ne devait point périr, il construisit en l'honneur des bienheureux apôtres Pierre et Paul une autre basilique, dans laquelle il fixa ce plafond °. Une voûte n'aurait pas été transportable.

Des tentures étaient placées dans les arcades intérieures de nos églises; c'est encore l'évêque Grégoire qui nous l'apprend, au sujet des efforts que faisait la reine Clotilde pour convertir Clovis à la religion chrétienne, puis, à l'occasion du baptême

1 Grégoire de Tours, liv. II, p. 181 1 Idem, liv. V, p. 33 1.

3 Gislemar, Vita Sancti Docirov. Acl. SS. ord. S. Bened. tom. I. ' Historiens de France, t. VII, p. 72. s Gislemar, ïoc. cit.

0 Grégoire de Tours, liv. II, c. xiv, p. 177

de ce prince : « La reine Clotilde fit décorer l'église de tentures et de voiles, essayant si elle pourrait attirer à la foi, par cette pompe, celui qu elle n'avait pu toucher par ses exhortations l. » Et plus loin , « des toiles peintes ombragent les rues, les églises sont ornées de tentures, on dispose le temple du baptistère2... »

L'enceinte du chœur renfermait l'ambon et l'anologius; on lit dans les actes de Dagobert que ce roi faisant décorer l'abbatiale de Saint-Denis, saint Eloi, qu'il avait chargé de ce soin, fit le pupitre de lecture: « Operuit quoque Eligiuslectorium3. »

Au delà du chœur, un voile était suspendu à la partie antérieure du sanctuaire : « Dans la guerre de Sigebert et de Chilpéric, un officier de ce premier prince, courant à l'abbatiale de Saint-Denis pour piller, se saisit du yrand voile de soie rehaussé d'or et de pierreries qui masquait le tombeau du saint martyr réuni à l'autel \ » «Dans une église d'Auvergne, une alouette étant entrée, éteignit les lumières, puis, pénétrant dans le sanctuaire par-dessous le voile, elle faillit éteindre la lampe5. »

L'autel et le ciborium s'élevaient derrière le voile et la clôture du sanctuaire; saint Ouen, contemporain de Dagobert, nous a laissé une description du magnifique tombeau que ce roi fit faire à saint Denis par saint Eloi , et du ciborium qui le surmontait : « Ce monument en marbre, dit-il, formait un petit dôme soutenu par quatre colonnes et couvert en argent; la face en était très-riche : l'or et les pierres précieuses y brillaient de toutes parts; » une colombe d'or surmontait le tout, comme on

1 Grégoire de Tours, liv. II, p. 21 1.

' Idem, ibid. p. 217.

3 Gesla Dagoberti, c. xx.

" Grégoire de Tours, liv. IV, c. xlviii.

5 Idem, ibid. p. 89.

en voyait à Rome. Enfin le sanctuaire et l'abside de ces premières basiliques des Gaules étaient décorés de marbres, comme nous en avons signalé dans celles de Saint-Laurent, de Sainte- Agnès, de Saint-Georges au Vélabre: «Parietes ad altarium opère sarsurio ex multo marmorum génère exornatas habet1. »

Tous ces rapprochements suffisent pour démontrer: i° la parfaite analogie qui existait entre nos basiliques latines des premiers siècles et celles de l'Italie; 2° l'influence que le Midi exerçait encore sur les arts du Nord, comme on le remarque dans les périodes antérieures au christianisme.

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