COUPOLES
Les premières coupoles byzantines, qui ne présentaient à l'extérieur qu'une faible portion de sphère, comme les établissaient les Romains, offraient au contraire, à l'intérieur, tout leur développement hémisphérique : elles furent éclairées d'abord, sur leur grand cercle horizontal, par des fenêtres en œil-de-bœuf, comme en présentait l'église des SS. Marcellin et
Pierre à Rome. La coupole élevée aussi par Constantin à Salonique, pour surmonter le temple consacré à saint George, reçoit la lumière par des jours semi-circulaires, placés de même à sa base. Cette disposition, qui était inconnue de l'antiquité, ne fut pas oubliée par les architectes de l'église de Sainte-Sophie : ils en tirèrent au contraire des effets nouveaux et qui avaient échappé à leurs prédécesseurs, en multipliant à l'infini ces fenêtres dans la base de la grande coupole et des deux moindres qui l'accompagnent. Ces ouvertures de forme allongée, et assez rapprochées les unes des autres pour n'être séparées que par d'étroits trumeaux, produisent une ligne lumineuse, vaguement interrompue dans l'espace par les minces parties solides, de sorte que les calottes sphériques semblent s'isoler du reste de l'édifice. Depuis Justinien, les grandes coupoles furent construites, en général, d'après ce système plus ou moins développé. On en voit à la panagia Nicodimo d'Athènes, et l'Occident les imita à la basilique de Saint-Marc de Venise, à celle de Saint-Antoine de Padoue, etc.
A partir des jDremiers siècles, comme on vient de le voir, les Byzantins se placèrent, pour l'art de bâtir, dans une voie de progrès, par laquelle ils se distinguaient plus que par l'étude ou la composition des formes architecturales; on aperçoit, dès le règne de Constantin, ce besoin d'aller plus loin que les Grecs et les Romains, par la hardiesse des constructions, marche naturelle à l'esprit humain, qui ne peut s'arrêter, et tend toujours à des créations nouvelles. L'église de Saint-George, à Salonique, montre une coupole appuyée sur les gros murs de l'édifice et placée à une hauteur peu considérable encore, relativement à l'étendue de la nef circulaire qu'elle surmonte; ce sont à peu près les proportions antiques : à l'extérieur un tambour circulaire masque cette coupole et s'élève plus haut qu'elle
pourporter un toit conique destiné à la protéger. On eut la pensée, sous le règne du même Constantin, d'élever la coupole au sommet d'un tambour semblable à celui qui se voit à Salonique, puis de pratiquer dans la surface courbe de ce cylindre les fenêtres destinées à éclairer la nef circulaire et la calotte sphérique qui la surmonterait : un exemple remarquable de cette innovation se voit à Rome, à l'église de Sainte-Constance, élevée paries ordres du premier empereur chrétien. Ainsi, dès cette époque, et sous l'influence de l'art oriental, l'architecture religieuse faisait voir sa tendance à élever les édifices vers le ciel, système tout opposé à celui des païens, qui toujours, pour leurs temples, restèrent dans des proportions basses et terre à terre.
Ces coupoles, soutenues à une grande élévation par des constructions cylindriques ou tambours percés de fenêtres, furent celles qui se répandirent le plus généralement dans l'empire oriental, parce que, plus hautes que les précédentes, elles exprimaient mieux au loin , ainsi qu'il a déjà été dit, le triomphe chrétien ; elles furent plus communes aussi, parce que les nefs devenant généralement plus petites, il était utile de donner de l'air sous les coupoles centrales ou secondaires en les élevant davantage, tant pour l'effet intérieur du temple que pour l'hygiène; elles avaient toutefois sur les premières le désavantage de ne pas laisser voir, dès l'entrée dans l'édifice, la peinture ou la mosaïque dont était décorée la calotte sphérique.
Les coupes d'églises grecques publiées sous les nos 2 26, 227, permettent de juger que les coupoles basses et larges permettaient d'apercevoir en entrant une grande partie de la voûte hémisphérique; la troisième coupe, n° 228, au contraire, par l'élévation du dôme, indique assez qu'il fallait se placer immédiatement sous la coupole pour voir sa décoration.