CLOCHERS
Les cloches ne furent adoptées que fort tard en Orient; elles y étaient remplacées par des timbres en bois ou en métal que nous avons fait connaître en examinant Tarchitecture latine, et, parmi ceux dont les dessins sont reproduits au chapitre qui les concerne , plusieurs servent encore aujourd'hui dans le quartier des Grecs à Constantinople; on en voit de semblables dans les monastères du mont Athos. En raison de l'emploi prolongé de ces timbres , les clochers anciens manquent en Orient, et ceux-là même qui datent d'une époque peu reculée sont rares. Les premiers clochers byzantins furent probablement cylindriques comme les nôtres; l'exarchat de Ravenne est la partie de l'Italie qui présente encore le plus d'anciens dochers ainsi construits ; de là ils purent passer en Orient. Un chapiteau de l'église de Saint-Sauveur de Nevers exécuté au xi* siècle, et qui représente une é^se byzantine, y fait voir un clocher cylLadrique à son sommet, pub prismatique, enfin carré à sa base; la décoration supérieure lui donne l'aspect d'un minaret^ Auprès de l'église de Sainte-Sophie de Trébisonde s'élève un clocher isolé , de forme quadrangulaire; il est décoré de peintures byzantines à l'intérieur, dans une chapelle dont le sanctuaire fait saillie ; celui du monastère-^de Daphni auprès d'Athènes est semblable , quant à la maçonnerie , au reste de l'église , sur un transsept de laquelle il s'élève; les baies de fenêtres sont en plein cintre, et une petite coupole le surmonte , bien que son plan soit carré. L'an-
' Annales arcIMogUiwu, t II, p. 1 1^.
cienne église du Sauveur, à Mesembria sur la mer Noire , offre de même un clocher, mais on peut, comme à Dapfani, en reporter rorigine À l'époque de la domination occidentale ; il est surmonté d'arcatures dans le style roman.
N* aaa. Qochsr de l'iglùe du SauYeur, i Memnbru.
Les monastères du mont Athos possèdent des clochers de construction postérieure à la plupart de leurs autres édifices; aucun d'eux n'est joint aux élises : ce ne sont donc que des campaniles isolés , comme on en voit fréquemment en Italie; leur forme est généralement quadraogulaire , excité cdui d'Iviron , qui s'^ève sur un plan en polygone. Ces campaniles sont décorés, ctmime les nôtres, par plusieurs rangs de fenêtres; les cloches ont été placées dans les étages supérieurs.
Lorsqu'à la suite des croisades, les Français furent maîtres de la Grèce , leur influence agît sur les constructions re-
iigieuses comme sur les autres. Le porche de la petite église de Samari , qui dépend du monastère de Vourkano^ en Morée, porte tin clocher à quatre pignons , semhlahle à ceux que fart roman produisit généralement dans no3 contrées , avec cette différence qu un petit dôme surmonte le toit. On voit à f ancienne église monastique de la Vierge , à Mistra , un beau clocher dans le style ogival , auquel Sje mêlent quelques petits arcs en plein cintre et des trildbès. Cette tour est évidemment construite sous une direction occidentale ; elle o0re beaucoup d'analogie avec les clochers de la cathédrale de Païenne , et cette influence normande n*a rien qui doive étonner sous la domination française en Grèce : les relations des croisés avec la Sicile et la France étaient alors très-fréquentes. Ce clocher de Mistra est surmonté d'une voûte ovoïde et de quatre clochetons*.
On voit à Athènes, sur la partie antérieure du Catholicon, un petit clocher ogival couvert d'un enduit qui ne permet pas d'étudier sa construction ; il pourrait dater aussi de la domination française. Les clochers de l'Orient offrent, comme les nôtres , de la variété dans leurs formes : nous venons d'en indiquer plusieurs dont les plans sont carrés ou en polygone; celui de l'église de la Vierge à Tine , quadrangulaire à sa base, se décore ensuite d'une colonnade sur chacune de ses faces, puis son plan prend la forme d'une croix grecque. Son aspect est pittoresque et la dégradation des divers étages qui le composent lui donne une forme pyramidale qui est d'un bon effet. (Voir la planche 179.) Les Grecs eurent aussi des clochers-arcades : les petites églises de Saint-Taxîarque et de Saint-Théodore à Athènes en possèdent qui rappellent ceux des contrées méridionales de la France et de l'Italie. (Voir les planches aig et 223.)
* Choix JtéjKtês byzantines de la Grèce, par Couchaud , pi. ao et s i .
