‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 44 sur 193 · L. SYSTÈMES DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

L. SYSTÈMES DE CONSTRUCTION

Les divers modes de construction employés par les moines des premiers siècles pour édifier leurs basiliques ne sont pas sans intérêt pour l'étude, puisqu'ils fournissent des caractères qui permettent de reconnaître leur âge : en Egypte, ils employèrent le grand et le petit appareil, puis la brique; la Grèce et l'Asie présentent l'emploi des mêmes matériaux, auxquels se mêlent de nombreux fragments de l'art antique quelquefois disposés avec goût.

En Italie, les constructions des premiers religieux, aux ive et vu siècles, reproduisent plus ou moins exactement les systèmes en usage lors de la décadence de l'empire. La maçonnerie des basiliques de Sainte-Agnès et de Saint-Laurent hors les murs, de Sainte-Balbine sur i'Aventin, à Rome, est composée de deux rangs de moellons sur lesquels s'appuient une ou deux lignes de briques en liaison, système alterné qui fut remplacé par la brique seule.

Maçonnerie des églises de Saint-Laurent, de Sainte-Agnès et de Sainle-Balbine , à Rome.

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On a vu qu'en France, pays boisé de toutes parts, les premiers religieux employèrent d'abord la charpente, et qu'ils construisaient stramine vilic/ue materia, selon l'expression de MabihW.

Durant la période mérovingienne nos provinces présentaient aussi la maçonnerie alternée : on en voit des exemples à la basse-œuvre de Beauvais, à l'église de Savenières, à Saint- Martin d'Angers, dans la citadelle de Metz, à la crypte de Saint- Laurent de Grenoble ; les plus anciennes constructions chrétiennes de Trêves, et particulièrement la basilique de Constantin, devenue la cathédrale, sont ainsi établies. La cathédrale de Bonn, sur le Rhin, nous en fournit de même un exemple sur la partie méridionale du chœur. Ce système de maçonnerie, qui n'était déjà plus précisément celui des Romains tel qu'on le trouve dans la plupart des édifices antiques, présentait encore cependant avec lui assez d'analogie, pour que les écrivains du temps, en le désignant, aient dit qu'il était établi à la manière romaine, more romano.

' Ann. 0. S. Bened. t. II, p. 2^4, anno 782.

Maçonnerie de la basilique de Constantin , à Trêves.

N° i52. Arc construit en briques et en moellons.

On voit aussi paraître en France, durant la période mérovingienne, l'appareil réglé en pierre: on en trouve la preuve dans un passage des Actes de saint Ouen , reproduit par Alexandre Wiltheim1 ; on y lit : «Nam is qui acta D. Audoeni condidit, ita de basilica D. Pétri Rothomagensi scripsit : Miro opère, quadris lapidibus, gothica manu, a primo Clotharw Francorum rege , ohm nobdiler constructa fuit. » Quadns lapidibus n'était j)as nouveau , si ce n'est peut-être pour la ville de Rouen , dont les églises étaient en bois2. Quant à l'expression gothica manu, elle doit s'appliquer aux entrepreneurs et maçons méridionaux qui se chargeaient d'aller bâtir au loin , ainsi qu'au système de maçonnerie et aux marbres employés alors à la construction des basiliques chrétiennes : en effet, les Goths qui, sous Clotaire, habitaient encore les provinces méridionales des Gaules, possédaient, indépendamment des bonnes traditions des constructeurs romains, dont ils avaient beaucoup de monuments sous les yeux, les marbres nécessaires à la décoration des basiliques; ces hommes actifs et entreprenants les exploitaient dans les Pyrénées, leur nouvelle patrie. Sidoine- Apollinaire, décrivant

1 Diplychon Leodiense ex consularifactum episcopale, Liège , 1 65g, in-f°, appendice, p. 22.

2 Grégoire de Tours, « Ad basilicam Sancti Martini, quae super muros civitatis ligneis tabulis fabricata est, confugium faciunt, » lib. V, p. 170.

INSTRUCTIONS. II. 3o

T6k INSTRUCTIONS.

l'église construite à Lyon par l'évêque Patient, dit qu'elle était précédée d'un triple portique décoré de colonnes en marbre d'Aquitaine.

Les fragments de colonnes trouvés en 1807 dans les substructions de la basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul , depuis Sainte-Geneviève, à Paris, fondée par Clovis, sont des marbres d'Oléron l. Les colonnes qui se voient encore à l'abbatiale de Montmartre, celles qui ont été retrouvées en 1847 dans les substructions de la basilique de Childebert, au parvis Notre- Dame, offrent des profils de la décadence, et la matière est le marbre noir et blanc appelé grand antique, qui s'exploitait auprès de Toulouse, nouvelle capitale des Goths, où de récentes découvertes ont fait voir des traces d'exploitation ancienne.

Les marbres blancs destinés aux bases et aux chapiteaux de ces colonnes, ainsi qu'à d'autres parties des basiliques des Gaules, ont la même origine pyrénéenne, comme on peut le voir à Montmartre, et au chapiteau de la basilique de Childebert déposé aujourd'hui au palais des Thermes, à Paris. On comprend que les Goths, habitués à tailler et à remuer les marbres de la seule contrée qui en fournît alors, aient été appelés par les rois mérovingiens à les mettre en place dans les basiliques construites durant cette période.

Ces migrations de constructeurs méridionaux indiquent des associations maçonniques dont les Romains avaient certainement donné l'exemple, et l'origine gothique de ces constructeurs n'aurait-elle pas eu de l'influence sur le nom généralement adopté chez nous pour désigner les constructions du moyen âge? Un fait absolument analogue se produisit en Italie : les Lombards, aussi étrangers aux arts que les Goths, s'étant emparés de l'Italie du nord, devinrent, par imitation,

1 Nous possédons des échantillons de ces colonnes.

hardis constructeurs, et donnèrent leur nom à l'architecture chrétienne des cinq premiers siècles de la liberté religieuse dans cette contrée.

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