‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 68 sur 193 · DISPOSITIONS INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS INTÉRIEURES

Tous les édifices qui viennent d'être indiqués comme rappelant sur la terre occidentale les temples de l'empire de By-

zance offraient avec ceux-ci, à l'intérieur, les mêmes relations que leurs parties externes; l'église circulaire des saints Marcellin et Pierre était une rotonde simple et entourée de niches profondes, comme l'église de Saint-George à Salonique; ainsi que cet édifice, elle avait, à la base de sa coupole, des fenêtres qui en éclairaient la décoration; le temple de Sainte-Constance à Rome offrant, ainsi que le Saint Sépulcre, une colonnade à l'intérieur, montrait, sur toutes les surfaces de ses voûtes, des mosaïques conçues et exécutées dans un style peu différent encore de celui de l'antiquité, comme celles qui se voient à l'église de Saint-George citée plus haut. Le temple de Saint- Vital de Ravenne, disposé à l'instar de l'église d'Or d'Antioche, sur un plan en polygone , présente , comme la grande et la petite Sainte-Sophie de Constantinople, des exèdres à colonnes qui, au premier étage, décorent les tribunes des femmes, et au-dessus portent des voûtes en abside pénétrant dans la nef principale. Des marbres précieux forment les compartiments du pavé et ornent les parois inférieures des murailles partout où ne brille pas la mosaïque à fond d'or, et les détails de la décoration sont tous dans le style byzantin. La cathédrale d'Aix-la-Chapelle fut décorée dans le même esprit que l'église de Saint -Vital , puisque Charlemagne demanda au pape Adrien Ier des artistes en mosaïque et des marbres précieux, et qu'ils lui furent envoyés de Ravenne.

Quant aux édifices qui s'élevèrent du xie siècle au xiii°, à l'imitation des précédents, tels que les abbatiales de Saint- Bénigne de Dijon , d'Ottmarsheim et les chapelles des Templiers, ils en diffèrent par quelques variétés dans la disposition des voûtes et des baies, puis par une décoration moins riche, le marbre se remplaçant par la pierre, et la mosaïque par la peinture.

En Occident, comme dans l'empire de Byzance, les temples construits suivant les idées orientales qui se développèrent depuis le règne de Justinien , présentent des dispositions assez variées, lorsqu'ils cessent d'être circulaires ou en polygone. Ces variantes dépendaient , en général , du degré d'importance de l'édifice ; ainsi, à la basilique de Saint -Marc à Venise, qui est le plus vaste des temples byzantins en Occident, on imita les plus grands monuments de Constantinople : là , comme au Théotocos, s'élève un exo-narthex enveloppant toute la partie antérieure du temple et décoré par des colonnes et des coupoles; les nefs, divisées entr'elles par de forts piliers carrés et des colonnades, présentent, au premier étage, de larges tribunes rappelant le gynéconitis des Grecs; des coupoles percées à leur base par de nombreuses fenêtres surmontent la nef, le sanctuaire et les transsepts; toute la décoration est exécutée , comme à l'église impériale de Sainte-Sophie, avec des marbres précieux et des mosaïques à fond d'or.

L'imitation produisit autour de Venise, à Padoue, à Ancône, dans les lagunes, etc. des édifices religieux dans lesquels la pensée orientale se montre plus ou moins développée, en raison soit des ressources locales, soit de l'âge qui vit élever ces constructions bâtardes. Ainsi à l'église de Saint-Cyriaque d'Ancône, c'est encore la croix grecque qui forme les dispositions intérieures; à celle de Saint-Antoine de Padoue, les coupoles, éclairées à leurs bases comme celles de Constantinople et de Venise, reposent sur de grands arcs auxquels se mêlent l'ogive, les roses découpées et une infinité de détails qui rappellent les édifices du nord de l'Europe. Les coupoles de Pise, de Sienne s'élevèrent aussi sous l'influence byzantine, mais elles reposent sur des édifices dans lesquels se développèrent, avec l'épuration italique, les styles roman et ogival,

nés dans les contrées septentrionales. Ce fut dans la même voie que s'établirent celles qui en France, particulièrement dans le Périgord, formèrent une famille à part, dans laquelle on reconnaît l'influence non équivoque de l'architecture néogrecque.

L'Italie méridionale et la Sicile, qui restèrent longtemps sous l'influence politique des empereurs d'Orient , où la langue et les usages des Grecs se maintinrent jusqu'à l'époque de la puissance normande, virent s'élever des édifices sacrés dans le style byzantin ; mais ils furent conçus de préférence sur les dispositions restreintes des édifices secondaires delà Grèce chrétienne, plutôt que sur les vastes distributions qui viennent d'être tracées; les églises déjà mentionnées, des Capucins et de la Martorana, à Palerme, présentent des nefs allongées, indiquant que la pensée latine s'alliait à celle de l'Orient. Le dernier de ces deux édifices offre plus encore que l'autre la physionomie byzantine : son dôme, porté par quatre colonnes, repose sur un tambour cylindrique; les pendentifs y sont disposés dans le système de ceux qui sont gravés à la page 329. Les mosaïques à fond d'or présentent des sujets sacrés expliqués par des inscriptions grecques; elles couvrent toutes les voûtes, et quelques parties des parois, dont la décoration est complétée par des marbres précieux. Le pavé est formé d'entre-lacs de porphyre rouge et vert. Tous ces détails de décoration rappellent ceux que mentionne le voyageur Clavijo dans ses descriptions des églises de Constantinople (Voir la coupe de la Martorana, à la page suivante, n° 298.)

N° 298. Intérieur de l'église abbatiale de la Martorana.

La basilique du monastère de Monréale , auprès de Païenne, présente, comme la précédente , l'alliance des formes latines et grecques, dans son plan, dans sa décoration, dans les détails des portes, etc. Comme à la Martorana, l'ogive y paraît et y exprime l'invasion de l'architecture du Nord sur les conirées méridionales de l'Europe.

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