N* 333, Clooher-arude k l'élise de Sftïnl-Taxîarque, à Athènes.
N* 334' Clocber-arcade de Slphanlo.
L'église de Sîphanto et plusieurs autres présentent des clochers-arcades terminés par une courbe comme les constructions extradossées que nous avons fait connaître. (Voir la planche a ad-)
Nous reproduisons, d'après MM. Coste etFlandin, ledocher de Téglise grecque de Djoulfa à Ispahan; il s'élève au milieu de Yana , et se compose de deux étages carrés formés de ■ larges arcades aiguës et surbaissées ; la cloche est suspendue dans un campanile de style arabe porté par huit colonnés^
' Vojù^ m Perte, par MH. Coste et Plandin, pi. 43. [Voir à la page suiYante.)
N* aaS. Clocher de l'égliMs de EjoiOfi k hfthm.
Depuis que TOrient a quitté Tarchitecture byzantine, ce qui se préparait vers la fin des croisades et lors de la conquête de la Grèce par les Turcs, on a cessé, par ignorance ou pour éviter la similitude avec les mosquées, de construire des dômes sur les églises, et c est à cette même époque qu on doit attribuer un grand nombre de petites basiliques de forme latine qui se voient en Orient ; elles étaient d*une construction moins dispendieuse et plus facile. De nos jours, les Grecs entrent plus que jamais dans cette voie d'imitation des temples anciens de rOccident; le dôme, qui exprimait le triomphe du Christ et de l'Église, commence à être remplacé par un clocher quadrangulaire élevé,, comme lui, au centre de la croix^ ainsi qu'on en fit chez nous au moyen âge, pour exprimer la même pensée, et peut-être aussi pour éviter de reproduire la coupole des schismatiques grecs. On remarque un exemple curieux de ces tours centrales à Téglise moderne de la Vierge, dans rile de Tine, l'antique Tenos. Ce genre de construction est plus fjBicile à exécuter qu'un dôme; il peut être porté sur quatre piliers dépourvus de pendentifs, et sa construction est moins coûteuse; il atteint mieux encore le but, celui d'exprimer au loin le triomphe du Christ, puisqu'il peut s'diever à une hauteur presque illimitée. On remarque toutefois au clocher de l'église de la Vierge à Tine, que les architectes grecs ne renoncent pas complètement à faire figurer le dôme au sommet de leurs édifices, car la partie centrale et la plus élevée de cette tour porte un couronnement en coupole, ainsi que les tourelles ou clochetons placés autour, aux quatre points cardinaux, et disposés de manière à former par leur plan une croix grecque. (Voir la pi. 179.)
D. MBFS.
i^ disposition. — Les églises circulaires construites en Orient par Constantin ou Hélène, et qui eurent une si grande influence sur les premières dispositions byzantines, n avaient d autres ne& qu une rotonde surmontée d'une voûte hémisphérique : les temples de Saint-Marcellin et de Saint-George sont ainsi conçus; un cercle de colonnes isolées environnées d^une galerie s'élève dans le Saint- Sépulcre et à Téglise de Sainte-Constance, édifices de la même époque. Sur ces colonnes repose la coupole centrale, soit directement, soit au sommet d'un tambour cylindrique; elles portent aussi la voûte annulaire qui surmonte la galerie.
On a vu par les plans précédemment examinés que, sous Justinien, lorsque Fart byzantin commençait à s'établir, les églises de Sergius à Constantinople et de Saint-Vital à Ravenne, eurent aussi pour nefs un vaste espace circulaire ou en polygone, entouré d'étroites galeries, bien qu'alors déjà les formes extérieures commençassent à se modifier. Des piliers pesants, surmontés d'arcs soutenant la coupole, s'élevaient sur un riche pavé; des colonnes en marbre présentaient entre ces piliers deux ordres superposés; placées sur un plan serai- circulaire, elles formaient autour de la nef centrale une suite d'exèdres surmontés de demi-coupoles , et dont l'étendue horizontale et verticale produisait des annexes considérables à l'espace occupé par la nef, soit que sa forme fût circulaire, soit qu'elle eût été tracée sur un plan en polygone. (Voir le plan de l'église de Sergius et Bacchus au n** 167 et la coupe au n® 226.)
N° aa6. Coupe de l'élise de Sergius et Bacchui.
Les galeries latérales portaient généralement, au-dessus de leurs voûtes, la tribune des femmes, à laquelle on arrivait par des escaliers placés de mauière à éviter toute communication avec les hommes. (Voir le plan au n" 166.)
