‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 40 sur 54 · A. COUR SACREE, ARE A · texte numérisé non relu

A. COUR SACREE, ARE A

Les descriptions de Procope^, les anciens monastères du mont Athos et de l'Egypte, font connaître que loin des villes les maisons religieuses de l'Orient offraient, dès les v* et VI* siècles, des enceintes militaires qui en faisaient de véritables forteresses (voir à la page 56). Nous avons indiqué par les planches 44 et 5o quel était le caractère des portes et des avant-porches, ornés d*arceàux et de mosaïques, dont étaient décorées ces enceintes. Le voyageur Ruy Gonzalez de Clavijo,

' Âimoia , Hist. liv. II , c. xxix.

' Procop. De œdificiis, c. vi, 5; et Bell Vand. c. ii, a6.

qui visita Constantinople en i4o3, parle ainsi de Tavantporche du monastère de Saint- Jean : «Et d'abord, au-dessus de rentrée de la première porte de cette église, il y avoit une figure de saint Jean , très-riche et bien pourtraitée d'ouvrage de mosaïque; ensemble, avec cette porte, un haut pavillon porté sur quatre arceaux, et faut passer dessous pour entrer au corps de l'église ; et le ciel dudit pavillon et ses parois sont imagés d'images et de figures très-belles en œuvre de mosaïque Et tôt après ledit pavillon on trouve une grande cour

entourée de maisons à galeries hautes, avec arceaux en bas, et dans ladite cour beaucoup d'arbres et de cyprès. » Parlant plus loin de l'église monastique de Saint-George, il s'exprime ainsi: « Au devant de la porte, il y a une grande cour avec plusieurs jardins et maisons, et le corps de l'église est au milieu de ces jardins ^» Le plan de la Sainte-Laure, gravé à la page i4i planche 1 1 , fait voir l'église isolée dans une cour plantée d'arbres.

La forme allongée qu'avaient les premières églises de l'Orient, ce qu'indiquent, comme on le verra plus loin, la basilique de D'jémilah et les descriptions des temples élevés originairement à Byzance par Constantin, ne s'opposait pas à ce que Yarea sacrée fît complètement ou en partie le tour de l'édifice; on en voit un exemple analogue, mais moderne, à la basilique de Saint-Démétrius de Smyrue , dont nous avons levé le plan, que nous reproduisons à la page suivante, au n** i53. Cet édifice n'est pas isolé de toutes parts dans Yarea; il est rattaché par son narthex au mur occidental de l'enceinte sacrée, dont la seule entrée est établie au septentrion.

' Constantinople en iàOS , par Ruy Gonzalez de Clavijo. Revue d' architecture , par M. C.Daly, i84i , M. Mérimée, col. 161.

N i53. Plan de Téglise de Saint^Démétrius , à Smyrne.

Lorsque les temples byzantins devinrent circulaires ou en polygone, puis enfin carrés, le péribole les enveloppa plus facileiQent encore. L'église des saints Marcellin et Pierre, auprès de Rome, construite par Constantin sur un plan circulaire,^ et sans doute l'un des premiers exemples en Occident d'une église construite suivant les idées byzantines, était entourée d'une area qui fut retrouvée en i^^k par Bosio. L'église de Sainte- Sophie à Salonique, construite par Justinien, est au centre d'une grande cour; celle du monastère de l'Ecs-Miazîn à Eriyan, de même; dans les petites villes et les villages, le péribole s'établit autour des églises les plus minimes lorsque l'espace le permit; on en voit un auprès de Modon, autour d'une petite église ruinée, dont nous reproduisons le plan à la page suivante, au n° 1 54 , d'après la gravure publiée par la commission de Morée.

Le plus ancien exemple de cette disposition, qui paraît avoir été générale, était l'église des Saints-Apôtres, élevée par Constantin dans la nouvelle capitale de l'empire; Eusèbe, qui la décrit, s'exprime ainsi : a Circa ipsum templura erat ingens area. »

N* i5A. Flan d'une ig^ aaprèt de Modem.

