‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 65 sur 193 · I. DÉTAILS D'ARCHITECTURE ET D'ORNEMENT · texte numérisé non relu

I. DÉTAILS D'ARCHITECTURE ET D'ORNEMENT

Les détails et la sculpture d'ornement des Byzantins n'offrent pas moins que les formes générales de l'architecture, une physionomie particulière et des compositions caractéristiques de cet art. Les chapiteaux, qui en général, dans tous les styles, sont les parties des édifices où l'étude de la forme et le soin donné à l'exécution déterminent en quelque sorte l'aspect

1 Voyage d'Arculfe dans la Terre sainte au ru' siècle. Act. S. ord. S. B. m" siècle, 2e part.

que doivent avoir tous les autres ornements, présentent ici des types tout nouveaux et qui se montrent dès le règne de Constantin. Les formes élégantes attribuées à Corinthe sont complètement abandonnées; celles de l'ordre ionique persistent davantage, mais dénaturées et abâtardies. Les bases des colonnes perdent leur profil attique , pour devenir pesantes d'abord, puis se dénaturer complètement ensuite dans des compositions que nous ferons connaître bientôt et qui n'ont plus rien de commun avec les formes grecques et romaines.

Les entablements, qui deviennent fort rares, quittent les proportions établies par l'antiquité, pour ne présenter, sous le règne de Justinien, que des profils capricieux ; ils sont remplacés, dans les siècles suivants, par de simples couronnements en biseaux.

Les dispositions pesantes, dépourvues de feuillages saillants , qu'on voit paraître dans le chapiteau byzantin dès les premiers essais de l'art chrétien grec , ne pouvaient provenir que d'une influence étrangère au sol de la Grèce, si riche encore à cette époque en modèles remarquables de l'architecture antique. Les Perses, en lutte alors avec les empereurs d'Orient, en contact continuel avec la chrétienté asiatique sous les Sassanides, paraissent avoir donné naissance à ces formes nouvelles des chapiteaux : en effet, si l'on examine ceux qui restent encore à Chiras et à Ispahan, ainsi que les monuments de cette époque de l'art des Perses du bas-empire que dessinèrent en 1 84 1 les artistes explorateurs envoyés par le Gouvernement français dans ces contrées1, on y reconnaît en même temps les dernières traces de l'art antique et les formes pesantes et cubiques adoptées généralement par les Byzantins. (Voir le chapiteau sassanide à la page suivante, n° a5i.)

1 Voyage en Perse de MM. Coste et Flandin, i84 ' -

N* 25 1. Chapiteau sassanide.

L'Occident, trop éloigné de ce pays pour éprouver la même influence, resta pendant plusieurs siècles, ainsi que nous l'avons démontré précédemment, dans la voie tracée par l'antiquité.

Constantin, construisant dans sa nouvelle capitale la basilique des Saints- Apôtres, seplaçadans la route nouvelle qu'indiquait alors l'Asie. On peut s'en convaincre en examinant quelques chapiteaux qui proviennent de ce temple et qu'on voit encore aujourd'hui auprès de la mosquée de Mahomet II, élevée sur son emplacement; ces fragments précieux, dans lesquels on retrouve encore les derniers souvenirs de l'art antique, affectent la forme cubique, dont les Byzantins n'abandonnèrent plus les dispositions principales.

N° 25a. Chapiteau de l'église des Saints-Apôtres, à Constantinople.

D'autres témoins de cette influence étrangère se voient à

Venise, sur les deux piliers de l'église construite à Tyr par l'évêque Paulin , et transportés à la place Saint-Marc comme un trophée des victoires de la république en Asie.

N° 2 53. Chapiteau de l'église de Tyr.

