‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 69 sur 193 · SCULPTURE BYZANTINE EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

SCULPTURE BYZANTINE EN OCCIDENT

La sculpture d'ornement adoptée dans l'empire grec devait nécessairement faire invasion dans la chrétienté occidentale avec l'architecture byzantine. Avant le règne de Justinien, on voit déjà quelques éléments de cet art se mêler aux formes antiques imitées par les Latins : ainsi les dosserets qui surmontent les chapiteaux du gynéconitis de la basilique de Saint-Laurent hors les murs de Rome , sont ornés de croix grecques (voir la planche 1 38 ). Ceux qui se remarquent au-dessus de l'ordre ionique dont sont encore décorées les parties externes de l'église de Saint-Etienne-le-Rond, dans la même ville, offrent des caractères analogues. Sous le règne de Justinien, lorsque l'évêque Euphrasius construisit à Parenzo, en Istrie, la belle et curieuse basilique aujourd'hui cathédrale de cette ville, les chapiteaux furent conçus suivant les formes néogrecques.

N° 299. Chapiteau à l'église de Parenzo.

L'église de Saint-Vital de Ravenne, introduisant en Italie l'art oriental dans toute son intégrité, la sculpture d'ornement

dut suivre la même voie et fut en effet une reproduction identique de celle qui se voit aux temples de Sainte-Sophie , du Tliéotocos et autres à Constantinople ; on suit le même art dans tous les détails d'architecture de la basilique de Saint- Marc à Venise et à l'église de Santa-Fosca, dans les lagunes. Les moines d'Occident, guidés par ces modèles, supprimèrent les feuillages saillants et d'une exécution difficile, qu'ils avaient imités jusque-là des chapiteaux antiques, pour leur donner les formes épaisses que leur indiquait l'Orient.

N° 3oo. Chapiteau de l'église de Saint-Vital de Ravenne.

Le système de simplification du chapiteau ne s'arrêta pas aux contrées méridionales de l'Europe : il se répandit en France, où il se montre à la crypte de l'église de Saint-Laurent de Grenoble, puis en Allemagne et en Angleterre; il devint commun aux xie et xne siècles.

L'Occident cherchant comme Byzance à imiter le chapiteau ionique, on le couronna de lourdes moulures en biseau, ainsi que tous ceux qui viennent d'être reproduits; nous publions ici un exemple curieux qui se voit à la basilique de Saint-Marc, à Venise.

N" 3oi. Chapiteau à l'église de Saint-Marc, à Venise.

Ce qui vient d'être indiqué pour les chapiteaux simples ou ornés de feuillages sans saillie eut lieu de même pour ceux qui portaient des figures humaines ou allégoriques. Les dessins publiés par MM. Coste et Flandin, sur les rares édifices sassanidesqui se voient en Perse, font connaître des chapiteaux ornés de personnages, et disposés précisément comme ils le furent en Occident, du ixc au xne siècle. (Voir la planche 2 5 1 .) Ces modèles asiatiques avaient été imités par les Byzantins, comme le voyageur Clavijo l'exprime dans la description qu'il fait de l'église de Sainte-Marie-de-Blacherne, à Constantinople. « Toutes les trois (nefs) d'ailleurs étaient soutenues de la même manière : c'est à savoir sur des colonnes de jaspe, et d'icelles

les bases et les chapiteaux étaient taillés avec force figures et toutes manières d'ornements. » La distinction faite parle voyageur entre les figures et les ornements est bien précise. Quand févêque Euphrasius construisit la basilique de Parenzo en Istrie, on exécuta, sous ses ordres, des chapiteaux ornés d'aigles et de feuillages groupés sur une masse de forme byzantine. (V. la planche 299.) Les chapiteaux de l'époque carolingienne qui se voient en Italie dans les édifices construits par les Lombards, ceux qui sont figurés dans les manuscrits de la même période , ont été ainsi décorés de personnages ou d'animaux : on sait combien ils devinrent communs en France, en Allemagne, en Angleterre, au xie siècle. L'élément de ce mode de décoration serait donc aussi oriental, comme celui du système de la simplification des formes examiné précédemment.

L'influence byzantine ne se borna pas en Occident à se produire sur les chapiteaux, elle agit aussi sur d'autres parties importantes des édifices. Les moulures de couronnement se simplifièrent, on supprima, comme en Grèce, les profils élégants de l'art antique pour y substituer de lourds biseaux, imités de ceux qui se voient aux églises du Théotocos et de Sainte- Théodosia de Constantinople, à celles d'Athènes et à Saint- Vital de Ravenne. L'ornementation barbare du Nord décora ces moulures à sa manière; les contrées méridionales y conservèrent encore quelques souvenirs d'une sculpture monumentale de bon goût.

Nos ornemanistes ne furent pas moins que nos architectes religieux ou laïques sous la puissance de cette mode orientale : loin de chercher à rendre les contours gracieux et arrondis de l'acanthe ou de la feuille d'eau, qu'avaient si bien compris les artiste^ grecs et romains, leur ciseau ne produisit que des formes acerbes et aiguës, d'un modelé aigre et à vives arêtes:

cet effet, qui avait été produit en Orient dès les premiers siècles byzantins, sans doute par la copie maladroite de certains modèles antiques, fut chez nous le principal résultat de l'influence néogrecque sur l'exécution de la sculpture décorative; quant aux nombreuses compositions d'ornement qui enrichirent nos édifices religieux jusqu'au commencement du xme siècle, elles lurent quelquefois inspirées par les broderies et l'orfèvrerie importées de Constantinople, mais les créations indigènes y dominèrent, et c'est par un abus de nom qui est basé sur le peu de notions que nous avons encore de l'art néogrec, qu'on a qualifié de byzantins tous ces détails de sculpture entièrement conçus par des artistes septentrionaux.

Les nombreux dessins, inédits pour la plupart, qui sont joints à ces recherches, permettent d'observer que l'architecture chrétienne de l'Orient présente une synthèse complète, depuis les compositions ingénieuses et variées des plans, des façades, des dispositions intérieures, jusqu'aux moindres détails appliqués à la décoration. Un art aussi original sur toutes ses parties doit prendre une place importante dans l'histoire de l'architecture; beaucoup plus fécond que le style latin, qui inventa peu, il forme bien le second degré de l'échelle progressive sur laquelle se placèrent les artistes chrétiens.

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