‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 51 sur 54 · PLANS · texte numérisé non relu

PLANS

Toutes les contrées de l'Orient éclairées par le christianisme reçurent de l'empire grec le style d'architecture religieuse que nous venons de faire connaître, avec de légères modifications particulières à chaque peuple.

L'Afrique possède encore de nos jours, sur plus d'un monument de l'Egypte et de la Nubie, des traces de l'architecture byzantine, qui vint se mêler aux édifices antiques lorsque les moines s'y établirent ^ Les religieux coptes se maintinrent dans cette voie transmise par leurs prédécesseurs. Les derniers voyages exécutés en Abyssinie ont fait connaître des églises circulaires taillées dans le roc. Procope nous apprend que Justinien, maître de Carthage, y fit élever deux élises, l'une dédiée à la Vierge et située dans le palais, l'autre consacrée à sainte Prime ^. L'empereur, qui avait donné un grand développement à l'art byzantin , ne put que faire adopter ce style pour les églises de la capitale de l'Afrique. Le même Procope, dans son Traité des édifices^, nous fait connaître que Salomon , général de Justinien , fit bâtir près du port de Carthage un monastère qu'il fortifia au point d'en faire une citadelle inexpugnable , comme ceux du mont Athos.

En Asie, l'architecture des Arméniens fut une imitation à peu près servile de celle des Byzantins; les plans de leurs églises ne présentent guère, avec ceux des Grecs, qu'une différence appréciable sur le périmètre extérieur, qui offre de

* Ouvrage de la Commission d^Egypte, Voyagé en Nahiê, par M. Gau.

^ Procop. BelL Vand, lï, xiv.

' Procope, Traité des édifices, VI, v; et BelL Vand. II, xxvi.

nombreuses saillies produites par des absides plus multipliées et des narthex moins étendus. Les Arméniens surmontèrent leurs sanctuaires de coupoles soutenues par de grands arcs et des pendentifs; à l'extérieur, ces voûtes hémisphériques furent couronnées de toits coniques couvrant les dômes. L'élise d'Ërivan, tracée planche 183 , celles qui se voient à Ani et qui ont été publiées par M. Charles Texier, présentent celte particularité; quelquefois les constructeurs de cette nation rem|Jacèrent la coupole intérieure , et le tambour qui doit la supporter, par une voûte de forme conique, s'élevant sur les pendentifs sans aucun intermédiaire : on en voit un exemple à Digour '.

N* 377. Voûte conique à Digour.

Depuis les bords delà mer Noire jusqu'au fond de la Russie, l'art byzantin pénétra en même temps que le christianisme, et s'y maintint dans toute sa plénitude jusqu'aux siècles les plus voisins de nous. Une seule différence se remarque dans la forme des dômes, qui est bulbeuse; en cela ils ressemblent à ceux des mosquées asiatiques et égyptiennes. Quant aux

' Charies Teiîer, Voyage eu Aiie Mintan.

iHarnucTtoNS. — ii. 4&

autres dispositions tant extérieures qa*intérieiires^ elles furent absolument les mêmes que dans Fempire grec, et Fidentité du rite dut contribuer à transmettre dans le Ncurd la similitude des plans, celle des formes architectoniques, et même des ameublements.

Dans la chrétienté occidentale, Tinfluence byzantine ne fut pas moindre, puisque Constantin et Justinien y élevèrent des temjdes imités de ceux de Fempire grec; mais le rite latin et les prescriptions apostoliques luttèrent avantageusement contre la persistance de cet art chez nous ; il y laissa peu d'é* difices complets, mais de nombreux détails d*architecture, puis des traditions qui se perdirent d'âge en âge, en se mêlant à Farchitecture occidentale : nous suivrons ce style dans les principales contrées où il a laissé des souvenirs, en commençant par Fltalie, où les raisons politiques et géographiques devaient Famener d'abord avant de le laisser pénétrer dans toute autre partie de FEurope latine.

Constantin , édifiant à Rome Féglise des saints Marcellin et Pierre, dans laquelle il plaça la sépulture de sainte Hélène sa mère , lui donna la forme circulaire qui rappelait le temple de FÂscension , le Saint*Sépulcre et le tombeau de la Vierge à Jérusalem ; le plan qui a été conservé par Bosio présente des exèdres et des chapelles établis dans Fépaisseur des murs, comme on en voit au Saint- Sépulcre et à Fé^se de Saint- Greorge à Salonique. Pour donner plus encore à la sépulture de Fimpératrice la physionomie orientale, il fit établir autour une ana sacrée, entourée de portiques, comme nous en avons fait voir à toutes les églises primitives de la Grèce. Cet édifice dut être un des premiers exemples qu'ait possédés Fltalie , de dispositions chrétiennes de FOrient aussi complètes. (Voir les plans aux n*'' 278 et 279.)

N' 378. Plan de Téglise des saints Marceliin et Pierre.

N' 379. Plan général delà même égUse (Bt^'de son enceinte sacrée.

