‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 58 sur 193 · PENDENTIFS · texte numérisé non relu

PENDENTIFS

Les premières coupoles, surmontant des nefs circulaires, s'appuyaient naturellement, dans toute l'étendue de leur grand cercle horizontal, sur les murs qui enceignaient ces nefs, qu'elles fussent ou non décorées à l'intérieur d'une colonnade : ainsi, à l'église de Saint-George de Salonique la voûte repose sur les gros murs; au Saint-Sépulcre, c'était la colonnade qui portait la coupole; à l'église de Sainte-Constance, les colonnes soutiennent le tambour cylindrique et l'hémisphère qui le surmonte. Mais lorsqu'on eut l'idée de donner au plan de l'église la configuration d'une croix, le plan ne pouvait plus offrir un cercle à la rencontre des branches de cette figure : c'était nécessairement un carré que produisaient des parallélogrammes se joignant à angle droit; il fallut alors aviser au moyen de placer la base de la coupole, qui était circulaire, sur un plan carré, et de donner à cette construction hardie et nouvelle assez de solidité pour traverser les siècles. Une autre condition se présentait pour résoudre le problème : il ne fallait pas, pour porter la coupole dans l'espace, embarrasser le point de réunion des transsepts ou branches de la croix avec sa base et sa tête, formant la nef et le sanctuaire.

On voit en Perse les ruines de plusieurs édifices qu'on attribue aux rois Sassanides; ils présentent, dans quelques salles carrées surmontées de coupoles, la solution de la première difficulté qui vient d'être indiquée; elle est obtenue par l'établissement, dans les angles du carré, d'arcs concentriques appliqués les uns devant les autres, et s'agrandissant jusqu'à leur jonction avec la courbe du grand cercle de la coupole, chacun de ces arcs se développant en outre suivant une projection horizontale concentrique au grand cercle. ( V . p. suiv. pl. 229.)

N° 229. Pendentifs Sassanides.

Ces pendentifs ont-ils été imaginés en Perse et imités par les Byzantins , ou bien la dynastie des Sassanides, qui s'est maintenue jusqu'au milieu du vne siècle , s'est-elle servie là d'une idée chrétienne? C'est ce que la date inconnue de ces constructions pourrait seule résoudre. Toutefois le nom de Firouz-Abad, donné par les Arabes à la ruine du palais dont l'exemple de pendentifs figurés ici au n° 229 est extrait, pourrait bien indiquer qu'il fut élevé par le roi de Perse Phirouz, qui régna vers la seconde moitié du vc siècle, lorsque l'art des chrétiens grecs avait déjà produit des édifices dans lesquels devaient paraître des pendentifs. Quoi qu'il en soit, les Byzantins développèrent, à l'intérieur de leurs temples, ce genre de voûte au point de la présenter sous tous les aspects qu'admettait cette combinaison; ils firent plus, puisque, non contents de faire porter le poids d'immenses coupoles sur les bords de ces constructions en encorbellement, ils placèrent les quatre points cardinaux du grand cercle des dômes ou du tambour pesant qui les soutenait, sur les clefs de quatre arcades immenses servant à dégager la nef principale, le sanctuaire et les transsepts à leur point de jonction, sous la calotte sphérique portée dans l'espace.

DÉCORATION

Les marbres les plus précieux, la peinture et la mosaïque furent employés pour décorer les nefs byzantines; ainsi qu'en Occident, les matières dures étaient placées dans les parties basses1, et les tableaux sacrés couvraient le sommet des parois et les voûtes. La curieuse église circulaire de Saint-George, à Salonique, qui date certainement du temps de Constantin, fait connaître le style des premières mosaïques chrétiennes en Orient. M. Charles Texier les décrit ainsi : « La grande coupole, « dont le pourtour a plus de soixante et douze mètres de développement, est divisée en huit compartiments ornés de ta- « bleaux qui se répètent deux à deux : ce sont de riches palais « construits dans le style fantastique que Ton observe aux pein-

1 Euseb. Vita Constantini, Ub. IV, c. lviii. «A solo ad camerani usque marmoreis cruslis illud operiens. »

INSTRUCTIONS. — II. hl

« tures de Pompéi; des portiques ornés de colonnes resplen- « dissantes de pierreries; des pavillons fermés par des rideaux « de pourpre flottant au gré du vent; des arcades sans nombre « avec des frises ornées d'oiseaux et de dauphins; des modillons

