EGLISES
PLANS
La période de transition montre déjà, dans les pians d'églises monastiques , des modifications qui font entrevoir que bientôt on devait y apporter des changements notables, et toujours dans le but d'améliorer les dispositions antérieures : la façade et les nefs restèrent en général comme elles étaient dans le style roman; mais les transsepts perdirent leurs chapelles, qui se portèrent à l'occident de la choréa, entre cette réunion de sanctuaires groupés circulairement autour du chevet et les nefs transversales; l'addition de ces chapelles vers le fond du temple dut nécessairement allonger le chœur et le sanctuaire : c'est ce qu'on observe à l'abbatiale de Saint- Germain-des-Prés, dont toute la partie orientale présente l'alliance du plein cintre et de l'arc aigu, et fournit un exemple curieux des modifications qui s'opéraient vers cette région des temples à l'époque de la transition. Ce plan a conservé d'ailleurs les précédentes dispositions de la choréa, composée de nombreuses chapelles circulaires et toutes semblables. (Voir le plan de l'église de Saint-Germain-des-Prés à la page suivante, n° l[2 1 '.)
N° 4a 1. Plan de l'abbatiale de Sainl-Germain-des-Prés.
La position donnée à ces chapelles, en deçà de la partie arrondie du chevet , y fit adopter la forme quadrangulaire plutôt que courbe, et cela, pour arrêter d'une manière plus convenable les formes de la partie orientale du temple, les chapelles rondes ne pouvant se reproduire indéfiniment audelà du cercle tracé par le chevet. L'intérieur du sanctuaire, ramené vers ce point à des lignes parallèles, indiquait à l'avance cette disposition carrée. C'est de là, sans aucun doute, qu'est venue plus tard l'idée de mêler d'abord des chapelles quadrangulaires à des chapelles rondes ou en polygone vers le chevet, comme on en. voit un exemple par le plan de l'abbatiale de Fontenelle, placé à la page suivante, sous le n° Cette dernière modification correspond aux xme et xive siècles.
N° 422. Plan de l'abbatiale de Fontenelle.
Enfin on adopta le polygone pour le plan de toutes les chapelles de la choréa, c'est un caractère particulier aux abbatiales des xme, xivc et xve siècles. La plupart de nos églises monastiques construites durant cette longue période de trois cents ans présentent, sauf quelques exceptions, ces formes en polygone aux chapelles du chevet; ce fut, comme on le verra plus loin, une disposition particulière à l'école française. (Voir le plan gravé à la page suivante, n° ^23.)
200i, INSTRUCTIONS.
N° ^2.3. Plan de l'abbatiale de Saint-Nicaise, à Reims.
Vers l'époque de la transition qui nous occupe, le culte de la Vierge prenait un développement qu'il n'avait pas reçu d'abord; la chapelle qui lui était consacrée dans les abbatiales romanes était quelquefois située au fond du sanctuaire, mais semblable à tous égards à celles qui complétaient la choréa. (Voir le plan de Saint-Germain-des-Prés, n° l\i 1.) L'église du
prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, dont tout le sanctuaire est d'une transition bien marquée, et présentant déjà au chevet des chapelles construites sur des plans anguleux, mêlés à des demi-cercles, en fait voir une au fond dans l'axe, beaucoup plus importante que les autres; elle indique ce qui allait bientôt se produire à l'égard du sanctuaire particulier à la Vierge. Au xme siècle, cette chapelle étant insuffisante, on en établit une grande au nord de l'église, mais entièrement isolée; on en voit encore aujourd'hui quelques vestiges, et le plan ci-joint en indique complètement les dispositions générales et l'emplacement relatif. (Voir le plan à la page suivante, sous le n°
Ainsi placée, cette chapelle put prendre tout le développement qui était nécessaire au service d'un culte qui s'étendait alors beaucoup plus que par le passé; la place ainsi déterminée, latéralement au chevet de la grande église du monastère, avait l'avantage de ne pas obliger à détruire l'ancienne chapelle centrale delà chorèa, devenue trop petite; mais cette addition ne pouvait être qu'une mesure transitoire, la chapelle de la Vierge ainsi placée ne faisait pas partie de l'église, on n'y entrait point d'une manière convenable, elle ne participait en aucune façon à l'effet de l'ensemble, et ne s'indiquait pas d'elle-même, dans la conception générale du plan, de sorte que les fidèles la vissent en entrant dans l'église et pussent s'y rendre sans la chercher. Il fallait donc songer à une combinaison plus en harmonie avec le but qu'on se proposait, ainsi qu'avec les grandes dispositions architecturales que l'art du xne siècle laissait en exemple; le nouveau style, si fécond en innovations , trouva bientôt les moyens de combiner le plan d'ensemble d'une manière convenable.
Ce fut. dans une position analogue à la précédente, mais plus espacée, que le célèbre Pierre de Montreau construisit la belle chapelle de la Vierge auprès de l'abbatiale de Saint- Gennain-d es-Prés, à Paris.
Enfin cette position isolée, gênant le service et n'offrant pas la dignité convenable au culte de la Vierge, on établit définitivement sa chapelle réservée à l'extrémité du chevet, et de manière à faire partie de l'ensemble du monument; l'église abbatiale de Saint- Germer, de la période transitoire, en montre une très-remarquable, ajoutée au xme siècle à son plan d'ensemble.
N" 4a5. Plan de l'abbatiale de Saint-Germer
Les églises des maisons religieuses construites après la période de transition reçurent donc, dans la conception intégrale de leur plan, une chapelle de la Vierge placée au chevet; puis, à la même époque, les murs latéraux des nefs secondaires s'ouvrirent pour donner accès dans des chapelles établies longitudinalement devant chaque travée, entre les contre-forts: c'était le complément de toutes les améliorations successives qui devaient être apportées au plan des grandes églises monastiques. (Voir le plan gravé, au n° 426.)