‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 96 sur 193 · ROSE · texte numérisé non relu

ROSE

La rose, plus fréquente encore sur les façades gothiques que sur celles de l'art antérieur, s'y montre soit complètement isolée, comme à l'abbatiale de Saint-Denis, soit encadrée par les moulures et les colonnettes d'une vaste fenêtre; elle est ainsi à l'église de Saint-Jean-des-Vignes , abbaye de Soissons. Ordinairement pourvue dans son contour d'un cadre épais, son réseau n'offre. plus, comme à la période romane, des colonnettes rayonnant du centre à la circonférence, excepté quelquefois

ençore au commencement du xme siècle; plus ordinairement il se compose d'une rosace légèrement découpée dans la pierre, et servant d'appui à des trilobés dont les supports vont se poser sur le grand cercle. La ferrure qui soutient la riche vitrerie peinte dont se décorent les roses se combine avec la pierre découpée pour consolider le verre, et quelquefois même pour augmenter la richesse des combinaisons variées du meneau. Au xve siècle, les divisions de la rose deviennent trèscontournées dans leurs formes flamboyantes; nous renvoyons, pour tous ces détails, aux cahiers d'Instructions publiés précédemment par le comité des arts, pages 69, 73 et 74.

FAÇADES LATÉRALES

La transition amena sur les faces latérales des églises monastiques, outre l'alliance du plein cintre et de l'arc aigu dans les fenêtres des nefs, l'emploi des arcs-boutants, non encore développés comme ils le furent plus tard, mais offrant déjà les principaux éléments de leurs combinaisons futures. Peu hardis dans cette nouveauté, les constructeurs les allièrent fréquemment encore aux pilastres extérieurs de la période romane. On fit porter la partie la plus élevée de ces grands arcs rampants sur les chapiteaux des pilastres; ils sont ainsi autour du chœur et de l'abside à l'abbatiale de Saint - Germain des-Prés. Le pied de l'arc ou mur étroit destiné à soutenir la retombée ne s'orna pas encore, comme dans le style du xme siècle, de dais, de pinacles et de niches; il garda la sévérité simple, qui était l'un des caractères de l'art qu'on commençait à abandonner. Les corbeaux ou modillons placés sous les corniches ne présentaient plus la physionomie qu'ils avaient précédemment; leurs profils se modifiaient, et l'orne-

mentation y suivait aussi une voie progressive. Au xmc siècle, les façades latérales changèrent d'aspect, les baies s'agrandirent considérablement, les arcs-boutants, devenant plus sveltes, plus hardis, s'appuyèrent quelquefois encore à leur partie haute sur des colonnes voisines des nefs, comme on en voit à l'abbaye de Saint-Denis; le mur de support ou pied de l'arc se surmonta de fleurons, de pyramides légères, de flèches, de statues; un étroit chenal, destiné à l'écoulement des eaux pluviales, fut creusé dans les chappes de pierre qui couvraient l'extrados de l'arc, et de longues gargouilles les jetèrent au loin. Aux xive et xve siècles, cette disposition des arcsboutants fut la même, quant au système de construction; les détails seuls varièrent suivant l'époque. (Voir les précédentes Instructions du comité des arts, p. 62, 63, 64 et 65.)

Les corniches de couronnement des abbatiales perdirent au xme siècle les corbeaux et modil!ons,pour de grandes moulures concaves ornées de crochets et de fleurons d'une exécution large et d'un bon effet; aux xive et xve siècles, des feuillages découpés et très-refouillés dans leurs contours les remplacèrent généralement.

Les extrémités de transsepts, encore peu ornées à la période de transition , se couvrirent au xme siècle de toute l'ornementation qui enrichissait les façades occidentales, et suivirent les phases que présente l'histoire de l'art.

Le clocher placé sur le centre de la croix participa beaucoup à l'effet des façades latérales; l'art roman l'avait fait vigoureux et d'un aspect sévère, la transition lallégit; le xme et le xive siècle le firent svelte, élégant, riche de colonnettes, de balustrades découpées : celui de l'abbatiale de Saint-Ouen est un chef-d'œuvre dans ce genre; ce fut un des derniers qu'on exécuta en France. L'Angleterre en conserva plus longtemps

l'usage. Au xve siècle, on y avait généralement renoncé pour le remplacer par de légères flèches en bois.

Les façades latérales des églises monastiques étaient quelquefois surmontées de créneaux ou de mâchicoulis, comme de véritables forteresses; elles complétaient ainsi l'ensemble du système de défense établi sur les enceintes extérieures. L'Angleterre, qui a conservé la plupart de ses édifices monastiques, présente plus d'un fait de ce genre; ces fortifications s'étendent même sur plusieurs rangs, et l'on en voit qui se développent du côté des cloîtres, comme dans les parties opposées, bien que les cloîtres eux-mêmes fussent munis de tous les moyens militaires propres à repousser une attaque. (V. n° 433.)

