‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 39 sur 54 · L. SVSTÂMBS DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

L. SVSTÂMBS DE CONSTRUCTION

, Lés divers modes de construction employés par les moines des premiers siècles pour édifier leurs basiliques ne sont pas sans intérêt pour l'étude, puisqu'ils fournissent des caractères qui permettent de reconnaître leur âge : en Egypte , ils employèrent' le grand et le petit appareil, puis la brique; la Grèce et l'Asie présentent l'emploi des mêmes matériaux, auxquels se mêlent de nombreux fragments de l'art antique quelquefois disposés avec goût.

En Italie, les constructions des premiers religieux, aux iv* etv' siècles, reproduisent plus ou moins exactement les systèmes en usage lors de la décadence de l'empire. La maçonnerie des basiliques de Sainte-Agnès et de Saint-Laurent bors les murs, de Sainte-Balbinesurl'Aventin, à Rome, est composée dé deux rangs de moellons sur lesquels s'appuient une ou deux lignes de briques en liaison, système alterné qui fut remplacé par la brique seule.

Maçonnerie des églises

de Saint-Laurent,

de Sainte-Agnès et de Sainte-Ba)|>ine,

Maçonnerie

de la basilique de Constantin

à Trêves.

On a vu qu'en France, pays boisé de toutes parts, les preiniei's religieux employèrent d'abord la charpente, et qu'ils construisaient stramine vilique maieria, selon l'expression de MabillonV

Durant la période mérovingienne nos provinces présentaient aussi la maçonnerie alternée : on en voit des exemples à la basse-œuvre de Beauvais, à l'église de Savenlères, à Saint- Martin d'Angers, dans la citadelle de Metz, à la crypte de Saint- Laurent de Grenoble; les plus anciennes constructions chrétiennes de Trêves , et particulièrement la basilique de Constantin, devenue la cathédrale, sont ainsi établies. La cathédrale de Bonn, sur le Rhin, nous en fournit de même un exemple sur la partie méridionale du chœur. Ce système de maçonnerie, qui n était déjà plus précisément celui des Romains tel qu'on le trouve dans la plupart des édifices antiques, présentait encore cependant avec lui assez d'analogie, pour que les écrivains du tetnps, en le désignant, aient dit qu'il était établi à la manière romaine, more romano.

' Ann. 0. S. Beaed. I. II. p. iàh, anno 78a,

AECHITECTURE MONASTIQUE. 233

N° i53. Arc construit en briques et en moellons.

On voit aussi paraître en France, durant la période mérovingienne, l'appareil réglé en pierre: on en trouve la preuve dans un passage des Actes de saint Ouen, reproduit par Alexandre Wiltlieim ' ; on y lit : > Nam is qui acta D. Audoeni condidit, ita de basilica D. Pétri Rothomagensi scripsit : Miro opère, tfuadris lapidibus, gothica manu, a primo Chthario Francoram rege, oîim nobiliter constmcta fuit. » Qaadris lapidibus n'était pas nouveau , si ce n'est peut-^tre pour la ville de Rouen , dont les églises étaient en boîs^. Quant à l'expression gothica manu, elle doit s'appliquer aux entrepreneurs et maçons méridionaux qui se chargeaient d'aller bâtir au loin , ainsi qu'au système de maçonnerie et aux marbres employés alors à la construction des basiliques chrétiennes : en effet, les Goths qui, sous Clotaire, habitaient encore les provinces méridionales des Gaules, possédaient, indépendamment des bonnes traditions des constructeurs romains, dont ils avaient beaucoup de monuments sous les yeux, les marbres nécessaires à la décoration des basiliques; ces hommes actifs et entreprenants les exploitaient dans les Pyrénées, leur nouvelle patrie. Sidoine-Apollinaire, décrivant

' Dtpl;^Aon Leodieme exconMÎarifactam êpiseopale, Liège , 1 659. in-f', appendice, p. aa. ' Grégoire de Tours . » Ad basilicam Sancd Marlini , qnœ super muros drilatis Ugneis tabnlis bbricata est, confuginm faciunt, • lib. V, p. 170.

IRSTBCCTIOHS. — II. 3o

Téglise construite à Lyon par Tévêque Patient, dit qu elle était précédée d'un triple portique décoré de coloiines en marbre d'Aquitaine. '

Les fragments de colonnes trouvés en 1807 dans les substructions de la basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul , depuis Sainte-Geneviève, à Paris, fondée par Clovis, sont des marbres d'Oléron K Les colonnes qui se voient encore à Tabbatiale de Montmartre, celles qui ont été retrouvées en 1847 dans les substructions de la basilique de Childebert, au parvis Notre- Dame, offrent des profils de la décadence, et la matière est le marbre noir et blanc appelé grand antique, qui s*erploitait auprès de Toulouse, nouvelle capitale des Goths, où de récentes découvertes ont fait voir des traces d'exploitation ancienne.

Les marbres blancs destinés aux bases et aux chapiteaux de ces colonnes, ainsi qu'à d'autres parties des basiliques des Gaules, ont la même origine pyrénéenne, comme on peut le voir à Montmartre , et au chapiteau de la basilique de Childebert déposé aujourd'hui au palais des Thermes, à Paris. On comprend que les Goths, habitués à tailler et à remuer les marbres de la seule contrée qui en fournît alors, aient été appelés par les rois mérovingiens à les mettre en place dans les basiliques construites durant cette période.

Ces migrations de constructeurs méridionaux indiquent des associations maçonniques dont les Romains avaient certainement donné l'exemple, et l'origine gothique de ces constructeurs n'aurait-elle pas eu de l'influence sur le nom généralement adopté chez nous pour désigner les constructions du moyen âge? Un fait absolument analogue se produisit en Italie : les Lombards, aussi étrangers aux arts que les Goths, s'étant emparés de l'Italie du nord, devinrent, par imitation,

' Nom possédons des échantillons de ces colonnes.

hardis constructeurs, et donnèrent leur nom à larchitecture chrétienne des cinq premiers siècles de la liberté religieuse dans cette contrée.

D^IGACE.

Lorsqu'une église monastique était terminée, on y célébrait les cérémonies 4e dédicace ; ce n'est pas ici le lieu de décrire ces fêtes religieuses : nous citerons seulement un fait qu'on trouve dans Aimoin et relatif à l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés : il démontre qu'on bénissait l'œuvre et qu'on faisait la dédicace , dans les premiers siècles du christianisme en France, lorsque les substructions sortaient de terre ; Aimoin s'exprime ainsi : « Childebertus acceptam beati Vincentii stolam Parrhisius defert, aedificatamque solo tenus, secundum beatissimi Germani dispositionem , basilicam , nomini ejusdem sancti levitœ ac martyris dedicari fecit^ »

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