‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 15 sur 54 · Postica juxta aulam novani · texte numérisé non relu

Postica juxta aulam novani

Quelques cartulaires anciens * renferment des dessins précieux sur les monastères, mais ils sont infiniment moins développés que celui-ci. Tantôt, c'est l'église seule qui est exprimée avec quelques accessoires, comme dans un manuscrit relatif à la fondation du prieuré de Saint-Martin-des- Champs, à Paris, par le roi Philippe I"^. Ailleurs, on retrouve le dessin de quelque autre partie d'une maison religieuse ; une prison, par exemple, est reproduite dans l'histoire du Mont- Cassin , par Gattola.

On connaît quelques dessins du xiii* siècle représentant des édifices religieux; les palimpsestes de la ville de Reims sont de ce nombre : ils ont été publiés dans les Annales archéologiques en 1847.

Dom Bouillard, dans l'histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés , à Paris, a fait graver un dessin que renfermaient les archives de ce monastère célèbre, et sur lequel était tracée une vue générale de cette maison telle qu'elle était en i368, après que Charles V eut fait compléter son enceinte fortifiée et les fossés qui l'enveloppaient. On peut tirer de ce précieux dessin un grand nombre de renseignements utiles pour l'histoire du monastère. On y voit comment étaient disposés la porte et le pont-levis, quelle était la distribution des tours et des échaugueltes sur les murailles , la place occupée par la porte Papale. (Voir le dessin à la page 3o.)

A. Porte; B. Eglise; C. Chapelle de la Vierge; D. Dortoir; E. Cloître; F. Porte Papale; G. Réfectoire; H. Fossés; I. Pilori. K. Hôtellerie du Chapeau-Rouge; L. Barrière; M. N. 0. Chemins autour de l'abbaye; R. Clos.

^ ('D Cartulaire de Savigny, Biblioth. nationale n* iq5, contient une vue de cette abbave.

' Ce manuscrit est à la bibliothèque de la ville de Paris.

N* i8. Vue de l'Abbaye de Saiot-GermaiD-des-Pfés.

Nous ne devons pas omettre ici de recommander l'élude des tableaux ou peintures murales qui pourraient présenter des documents graphiques sur les monastères; l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés fournit un de ces tableaux précieux dans lequel le peintre a figuré l'église, l'enceinte fortifiée, la porte et les ponts-levis de ce monastère tels qu'ils étaient en i4io'.

' Voir l'Hiaioire de l'nbbaje de Saînt-Gcrmain-des-Prés, par dom BouilUrd, et la Slatiatique de Parti, liTraU. 3i, Alb. Lenoir, iâ<i8.

C'est à partir du xv* siècle que les dessins originaux exécutés, soit pour tracer les projets, soit pour reproduire les formes des édifices construits , comnaencent à devenir moins rares que dans les périodes précédentes. Ils sont tous exécutés à la plume avec beaucoup de soin; quelques-uns sont lavés de manière à indiquer les baies et les ombres portées. Dessinés sur parchemin, ils sont pour la plupart tracés géométralement , avec une échelle donnée , et ne peuvent être que des projets établis à l'avance pour la construction des édifices. Ils sont d'autant plus précieux à conserver, que généralement les architectes en exécutant les projets modifient leurs premiers dessins; ils peuvent aussi se rapporter à des. édifices détruits ou qui n'ont jamais été faits.

Les dessins d'édifices se nommaient, au xv* siècle, /)ourtraiture. Ce mot est plusieurs fois répété dans un devis descriptif dressé par Clausse, architecte de Metz, chargé, en 1^7 5, de construire auprès de la cathédrale , la chapelle de Victoire ou des Lorrains. « Ljedit portai et les coustées d'icellui seront et devront être en telle manière et fasson comme la pourtraiture le montre ^ »

A une époque où le parchemin devint rare , on effaça des dessins pour écrire à leur place, aussi en retrouve- t-on dans quelques manuscrits; c'est ce que l'on nomme des palimpsestes. Un angle du plan de Saint-Gall est dans ce cas, un moine ignorant Ta gratté pour écrire une note insignifiante. Il est quelquefois très- difficile de retrouver les contours complets des édifices sous les caractères qui sont venus les remplacer. On doit cependant, lorsqu'on rencontre dans un manuscrit quelque trace de ces dessins, ne rien négliger pour arriver à cet important résultat. Nous indiquons aussi Tétude des