Cette direction donnée aux formes architectoniques du chapiteau, dès les premiers siècles chrétiens en Orient, suivit sans interruption son cours. Sous Justinien, les églises de Sergius et de Bacchus, du Théotocos, de Sainte-Sophie à Constantinople, de Saint-Démétrius et de Sainte-Sophie à Salonique, de Saint- Vital à Ravenne, de l'évêque Eufrasius à Parenzo, furent ornées dans le même système. Dès le ive siècle, ces mêmes chapiteaux cubiques furent surmontés d'un lourd couronnement affectant la même forme qu'eux; il avait pour but de leur faire porter les retombées des arcs. On voit déjà jjoindre cette disposition nouvelle à des édifices construits par Constantin. Au vie siècle, ce système avait pris un développement général, comme on le voit aux trois chapiteaux du Théotocos à Constantinople et qui sont gravés aux nos 2 54, 2 55 et 2 56, sur les pages suivantes, et à celui qui est reproduit au n° 2 63 comme un exemple de l'ordre ionique. En Occident ces couronnements furent adoptés dans les édifices élevés sous

l'influence byzantine et y reçurent des proportions plus exagérées encore qu'en Orient, comme on peut le voir aux églises de Saint-Vital de Ravenne et de Saint-Etienne-le-Rond , à Rome.

N° 2 56- Chapiteau de l'église du Théotocos.

Lorsque les successeurs de Constantin élevèrent sur l'Athos, au pied du Parnasse et dans d'autres parties de l'empire , de nombreux monastères, dont plusieurs sont encore debout, ces chapiteaux cubiques furent reproduits avec quelques modifications, apportées par le caprice des artistes. On en voit qui n'offrent d'autre forme que celle d'une pyramide tronquée dont la base occupe la partie supérieure; une légère courbure les relie à l'astragale de la colonne. Nous en avons recueilli de nombreux exemples à Constantinople, à Athènes, puis en Islrie et à Venise, contrées où ils pénétrèrent d'abord avant de se répandre en Occident.

N" 255 et 2 56. Chapiteaux à l'église du Théotocos.

N01 257 et 2 58. Chapiteaux à la Kapnicaréa d'Athènes.

Sous la période constantinienne, les palmettes antiques, les fleurons, les feuilles d'acanthe, se répandent encore sur les lourdes surfaces planes ou courbes du chapiteau byzantin. Arrive-t-on au siècle de Justinien , le feuillage qui orne ces surfaces prend un autre caractère : il devient aigu , sans relief; les feuilles écourtées ne présentent guère que trois folioles appliquées aux parois delà corbeille; sur les parties saillantes elles se développent dans des entre-lacs. A Sainte-Sophie, le milieu du chapiteau présente des demi-sphères évidées selon des dessins variés ; ailleurs ce sont de grandes croix grecques, des monogrammes qui occupent cette place. Lorsque,

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vers la décadence de l'art byzantin, la pyramide renversée devient la seule forme en usage, elle est ornée soit par des lignes croisées renfermant de maigres feuillages dans leurs intervalles, soit par des chevrons brisés et parallèles, soit enfin par des panneaux ou des cercles saillants.

N0! 259, 260, 261 et 262. Chapiteaux byzantins.

Les formes qu'on vient de suivre dans toutes leurs phases chronologiques étaient substituées, par les Byzantins, au chapiteau corinthien; ils y conservèrent en quelque sorte ses proportions élevées. Quand leur intention fut de rappeler l'ordre ionique, ils le dénaturèrent moins que le précédent : on voit à l'étage supérieur de l'église de Sergius etBacchus, à Constantinople, de ces chapiteaux dans lesquels les formes antiques ont peu varié : de larges feuilles aiguës s'échappent du sommet des volutes pour décorer la partie antérieure; un couronnement disproportionné et présentant l'aspect d'une pyramide renver-

sée, surmonte ce chapiteau. L'église de Saint-Marc de Venise, dont l'ensemble et les détails ont été calqués sur l'art byzantin, offre deux exemples de ionique plus abâtardi que celui dont Justinien fit décorer l'église de Sergius. (Voir la pl. 3oi.)

