A11SIDES
Les absides, plus encore que toutes les autres parties des églises de la transition et des périodes suivantes, présentent ries différences notables avec celles de l'art antérieur. Là s'offre une variété de lignes courbes ou brisées, de toits de chapelles, d'arcs-boutants et de pinacles , de galeries évidées , qui donnent à cette partie des temples un aspect particulier, et produisent les effets d'ombre et de lumière les plus inattendus.
On a vu précédemment, en suivant les développements progressifs des plans, comment les chapelles du chevet passèrent, des formes arrondies données par l'art roman, aux dispositions carrées et en polygones; ces mutations diverses amenèrent sur leurs contours extérieurs de nombreux contreforts plus ou moins ornés, selon que l'époque de la construction était le xme, le xive ou le xv° siècle; il en fut de même pour les balustrades évidées qui les surmontèrent; les baies s'agrandissant se fermèrent de meneaux légers, qui prirent toutes les formes variées qu'admettait le caprice uni à la possibilité de découper la pierre. Entre ces chapelles, sur les murs de séparation, s'élevèrent de longues et minces flèches ornées, contre-poids et points d'appuis des arcs -boutants; ceux-ci se dirigeant vers les hautes murailles du chœur, en maintenaient les voûtes, et permettaient d'ouvrir d'immenses baies, si favorables à l'effet intérieur de cette partie des édifices sacrés. L'abside de l'abbatiale de Saint-Ouen de Rouen présente, sur un double rang, les supports et les arcs-boutants.
L'adjonction faite au xme siècle d'une chapelle particulière consacrée à la Vierge vint ajouter encore, dans les grandes abbatiales, de nouveaux effets à ceux que présentait le chevet, 'déjà si riche. Formant d'abord un petit temple à part et relié par une galerie, comme on le voit à l'abbaye de Saint-Germer (voir le plan, n° 4 2 5), elle devint ensuite un prolongement de l'église elle-même, en s'y attachant dune manière directe et intime, sans intermédiaire.
Les dispositions carrées, admises à l'abside des églises de Cîteaux (voir pages 45 et suivantes) , furent entretenues durant la période transitoire et celles qui la suivirent. Villard de Honnecourt a dessiné un plan qu'il désigne ainsi : « Voici une église d'èquerre qui fut projetée pour l'ordre de Cîteaux. »
(Fol. i/i v.) Dans ces édifices tout l'appareil de décoration architecturale indiquée ici disparaissait et se bornait à une grande muraille percée de fenêtres éclairant le sanctuaire et les chapelles voisines. Toutefois le plan de l'abbatiale de Batalha, dont la partie orientale est gravée à la page suivante, au n° 435, démontre que d'autres ordres que celui de Cîteaux, les religieux de Batalha étaient des Dominicains, adoptant des dispositions analogues, s'écartèrent de la sévérité cistercienne, puisqu'ils établirent à chacune des chapelles de leur chevet d'équerre, des absides circulaires ou en polygone ornées de contre-forts, de verrières et de galeries.
Enfin le chevet de quelques églises monastiques reçut des chapelles sépulcrales, prenant la place de celles de la Vierge, indiquées ici : l'abbaye de Batalha offre celle qui fut consacrée à la sépulture du roi Emmanuel de Portugal; elle est considérable, et de forme octogone à l'intérieur; des chapelles secondaires l'enveloppent. Celle de Thomas Becket au prieuré de Cantorbéry est circulaire et occupe la même place (voirie plan gravé à la planche n° 398), La célèbre chapelle funéraire de Henri VII, à l'abbaye de Westminster, est la plus vaste et la plus remarquable de ces constructions accessoires, faites au lieu occupé ordinairement par la chapelle de la Vierge; reliée à l'abside de l'église abbatiale par un vestibule établi et décoré avec luxe, elle s'étend au loin et présente, par les combinaisons de son ensemble et de ses détails accessoires, tout ce que comportait une chapelle royale conçue avec les ressources de l'art du moyen âge; elle est assez connue pour que nous nous abstenions d'en publier ici le plan. (Le plan de la chapelle du roi, à Batalha, est gravé à la page suivante, n° 435.)
N° 435. Plan de la chapelle royale à l'abside de l'église de Batalha
La décoration extérieure des églises monastiques de la période de transition se compléta par la sculpture et la coloration , comme dans les âges précédents; le style des ornements n'était déjà plus celui qu'avait adopté l'art roman dans toute sa vigueur; à ses formes modifiées par une plus grande recherche des détails, venait se joindre l'emploi plus fréquent de la statuaire, qui commençait à prendre largement sa place dans la décoration architecturale.
Au xme siècle la sculpture d'ornement était complètement changée; on n'y trouvait plus aucun souvenir des formes archaïques conservées sous la période romane; la flore indigène devint la source où les artistes prirent d'abord des inspirations, plus tard ils la copièrent d'une façon presque servile. La statuaire du Nord, à peine ébauchée précédemment, atteignit tout à coup, au xme siècle, une élévation de pensée, de sentiment et d'exécution qui , dans son genre, dépasse tout ce que l'art a produit; la fécondité de nos sculpteurs septentrionaux n'était pas moins remarquable que leur talent; aux xive et xve siècles même abondance de productions, mais dégradation successive du style.
La peinture murale, la coloration de la statuaire et de la sculpture d'ornement vinrent compléter l'effet extérieur des édifices monastiques; ainsi, les Chartreux, les Grands Carmes et autres religieux de Paris offraient sur les façades de leurs églises de vastes sujets peints ou des groupes de figures coloriées, se mêlant aux colonnettes, aux vignes, aux chardons sculptés et rehaussés de couleurs qui décoraient les portes ou les pignons.