' Histoire de la cathédrale de Metz, par BegÎD, t. Il, i8&3.

tapisseries, des peintures sur le verre, le vélin, le bois ou les murs, dans lesquelles on remarque des reproductions plus ou moins fidèles d'édifices religieux, civils ou militaires, et qui peuvent fournir des renseignements précieux relatifs à des monuments connus ou ignorés; lors même que ces représentations sont fictives et n'auraient existé que dans l'imagination des artistes, elles sont encore utiles à recueillir et à consulter, parce qu elles n'ont été généralement conçues que d'après des souvenirs et des données en partie réelles ; enfin , sur des sceaux, des médailles et des jetons, on a figuré des maisons, des abbayes, des châteaux, des forteresses, des fontaines et d'autres monuments précieux pour l'histoire de l'art au moyen âge.

Les chapitres avaient ordinairement un sceau différent de celui de l'abbé; on y a quelquefois représenté le monastère, autant que le permettait la gravure en médailles, qui ne donnait alors, comme aujourd'hui, que l'aspect général des édifices; on peut cependant y voir des détails précieux sur la disposition des enceintes, des tours, de l'église ou des bâtiments principaux.

Durant le xvi"" siècle, l'art du dessin se répandant plus qu'à toute autre époque antérieure, des plans, des vues perspectives furent levés en grand nombre, et plus d'un dépôt public, plus d'une collection particulier, peuvent présenter des dessins de monastères datant de ceti^période ou du siècle suivant; la vue du prieuré de Saint-Martin-des-Champs que nous publions ici est de ce nombre, ainsi que le plan du même monastère donné à la page 49.

N* 19. Vue du Prieuré de Saint-Martin-dcs-Champs. (Planche gravée.) ^ V. la Statistique monumentale de Paris. Prieuré de Saint-Martin-des-Champs. A.Lenoir.

ARCHITECTLRE MONASTIQUE. 33

Depuis riuvenlion de la gravure, on a reproduit par ses procédés des plans et des vues de monastères. Nous avons déjà mentionné les collections les plus importantes; de nombreuses planches isolées ont été publiées, nous reproduisons ici une de celles qui se trouvent au mont Athos, n** 20. Il serait utile, avant de commencer Tétude des ruines d'une maison religieuse, de rechercher si une gravure ou même une lithographie pittoresque auraient conservé le souvenir des parties de constructions détruites depuis leur exécution.

Enfin une dernière espèce de dessins, qu'on nomme épures, doit être recueillie avec le plus grand soin, parce qu'on pourrait, par elle, connaître h quel point était arrivée la géométrie descriptive au moyen âge, puisque c'est par les procédés fournis par cette science qu'on prépare aux ouvriers de tous genres, dans les constructions importantes, les tracés qui doivent les guider pour arriver à des résultats complets et positifs. Déjà on a fait quelques découvertes de ces dessins sur le parchemin de palimpsestes, et des épures et autres tracés géométriques nécessaires pour l'exécution sont gravés en grand sur les dalles de couverture des églises de Limoges, de Glermont- Ferrand et de Narbonne; ils démontrent qu'au moyen âge on connaissait les procédés graphiques employés d<;ns l'antiquité, comme aujourd'hui, pour diriger les travaux K

AKCHITECTES ET OUVRIEKS.

Les apôtres et les premiei's évêques lurent les guides naturels des constructeurs appelés à édifier les basiliques dans lesquelles se réunirent d'abord les fidèles, et, lorsqu'ils portèrent la foi dans les provinces de l'empire, eux seuls pouvaient indi-

' Annales archéologiques, t. VI, mars 1847.

