‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 61 sur 193 · F. CLOTURE DU SANCTUAIRE, 1CONOSTASIS · texte numérisé non relu

F. CLOTURE DU SANCTUAIRE, 1CONOSTASIS

Le sanctuaire des églises grecques s'étendant, comme en Occident, depuis l'extrémité orientale de la grande nef jusqu'à l'abside, il est limité, au nord et au sud, par des piliers ou des murs dans lesquels sont pratiquées les portes qui conduisent aux sacristies; son sol est ordinairement plus élevé que celui des nefs; un riche pavé le décore. La partie antérieure du sanctuaire est fermée, en souvenir du Saint des saints établi au temple de Salomon, par une cloison dans laquelle sont pratiquées une ou plusieurs portes, selon l'importance de l'église. Cette cloison est nommée Iconostasis , à cause des portraits et des tableaux qui la décorent; tout le luxe de l'architecture , de la peinture et de l'orfèvrerie contribue à l'enrichir.

On distingue trois espèces de clôtures : les plus monumen-

taies sont établies avec des colonnes d'un petit diamètre, souvent en marbre précieux , et à la corniche desquelles sont suspendus des voiles, ainsi que nous l'avons indiqué en décrivant la trabes latine. Les peintures en mosaïque qui décorent l'église de Bethléem représentent des clôtures sacrées ainsi disposées : la panagia Nicodimo à Athènes, ruinée par le feu lors du siège de 1827, a conservé sa clôture : deux colonnes en marbre vert cipolin forment trois entre-colonnements qui supportent une corniche en marbre; par une mutation opérée postérieurement à la construction primitive de l'église, le seul entre-colonnement du milieu est resté ouvert, et les deux autres ont été bouchés par de la maçonnerie recouverte de figures peintes. L'une d'elles étant détruite en partie , nous avons supprimé l'autre dans notre dessin, afin de faire mieux voir le sanctuaire et de rappeler la disposition primitive.

N° 288. Clôture sacrée à la Panagia Nicodimo, à Athènes.

Le devant du sanctuaire de l'église de Saint-Marc à Venise, par imitation de ces anciennes clôtures, est fermé par douze colonnes en marbre précieux au-dessus desquelles s'élèvent, sur la corniche , les statues des douze apôtres.

Clavijo, décrivant l'église monastique de Saint-Jean èv È€Sâ- (jlo), à Constantinople, dit : « Et aux dites portes (de la clôture) il y a quatre colonnes de jaspe, etc. »

Une seconde espèce de clôture se présente dans les églises grecques, et c'est la plus ordinaire; elle forme une cloison en bois ou en construction légère, peu élevée et percée d'une ou de trois portes; de petites colonnes engagées ou de simples pilastres appliqués, la divisent en compartiments égaux : des peintures précieuses ou de grandes représentations du Christ et de sa mère, en argent repoussé, occupent les panneaux principaux; ordinairement la partie supérieure, en forme d'attique, est composée d'une suite non interrompue de petits tableaux délicats représentant les douze apôtres et les principaux faits de la vie de Jésus-Christ ; une découpure en bois doré , formée de palmettes ou de rinceaux, occupe le sommet de la clôture; au centre est une croix fort riche; souvent le Flabellum orné de têtes d'anges est reproduit dans la longueur de la clôture : on en voit ainsi à Patras et dans la plupart des églises de la Grèce; les moindres chapelles, les plus petits temples élevés dans les monastères ou dans les villages offrent des clôtures sacrées exécutées de la sorte. La décoration en est plus ou moins riche , selon les ressources locales , cependant les peintures y sont généralement faites sur un fond d'or, suivant le système du moyen âge, qui s'est transmis jusqu'à nos jours. Des lampes sont suspendues en avant et auprès de ces tableaux. Dans les riches églises, de nombreux candélabres de très-grande dimension, et portant d'immenses cierges, forment une pre-

mière décoration en avant de la clôture, et la lumière des cierges se joint à celle d'innombrables lampes suspendues à la voûte ou au plafond du temple; ces lampes, fréquemment surmontées d'œufs d'autruches, comme celles que les Turcs placent dans les mosquées, prennent quelquefois des formes singulières; on en voit à l'église de Saint-Spiridion de Corfou qui représentent des navires comme en fabriquèrent les premiers chrétiens l.

N" a3g. Clôlure sacrée à Patras.

Les plus belles clôtures de cette seconde espèce sont celles de l'église de Saint-Théodore à Pergame, de la cathédrale de Smyrne, de l'église grecque de Livourne, dans laquelle sont des représentations du Christ et de la Vierge, en argent, plus grandes que nature; à l'église métropolitaine de Magnésie, dans l'Asie Mineure , la partie supérieure porte trois petites tribunes saillantes surmontées de dômes, et soutenant chacune une croix accompagnée de statues des apôtres. (Voir à la page suivante, n° 3/io, la clôture sacrée de l'église grecque de Livourne.)

1 Le antiche lucerne sepolcrali, per Pietro Santi Bartoli, p. m, pl. 3i .

INSTRUCTIONS. II. kk

N* 2^0. Clôture sacrée de l'église grecque de Livourne.

Une clôture très-remarquable est celle de l'église de Saint- Démétrius à Smyrne, où des colonnes de marbre précieux forment la décoration des trois portes ; elles sont ornées de bases, de chapiteaux et d'anneaux en argent massif ; la porte centrale présente, en avant des colonnes, deux lions qui rappellent ceux que nous avons signalés dans les précédentes instructions sur l'architecture, et entre lesquels on rendait la justice inter leones.

Ces deux sortes de clôtures sacrées sont assez peu élevées

pour laisser voir la décoration supérieure des faces latérales du sanctuaire, sa voûte, ainsi que celle de l'abside qui occupe le fond du temple. Il est. probable que c'est ainsi que Justinien fit clore le sanctuaire de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople, et le luxe qu'il y apporta paraîtra moins extraordinaire après les indications que nous venons de donner de quelques clôtures qui existent encore : la cloison était en bois de cèdre, comme celle du temple de Salomon. Paul le Silenciaire, qui la décrit, dit qu'elle était revêtue en argent doré, ainsi que douze colonnes accouplées qui en faisaient partie.

Enfin, on voit dans les églises grecques une troisième espèce de clôture sacrée construite légèrement comme celle que nous venons de décrire; elle s'élève jusqu'au sommet des voûtes de l'édifice , masquant ainsi complètement le sanctuaire dans toute sa hauteur. Le plus bel exemple que nous ayons à citer est celle de l'église de Saint-Spiridion à Corfou : la partie inférieure est décorée par des tableaux peints sur fond d'or et des ornements en argent repoussé; le haut, formé d'une grande peinture, représente des légions d'anges faisant un concert céleste autour d'une croix en relief portant le Christ, et placée sur l'attique de la clôture; cette croix s'élève jusqu'au plafond de l'église. La première ligne d'attiques contient, entre des pilastres, douze portraits en pied des apôtres sur fond d'or; un pareil nombre de sujets de l'histoire du Christ occupe une ligne placée immédiatement au-dessous; dans la partie inférieure de la clôture sont pratiquées trois portes fermées par des panneaux peints; c'est au-dessus de celle de droite que s'élève l'immense dais en argent que nous avons cité précédemment comme décorant l'entrée de la chapelle de Saint- Spiridion. (Voir la planche 233.)

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