2* disposition. — La seconde disposition , qui donnait au plan des formes carrées et à l'ensemble de l'édifice l'aspect d'un cube suimonté du dôme, dut conduire bientôt à établir les nefs sur des plans quadrangulaires, et à renoncer au cercle ainsi qu'au polygone; alors il fallut songer à soutenir la calotte sphérique par des pendentifs reliant une partie de son grand cercle horizontal avec les angles rentrants du plan carré. Le plan de l'église de la panagia Nicodimo d'Athènes, qui est gravé au n° 169, peut avec la coupe de cet édifice que nous donnons à la page suivante, n" 227, faire connattre d'une manière approximative quelles étaient les dispositions intérieures des temples chrétiens de l'Orient construits pendant la durée de cette seconde période de l'art.
mSTHCCTIOnS. — II.
N* aay. Coupe de k Puiagû Nicodimo, k Athène*.
C'est dans an système emprunté simaltanémeiit à celoi-ci et au précédent qu'est construite la grande nef de Yéglise de Sainte-Sophie: elle est allongée, son dôme central, établi snr un plan Garré, repose sur quatre grands arcs et sur des pendentifs, au-dessous desquels sont deux ordres de colonnes précieuses arrachées aux plus célèbres temples de la Grèce et de l'Asie; les extrémités de cette nef sont formées de deux demicercles qui portent chacun une moitié de coupole. Des eièdres à colonnes et semblables en tous points à ceux qui se voient aux églises de Sergius et de Saint-Vital décorent les parties orientale et occidentale de la uef de ce vaste édifice. (Voir le plan au n" 168.)
Dans les premières nefs élevées par Justinien, les souvenirs récents encore de l'art antique firent établir, sur le rang inférieur de colonnes, des architraves et des entablements complets comme ceux des anciens; l'église de Sergius est dans ce cas; celle de Sain te- Sophie, au contraire, présente déjà l'emploi général du plein cintre. Nous avons sign£^lé un fait analogue qui se produisit à la basilique latine de Saint-Laurent hors les murs (page 168, planche 109). C'était à Constantinople comme en Occident une transition entre les anciens principes de l'architecture grecque et romaine qui n'admet-
taient sur les colonnes que l'emploi des architraves , et ceux qu'établirent dès cette époque les artistes chrétiens , dont le but fut l'emploi général de l'arc.
5* disposition. — L'intérieur des églises de la période qui suivit le règne de Justinien, et dont on voit de nombreux exemples sur toute l'étendue de l'empire oriental, dans les villes comme dans les monastères, offre de grandes différences avec celui des premières époques : un éso-narthex ou portique intérieur précède généralement les nefs, qui sont fort peu étendues; aux colonnes, qu on ne rencontre plus guère alors que sous le dôme principal, sont substitués partout ailleurs des piliers quadrangulaires ou cantoonés de pilastres destinés à porter des voûtes en berceau qui amvrent les nefs et les arcs-doubleaux qui les consolident. Le premier étage contient les tribunes du gynéconitis, ouvertes soit par de simples arcades, soit par des entre-colonnements toujours surmontés de cintres. Quelquefois aussi on a supprimé la tribune des femmes, autour de la nef principale , comme dans le dessin suivant, n^ 338. Dans d'autres églises cette tribune a été réservée seulement au-dessus de l'éso-narthex ou vestibule intérieur, à la place occupée dans nos temples par le buffet d'orgues.
On reconnaît à l'intérieur de ces édifices, beaucoup plus que dans l'origine, l'intention de former autour du dôme central une croix grecque, laquelle est toujours bien nettement exprimée par quatre voûtes convergentes couvrant la nef principale, le sanctuaire en avant de Tabside et les bras de la croix. Les plus petits édifices sont ainsi disposés , à moins qu'ils n'aient les proportions d'une chapelle à une seule nef, dont quelquesunes même, malgré leurs petites dimensions, présentent encore dans leur voûte en berceau deux lunettes ou pénétrations formant des appendices de la croix.
N* n&. Coupe de l'^f[Use du Théotoco*.
Les transsepts ou nefs transversales sont quelquefois ter^ minés par des absides. L'élise du monastère de l'Ecs-Miazin à Erivan, celles de Valopedi et du Zographe, couvents du monl Atlios, sont dans ce cas, ainsi que la Métamorphose, église du Météore en Thessalie, et celle de Saînt-Elie à Salonique.
