‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 99 sur 193 · DÉCORATION DES NEFS · texte numérisé non relu

DÉCORATION DES NEFS

Aux grandes combinaisons des lignes architecturales que présente le style gothique, épuré par l'étude, vint se joindre, pour compléter l'effet général des nefs, une coloration bien entendue des moulures, des chapiteaux, des voûtes et de leurs nervures. Les parties planes des murailles, situées au-dessus des arcs, au fond du triforium et dans les bas-côtés, se couvrirent de sujets religieux, peints avec le goût et l'entente de l'harmonie qui caractérisaient l'art gothique de la fin du xme siècle et de la majeure partie du xive. L'éclat des vitraux venait se joindre à cet ensemble brillant. Les fragments de peintures découverts sur toutes les parties des églises de cette belle période de l'art chrétien donnent des idées précises sur l'effet que voulaient y produire les artistes du moyen âge. La grande abbatiale de Saint-Rem y, à Reims, bien que d'une construction antérieure au style gothique, celle de Saint- Bertin , à Saint -Orner, ont offert de remarquables échantillons de la peinture décorative des nefs dans les maisons religieuses, aux deux principales époques indiquées plus haut.

MEUBLES DES NEFS

Bénitier. — Les styles précédents avaient indiqué la meilleure disposition à prendre pour établir les bénitiers dans le voisinage des portes de l'église, à l'intérieur; on plaça la cuvette au sommet d'un fût tronqué ou d'un socle peu élevé, qui s'orna suivant le style de l'époque. Ceux de la transition et du xiiie siècle sont rares; il en reste du xive; ils sont ordinairement composés d'une cuvette en polygone, plus ou moins ornée à l'extérieur, et portée sur un fût de colonne prismatique décoré de moulures. Nous donnons ici celui de Quimper, qui date de la fin du style gothique. La cuve est enveloppée dans des feuillages de chêne; des clochetons flanquent la tige, que supporte une large base de feuillages.

N° 437. Bénitier à Quimper.

On fit aussi des bénitiers appliqués contre les murs et même contre des colonnes simples ou multiples; ils se composaient d'une cuvette à plusieurs faces, se réduisant en pyramide par le bas; un dais semblable à ceux qui surmontent les statues couronnait l'ensemble.

L'église des Grands Carmes, à Paris, offrait un exemple de bénitiers, au nombre de trois, et en forme de coquilles, placés à l'extérieur de la porte; deux étaient appuyés aux piedsdroits, le troisième au meneau de division. Ainsi placés en dehors, ces bénitiers rappelaient l'usage de l'ablution extérieure des premiers siècles chrétiens.

Fonts baptismaux. — Les fonts baptismaux de la période de transition présentent de l'analogie avec ceux de l'art roman ; le cintre y est remplacé par l'arc aigu, soit dans l'ornementation des faces latérales de la cuve, soit clans la liaison des piliers ou colonnettes qui la supportent.

Ceux des xmc et xivu siècles, tout en conservant quelquefois les formes antérieures, ou en s'élevant sur un plan en polygone, se distinguent par une ornementation toute différente. Ce sont de larges frises de feuillages mêlés à des têtes humaines, des panneaux composés de rosaces déliées et de trilobés, des frontons aigus semblables à ceux qui surmontent les dais de couronnement des statues, Au xve siècle, les fonts prennent les formes prismatiques les plus variées, s'élevant tantôt sur une colonne cylindrique, tantôt sur des pieds divisés en facettes nombreuses.

Le métal, employé dès les premiers siècles du christianisme pour l'établissement des fonts baptismaux, fut sans doute aussi mis en œuvre durant tout le moyen âge; mais, comme tous les monuments de ce genre, ces meubles ont disparu généralement; quelques exemptés cependant ont survécu : on en

voit des xiiic, xive et xve siècles, en plomb et en cuivre. C'est particulièrement dans le nord de l'Europe qu'on retrouve des fonts exécutés en métal. Ils ont la forme d'un vase plus ou

N° 438. Fonts en cuivre à Cologne.

moins orné et surmonté d'un ample couvercle, soulevé, pour la cérémonie, par une grue en fer, richement décorée et com-

binée (Tune manière ingénieuse pour l'éloigner. M. J. Gailhabaud, à qui Ton doit deux belles publications relatives à l'art du moyen âge, a fait connaître une série de fonts baptismaux en métal, qui offrent beaucoup d'intérêt; l'auteur s'est particulièrement appliqué à reproduire les machines ingénieuses au moyen desquelles on soulevait facilement le couvercle pour Je déplacer au moment de la cérémonie1.