I^STI\ucTIO^s. — 11. j

quer ou tracer de leurs propres mains les distributions des édifices nécessaires à l'exercice du nouveau culte. Nous avons

vu précédemment saint -Martin de Tours dirigeant la construction de l'oratoire du premier monastère des Gaules, à Ligugé, et, plus lard, celui de Marmoutier, auprès de Tours, sur les bords de la Loire. Saint Germain, sous Childebert, conduisait les travaux de l'abbaye de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés, à Paris. « Childebertus . . . . aedifica- « tam secundam bealissimi Germani dispositionem basîlicam , » dit Aimoin en parlant de la fondation de ce monastère ^ Perpetuus agit de même à l'égard des églises de Saint-Martin et des apôtres saint Pierre et saint Paul à Tours^. Namatius, huitième évêque de Clermont, dirigea au v® siècle la construction de la cathédrale^; un disciple des apôtres envoyés dans les Gaules étant allé à Bourges, y annonça le Seigneur; il enseigna à un petit nombre de convertis, qui furent ordonnés prêtres, à construire une église^. Léon, qui fut évoque de Tours sous le règne de Clovis, était un homme distingué et surtout habile dans l'art de construire en bois^.

Bientôt saint Benoît établit dans sa règle que l'architecture, la peinture, la mosaïque, la sculpture et toutes les branches de l'art seraient étudiées dans les monastères; aussi le premier devoir des abbés, des prieurs, des doyens, était-il de tracer le plan des églises et des constructions secondaires des communautés qu'ils étaient appelés à diriger. Il s'en suivit que, dès les premiers siècles chrétiens jusqu'aux xif et xiii^ siècles, l'ar-

^ Aimoin, Hist, liv. II, c. xxix.

* Grégoire de Tours, liv. U, c. cxiv, p. 177. ' Idem, liv. II, c. cxvi, p. 179.

* Idem, îiv. I", c.cxxix, p. 63.

* Idem, liv. Ili, c. cxvii.

chilecture, science réputée sainte et sacrée, n'était pratiquée que par des religieux; aussi les plus anciens plans qui nous restent, ceux de Saint-Gall et de Cantorbéry, sont-ils tracés , Tun , parTabbé Eginhard, selon l'opinion de Mabillon ; l'autre par le moine Eadwin.

L'abbé Gotzbert, après avoir reçu l'esquisse d'Eginhard, dut nécessairement développer ce projet pour arriver à l'exécution, et fut ainsi le véritable architecte de son monastère.

Dans le siècle suivant, en 978, Anstens, moine de Gorze et abbé de Saint-Arnould de Metz, était renommé dans Tarchitecture. « Archilectiirae non ignobilis ei peritia suberat : ut «quidquid semel disposuisset, in omnibus locorum et aedi- « ficiorum symmetriis vel commensurationibus non facile cu- « jusquam argui posset judicio K »

Les XI* et xii* siècles sont trop riches en faits de ce genre pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici; durant cette période, toute la chrétienté se couvrit d'édifices admirables dus à l'art et à l'industrie des moines, qui , préparés par les études et l'expérience que leur léguaient les siècles précédents, durent trouver un nouveau stimulant, pendant ce moment de régénération générale, dans l'élan que les rois leur donnèrent pour relever les immenses ruines du ix*' siècle. Déjà durant cette période quelques laïques furent chargés de travaux; mais leur emploi comme architectes était assez rare pour qu'on en conservât le souvenir. On voit dans la cathédrale de Wurzbourg, bâtie en lo^'i, une inscription de 1 133 indiquant que Téglîse ayant besoin de réparations et d'ornements on en confia l'exécution à Enselimes layciis, déjà connu par la construction d'un pont remarquable. On cite Alberon laicus à Cologne.

* Vita S. Joann Gorz, c. lxvi in AcI. SS. 0. B. I. VII. ad annum 973.

Lorsque le style ogival vint remplacer celui des âges antérieurs, Tarchiteclure sacrée passa des mains des religieux dans celles des laïques, comme Ta démontré M. Vitet^ Paris nous montre alors les célèbres réfectoires du prieuré de Saint-Martindes-Champs et de Tabbaye de Sainl-Germain-des-Prés, la chapelle de la Vierge, dans cette dernière abbaye, construits par Pierre de Montereau; mais les moines ne renoncèrent pas complètement à l'étude et même à la pratique de l'architecture, qui avait donné précédemment à la vie des cloîtres un reflet si brillant, aussi vit-on jusqu'à la fin du xv!!"" siècle quelques religieux artistes contribuer à la décoration des églises abbatiales : nous citerons le frère Jacques Bourlet au monastère de Saint- Germain- des-Prés, en 1673.