Les premières coupoles byzantines, qui ne présentaient à l'eitérieur qu'une faible portion de sphère, comme les établissaient les Romains, offraient au contraire, à fintérieur, tout leur développement héiSiisphérique : elles furent éclairées d'abord , sur leur grand cercle horizontal , par des fenêtres en œil-de-boruf, comme en présentait l'église des SS. Marcellin et
Pierre à Rome. La coupole élevée aussi par Constantin à Salonique, pour surmonter le temple consacré à saint George, reçoit la lumière par des jours semi-circulaires, placés de mémo à sa base. Cette disposition, qui était inconnue de l'antiquité, ne fut pas oubliée par les architectes de Téglise de Sainte-Sophie : ils en tirèrent au contraire des effets nouveaux et qui avaient échappé à leurs prédécesseurs, en multipliant à finfini ces fenêtres dans la base de la grande coupole et des deux moindres qui raccompagnent. Ces ouvertures de forme allon-^ gée, et assez rapprochées les unes des autres pour n être séparées que par d*étroits trumeaux, produisent une ligne lumineuse, vaguement interrompue dans l'espace par les minces parties solides, de sorte que les calottes sphériques semblent s'isoler du reste de Tédifice. Depuis Justinien, les grandes coupoles furent construites, en général, d'après ce système plus ou moins développé. On en voit à la panagia Nicodimo d'Athènes, et l'Occident les imita à la basilique de Saint-Marc de Venise, k celle de Saint-Antoine de Padoue, etc.
A partir des premiers siècles, comme on vient de le voir, les Byzantins se placèrent, pour Fart de bâtir, dans une voie de progrès, par laquelle ils se distinguaient plus que par l'étude ou ]a composition des formes architecturales; on aperçoit, dès le règne de Constantin , ce besoin d'aller plus loin que les Grecs et les Romains, par la hardiesse des constructions, marche naturelle à l'esprit humain , qui ne peut s'arrêter, et tend toujours à des créations nouvelles. L'église de Saint-George, à Salonique, montre une coupole appuyée sur les gros murs de l'édifice et placée à une hauteur peu considérable encore, relativement à l'étendue de la nef circulaire qu'elle surmonte ; ce sont à peu près les proportions antiques : à l'extérieur un tambour circulaire masque celte coupole et s'élève plus haut qu'elle
pour porter un toit conique destiné à la protéger. On eut la pensée, sous le règne du même Constantin, d'élever la coupole au sommet d'un tambour semblable à celui qui se voit à Salonique, puis de pratiquer dans la surface courbe de ce cylindre les fenêtres destinées à éclairer la nef circulaire et la calotte sphérique qui la surmonterait : un exemple remarquable de cette innovation se voit à Rome, à Téglise de Sainte-0>ii8tance, élevée parles ordres du premier empereur chrétien. Âin^i, dès cette époque, et sous Tinfluence de Tart oriental, rarchitecture religieuse faisait voir sa tendance à élever les édifices vers le ciel, système tout opposé à celui des païens, qui toujours, pour leurs temples, restèrent dans des proportions basses et terre à terre.
Ces coupoles, soutenues à une grande élévation par des constructions cylindriques ou tambours percés de fenêtres, iîirent celles qui se répandirent le plus généralement dans f empire oriental, parce que, plus hautes que les précédentes, elles exprimaient mieux au loin , ainsi qu'il a déjà été dit, le triomphe chrétien ; elles furent plus communes aussi, parce que les nefs devenant généralement plus petites, il était utile de donner de Tair sous les coupoles centrales ou secondaires en les élevant davantage, tant pour TefTet intérieur du temple que pour Thygiène; elles avaient toutefois sur les premières le désavantage de ne pas laisser voir, dès Feutrée dans l'édifice, la peinture ou la mosaïque dont était décorée la calotte sphérique.
Les coupes d'églisçs grecques publiées sous les n*^* 2 3 6, 2 27, permettent de juger que les coupoles basses et larges permettaient d'apercevoir en entrant une grande partie de la voûte hémisphérique; la troisième coupe, n"* 228, au contraire, par l'élévation du dôme, indique assez qu'il fallait se placer immédiatement sous la coupole pour voir sa décoration.
PB1IDBNTIP8.
