FAÇADES
L'art byzantin n'eut pas moins d'influence sur les formes architectoniques d'un grand nombre d'édifices de l'Occident que sur la distribution de leurs plans : nous avons montré à la page 391 le dôme surbaissé qu'établit Constantin sur l'église
ARCHITECTURE MONASTIQDE. 391
des saints Marcellin et Pierre à Rome, et, vers la base de ce dôme, des ouvertures nouveUement imaginées en Orient pour éclairer la coupole à l'intérieur; le même prince élevait aussi à Rome, à la même époque, Féglise de Sainte-Constance, et la surmontait d'un dôme porté par un tambour cylindrique, comme il en avait fait exécuter à Salonique. Le temple de Saint-Vital à Ravenne offrit, sous Justinien, des dispositions analogues à celles qui avaient été prises à la basilique d' Antioehe, consacrée par Constantin à la Vierge; les fenêtres s ouvrirent, conime à Sainte-Sophie de ConstantiuQple, au-dessus du grand cerde horizontal de la coupole. Les églises d'Aix-la- Chapelle, d'Ottmarsheim , et toutes les chapelles des Templiers qui existent encore en Europe présentent des dispositions extérieures qui sont la conséquence de l'imitation de ce premier système d'architecture sacrée des Byzantins.
La plupart des temples circulaires ou en polygone que Tart néogrec produisit en Occident furent couverts par des toits coniques ou en pyramide; toutes les églises qui viennent d'être citées précédemment sont dans ce cas. Les Templiers agirent de même à l'égard de leurs chapelles , et cette disposition, nécessitée par notre climat, ne s'opposait pas à ce que ces édifices, dans leur aspect général, rappelassent les formes primitives des temples orientaux; nous avons en e£Pet remarqué précédemment que l'église de Saint-George, à Salonique, présente un toit au-dessus de sa coupole.
Le second mode de disposition adopté pour les façades, que nous avons dévdoppé à la page 2 64^ et qui consistait à les surmonter de corniches ou bandeaux horizontaux , est représenté en Occident par l'église des Ermites , à Palérme , édifice qui porte cinq dômes élevés tous sur des constructions cubiques. (Voir la planche a 96, à la page suivante.)
N* 3g5. Église des Ermiles, à Païenne.
Les façades de la basilique de Saint-Marc, à Venise , ofirrat la plos grande et la plus belle application du troisième système employé par les Byzantins, et qui consistait à surmonter les édifices par les courbes multipliées que nécessitait la construction des voûtes intérieures; on voit sur la page 393 quel est Taspect général de Téglise de Saint-Marc à Venise; il est facile, en le comparant aux façades publiées sous lesn" 176, 177» 178, 179, de voir que le système de construction ectradossée qui dominait en Orient depuis le vin' siècle fut imité dans cet édifice; vers le xiv' siècle on ajouta au-dessus des cintres qui couronnent cette basilique , des ornements gothiques , dans le but d'augmenter la richesse de Tens^nble. L'abside de cette église est aussi une reproduction identique de celles des temples de Constantinople chrétienne, et sur ses faces latérales on retrouve aussi les arcs extradossés qui formaient les parties supérieures des temples orientaux durant la troisième période de l'art liéogrec.
N° 396. Façade occidentale de l'église de Saint Marc, à \
Enîin les églises de Santa-Fosca, dans let. lag Lines, de Saint- Antoine de Padoue, de Saint-Cyriaque d'Ancône, etc. sont autant d'édifices surmontés de coupoles évidemment construites sous l'influence grecque, et les diverses parties de leurs façades sont couronnées de pignons comme on les a vus paraître dans le quatrième mode de décoration que nous avons indiqué en Orient, à la page 270, et qui paraît avoir été le dernier en application; les monuments de l'Italie que nous venons de signaler immédiatement sont eux-mômes d'une date postérieure à tous ceux qui ont été classés d'abord. (Voir la pi. 297.)
N* 397. Vue de l'égliae de Saint- Antoine de Puloue.
En France, et particulièrement dans l'ancien Périgord, où. l'influence de l'art néogrec est incontestablement reconnue sur les églises de Saint-Front de Périgueux, de Gahors, de SouiUac, etc. le quatrième mode byzantin a été adopté de préférence, sans doute parce que, d'une part, il convenait mieux à notre climat, et de l'autre, parce qu'il parut chez nous à l'époque à laquelle il était florissant dans l'empire grec.