Quant à la construction matérielle, la maçonnerie des églises monacales et des dépendances des maisons religieuses, nous la voyons aussi confiée à l'intelligence et au courage des moines, qui exécutaient ces rudes travaux de leurs propres mains et sans le secours d'ouvriers étrangers. Citons ici un passage de l'introduction de l'Histoire de saint Bernard, par M. de Montalembert, auquel nous devrons, dans ce travail, plus d'une note précieuse : « Les moines travaillaient en chantant des psaumes ^ et ne quittaient leurs outils que pour aller à l'autel et au choeur^; ils entreprenaient les tâches les plus dures et les plus prolongées, et s'exposaient à toutes les fatigues et à tous les dangers du métier de maçon ^. Les supé-

^ Noire-Dame de Noyon, partie I", c. ix.

* Par exemple lors de la construction du Ramsey, au ix' siècle, aci. SS. G. B, t. VII, p. 734.

^ aHenricus in cujus manu semper dolabrum versalur, excepto quando stat ad aL taris sacri minislerium. » (Ermenrici epist. ap. Mabill. Analect, p. à^i»)

* Lors de la construction du monastère de Pompose, sous rabbé Guy (io46), «Fratribus operantibus aliquando crates lapidum ruderibus graves, non sine diabolico ins-

rieurs aussi ne se bornaient pas à tracer les pians et à surveiller les travaux, ils donnaient personnellement l'exemple du courage et de riiumilité, et ne reculaient devant aucune corvée. Tandis que de simples moines étaient souvent les architectes en chef des constructions \ les abbés se réduisaient volontiers au rôle d'ouvriers. On voit au ix"" siècle que la communauté de Saint-Gall, ayant en vain travaillé tout un jour pour tirer de la carrière une des énormes colonnes d'un seul bloc qui devait servir à l'église abbatiale, et tous les frères n'en pouvant plus, l'abbé Ratger seul persista à verser ses sueurs jusqu'à ce qu'en invoquant saint Gall il eut le bonheur de voir le bloc se détacher^. Lorsque l'église fut achevée, avec toutes ses magnifiques dépendances, ce produit des labeurs monastiques excita une admiration universelle, et leurs voisins disaient: « On voit bien au nid quel genre d'oiseaux y habite^. »

«Lors de la construction de l'abbaye du Bec, en io33, le fondateur et le premier abbé, Herluin, tout grand seigneur normand qu'il était, y travailla comme un simple maçon, portant sur le dos la chaux, le sable et la pierre^. Un autre Normand, Hugues, abbé de Selby dans le Yorkshire, en agit de même, lorsqu'en 1096 il rebâtit en pierre tous les édifices de son

tinclu, de superioribus mûri rueruDt în tcrram. In quo casu quidam ex operariis, quia

supercrant cratibus , delapsi ad ima quidam vero dum corruenles rauro tignisquc

aiiquibus inhairent » {Act. SS. 0. B. t. VIII, p. 4^9- )

* La belle église de Tabbaye de Moutierneuf à Poitiers, qui subsiste encore en partie, eut un de ses moines pour constructor en 1080. (Mss. Fonteneau cité par M. de Chergé, dans les Méra. des anliq. de l'Ouest, i844, p. 17^, 355.)

' « Omnis congregaiio per tolum dicm laboraverat in una columnarum illarum quœ in basilica ipsa superslant, abbas solus... sed frustra sudabat... 5anc<& GaUe^finde illam... immensa moles rupis illius sua sponte inde lissa enituit. » (Fragm. Ermenrici, ubi supra.)

^ « Bene in nido apparet quales volucres ibi inhabilanl : cerne basilîcam e( cœnobii dauslrum, etc.» (Ermenricus.)