Les bases de colonnes sont fréquemment imitées de celles de l'antiquité d'une manière presque identique. Dans certains édifices les architectes orientaux ont composé des bases d'une forme toute particulière et dont l'invention leur appartient entièrement. On en voit à la façade de l'église du Théotocos dont le profil singulier ne peut s'indiquer que par un dessin. ( Voir le n° 26^.)

N° 36/1. Base des colonnes de l'église du Théotocos.

Justinien fit exécuter à l'église de Sergius un entablement complet, l'un des derniers qu'ait produits l'architecture

byzantine, puisque, partout ailleurs, l'arc en plein cintre fut substitué à l'architrave. Dans cet exemple curieux, la corniche, ornée de modillons et de denticules, est, ainsi que la frise, dans des proportions peu différentes de celles qu'offrait l'art antique, mais l'architrave y est d'une épaisseur démesurée : un tore énorme en fait le couronnement, des oves renversés, des denticules sans grâce et une torsade inutile en surchargent la partie antérieure.

N° 2Ô5. Entablement de l'église de Sergius et Bacclius.

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Après Justinien, presque toutes les moulures de couronnement se convertirent en lourds biseaux surmontés d'un épais carré; la sculpture décora quelquefois leur partie biaise : on en voit un exemple à la clôture sacrée de l'église de la panagia Nicodimo d'Athènes; celle de Sainte-Theodosia , à Constantinople, présente, à l'extérieur, une de ces moulures ornée d'une longue inscription grecque formée de lettres en saillie; enfin ces mêmes couronnements, qui furent fréquemment imités en Occident, du vme au xnu siècle, présentent souvent, en Grèce, des ornements peints destinés à les enrichir : on en voit au Catholicon et à la panagia Nicodimo d'Athènes. (Voir à la page suivante, sous les nos 266, 267, 268, 269, les quatre exemples de couronnements qui viennent d'être indiqués.)

N° 266. Couronnement de la Panagia Nicodimo.

IV 267. Couronnement en biseau à l'église de Sainte-Théodosia.

IN" 268. Couronnement peint au Catholicon,

N° 269. Couronnement peint a la Panagia Nicodimo.

Les architectes byzantins ont fréquemment employé, pour décorer leurs édifices religieux, de larges panneaux de marbre blanc, sculptés en relief et présentant d'ingénieux enlacements

INSTRUCTIONS. II. k~

rie lignes droites et courbes, auxquelles se joignent des croix, des rosaces, et quelquefois des sculptures d'animaux vrais ou chimériques; placés au-dessous des fenêtres, des arcades, à l'appui des balustrades, et sur plusieurs points des édifices où ils pouvaient être utiles pour le service ou même pour la simple ornementation, ces panneaux, ordinairement conçus et exécutés avec goût, sont d'un bon effet par le style sévère qui les caractérise, et par la sage réserve avec laquelle on en a fait usage.

N°s 270, 271, 272. Panneaux sculptés dans diverses églises byzantines.

La sculpture d'ornement employée pour décorer les murailles, les pilastres, et enfin toute autre partie que les moulures ou les chapiteaux, est fort rare en Orient, sans doute par le fait des iconoclastes et des Turcs. Cette sculpture suivit une marche analogue à celle qui vient d'être examinée : elle imita d'abord presque servilement l'art grec, sauf quelques formes emblématiques créées dès l'origine par des artistes chrétiens;

on peut en juger par les pilastres de l'église de Tyr placés aujourd'hui à Venise auprès de l'église de Saint-Marc.

N° 273. Pilastre de l'église de Tyr.

Dès le règne de Justinien, les compositions des sculpteurs, tout en restant, à l'égard de quelques détails, dans la voie tracée par l'antiquité, commencèrent à prendre une physionomie rude et sans souplesse dans l'exécution; du xc au xne siècle, elles devinrent tout à fait barbares, ce dont on peut se convaincre en examinant les divers panneaux sculptés qui se voient sur la façade du Catholicon d'Athènes. ( Voir la planche i 80.)

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