MEUBLES DE L'ABSIDE
Bancs. — L'abside formant le prœsbyterium, lieu de réunion du clergé, on dut y préparer, dès l'origine, des sièges convenables : un banc semi-circulaire en pierre ou en marbre, nommé exedra par les auteurs et sur le plan de Tabbaye de Saint-Gall, occupait toute la partie courbe de l'abside; on y apportait des coussins pour les cérémonies; une petite basilique voisine de la citadelle et qui fut détruite pendant le dernier siège d'Athènes, nous a fourni l'exemple curieux d'un exèdre de prœsbyterium divisé en stalles profondes, taillées dans le marbre même du
Voir les nombreux sujets de mosaïques latines publiés par Ciampini dans ses Vetera monimentH.
banc. Dans quelques basiliques latines on multipliait les bancs du prœsbyterîum , en en plaçant plusieurs les uns audessus des autres; la basilique de Torcello en présente six, qui forment un véritable a[nphithéâtre pouvant contenir un clergé très-nombreux : nous en donnons ici un dessin, qui permet de juger de lefiel que devait produire sur les fidèles ia grande assemblée de prêtres assis dans cet exèdre.
N- ia6. Presbylére de ïnrreilo.
Cathedra. ^Dès les premières réunions chrétiennes dans les catacombes, on établit dans le voisinage de l'autel un siège
réservé aux présidents des assemblées , aux évéques : les cryptes souterraines de Naples et de Rome en offrent des exemples ; celles de Ghiusi , l'antique Clusium , ouvertes il y a peu d'années, en présentent un formé de grossières tablettes de pierre qu'unissent des tenons en fer; l'église souterraine de Saint-Martin-des-Monls, à Rome, dans laquelle saint Sylvestre réunit le premier concile, en 33o, fait voir aussi les restes d'un trône au-dessus duquel on Ht : Sedes Sylvestsi PAP£. Ces sièges, sur lesquels se firent les premières allocutions, et dont parlent Tertullien , saint Basile , furent reproduits dans les églises primitives et placés au milieu de l'exèdre; on en voit dans l'abside des plus anciennes basiliques latines de l'Italie et de l'Orient : on les nommait cathedra. Fort simples d'abord, ils furent imités ensuite des sièges antiques, comme on le voit à celui qui porte la statue de saint Hîppolyte , au Vatican, et sur lequel est gravée la plus ancienne table pascale qu'on connaisse.
N° 137. Siège de saint Hippolyte.
Ils s'enrichirent successivement au point de réunir le luxe des plus riches matières et des mosaïques les plus précieuses.
Les églises de Parenzo, en Istrie, de Sainte-Agnès, de Saint- Clément, à Rome, en présentent qui sont construits avec des tablettes de marbre et de porphyre.
N* I a8. Cathedra à Parenio. N* 1 39. Cathedra à l'église de Saint-Clément.
Dans celles de Saint-Laurent, de Saint-Césaire, des saints Nérée et Achillée, au contraire, on a employé toutes les ressources de la sculpture, de la mosaïque Alexandrine et en émail pour les décorer. Le trône de cette dernière église, dont nous donnons un dessin pi. i3o, est celui sur lequel saint Grégoire le Grand prononça sa xxviii^ homélie, qui est gravée sur ledossier. Ce siège fut augmenté, au moyeu âge, d'un encadrement qui le dénature; la partie ancienne se borne à une niche surmontée d'une coquille, et aux deux lions qui portent les consoles d'appui. On voit à l'église de Saint-Césaire, voisine de celle-ci, un très-beau trône que nous avons publié dans la Revue archéologique, i" année.
N* 1 3o. Cathedra de l'église de* saints tiétée et AchiUée.
On montait à ces trônes par un nombre de marches que déterminait la hauteur des bancs de l'exèdre, dominés toujours par le siège; deux ou trois degrés suffisaient ordinairement, mais dans certaines églises on en mit un plus grand nombre : ainsi à celle de Parenzo il y en a cinq; dans la basilique de Torcello, dont l'exèdre est reproduit à la planche 126, on doit monter seize marches pour arriver à la cathedra. Des coussins étaient placés sur ces trônes au moment des cérémonies. Une curieuse peinture en mosaïque du baptistère de Ravenne, construit en 45i, et reproduite par Ciampini, fait voir un trône d' évoque couvert de coussins et d'étoffes, et nous apprend
comment, dans l'origine, on les préparait pour recevoir le prélat.
N* i3i. Calbedra &gurée sur des moialqua d« Ravmne.
Les premiers chrétiens ont placé dans l'exèdre de quelques basiliques des sîéges enlevés aux monuments païens; on en voit un fort beau à Téglise monastique de Saint-Pierre-aux- Liens, à Rome; ils les imitèrent quelquefois aussi, comme l'iudique celui sur lequel est représenté l'évêque saint Hippolyte, belle statue chrétienne qui date du règne d'Alexandre Sévère et fut trouvée en i55i sur la route de Rome à Tivoli, auprès de la basilique de Saint- Laurent. Plus généralement ils composèrent eux-mêmes la cathedra : nous venons d'en donner quelques exemples.