Chaire. — Les chaires à prêcher de la période ogivale sont

N° 43g. Chaire à Nieuport.

\ . L' Architecture du v° au xvn' siècle et les arts qui en dépendent.

devenues rares, parce qu'elles furent généralement construites en bois : quelques-unes, établies en pierre ou en marbre, ont survécu; on en voit même dans lesquelles le fer et la tôle découpée forment les panneaux de décoration. Ces meubles, spécialement consacrés aux prédications , comme les ambons des périodes précédentes, pouvaient être disposés de deux manières : ils étaient complètement isolés, ou appuyés contre les murs et piliers des édifices; on en plaça même sur les jubés qui séparaient le chœur de la nef, et quelquefois le préau des cloîtres ou les façades des églises offraient des chaires élevées en plein air pour les jours de grandes réunions ou pour des fêtes particulières, celle des Morts, par exemple.

L'Italie nous montre des chaires isolées de l'époque gothique, construites en marbre, et qui, par leur configuration, leur stabilité, peuvent être considérées comme servant de transition entre l'antique ambon et la chaire du Nord. La forme et la disposition des chaires sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans de grands développements à leur égard; nous donnons (n° 43 9) la figure de celle que nous avons recueillie, en Belgique, il y a peu d'années; elle est du xve siècle; sa construction en bois offre de l'intérêt, particulièrement à l'égard de l'escalier, qui est d'une grande légèreté. De charmants bas-reliefs décorent le sommet du meuble et les panneaux d'appui. Des statuettes rappelant les traits et les attributs des grands orateurs chrétiens sont placées dans la partie inférieure du meuble, entre les piliers qui le supportent. La place donnée dans les nefs à la chaire de prédication ne fut pas partout la même; généralement elle occupa le côté du midi, et s'appuya contre le pilier de l'une des dernières travées; on en porta aussi contre l'un des piliers toraux; enfin, lorsqu'elle offrait de l'importance par son éten-

due, on la mettait dans le vide formé par l'une des arcades de la nef; dans ce dernier cas, des balustrades à hauteur d'appui fermaient l'arcade, pour éviter, autour de la chaire, la trop grande circulation qui aurait troublé l'orateur.

N° Mo. Chaire à Saint-Pierre d'Avignon.

Les chaires appuyées contre les murs ou les piliers des églises sont d'une forme ordinairement moins compliquée que les autres, puisque leur partie postérieure est supprimée. Quelquefois une colonne engagée supporte la partie inférieure de ces chaires; c'est ainsi que se présente celle de l'église du couvent d'Assisi ; ailleurs c'est un pilier prismatique

ou toute autre combinaison qui la soutient; celle de l'église de Saint-Pierre d'Avignon est dépourvue de ces supports et repose sur une base. Ordinairement l'escalier est pratiqué dans l'épaisseur de la muraille ou du pilier contre lequel est appuyé le meuble; une porte donne entrée dans la chaire.

N° ââi. Chaire extérieure des Grands Carmes.

L abat-voix ne paraît pas être d'invention antérieure au \vc siè-

cie, les anciennes chaires gothiques en sont dépourvues; celles de Saint-Lô et de Vitré situées en plein air, la chaire qui, à Paris, s'élevait dans le préau des Carmes, sont surmontées d'un abat-voix. C'est peut-être à ces meubles placés à l'extérieur, et qu'il fallait préserver de la pluie, qu'on reconnut l'utilité de cette annexe, pour étendre au loin la voix de l'orateur. (Voir au n° l\ /ii, page précédente, la chaire des Carmes.)

Bancs. — Quelques églises présentent dans les bas-côtés, contre les murailles latérales, des bancs continus en pierre, à l'usage des fidèles ; on en voit aussi sur lesquels les places sont divisées, à peu près comme des stalles, par des appuis pour les bras. Ce ne fut guère qu'à la fin du xve siècle qu'on plaça dans la nef principale, des bancs en bois, d'une construction simple et légère.

