‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 98 sur 193 · NEFS · texte numérisé non relu

NEFS

Les voûtes en berceau exécutées d'abord sur les églises romanes s'étant modifiées par le système de construction à

nervures diagonales, chaque travée des nefs dut se surmonter de formerets, ou arcs parallèles à l'axe principal, et dont les dispositions élevées pussent amener leurs clefs au niveau de celles des croisées d'ogives; ce besoin de surélever les formerets conduisit à les tracer en arcs aigus. Sur toute l'étendue de la grande nef s'établit alors une série de courbes nouvelles, nécessitées par la construction.

Des parties hautes, ces arcs passèrent bientôt à la suite continue d'arcades formant séparation entre les nefs; la période de transition présenta donc d'abord l'arc aigu au sommet et au bas des églises, le plein cintre persistant, en général, aux ouvertures des fenêtres, aux arcs des galeries feintes ou réelles qui décoraient les murs.

Le xme siècle fit plus que la période transitoire : il appliqua, en système complet, l'arc aigu à tout cintre de porte, d'arcade ou de fenêtre, de galerie ou d'arc figuré; de là naquirent l'harmonie et l'unité qui caractérisent les édifices de cette période. L'elFet qui en résulta fut un exhaussement général des diverses parties des édifices, et conséquemment de leur ensemble.

Le constructeur devenu si habile, si entreprenant, qu il laissait loin derrière lui tout ce qui s'était fait jusqu'alors, fa distribution architecturale dut se plier aux exigences de ces beaux résultats: les voûtes s'élevaient sans obstacles, les baies et les colonnes s'allongèrent, tous les détails d'art entrèrent dans cette voie ascensionnelle demandée par l'harmonie, de là les faisceaux de colonnettes légères, les fines moulures verticales qui caractérisent les nefs de ce style d'architecture.

Le xme siècle, placé dans cette voie novatrice, conséquence de tout ce qui s'était passé dans le Nord depuis le xie, repoussa donc tout ce que l'art roman avait, dans certaines contrées, conservé encore des proportions et des formes païennes; on

n'y vit plus rien de ces dispositions archaïques présentées par l'Italie et le midi de la France à l'époque de transition ; plus de ces alliances de formes antiques, de pilastres cannelés, de chapiteaux classiques mêlés à des arcs aigus, comme en offrent l'Aquitaine, la Bourgogne et quelques provinces du centre; ici paraît une création tout entière, et c'est celle du Nord, novateur toujours conséquent avec lui-même, et mettant la dernière main à son œuvre.

Toutefois, dans cette marche progressive de l'architecture chrétienne, on doit remarquer, à l'égard du style intérieur des nefs d'abbatiales, une suite successive d'améliorations réelles qui se produisirent jusqu'au xive siècle inclusivement; ainsi, dans la première moitié du xme, les supports des travées sont généralement de fortes colonnes isolées, dont les larges chapiteaux portent simultanément les moulures qui encadrent les arcs et les bases des colonnettes élevées jusqu'aux voûtes, disposition peu étudiée encore et derniers souvenirs de la période précédente; la seconde moitié du même siècle, au contraire, montre à cet égard un progrès réel; les grands faisceaux de colonnettes partent du sol, d'autres faisceaux, plus courts et complétant les piliers, s'étendent jusqu'à l'imposte indiquée par des chapiteaux subdivisés comme eux, les moulures de l'arc s'y reposent et reproduisent, par les profds, le plan de leurs piliers de support; ici commence l'harmonie de détail : l'abbatiale de Saint-Denis en offre un exemple.

Les grands arcs de séparation des nefs, très-bien combinés déjà pour la construction et le décor, restent cependant peu élancés et dans des proportions archaïques; il en résulte, pour l'effet de la travée, que sa partie inférieure n'est pas en rapport avec ses régions élevées, que le triforium ou galerie qui surmonte l'arc est trop près du sol, qu'il prend une trop

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grande importance pour son rôle secondaire, qu'il laisse trop d'espace entre lui et les voûtes. La fin du xme siècle et le xive résolurent avantageusement ces questions d'harmonie intérieure des nefs, en allongeant beaucoup les grands arcs, ce qui ramena l'ensemble à des proportions convenables.

Le plus bel exemple qui nous reste d'un édifice monastique de l'art du Nord est l'abbatiale de Saint-Ouen de Rouen , dont nous reproduisons ici une travée. Construite au xive siècle, cette église présente dans ses nefs un résumé de toutes les tendances qui, depuis l'abandon du style roman, devaient amener l'art chrétien à sa perfection. (Voir le n° 436.)

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