K. SCULPTURE D^ORNEMENT
Les transformations diverses que les religieux constructeurs firent successivement subir à l'architecture païenne pour l'harmoniser avec les nouvelles exigences du christianisme ne se reconnaissent pas moins sur les détails nécessaires à la décoration des édifices sacrés que sur l'ensemble. Sans doute on imita d'abord autant que possible les modèles laissés par l'antiquité, comme on le voit sur des chapiteaux corinthiens des basiliques de Saint- Paul hors les murs, de Saint-Laurent et autres, dans lesquels la maladresse du ciseau apprend bientôt à quels artistes on doit en attribuer la sculpture; mais les premiers chrétiens ne restèrent pas serviles imitateurs, bien qu'ils s'écartassent peu des principes de l'architecture païenne.
* Anast. Vita Sylvestri, papœ, S 17; Leonis III , Adriani L
N* i38. Chapileau et détails à l'é^e de Saint-Laurent.
En suivant avec soin, dans les basiliques latines de l'Italie, la marche successive de ces innovations chrétiennes, on les voit d'abord timides et ne s'attachant qu'à modifier le fleuron du chapiteau corinthien ou quelques-unes des moulures ornées du ionique; puis, dès le v* et le vi* siècle, se présentent des compositions complètes, dans lesquelles l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque; on voit aussi des chapiteaux dont le bas ofire l'aspect
INSTHUCTIOHS. II.
d'un panier tressé, en remplacement des nombreuses feuUles épanouies. Le travail du ciseau et de petites croix grecques mêlées aux ornements ne peuvent laisser aucun doute sur l'auihenticité de ces sculptures.
N° i3g. Chapiteau à Pareiuo.
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N* lAo. Chapiteau A l'^lûe
de Sttint^Agnès.
Reproduit
dam la crypte
de l'égiiae de la Nativité,
, t Bethléem.
A la basilique primitive de Saint-Laurent, les piédestaux des cotonnes sont ornés, tant au gynéconitis qu'au sol inférieur, de croix grecques accompagnées de rosaces et de Talpha et l'oméga; on voit aussi des ornements sculptés sur les dosserets portés parles chapiteaux du premier étage, exemples de travaux de sculpture des premiers siècles chrétiens. (Voir la pi. i38.]
Les entablements complets furent peu en usage, puisque des arcs les remplacèrent dans la plupart des basiliques de l'Italie; mais des corniches de couronnement furent indispensables dans maiûte circonstance, et les religieux constructeurs durent plus d'une fois en faire exécuter. Nous avons déjà mentionné celles qui se voient aux absides des églises monastiques des Quatre-Saints-Couronnés et de Saint-Martin-des- Monts, planche ga. Nous renvoyons aussi aux porches des basiliques de Saint-Laurent, de Saint-Georges au Vélabre et de Saint-Vincent, n"' 78, yi et 76.
Aux. VIII' et ix" siècles, rornementation devint plus barbare : UQ fragment de sculpture incrusté au porche de l'église de Sainte-Marie in Cosmedin, et qui porte une date du règne d'Adrien l", est une indication certaine de l'état d'abaissement de l'art à cette époque ; on en trouve d'autres preuves dans les chapiteaux du portique de l'atrium de Saint-Clément , construit sous Nicolas I'% et dans lesquels il n'y a plus aucune proportion entre les parties : on n'y voit du corinthien que l'abaque et de maigres volutes d'angles; le fleuron est une sphère striée; àe grandes feuilles aiguës et formant un rang unique donnent à ce chapiteau un aspect barbare. A l'intérieur du même édifice, le ciborium présente quatre chapiteaux moins écrasés que les précédents et déforme plus corinthienne, mais l'abaque manque complètement; quatre volutes sans grâce et à peine indiquées occupent chaque face; un seul rang de feuilles, couvertes de stries par le sculpteur ignorant, décore la partie basse.
N° i&i. Chapiteau du ciborium de la basilique de Sainl-Clémenl.
L'ordre ionique ne fut pas traité d'une manière plus heureuse que le corinthien durant cette période, ainsi qu'on peut le voir à la chapelle de Saint-Zénon, exécutée dans l'église de Sainte-Praxède, sous le règne de Pascal I*, en 817; plu-
sieurs chapiteaux ioniques en décorent la face antérieure : leur abaque est formé d'un lourd biseau décoré de dents de scie; le centre de la volute est couvert d'une rosace grossière, le reste porte des tresses et des cordes exécutées d'une manière barbare. (Voir la pi. ii4.)
On voit au sommet de la façade de la basilique de Saint- Clément, reconstruite par Nicolas P% une corniche dans laquelle les modillons sont ornés . de tresses et d'entrelacs, comme ceux qu'on sculptait dans nos contrées durant le xi"" siècle. Le chambranle de la porte de l'atrium est dans le même style.
La sculpture d'ornement s'améliora en Italie après l'an i ooo; elle ne cessa de suivre une marche ascendante durant les xi* et xii'' siècles; au xiii^ elle était dans un état très-florissant, comme on peut s'en convaincre aux magnifiques cloîtres de marbre élevés auprès des basiliques de Saint-Paul hors les murs et de Saint-Jean-de-Latran , aux ambons et au trône épiscopal placés à Saint-Laurent hors les murs, enfin au porche de la même église , exécuté sous Honorius III ; là , les chapiteaux ioniques sculptés alors , les moulures ornées de l'entablement , indiquent qu'on revenait à Rome, durant ce siècle, aune ornementation plus sage, plus harmonieuse et mieux conçue, bien que le ciseau donnât encore aux feuillages et aux autres détails de la sculpture des arêtes aiguës, des formes acerbes qui caractérisent en général la sculpture du moyen âge en Italie. La renaissance fut bien préparée par le xiii** siècle, et plus encore par la marche latine non interrompue que suivit l'art chrétien dans les états de l'église. (Voir la planche n** 78, qui reproduit, sur de grandes dimensions, les détails de sculpture exécutés sous Honorius III , pour décorer le porche de la basilique de Saint-Laurent hors les murs. )