ORATOIRES ET CHAPELLES
PLANS
Les oratoires romans, dont on a vu les plans se caractériser d'abord par d'épaisses murailles, puis admettre ensuite de simples pilastres aux points où retombaient les voûtes d'arêtes ou les arcs doubleaux, se munirent dans leur pourtour, à l'époque transitoire, de contre-forts déjà saillants et destinés à maintenir la poussée des nervures qui tendaient à s'élever. Les absides offraient, comme la période précédente, les formes arrondies ou en polygone; quelquefois même elles étaient supprimées, le sanctuaire étant terminé carrément. Les fenêtres, déjà plus développées que dans la période précédente, gardaient encore des dimensions restreintes.
N° 4 18 Plan de la chapelle du prieuré de Corelli (Cote d'Or).
Dès le xmc siècle, à la légèreté relative des constructions,
vint se joindre l'étendue extraordinaire donnée aux ouvertures ; les plans des chapelles isolées et des oratoires de cette époque ne présentent plus, pour ainsi dire, qu'une suite symétrique de contre-forts ou piliers, saillants au dehors, soutenant des colonnettes destinées à porter à l'intérieur les retombées des nervures; les murs latéraux disparaissent en quelque sorte pour faire place aux fenêtres ou formes. Cette disposition est celle de toutes les légères chapelles de cette époque et des périodes suivantes : nous citerons pour exemples les plans de la célèbre chapelle de la Vierge, à l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés, et celle qui se voyait dans l'enceinte du prieuré de Saint -Martin -des -Champs, sous le vocable de Saint-Michel.
N° 4u9- Plan de la chapelle de Saint-Michel.
FAÇADES
Les façades d'oratoires présentent, durant la période de transition, l'arc aigu se mêlant au plein cintre: c'est à la porte d'entrée ou à la fenêtre qui la surmonte que cette innovation se manifeste d'abord; mais cet arc, mêlé aux formes, aux dispositions antérieures, offre à peine à son sommet la brisure qui le caractérise; on le trouve même parfois établi seulement en décharge au-dessus d'une porte dans laquelle le plein-cintre domine encore.
N° ^20. Chapelle du prieuré de Corelli.
Quelquefois, comme la chapelle de Saint-Gabriel, auprès de Tarascon , en montre un exemple, on trouve l'arc aigu placé au sommet de la façade, pour indiquer la disposition réelle ou projetée des voûtes intérieures.
A partir du xme siècle, les façades d'oratoires présentent déjà de sensibles modifications apportées dans l'art : la porte principale se divise par un meneau portant une statue ; les moulures d'encadrement , plus déliées que celles du style roman, se décorent de légers feuillages; au-dessus de cette porte s'ouvre une rose, fermée par de minces et gracieux meneaux portant un vitrail ; aux angles de la façade , que surmonte une galerie à jour, s'élèvent de sveltes contre-forts à redans multipliés, et surmontés de pinacles; de longues gar-
gouilles jettent au loin les eaux de la couverture.- Ces nouveaux caractères de l'art se continuent durant le xivc siècle sans subir de grandes variations; au xve, les arcs s'abaissent, les formes se contournent, perdent leur gravité; les cintres surbaissés paraissent bientôt s'éteindre sous les détails de l'arcbitecture classique ramenée par la Renaissance.
Intérieur.
L'intérieur des oratoires delà période de transition présente encore l'aspect vigoureux de l'époque romane. Si les parois se décorent d'arcades feintes, elles sont de proportions courtes; l'arc aigu qui les surmonte s'encadre de moulures simples dans leurs profils; les fenêtres, plus développées que celles du style antérieur, n'occupent cependant pas encore toute la surface située entre les faisceaux de colonnes qui s'élèvent jusqu'aux nervures; les voûtes, qui ne sont plus en plein cintre, sont soutenues par des arcs plus sveltes que dans le roman, et dont les moulures changent leurs profils.
Après ces transitions préparatoires , le xme siècle complète le changement des formes; les arcatures qui décorent les parois deviennent légères et trilobées, au-dessus s'ouvrent des baies de fenêtres qui ne laissent entre elles que la place indispensable aux colonnettes qui s'élèvent jusqu'à la naissance des voûtes. De minces réseaux en pierre soutiennent, dans leurs formes rosacées, une brillante vitrerie; des voûtes élancées couvrent cet ensemble, qu'enrichit une décoration peinte ou sculptée, dans laquelle règne un goût fin et délicat.
Le xiv° siècle modifie peu les dispositions et même les formes du xine: moins de sévérité, plus de subdivision et de recherche dans les détails, tels sont ses principaux caractères. La période suivante, au contraire, apporte de notables chan-
gements dans la décoration intérieure des chapelles et [oratoires; elle contourne les arcs, donne aux meneaux des verrières les dispositions les plus capricieuses, supprime les chapiteaux des colonnes, pour prolonger jusqu'au bas les nervures des voûtes et des formerets, couvre ces voûtes de réseaux et de clefs pendantes, détails infinis d'une richesse prodigue, nuisibles à la gravité du sanctuaire.