‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 60 sur 193 · AMBONS · texte numérisé non relu

AMBONS

Les chrétiens grecs élevaient des ambons dès les premiers siècles : on en voit un qui date des successeurs de Constantin dans la cour de l'église de Saint-George, à Salonique; ils ne paraissent pas avoir eu, comme les Latins, un lectorium, meuble

spécialement destiné à la lecture des livres sacrés : on fixait un pupitre contre la chaire à prêcher. Les plus anciens ambons byzantins offrent de l'analogie avec ceux qui ont été examinés dans l'étude de l'architecture latine. D'Agincourt a publié, d'après un manuscrit grec conservé en Italie, une peinture qui représente un ambon; comme à ceux des Latins, on y monte par les deux extrémités; il offre seulement cette différence, qu'au sommet est un petit édicule qui porte un dôme1. On pense que les Vénitiens , lors de la conquête de Constantinople, enlevèrent de l'église de Sainte-Sophie une chaire qui se voit à Saint-Marc; elle est soutenue par plusieurs colonnes sur une grande table de marbre à laquelle on monte par un escalier latéral; les appuis de la chaire, formés de tablettes courbes encadrées de moulures, supportent six colonnettes disposées en cercle et que surmontent des chapiteaux d'une forme tout orientale : ils ont l'aspect de turbans ; une corniche précieuse repose sur ces chapiteaux et soutient une coupole en métal doré et une grande croix. Nous ne pensons pas que cette chaire soit celle que Justinien fit exécuter pour l'église de Sainte-Sophie, la description qu'en fait l'auteur grec anonyme ne se rapportant pas au monument placé aujourd'hui à Venise : « L'empereur, dit-il, fit un ambon porté sur un socle, une voûte d'or le couvrait, elle était enrichie de perles et de pierreries ; des casques en or pur surmontant des colonnettes occupaient la partie supérieure de l'ambon; la croix qui surmontait le tout était d'or et pesait cent livres; elle était ornée de perles fines. » L'ambon de Justinien fut sans doute remplacé par celui qui se voit à Venise, et dans lequel on ne retrouve aucun des caractères du style byzantin du vie siècle.

1 D'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, Peintures, pl. xxxi, n° 8.

N" 236. Chaire byzantine à l'église de Saint-Marc de Venise.

Cet ambon fut encore renouvelé après la prise de Constantinople par les Latins, et dans ce troisième meuble on rappela, autant que possible, les principales dispositions de celui de Justinien. En 1 4o3 Clavijo vit cette chaire, qui remplaçait celle qni est à Venise ; il la décrit ainsi : « Et sur le carreau d'icelle salle, il y avoit comme une chaire à prêcher, élevée sur quatre colonnes de jaspe, et semblablement revêtue de jaspe de beaucoup de couleurs, et ladite chaire était couverte d'un dôme reposant sur huit colonnes très -hautes de jaspe de couleurs variées, et là on prêchait : ensemble y lisait-on l'évangile les

jours de fête. » Le pupitre y était joint comme à celle qui fut transportée à Venise.

Dans les grandes églises modernes de Smyrne et de Conslantinople les chaires sont fixées à un pilier; elles offrent de l'analogie avec les nôtres; on y arrive parmi escalier en bois, qui est isolé du pilier ou qui s'y rattache. Ces chaires ne sont pas surmontées d'un abat-voix comme en Occident; sur le devant est ordinairement un pupitre que supporte un aigle en bois doré, disposition fort ancienne et qu'on retrouve en Italie aux chaires de Saint-Ambroise de Milan et de San-Miniato de Florence. Cet aigle est quelquefois accompagné de l'ange, du lion et du bœuf, qui , avec lui, forment les attributs des quatre évangélistes.

Les églises byzantines possèdent un meuble spécial qui est ordinairement placé dans la nef; il est surmonté d'un dôme, et a l'aspect d'un petit ciborium isolé et portatif; la partie basse forme une armoire dans laquelle on renferme un grand nombre de tableaux qui s'appliquent à toutes les fêtes principales de l'année. Lorsque le jour de la célébration de l'une de ces fêtes arrive, on tire de l'armoire le tableau qui s'y rapporte, et on l'expose entre les quatre colonnes qui supportent le dôme, et dans une direction inclinée, pour que les fidèles puissent mieux le voir et s'en approcher. On retrouve ce meuble à l'église de Saint-Démétrius de Smyrne, à Magnésie, dans l'église des Grecs à Trieste : les fidèles viennent, pendant la fête, baiser le tableau et déposer auprès une petite pièce de monnaie. Nous avons dessiné et fait graver un de ces meubles, celui de l'église de Smyrne; c'est de tous ceux que nous avons recueillis le seul qui, par sa disposition et le dôme qui le surmonte, se rapporte bien au style byzantin; cette raison nous l'a fait choisir de préférence. (Voir à la page suivante, n° 2 36.)

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N° 237. Meuble contenant les tableaux des fêtes.

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