Viîlard de Honnecourt a transmis une partie de l'ancienne nomenclature des divers membres d'architecture qui se développaient sur les faces latérales : il donne le nom de filiales aux tourelles qui surmontent les clochers; le toit pyramidal est à quatre ou à huit crêtes, arêtes garnies de crochets. Les bas côtés sont les acaintes, et le mur dont ils sont clos se nommàit plain pan [planus pannus) . L'entablement qui couronnait ces murailles recevait les crétiaus, balustrade en forme de créneaux ou découpée à jour comme le moyen âge nous en olfre de si fréquents exemples; ils forment en effet une* espèce de crête. L'auteur explique comment derrière cette balustrade et plus haut, vers le seuil des formes ou grandes croisées, on doit établir des voies pour circuler facilement. Il nomme arc-buteret l are -boutant, entaulement la corniche qui surmonte les murailles, c'est presque le même mot qu entablement employé de nos jours pour exprimer un couronnement complet. Les verrières ne sont pas, dans sa nomenclature, les peintures sur verre, mais les réseaux de pierre qui les divisent et les soutiennent.

N° 433. Mâchicoulis, à Redon.

CHAPELLES

Les nombreuses chapelles qui furent établies dans les églises gothiques offraient à l'extérieur des dispositions diverses : elles avaient fréquemment des formes simples et quadrangulaires; annexées après coup à l'édifice principal, elles s'appuyaient contre les murs latéraux, n'offrant aucun lien, aucune harmonie avec les lignes, de son architecture. Les églises monastiques de Sainte-Geneviève, de Saint-Jean-de- Latran, à Paris, en possédaient ainsi.

Quand les chapelles élevées latéralement à un grand édifice avaient été conçues dans son ensemble, les lignes de couronnement, les balustrades supérieures, les formes générales et les détails suivaient la loi d'harmonie qui avait guidé l'artiste dans la composition totale; la chapelle n'était alors qu'une partie protubérante, dont la forme carrée, semi-circulaire ou en polygone se reliait en tout point à l'édifice principal.

Ce fut particulièrement au xive siècle que les chapelles latérales se multiplièrent; toute leur profondeur vint s'adjoindre aux nefs secondaires des églises, et lorsque celles-ci étaient d'une origine plus ancienne, on enveloppait leurs contre-forts dans les murs de ces nouvelles constructions. Si l'édifice, au contraire, était conçu à l'époque à laquelle ces chapelles étaient en usage, alors, entrant dans le projet général, leurs murs formaient avec les siens une seule et même construction homogène.

En général, quelle que lût l'époque qui vit élever ces constructions secondaires i elles étaient couvertes soit de terrasses, soit de charpentes particulières à chacune d'elles : dans le premier cas, les couronnements extérieurs et leurs balustrades faisaient disparaître la couverture; dans le second, les toits s'élevaient nettement au-dessus de l'architecture extérieure. Si ce toit était pyramidal, devant lui passait l'appui évidé; s'il était en bâtière, c'est-à-dire à double pente, alors un pignon en pierre, orné de sculpture ou de lignes architecturales, indiquait au dehors la couverture de la chapelle. Il résultait de cette disposition, que fréquemment toute la façade latérale d'une église était couronnée par une suite non interrompue de pignons uniformes dans leur ensemble, mais variés par leur décoration.

Les chapelles étant souvent construites aux dépens de

fiches prélats, de fastueux seigneurs, des familles puissantes plaçaient là leurs sépultures; l'ensemble de la construction se ressentait, de cetle origine, et le luxe, l'abondance des ornements contrastaient avec la simplicité des chapelles voisines, élevées par la communauté; non contents de cette distinction, les seigneurs faisaient peindre, en dehors de leurs chapelles, une litre, large bande couverte de leurs écussons de famille, indiquant d'une manière plus apparente encore que par les armoiries sculptées, quels étaient les possesseurs de la chapelle.

Ces constructions secondaires , élevées par les familles puissantes, n'étaient pas toujours limitées par la largeur d'une travée de l'édifice principal; elles s'étendaient souvent de manière •à comprendre plusieurs de ces travées dans leur développement longitudinal; c'étaient alors de petites églises privées accolées à la grande et communiquant avec elle par de vastes ouvertures latérales, dont une seule, le plus souvent, leur servait d'entrée, les autres se fermant soit par des claires-voies, soit par des monuments funèbres qui s'élevaient assez pour clore, pas assez pour supprimer toute relation entre les deux monuments. La chapelle de la famille d'Orléans , aux Célestins de Paris , présentait ces dispositions.

Enfin, de magnifiques chapelles, consacrées à la sépulture des rois, s'élevèrent soit latéralement à certaines églises monastiques, soit à leur chevet; ainsi, la belle abbaye de Batalha, en Portugal , fondée en 1 385 par le roi Jean Ier, reçut à l'angle de la façade méridionale de son église une remarquable chapelle carrée, prenant la largeur de trois travées de l'édifice principal et contenant le monument funèbre du roi, dans un atrium octogone placé au centre : un autel réservé accompagne le tombeau. (Voir le plan, n° 434.)

N° 434. Plan de la chapelle latérale de l'église de Batalha.

Page 1