^ Willelm. Geroelicensis , lib. VI, c. ix, dans Duchesne.

monastère, qui était auparavant en bois; revêtu d'une capote d'ouvrier, et mêlé aux autres maçons , il partageait tous leurs labeurs ^ Les moines les plus illustres par leur naissance se signalaient par leur zèle dans ces travaux. On voyait Hezelon , chanoine de Liège, du chapitre le plus noble de rAllemagne, et renommé en outre par son érudition et son éloquence, se faire moine à Cluny pour diriger la construction de la grande église fondée par saint Hugues, et échanger ses titres, ses prébendes et sa réputation mondaine contre le surnom de cimen^ tenr^, emprunté à son occupation habituelle. Ailleurs on raconte que, lors des vastes travaux entrepris à Saint-Vanne, vers Tan looo, Frédéric, comte de Verdun, frère du duc de Lorraine et cousin de l'empereur, qui y était moine, et dont nous avons déjà parlé, creusait lui-même les fondations du nouveau dortoir, et emportait sur le dos la terre qui en provenait^. Pendant la construction des tours de l'église abbatiale, comme il n'y avait pas assez de frères pour porter le ciment dans les hottes jusqu'aux étages supérieurs des nouvelles tours, Frédéric exhorta un moine de race très-noble, qui se trouvait là, à prendre sur lui cette corvée; celui-ci rougit, et dit qu'une telle tâche n'était pas faite pour un homme de sa naissance. Alors l'humble Frédéric prit lui-même la hotte remplie de ciment, la chargea sur ses épaules, et monta ainsi chargé jusqu'à la plate-forme où travaillaient les ouvriers. En redescendant, il remit la hotte au jeune réfractaire, en lui rappelant qu'il ne devait plus désormais rougir devant personne d'avoir à

' « Ipse cucuHo indutus operario, lapides, calcem, et alia necessaria propriis humeris cum ccteris operariis ad munim eveliere solebal. » (Mabill. Ann. t. V, 1. LXIX, c. lxjulvi.)

' « Cœmenlarius. » (Mabill. Annal, ad 1109.)

^ « Vcrc monachus terne fossor accessit, et quod cffossum est, onere facto, exportavit. » ;Hiigo Flaviniac. Chron, Virdun. p. II, c. vu, ap. Labbsuxn, BiH. nov. mts,)

faire une corvée dont s'était acquitté en sa présence un comte fils de comte ^ »

Lorsque les constructions d'un monastère étaient achevées, on devait penser à les entretenir en bon état pour éviter les avaries et la ruine; un religieux était chargé de veiller à cet entretien des bâtiments; il avait le titre de Magister operis.

Au XIII* siècle, quand l'architecture passa dans les mains des laïques, et lorsque les confréries maçonniques remplacèrent les associations monacales, les ateliers de construction durent prendre un tout autre aspect que précédemment; les travaiix eux-mêmes, faits par entreprise et résultant de marchés fixés à l'avance, au plus bas prix, présentèrent nécessairement une grande différence avec ceux qu'exécutaient dans leur zèle religieux et désintéressé les escouades de moines. C'est à cette époque aussi qu'une noble émulation entre les artistes conduisit à ouvrir des concours pour la construction de certains monastères, comme on en vit un exemple remarquable à celui de Saint-François d'Assise, dans l'état romain. Cet affranchissement de l'art fut un grand bienfait pour la société en général, parce qu'il développa singulièrement l'industrie, et nous lui devons les nombreux et remarquables monuments que nous admirons aujourd'hui et qui furent produits durant la période ogivale ; mais aussi, les moines, en renonçant à leurs études d'architecture si bien commencées, ne préparèrent-ils pas de longue main la décadence de l'art catholique, qu'eux seuls, par leur position exceptionnelle, par leur foi toujours entretenue, par leur science individuelle ou collective, auraient pu soutenir longtemps encore.^ Sans doute les premiers artistes laïques appelés à les remplacer présentaient avec eux peu de différence quant à la foi et au savoir, mais de généra-

' HugoFlaviniac. Ckron, Virdan, Voir le texte dans les Annal, arch. I. VI, mars i8ii7*

lion en génération ces qualités indispensables ne purent que décroître dans la vie séculière, et la chute de l'art sacré en fut la conséquence.

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