‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 48 sur 54 · STALLES · texte numérisé non relu

STALLES

Les nefs des églises byzantines, trop courtes pour admettre qu un chœur fût pris à leurs dépens ^ ne présentaient ni jubé ni septum pour former une enceinte réservée aux chants religieux; vers le sanctuaire, un espace plus élevé d^une ou deux marches que le sol de la nef était la solea, où se faisaient les lectures sacrées. Les cérémonies grecques étant fort longues, et les élises ne contenant pas, comme les nôtres, de nombreux sièges destinés aux assistants, on y construisit d'étroites stalles établies quelquefois dans tout le pourtour de la nef principale, et s'étendant même, dans certaines localités, jusque sous le vestibule du temple : le voyageur Clavîjo décrit ainsi les stalles qui en i4o3 décoraieùt l'église monastique de Saint- Jean èv ÈSSàficô, à Gonstantinople : « Ladite église est bordée

tout alentour de chaires de bois taillé, très*-bien ouvrées, et

entre chacune il y a comme un brazero de cuivre avec de la cendre, où le monde crache ^ afin qu'on ne crache pas sur le pavé. » Ces stalles étaient réservées aux fidèles; il y en a autour de l'église de SaintrDémétrius à Smyme; la cathédrale de Fatras en contient aussi un grand nombre; les chapelles de Gorfou et de Livoume consacrées au culte grec sont de même entourées d'un nombre considérable de stalles en bois, |dacées, non pas ^ comme chez nous, dans le but de réunir le clergé, mais poui" offrir aux fidèles qui assistent aux offices les moyens de se reposer pendant les cérémonies prolongées. (Voir à la page suivante les stalles de l'église de Smyrne.)

^' aU- Slfllles à l'tglise de Saml-Démélrlus . à Smyrne.

Les stalles dont nous offrons ici le dessin sont celles qui se voient dans la nef et jnsque sous l'exo-nartliex de l'église de Saint-Démétrius à Smyrne, dont le plan est gravé à la planche i53. A l'intérieur de l'édifice elles relient entre elles toutes les colonnes qui séparent les nefs, ne laissant libres que les entre-colonnements situés vis-à-vis les portes latérales du temple.

Ces meubles ne sont pas anciens, parce que tous ceux du vieil art byzantin ont disparu depuis la conquête des Turcs; elles conservent néanmoins l'ancienne disposition du mobilier des nefs; au milieu un ou deux sièges élevés dominent les stalles; l'un d'eux, plus important que l'autre, est toujours surmonté d'un ou de plusieurs Homes qui rappellent les formes byzantines. On remarque plusieurs de ces trônes à Athènes, à Patras. (Voira la page suivante, planche 234, la disposition du trône et des stalles de la catliédraie de Patras.)

N* 335. Stalles h la cathédrale de Paires.

Les trônes de Smyrne sont remarquables par la sculpture dorée et les tableaux qui les décorent. Dans les communes trop pauvres pour établir des stalles, elles sont remplacées par de nombreuses béquilles rangées contre les murs et sur lesquelles s'appuient les fidèles. On en voit de semblables dans les monastères : Sonnini en signale dans ceux de l'Egypte.

Les chrétiens grecs élevaient des ambons dès les premiers siècles : on en voit un qui date des successeurs de Constantin dans la cour de l'église de Saint-George, à Salonique; ils ne paraissent pas avoir eu, comme les Latins, un lectorium, meuble