Les mosquées d'Akmet, de Soliman, à Constantinople, et beaucoup d'autres, imitées servilement des églises grecques, et construites en général par des chrétiens pour les Turcs, sont ainsi disposées.

La cour sacrée des premières églises de TOrient différait donc de celle des basiliques latines, puisqu'elle enveloppait complètement Tédifice, rappelant en cela le réfievoç ou sol sacré dont étaient environnés de toutes parts le temple^de Salomon, ceux de TÉgypte et de la Grèce. Eusèbe, décrivant la basilique des Saints-Apôtres, élevée à Byzance par Constantin , nous apprend en outre que cette cour était entourée de portiques comme le préau d'un cloître ; il s'exprime ainsi : « Circa ipsum templum erat ingens area, cujus ad quatuor latera porticus erant sibi invicem conjunctœ^ » Cette enceinte, décorée de portiques sur ses quatre faces, enveloppait ainsi complètement Tespace libre, Yarea, au milieu de laquée

' Euseb. Viki Cotui. lib. IV, c. ltiii.

s élevait l'édifice. Le même Eusèbe, décrivant Tégiise constoiiite à Tyr par Tévêque Paulin, dit que Yarea était environnée de quatre galeries soutenues par des colonnes entre lesquelles étaient des treillis de bois. Bosio a retrouvé des galeries enveloppant l'église des saints Marcellin et Pierre. (Voir le plan, plus loin, au chapitre du Style byzantin en Occident.)

Dès lorigine , les habitations de prêtres et de gardiens des temples furent établies dans les enceintes sacrées, et ce fut ainsi qu'on logea les religieux autour du catholicon des monastères; Yarea devînt donc le cloître , comme on le voit sur le pian du couvent de Sainte-Laure à l'Athos, page 1 4, planche 1 1 , et sur ceux de TEcs-Miazin, publiés par Chardin^ et M. Dubois de Montperreux^; Constantin en avait donné l'exemple lors de la construction de la basilique des Saints- Apôtres, ainsi que nous l'apprend Eusèbe : « Plurima habitacula ad usum ecMram qui locumcustodiebant, porticibus applicata, earum longitudinem œquabant^. d Le même auteur parie des chambres, cabicula, placées autour de l'area du temple octogone d'Antioche, dédié à la Vierge*. Gonzalès de Clavijo en dit autant de l'église monastique de Saint-Jean, à Constantinople. C'était une imitation des cellules de prêtres établies auprès du temple de Salomon, de ceux de l'Egypte, et quelquefois aussi des cella de la Grèce et de Rome. Des logements pour les prêtres gardiens du temple sont construits autour des mosquées; on les voit à la Solimanie de Constantinople.

La surface de l'arma ou place qui faisait le tour de l'édifice était généralement plantée d'arbres : c'était encore un souve-

* Chardin , Voyage en Perse.

* Dubois de Montperreux, Voyage au Caucase.

* Euseb. Vita Const. lib. IV, c. lviii.

^ Idem, ibid.

nir du Téiuvos des Grecs, qui contenait le bois sacré. L*^ de Sainte-Sophie, à Salonique, est au milieu 4*une cour plantée; celle de Saint-Baradias, dans la même ville, a'éléve dans un jardin : c'est ainsi que se présente la grande basilique de Saint-Démétrius à Smyme. Toutes les fois que la |dace permît d'avoir un grand espace, les chrétiens d'CMent y firent des plantations : les Turcs ont conservé cet usagé. Dana les monastères dés Grecs, l'enceinte sacrée formant le clt^re même, comme nous l'avons observé plus haut à r^;ard de la Sainte-Laure, des plantations y donnent un abri aux religieux. (Voir le plan page 1 4 , planche 1 1 , et la précédente description de l'é^se de Saint-Jean, par Glavijo, le confirme.)

Dans les villes populeuses, où le terrain était précieux, les chrétiens orientaux se bornèrent quelquefois à &ire précéder leur temple d'un atriam seulement, comme en Occident. La petite église de Navarin, dont le plan a été publié par la c<hdmission, de Morée et que nous reproduisons ici, présente cette disposition.

N° i55. É^ûe de Navarin.

B. Nutbtt.

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