« soutenant des corniches d'azur et d'émeraudes Devant

« chacun de ces temples sont de grandes figures vêtues de « toges , et qui portent chacune une inscription en lettres grec- « ques indiquant que ce sont les saints particulièrement hono- <« rés dans chaque mois de l'année l. »

Ces mosaïques sont exécutées sur des fonds d'or ; le même Constantin orna de la sorte la coupole de la basilique des Saints- Apôtres à Constantinople : Cameram totam auro imbrac-

leavit, dit Eusèbe2; et l'église de la Vierge, qu'il construisit à Antioche, devait, en partie, à une semblable décoration son surnom de Temple d'or. Ces riches mosaïques, dans lesquelles, originairement, le dessin et les compositions étaient des réminiscences de l'art antique, se transmirent de siècle en siècle durant tout le moyen âge en Orient , avec les modifications que devaient y apporter les idées chrétiennes. Ainsi Justinien en couvrit l'intérieur des églises du Théotocos, de Sainte- Sophie de Constantinople et de Salonique, de Saint-Vital à Ravenne, temples où l'on en voit encore de précieux restes; le grand monastère de la Vierge (Moin? ttjs ywpoiç) situé dans la capitale, vers la porte d'Andrinople, en possède qui datent du xe siècle; l'empereur Romanos le Vieux fit faire, à la même époque, celles qui se voient au monastère de Saint-Luc , au pied du Parnasse; quelques fragments ont été épargnés par la guerre à l'église de Daphni auprès d'Athènes, et le Mégaspilaeon, en Achaïe, en fait voir de plusieurs époques.

' Ch. Texier, Bulletin arcluiolocjïque du Comité des arts, 1 848 , 5e numéro. 2 Euseb. loco citato.

Le voyageur Clavijo, qui visita Constantinople en i^o3, décrit ainsi l'église du monastère de Saint-Jean èv È€$éfiq) : « Le corps de l'église est comme une grande salle ronde et au-dessus un dôme très-élevé. . . le ciel de ladite salle est trèsriche et ouvragé d'œuvre de mosaïque. . . et les parois sont ouvrées de jaspe bien près du pavé, puis de là jusqu'au sol ce sont mêmes dalles vertes de jaspe, et le pavé est de dalles de jaspe de beaucoup de couleurs à toutes manières d'entrelacs. »

La peinture à fresque, moins dispendieuse et d'une exécution plus prompte et plus facile que la mosaïque, fut employée concurremment avec elle pour la décoration des édifices monastiques de l'Orient, depuis l'origine de 1 institution des moines jusqu'à Léon l lsaurien, qui proscrivit les images; puis, du xe siècle jusqu'à nos jours, ce genre de peinture lut en pleine faveur dans les maisons religieuses. M. Didron a fait copier au mont Athos un précieux manuscrit qu'il a publié et qui probablement, depuis une époque fort ancienne, sert de guide aux peintres pour décorer les églises1; aux couvents des Météores en Thessalie , à celui de Saint-Luc situé au pied du Parnasse , au Mégaspylseon en Achaïe , la peinture à fresque a été employée avec profusion pour couvrir les parois des églises; la ville de Salami ne offre un exemple précieux de ce genre de décoration; la capitale de la Grèce montre à chaque pas des édifices sacrés qui, bien que ruinés pour la plupart, contiennent de riches exemples de peintures religieuses. Nous avons dessiné à Athènes l'intérieur du Catholicon que nous reproduisons ici, afin de donner un aperçu des principales dispositions qui étaient prises pour orner les nefs et le sanctuaire des églises monastiques.

1 Guide de la peinturr, manuel d'iconographie chrétienne grecque et latine, Paris, imprimerie royale, 1 8^5.

ÏN° 202. Intérieur du CalholicoH.

La coloration se répandit en outre sur tous les détails de l'architecture : l'église de Sergius et Bacchus à Constantinople, celle de Saint-Vital à Ravenne , les deux églises monastiques de Saint-Luc, auprès du Parnasse, font voir des peintures mêlées aux feuillages sculptés des riches chapiteaux, des frises, des corniches et dessolhtes qui les décorent. Le Catholicon d'Athènes, la panagia Nicodimo, dans la même ville, montrent de gracieux

ornements peints sur les cimaises, sur les bandeaux et autres moulures saillantes qui font partie de leur architecture. Enfin , de nombreuses arabesques, d'ingénieux motifs d'ornements, décoraient les pilastres , les cadres des tableaux sacrés, et toutes les parties des murs que le peintre d'histoire ne couvrait point de sujets religieux.