spécialement destiné à la lecture des livres sacrés : on fixait un pupitre contre la chaire à prêcher. Les plus anciens ambons byzantins offrent de l'analogie avec ceux qui ont été examinés dans Tétude de Tarchitecture latine. D'Agincourt a publié, d'après un manuscrit grec conservé en Italie, une peinture qui représente un ambon ; comme à ceux des Latins , on y monte par les deux extrémités; il offre seulement cette différence, qu'au sommet est un petit édicule qui porte un dôme'. On pense que les Vénitiens , lors de la conquête de Constantinople, enlevèrent de féglise de Sainte-Sophie une chaire qui se voit à Saint-Marc; elle est soutenue par plusieurs colonnes sur une grande table de marbre à laquelle on monte par un escalier latéral; les appuis de la chaire , formés de tablettes courbes encadrées de moulures, supportent six colonnettes disposées en cercle et que surmontent des chapiteaux d'une forme tout orientale : ils ont Faspect de turbans ; une corniche précieuse repose sur ces chapiteaux €t soutient une coupole en métal doré et une grande croix. Nous ne pensons pas que cette chaire soit celle que Justinien fit exécuter pour l'élise de Sainte-Sophie, la description qu'en fait l'auteur grec anonyme ne se rapportant pas au monument placé aujourd'hui à Venise : < L'empereur, dit-il, fit un ambon porté sur un socle, une voûte d'or le couvrait, elle était enrichie de perles et de pierreries ; des casques en or pur surmontant des colonnettes occupaient la partie supérieure de l'ambon; la croix qui surmontait le tout était d'or et pesait cent livres; elle était ornée de peries fines. » L'ambon de Justinien fîit sans doute remplacé par celui qui se voit à Venise, et dans lequel on ne retrouve aucun des caractères du style byzantin du vi^ siècle.

' D*Agiiicourt, Histoire êe Tari par les numameats, Peinturas, pi. xxxi, n* 8.

N' 956. Chaire byunline à l'église de Saint-Marc de Venise.

Cet ambon fut encore renouvelé après la prise de Constantliiople par les Latins, et dans ce troisième meuble on rappela, autant que possible, les principales dispositions de celui de Justinien. En 1 4o3 Clavijo vit celte chaire, qui remplaçait celle qui est à Venise ; il la décrit ainsi : « Et sur ie carreau d'icelle salle, il y avoit comme une chaire à prêcher, élevée sur quatre colonnes de jaspe, et semblablement revêtue de jaspe de beaucoup de couleurs, et ladite chaire était couverte d'un dôme reposant sur huit colonnes très -hautes de jaspe de couleurs variées, et là on prêchait : ensemble y lisait-on t'évaugile les

jours de fête. » Le pupitre y était joint comme à celle qui fut transportée à Venise.

Dans les grandes églises modernes de Smyrne et de Constantinople les chaires sont fixées à un pilier; elles offrent de lanalogie avec les nôtres; on y arrive par un escalier en bois, qui est isolé du pilier ou qui s y rattache. Ces chaires ne sont pas surmontées d*un abat-voix comme en Occident; sur le devant est ordinairement un pupitre que supporte un aigle en bois doré, disposition fort ancienne et qu'on retrouve en Italie aux chaires de Saint-Ambroise de Milan et de San-Miniatq de Florence. Cet aigle est quelquefois accompagné de l'ange, dû lion et du bœuf , quf , avec lui, forment les attributs des quatre évangélistes.

Les églises byzantines possèdent un meuble spécial qui est ordinairement placé dans la nef; il est suriïiônté d'un dôme, et a l'aspect d'un petit ciborium isolé et portatif; la partie basse forme une armoire dans laquelle on renferme un grand nombre de tableaux qui s'appliquent à toates les fêles principales de l'année. Lorsque le jour de la célébration de l'une de ces fêtes arrive, on tire de l'armoire le tableau qui^ s'y rapporte, et on l'expose entre les quatre colonnes qui supportent le dôme, et dans UQe direction inclinée, pour que les fidèles puissent mieux le voir et s'en approcher. On retrouve ce meuble à Téglise de Saint-*Démétrius de Smyrne^ à- Magnésie, dans l'élise des Grecs à Trieste : les fidèles viennent, pendant la £ête^ baiser le tableau et déposer auprès une petite pièce de monnaie. Nous avons dessiné et fait graver un de ces meubles, celui de l'église de Smyrne; c:est de tous ceux que nous avons recueillis le seul qui, par sa disposition etie dôme qui le surmonte, se rapporte bien au style byzantin; cette raison nous Ta fait choisir de préférence. (Voir à la page suivante ^ <i^ 336.)

N' 237. Meuble contenant les table&ux des fttes.

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