PARIS
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Vers le règne de Constantin , lorsque les croyances païennes disparaissaient devant la morale du Christ, quelques hommes, guidés par une piété ardente, quittèrent le siècle en fuyant dans les solitudes les plus profondes, pour s'y livrer librement à la vie religieuse; Taustérité de leurs mœurs, les privations rigoureuses qu'ils s'imposaient, l'oubli de tous les biens de ce monde , attirèrent sur eux le respect des populations ; ils choisirent d'abord les déserts de l'Egypte, puis les rives de la mer Morte et du Jourdain,
Ces exemples peuplèrent bientôt de solitaires la Thébaïde et l'Asie; l'Europe, non moins agitée que l'Orient, les vit paraître avec le même intérêt; ils s'y multiplièrent sans retard. Les ascètes ou ermites vivaient complètement seuls, dans des grottes ou dans de misérables cabanes qu'ils construisaient avec des branches d'arbres ou des pierres sèches ; d'autres, cédant aux instincts de la sociabihté humaine, rapprochèrent leurs cellules les unes des autres pour se prêter de mutuels secours et se réunir dans la pratique des exercices religieux : à ceux-ci on donna le nom de moines; ils pensèrent bientôt à vivre dans une habitation commune , et ce fut l'origine du cœnobium.
Il INTRODUCTION.
L'institution de la vie monasticpie , événement qui eut tant d'influence sur la politique d'alors, et contribua si puissamment aux progrès de la religiiHi chrétienne, ne fut pas moins utile à la société moderne, en lui consenant toutes les traditions des connaissances humaines, en étendant la culture, en répandant les sciences et les lettres, les arts et Tindustrie. Cette vie inconnue des anciens, basée sur des idées nouvelles , conduisit naturellement les honunes qui s'y livrèrent à créer autour d'eux tout ce qui était nécessaire à sa réalisation : l'architecture fat un de leurs plus pressants besoins, ainsi qu'un moyen sûr d'attirer à eux de nouveaux disciples, en leur oflBrant un abri contre les misères de cette époque de destruction et de guerres continuelles, de dispersion des fortunes et de ruine des positions sociales. Les édifices variés qui entrèrent dans la construction des monastères et de leurs nombreuses dépendances ofirirent une physionomie particulière , des distributions neuves qui ne pouvaient être admises ailleurs, puisqu'elles naissaient de besoins et de services inconnus jusque-là ; ce fut donc un art spécial que les moines créèrent , et auquel nous pouvons conséquemment donner le nom d architecture monastique.
Les solitaires de l'Orient fiirent guidés par saint Macaire, saint Antoine, saint Hilarion; ils durent à saint Pacôme les premières institutions qui donnèrent de l'ensemble à tous les éléments isolés de cette vie nouvelle; puis les innombrables moines qui se répandirent sur toutes les provinces de l'empire oriental acceptèrent , à la fin du iv^ siècle , la règle écrite par saint Basile ; elle devint la base de la vie
INTRODUCTION. m
du cœnobium, lorsque s'établirent les monastères de leglise grecque; cest elle qu*on observe encore dans toutes les contrées de TOrient et du Nord qui suivent le rite de cette église.
L'Occident, qui se couvrit de même de religieux, sous la conduite ou Tinfluence de saint Athanase, de saint Ambroise, de saint Honorât, de saint Martin, de saint Hilaire, les vit réunis d'abord par les règles de saint Golomban et de saint Ferréol : ceux qui préférèrent la vie érémitique à la communauté eurent plus tard la discipline de Grimlaïc. Au VI* siècle , saint Benoît écrivit sa règle en Italie ; elle se répandit rapidement dans tout l'Occident, et devint à peu près la seule qui y fut pratiquée pendant un grand nombre de siècles. Les sciences , les lettres et les arts admis par saint Benoît dans les monastères, contribuèrent puissamment à la prospérité des établissements de cet ordre, et, grâce au zèle des fondateurs et des abbés, les églises monastiques et les principaux édifices des maisons religieuses réunirent bientôt tous les trésors de l'intelligence humaine.
L'Orient marchait dans la même voie, lorsque l'empereur Léon risaurien, au milieu du viii® siècle, lança ses édits iconoclastes, sous le prétexte que les images détournaient de leur véritable voie les hommages dus au Créateur ; les monastères de l'empire furent alors dépouillés des nombreuses et riches décorations que mutilèrent ces édits barbares , et peut-être doit-on voir ici la cause de la stagnation de l'art en Orient.
L'Occident, plus sage, loin de partager l'erreur des iconoclastes, profita des nombreuses émigrations d'artistes