Les premières coupoles, surmontant des nefs circulaires, s^appuyaient naturdlement, dans toute Tétendue de leur grand cercle horizontal, sur les murs qui enceignaient ces nefs, qu^elles fussent ou non décorées à Tintérieur d*une colonnade : ainsi, à f église de Saint-George de Salonique la voûte repose sur les gros murs; au Saint-Sépulcre, c était la colonnade qui portait la coupole; à Téglise de Sainte-Constance, les colonnes soutiennent le tambour cylindrique et Thémisphère qui le surmonte. Mais lorsqu on eut Tidée de donner au plan de Téglise la configuration d'une croix, le plan ne pouvait plus oflrir un cercle à la rencontre des branches de cette figure : c était nécessairement un carré que produisaient des parallélogrammes se joignant à angle droit; il fallut alors aviser au moyen de placer la base de la coupole, qui était circulaire, sur un plan carré, et de donner à cette construction hardie et nouvelle assez de solidité pour traverser les siècles. Une autre condition se présentait pour résoudre le problème : il ne fallait pas, pour porter la coupole dans Tespace, embarrasser ]e point de réunion des transsepts ou branches de la croix avec sa base et sa tête, formant la nef et le sanctuaire.
On voit en Perse les ruines de plusieurs édifices qu on attribue aux rois Sassanides; ils présentent, dans quelques salles carrées surmontées de coupoles, la solution de la première difficulté qui vient d'être indiquée ; elle est obtenue par rétablissement, dans les angles du carré, d'arcs concentriques appliqués les uns devant les autres, et s'agrandissant jusqu'à leur jonction avec la courbe du grand cercle de la coupole, chacun de ces arcs se développant en outre suivant une projection horizontale concentrique au grand cercle. (V . p. suiv. pi. 2 2 9. )
N* aag. Pendentifs Sasunidea.
Ces pendentifs ont-ils été imaginés en Perse el imités par les Byzantins , ou bien la dynastie des Sassanides, qui s'est maintenue jusqu'au milieu du vu' siècle , s est-elle servie là d'une îdëe chrétienne? C'est ce que la date inconnue de ces constructions pourrait seule résoudre. Toutefois le nom de Firouz^Abad. donné par les Arabes à la ruine du palais dont l'^cemple de pendentifs figurés ici au n" Q39 est extrait, pourrait bien indiquer qu'il fut élevé par le roi de Perse Phirouz, qui régna vers la seconde moitié du v' siècle, lorsque l'art des chrétiens grecs avait déjà produit des édifices dans lesquels devaient paraître des pendentifs. Quoi qu'il en soit, les Byzantins développèrent, à l'intérieur de leurs temples, ce genre de voûte au point de la présenter sous tous les aspects qu'admettait cette combinaison; ils firent plus, puisque, non contents défaire porter le poids d'immenses coupoles sur les bords de ces constructions en encorbellement, ils placèrent les quatre points cardinaux du grand cercle des dômes ou du tambour pesant qui les soutenait, sur les clefs de quatre arcades immenses servant à dégager la nef principale, le sanctuaire et les transsepts à leur point de jonction, sous la calotte sphérique portée dans l'espace.
ARCHITECTUBE MONASTIQUE.
N* 33o. Peadendr de l'^bc (le la Panagi* Nicodimo.
N* a3i. Pendentirde l'églUe deVourcano.
DECOR \TIOK.
Les marbres les plus précieux, la peinture et la mosaïque furent employés pour décorer les nefs byzantines; ainsi qu'en Occident, les matières dures étaient placées dans les parties basses', et les tableaux sacrés couvraient le sommet des parois et les voûtes. La curieuse é^^ise circulaire de Saint-Geoi^, à Saloniqne, qui date certainement du temps de Constantin, fait coiuaattre le style des premières mosaïques chrétiennes en Orient M. Charles Tester les décrit ainsi : « La grande coupole,
* dont le pourtour a plus de soixante et douze mètres de déve- ' loppement , est divisée en huit compartiments ornés de ta- ■ bleaux qui se répètent deux à deux : ce sont de riches palais
* construits dans le style fantastique que l'on observe aux pein-
' Euseb. Vila Cnulatitùi, lib. IV, c. ltiii. i A aolo cruilii illad opeiieni. > mtnucTioiis. — ii.