Orgues. — Les orgues ont été inventées parles anciens. Héron, Vitruve et d'autres auteurs en décrivent le mécanisme ; dans les premiers siècles chrétiens on en figura sur la base de l'obélisque de Constantinople. Ces instruments étaient alors infiniment moins développés qu'au moyen âge, et par conséquent de nos jours; leur introduction dans les églises est ancienne; des édifices de l'époque romane démontrent par leur disposition qu'ils contenaient des orgues assez étendues pour contribuer à la décoration de la nef principale. Elles ont été détruites ainsi que celles de l'époque gothique : toutefois, l'église de Saint-Jean, à Perpignan, montre un buffet d'orgue dans lequel le style du xve siècle se remarque; un double volet, peint à l'intérieur et daté de i5o<4, sert à fermer l'instrument. Les villes de Reims, d'Amiens, conservent, sinon les orgues du moyen âge, au moins les encorbellements gothiques en bois qui leur servaient de supports. Dans la première de ces deux villes, l'ancien existait encore au siècle de Louis XIV.

Si.

Jubé. — Entre la nef et le chœur s'élevait une clôture qui n'offrait plus les dispositions adoptées dans l'architecture romane : l'art gothique fit renaître celles que présentaient quelquefois les basiliques latines et toujours les églises néogrecques : c'était le jubé. Rarement établi au xme siècle, du moins autant que nous en pouvons juger, il se multiplia aux xive et xve. Son rôle était celui de la trabes, qui séparait le clergé des fidèles et portait à son sommet le Christ en croix; il en différait cependant, en ce que, l'arc ayant remplacé l'architrave, toutes les ouvertures étaient des arcades aiguës, plus ou moins élevées, selon les proportions de l'édifice ou les effets que l'architecte s'était donné de produire.

On montait au jubé par de petits escaliers adroitement cachés par les piliers voisins ou disposés pittoresquement pour la décoration ; arrivé au sommet du jubé , on était préservé des chutes par de riches balustrades plus ou moins élevées. A l'époque de certaines fêtes on prêchait du haut de ces tribunes, et une chaire spéciale y était quelquefois disposée à cet effet; on y exposait des reliques, on y plaçait des musiciens lorsque le temps ne permettait pas de faire au dehors la procession des Rameaux ; en Angleterre on y a établi les orgues, peut-être dans la même intention.

L'arcade du milieu, destinée au service du chœur, était fermée par des grilles mobiles, les autres par des clôtures fixes, quelquefois même par des murs pleins; généralement des autels s'appuyaient contre le jubé; il est probable que celui du Christ en croix , qu'on a vu précédemment figurer sur le plan de l'abbatiale de Saint-Gall , était établi provisoirement devant la porte centrale du jubé à l'occasion de la fête des Rameaux. Le plus beau jubé qui soit connu était celui de l'abbaye de Saint-Ouen, de Rouen, gravé dans le Monasticon

GalUcanum, ouvrage non terminé. Quelques édifices de la France, de l'Angleterre, de la Belgique, montrent des jubés remarquables, construits en pierre ou en bois.

CHAPELLES

L'architecture intérieure des chapelles s'harmonisait avec celle de l'édifice principal; elle n'en différait ordinairement que par des proportions plus fines , en raison de la moindre étendue qu'offraient ces sanctuaires restreints. A l'époque de la transition, c'était un style simple et sévère, empreint des souvenirs de l'architecture romane, des nervures de voûtes d'un profil accentué, de simples tores autour des fenêtres. Les colonnes, plus grêles que celles de l'église, gardaient des proportions courtes encore, mais la forme de leurs bases, les chapiteaux plus finement sculptés et se modifiant dans leur composition, exprimaient la révolution ébauchée. Les chapelles de la choréa, aux abbatiales de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Germain-des-Prés, offrent ces différents caractères.

Au xme siècle tout était changé; des colonnettes légères s'élevant du sol jusqu'aux nervures de la voûte ornaient les angles des chapelles, et se reproduisaient dans les trumeaux, si plusieurs fenêtres les éclairaient; les clefs de voûtes s'ornaient de sculptures; l'arc aigu, qui précédemment se mêlait au plein cintre, régnait ici exclusivement. De larges baies latérales ou placées au-dessus de l'autel s ornaient de nombreuses moulures combinées; des meneaux de pierre découpés en roses y maintenaient les vitraux; le xive siècle apporta peu de changements aux chapelles; au xve siècle, les nervures et leurs clefs prirent des superfétations de pierre sculptée, les fenêtres et leurs meneaux des formes capricieuses qui caractérisent cette époque.

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