E. CHAPELLES

Les chapelles sont rares dans les églises byzantines, cependant on en trouve le principe dès le règne de Constantin. L'église circulaire qu'il fit construire à Salonique, et qu'on y voit encore sous le vocable de Saint -George, est entourée de six cellules ou chapelles; les exèdres que mentionne Eusèbe comme décorant l'église de la Vierge à Antioche peuvent être aussi considérés de même ; il y avait trois chapelles autour du temple circulaire du saint Sépulcre, saint Arculfe les indiqua sur son plan et dans sa description (voir le n° 1 63); elles existent encore; les édifices sacrés du règne de Justinien ne font pas voir des dispositions analogues. Lorsque l'empereur Romanos enrichit le monastère de Saint-Luc, auprès du Parnasse, d'une église, qui est encore aujourd'hui la plus remarquable de la Grèce, l'impératrice fit élever latéralement à cet édifice une seconde église plus petite, moins brillante dans sa décoration, et que l'on peut considérer comme une chapelle jointe au premier temple. La Kapnicaréa, qui est la plus importante des églises d'Athènes, présente sur sa face septentrionale une longue chapelle qui ne date pas de la construction primitive de l'édifice, et qui fut ajoutée après coup; elle est surmontée d'un dôme moins élevé que celui de la première église , et cette construction annexée est beaucoup plus négligée que le reste. Le petit temple consacré aux saints Apôtres,

dans la même ville, et dont le plan est gravé au n° 162 , présente des chapelles en exèdres.

Lorsque les chrétiens grecs renoncèrent à leur architecture nationale, vers le xve ou le xvie siècle, pour revenir aux dispositions adoptées par l'Occident, ils joignirent, comme nous, des chapelles à leurs temples. Au pied de la ciladelle d'Athènes, vers le nord, s'élève une église carrée, dans laquelle on reconnaît tous les symptômes de la décadence de l'art byzantin ; elle est établie devant l'ouverture d'une grotte pratiquée dans les rochers et qui forme une chapelle latérale; cet édifice est celui dont nous avons publié l'abside au n° 192. Devant le monument choragique de Lysicrates , plus connu sous le nom de lanterne de Démosthènes, dans la même ville, se présente une église en basilique vers la façade de laquelle est établie une chapelle latérale, qui en 1 836 servait de charnier ou de dépôt des ossements humains produits par une fouille pratiquée dans le voisinage; on voit à l'église de Saint- Spiridion à Corfou, la chapelle funéraire du Patron ; elle est placée au sanctuaire ; la porte est surmontée d'un immense dais en argent couvert d'ornements repoussés et de sculptures en basreliefs et en ronde bosse, en même matière; deux lampes d'or sont suspendues en avant. Le tombeau du saint occupe le milieu de la chapelle ; il est entièrement en argent, des peintures de grandeur naturelle décorent les parois; elles représentent des saints dont les nimbes sont enrichis de pierreries non figurées par le pinceau , mais réelles et enchâssées dans des feuilles de métal doré disposées de manière à former les nimbes autour des têtes de ces figures. L'Italie et l'Espagne offrent des exemples de ces nimbes en métal et enrichis de diamants , appliqués sur des peintures représentant des madones ou des saints particuliers pour lesquels les populations ont un grand respect.

N° 233. Chapelle de Saint-Spiridion , à Corfou.

La décoration des chapelles avait la plus grande analogie , comme en Occident, avec celle de l'édifice auquel elles étaient jointes; à l'église de Saint-George de Salonique leurs voûtes sont ornées de caissons et de représentations de toutes sortes d'oiseaux : des faisans, des perdrix et différentes espèces de canards; d'autres sont décorées de corbeilles de fruits sur un fond d'or, avec des encadrements de diverses couleurs1. Saint Arculfe fait mention du luxe avec lequel étaient ornées les trois chapelles du Saint-Sépulcre.

La petite église jointe à celle que l'empereur Romanos donna

' Ch. Texier, Bulletin du Comité, t. IV, n° 5.

aux moines de Saint-Luc est peinte sur toutes ses parois , et la chapelle de la Kapnicaréa d'Athènes offre aussi des peintures.

MEUBLES DES NEFS

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