M tures de Pompéi ; des portiques ornés de colonnes resplen- » dissantes de pierreries; des pavillons fermés par des rideaox « de pourpre flottant au gré du vent; des arcades sans nombre (( avec des frises ornées d^oiseaux et de dauphins; des modilions
u soutenant des corniches d^azur et d*émeraudes Devant
^ chacun de ces temples sont de grandes figures vêtues de « toges ) et qui portent chacune une inscription en lettres grec- « ques indiquant que ce sont les saints particulièrement hono- « rés dans chaque mois de Tannée ^ »
Ces mosaïques sont exécutées sur des fonds d*or ; le même Constantin orna de la sorte la coupole de la basilique des Saints- Apôtres à Constantinople : Cameram totam aura imhrac-
ternit, dit Eusèbe^; et Téglise de la Vierge, qu il constroisit à Atttioche, devait, en partie, à une semblable décoration son surnom de Temple et or. Ces riches mosaïques, dans lesquelles, originairement, le dessin et les compositions étaient des réminiscences de Tart antique, se transmirent de siècle en siède durant tout le moyen âge en Orient , avec les modifications que devaient y apporter les idées chrétiennes. Ainsi Justinien en couvrit l'intérieur des églises du Théotocos, de Sainte- Sophie de Constantinople et de Salonique, de Saint-Vital à Ravenne, temples où Ton en voit encore de précieux restes ; le grand monastère de la Vierge {Movv tvs y^épa^) situé dans la capitale, vers la porte d'Andrinoplc, en possède qi]fj[ datent du x^ siècle; l'empereur Romanos le Vieux fit faire, à la même époque, celles qui se voient au monastère de Saint-Luc , au pied du Parnasse; quelques fragments ont été épargnés par la guerre à Téglise de Daphni auprès d* Athènes, et le Mégaspilœon, en Achaïe, en fait voir de plusieurs époques.
* Ch. Texier, BuUetùi archéologique du Comité des arts, i848, 5* numéro. ' Euseb. loco citalo.
Le voyageur Clavijo, qui visita Constantinopie en i4o3, décrit ainsi Téglise du monastère de Saint-Jean èv È€S6ficfi : « Le corps de l'église est comme une grande salle ronde et au-dessus un dôme très-élevé.. » le ciel de ladite salle est trèsriche et ouvragé d'oeuvre de mosaî^fîle. . . et les parois sont ouvrées de jaspe bien près du pavé, puis de là juâqu au sol ce sont mêmes dalles vertes de jaspe, et le pavé est de dalles de jaspe de beaucoup de couleurs à tout^ manières d^entrelacs. »
La peinture à fresque, moins dispendieuse et d'une exécution .|dQ8 prompte et plus facile que la mosaïque , fut employée cooclirremnaent avec elle pour la décoration des édifice monastàqpes de TOrient, depuis lorigine de 1 'institution des moines jusqu'à Léon l'Isaurién, qui proscrivit les images; puis, du X' siècle jusqu'à nos jours, ce genre de peinture fut en pleine fnveur dans les maisons religieuses. M. Didron a &it cimier au mont Athps un précieux manuscrit qu'il a publié et qui probablement, depuis une époque fort ancienne, sert de guide aux peintres pour décorer les églises^; aux couvents des Météores en Thessalie, à celui de Saint-Luc situé au pied du Parnasse, au Mégaspylaeon en Achaïe, la peinture à fresque a été employée avec profusion pour couvrir les parois dés églises; la ville de Salamine o0re un exemple précieux de ce genres de décoration; la capitale de la Grèce montre à chaque pas dès édifices sacrés qui, bien que ruinés pour la plupart, contien* nent de riches exemples de peintures religieuses. Nous avons dessiné à Athènes l'intérieur du Catholicon que nous, reproduisons ici, afin, de donner un aperçu des principale^ dispositions qui étaient prises pour orner les nefs et le sanctuaire des égUses monastiques.
^ Gmie de ta pemiwrej manuel fiamagraphie ckrétimnê gréaine êi latine, Paris, imprimerie royale, l84&.
M* a3a. Intérieur du CalhoUcoa.
La coloration se répandit en outre sur tous les détails de l'architecture : l'église de Sergius et Bacchus à Gonstantinople, celle de Saint-Vital à Ravenne , les deux églises monastiques de Saint-Luc, auprès du Parnasse, fontvolr des peintures mêlées aux feuillages sculptés des riches chapiteaux, des fiises, des corniches et dessofîîtes qiiî les décorent. Le Catholicon d'Athènes, la panagia Nicodimo , dans la môme ville , montrent de gracieux
ornements peints sur les cimaises, sur les bandeaux et autres moulures saillantes qui font partie de leur architecture. Enfin , de nombreuses arabesques, d^ingénieux motifs d*ornements, décoraient les pilastres, les cadres des tableaux sacrés, et toutes les parties des murs que le peintre d*histoire ne couvrait point de sujets religieux.