CRÏPTB, MARTYRtCM, COSFBSSIO.
Quand les populations quittèrent les temples païens pour se rendre en foule aux tombeaux des martyrs, on éleva de nombreuses basiliques sur les catacombes elles-mêmes , puis sur des sépultures isolées; enfin, bientôt les églises se multipliant à l'infini, on voulut encore y posséder des reliques des confesseurs. Ces distinctions diverses établirent des difTé-
INSTRDCTtOl». — II.
rences dans la manière dont les premiers constructeurs disposèrent le lieu destiné à conserver les restes du saint, et qu on nomma crypta, martyriam, confessio.
Lorsqu'on éleva le temple sur les catacombes, Tantique entrée des souterrains fut maintenue dans une place favorable, voisine du sanctuaire, et la crypte sacrée ne fut autre que celle qui renfermait depuis les siècles de persécution les restes mortels du martyr. Ce fut la disposition des premières cryptes des basiliques de Saint-Laurent et Saint-Sébastien. Anastase, écrivant la vie du pape Sylvestre, dit que Constantin éleva la basilique de Saint-Laurent sur les catacombes, a supra arenarium cryptae, » et qu'il fit établir un escalier pour descendre jusqu'au tombeau du martyr : « et usque ad corpus beati Laurentii fecit gradum descensionis et ascensionis. » Si la basilique était construite sur une sépulture isolée, pratiquée , comme elles l'étaient souvent, en plein sol, on dut établir autour du sarcophage qu'on retrouvait, un caveau qui pût devenir praticable ; des escaliers furent disposés pour y descendre; le sarcophage y demeura sous sa forme première ou fut remplacé par un autel tombeau , comme ceux des catacombes. La basilique de Saint- Paul offre cette disposition. Une troisième catégorie s'établit lorsqu'on dut apporter d'un autre lieu, sur celui qui avait été fixé pour construire la basilique, les restes mortels du saint martyr; alors on eut plus de liberté pour préparer à l'avance la crypte destinée à les contenir : elle reçut une forme généralement mieux combinée avec la construction de l'édifice qui devait s'élever au-dessus; c'est la marche qui fut suivie dans le moyen âge.
Les dispositions des cryptes ont beaucoup varié dès les premiers âges; on en voit de très-ouvertes auxquelles on descend par un large escalier situé en avant de l'autel : la crypte est
ABCHITECTURE MONASTIQUE. 211
ainsi à l'église de Sainte-Sabine. (Voir la coupe à la pi. 1 1 1. ] A la basilique de Saint-Paui hors les murs elle est ouverte de même, tournée dans le sens inverse et les escaliers sont derrière l'autel. Ailleurs on arrive à la crypte par les bas-oôtés, auprès des colonnes qui séparent les nefs, et le caveau n'est qu'un étroit réduit formé de dalles de marbre, précédé de corridors, c'est ainsi à l'église de Saînt-Sabas.
N* i3a. Crypte de l'égliM de Saint-Salwa. N' 1 33. Crypte de l'élise de Sunte-Praiède.
A la basilique des Quatre-Saints-Couronnés on descend par des escaliers courbes situés derrière le banc du prœsbyteriutn; k celle de Torcello de même , avec cette différence que le mur de l'abside est doublé pour contenir les escaliers (voir le n" 1 06) ; aux cryptes de l'église de Saint-Marc, à Rome, du monastère de Sainte-Praxède, dans la même ville, comme à celles d'un grand nombre d'autres basiliques latines de l'Italie, d'étroites galeries voûtées ou plafonnées conduisent jusqu'au tombeau du saint, et rappellent les rues souterraines des catacombes. (Voir len- i33.)
Déjà, dans quelques basiliques, on entrevoit la pensée d'établir sous le sanctuaire plus qu'un réduit étroit rappelant les sépultures des catacombes; aux églises monastiques de Sainte-Marie in Cosmedin, de Saînt-Martin-des-Monts, etc. les cryptes sont assez étendues pour être de véritables ^lises souterraines.
N* i3A- PUn de la crypte de SBint-Martin-devMonta.
Enfin , durant les premiers siècles chrétiens , comme on ne pouvait avoir de crypte souterraine dans toutes les églises, qu'elles n'auraient pas été motivées en tous lieux, et qu'on n'avait pas eu encore, comme plus tard, l'idée de renfermer les reliques dans des châsses , on établissait un simulacre de crypte, étroit réduit voûté ou plafonné, nommé aussi martyrium, confessio, et qui était ménagé au-dessous de l'autel, dans la hauteur produite par la différence de niveau du sol du sanctuaire au-dessus de celui du chœur. Cette espèce de châsse maçonnée était close vers l'église par une grille ou une tablette de marbre perforée; une interruption des marches du sanctuaire , dans leur partie moyenne, permettait d'approcher des reliques qu'on y renfermait. (Voir les planches i35 et i36.)
Les simulacres de cryptes ou premières chasses maçonnées sous l'autel des basiliques privées de martyrium réel n'ont
ordinairement qu'une étroite ouverture en forme tVarcade, qu'on fermait avec des grilles de bronze ou d'argent.
N' i35, Martyriuni de Saial-Georges au Vélabre.
Nous donnons ici un dessin de celle qui se voit à l'église de Saint-Georges au Vélabre; d'aulres plus ouvertes, sur leur partie antérieure, étaient closes par des treillis en marbre enlevés à des édifices antiques : l'église des saints Nérée et Achillée en offre un exemple.
N° i36. Martyrium des sa in [s Nérée et Achillée.
Enfin, par extension, on fit rie cfs cbâsses assez grandes pour contenir une statue coucliee du saint; on la tenait ou-
verte alors dans toute son étendue ; la Belle figure de sainte Cécile , par Etienne Maderne , est ainsi placée sous le maîtreautel de sa basilique, à Rome.
Lorsqu'un caveau contenait le tombeau du saint , le besoin de le mettre en rapport direct avec Téglise, de ie faire voir facilement aux fidèles sans qu'ils descendissent dans ia crypte même , fit que dans plus d'une basilique, au-dessous de Tautel et dans le lieu que nous indiquions précédemment, on ouvrit un soupirail à travers les voûtes souterraines : on ie nomma fenestra, cataracta, jngulum. Par cette ouverture, le fidèle passait la tête pour intercéder le saint , ou faisait descendre sur son tombeau un linge qui devenait une relique précieuse ; les papes en envoyèrent dans toute la chrétienté : on les nommait sanctuaria, sudoria, brandea, palliola ^
L'ouverture pratiquée sous l'autel de quelques églises primitives pour permettre de voir le tombeau du saint placé dans la crypte, sans y descendre, devait être disposée comme celle de la châsse de Saint-Georges au Vélabre, que nous avons dessinée au n° i36; la découverte récemment faite de ia confession de l'église de Saint-Marc, à Rome, indique qu'on usa de celte disposition dès le règne de Constantin. La basilique de Saint-Pierre au Vatican offrait aussi xinjugulum, et le plan de l'abbaye de Saint-Gall prouve que cet usage se transmit jusqu'au ix* siècle et dans le Nord, car l'église qui y est tracée fait voir en même temps une crypte contenant le tombeau du saint et les escaliers d'entrée et de sortie, sarcophagum scmcti corporis in cryptam inlroitas et exitus; puis devant le maîtreautel, loin des escaliers de la crypte, au lieu où les marches du sanctuaire s'interrompent, on lit: Accessus ad confessionem,
* Dom Bouillart, Histoire de l'abb. de Saint-Germain- des-Prés, RaoulRochette « Tahleam lies catacombes, page 84*
ce (jui indique bien un jugulam d'où Ton pouvait voir la confession sans y descendre. L'ouverture externe de ce soupirail n'était pas toujours pratiquée dans la construction verticale située au-dessous de l'autel, comme dans les deux exemples donnés aux planches i36 et iSy; quelquefois elle était dans une portion horizontale et percée à travers le pavé du chœur ou de la nef, alors on l'appelait umbilicas. Nous donnons ici le plan et la coupe de celui qui se voit à la basilique de Sainte- Prisque, à Rome. (PL iSy.)
N* liy. Plan et conpe de la crypte de Sainle-Prisqne.
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Décoration des cryptes. — L'ornementation des cryptes latines suivit la marche qu'on observe dans celle des basiliques ellesmêmes : emploi de riches matières, marbres et porphyres, arrachés par les premiers chréliensaux temples des idoles; peintures dans le style de celles des catacombes, mosaïques analogues à celles qui se voient dans les églises. La sculpture d'ornement y est rare : la crypte de Saint-Marc de Rome a l'immense intérêt, pour l'histoire de l'art chrétien, de présenter des sculptures dans lesquelles on reconnaît l'influence antique modifiée par l'abandon de la pratique du dessin et du ciseau. Le luxe de la matière vint remplacer dans ces réduits souterrains ce qu'en
d'autres temps Tari seul devait faire : on lit dans Anastase ', que les colonnes et les arcs de la crypte de Saint-Pierre au Vatican étaient ornés de tentures précieuses et de chérubins d*or; le tombeau, en bronze doré, portait une croix d*or massif pesant cent cinquante livres, donnée par Constantin; une autre croix d'or pesant cent livres avait été offerte par Bélisaire : on y voyait la représentation de ses victoires. Les grilles du tombeau, les candélabres étaient en argent. Plus tard, le pape Léon III couvrit toutes les parois de la crypte de lames d'or; le sol lui-même avait employé quatre cent cinquante-trois livres de ce métal; on y avait exécuté des épisodes de Tancien et du nouveau Testament. Adrien I" remplaça par des statues d'or celles du Christ, des apôtres Pierre et Paul, de saint André, qui, dans l'origine, étaient en argent; il est probable que Charlemagne contribua pour beaucoup à ces décorations par les nombreux trésors qu'il ofint à ces deux pontifes.