Le même empereur, consacrant plus tard à Rome un édifice à la mémoire de Consturoe sa fille, lui donna aussi la forme circulaire ; des exèdj^ et des niches ornèrent les contours, une ligne de colonnes accouplées fut disposée à Tintérieur comme au Saint-Sépulcre, pour porter la coupole. Dans cet édifice de Constantin, ainsi que dans le précédent, les voûtes sphériques {urent éclairées à l'intérieur par des fenêtres pratiquées auprès de leurs bases, afin de faire vmr les mosaïques dont elles étaiait décorées : toutes ces dispositions étaient dues à rOrient, comme on ïà vu dans les précédents chapitres qui concernent les plans, les façades et l'intérieur des basiliques primitives des chrétiens grecs. (Voir le plan à la page suivante, au n* 280.)

N' a8o. IHan de Téglise de Samie-G)iistaoce , auprès de Rome.

A la même époque, la petite église de Saint-Tiburce, à Rome, était construite sur un plan dont la forme affectait celle d*une croix grecque, comme Tédificede Sichem, élevé sur le puits de la Samaritaine et dessiné par saint Arculfe. (PL 166.)

N* aSi. IHan de Téglise de Saint-Tiburce, à Rome.

Au V* siècle, la grande église de Saint-Étienne-le-Rond , sur le mont Gœlius à Rome, fut établie sous la même influence néogrecque, comme on peut s'en convaincre à sa forme, contraire aux usages latins, et à ses chapiteaux, qui sont surmontés, ainsi que ceux de Byzance, d'un lourd couronnement en pyramide renversée.

N** 282. Plan de l^église de Saint-Étienne-le-Rond , à Rome.

Le règne de Justinien donna à Ravenne Té^ise de Saint- Vital , qui , en Occident, est le type le plus complet de l'architecture de l'empire grec. Ce monument, dont le plan est un octogone I offre la plus grande analogie avec les descriptions que font Eusèbe^ et Albupharage^ du Temple d*or, consacré à la Vierge par Constantin , dans la ville d'Antioche. Des exèdres sont établis sur plusieurs points de son périmètre intérieur et disposés comme ceux des églises de Sergius et de Sainte-Sophie à Constantinople; une galerie établie au premier étage forme des tribunes semblables à celles qui, dans toutes les églises de rOrient, étaient réservées aux femmes; une coupole hémisphérique, construite à une grande élévation au-dessus du sol, couronne le monument et Téclaire par des fenêtres percées dans la partie basse de la voûte; enfin tous les détails de Tarchitecture sont dans le style particulier à Tart byzantin. (Voir le plan au n'' 2 83, page suivante.)

^ Euseb. lib. UI, c. 5o. Vita Const Figura octaedri, etc. ' Âlbuphar. Hist univ. p. 85. Templum octogonum , etc.

N* a83. Plan de l'édue de Saint-Vital, • Ravenite.

L'Italie du Nord offre aussi quelques exemples d'églises circulaires qu'on attribue aux x' et xi* siècles. On en voit à Perugia, à Bergame, à Bologne.

N' 38A. Plan de l'église de Saint-Thomas- in- Lî mine, à Bei^ame.

Les conquêtes vénitiennes dans l'empire grec ravivèrent en

Italie Tarchitecture byzantine. La basilique de Saint-Marc fut conçue complètement dans cette voie, et des églises encore debout aujourd'hui à Constantinople , telles que Sainte- Sophie et le Théotocos, ont certainement servi de modèles. Tout, dans ce temple remarquable , depuis les parties principales du plan jusqu'aux détails les plus inaperçus, est inspiré de Tart grec. L'église de Santa -Fosca, dans les lagunes de Venise, montre par sa coupole, par la disposition de ses absides, par les bases et autres détails de l'ordonnance qui la décore , une influence orientale non équivoque; les églises d'Ancône, de Padoue, de Pise^ de Sienne même, toutes surmontées de dômes , ne s'élevèrent pas sans recevoir leur part du mouvement donné par l'Orient.

En Sicile, où la langue, les lois, la magistrature, l'industrie, furent longtemps grecques , on reconnaît sur les édifices chrétiens une physionomie byzantine incontestable. L'église du monastère de la Martorana à Palerme, qui date du règne de Roger P% et fut construite par l'amiral George, est un édifice grec en tous points, sauf les nefs allongées, ce qui tient au rétablissement de la puissance pontificale et du rite latin par ce prince. (Voir une partie de la coupe au n"" 298.)

On voit sur les édifices postérieurs à cette époque l'influence orientale s'éteindre par la suprématie plus ou moins développée de la cour de Rome. Cette remarque se fait aux églises de Céphalù et du monastère de Monréal , dont les plans ont encore à leur partie orientale des proportions byzantines; partout ailleurs, dans ces deux édifices ^ l'architecture ogivale du Nord prend au contraire le desisus, à cause de la domination normande.

De l'Italie, le style byzantin passa en France. La première inspiration de cet art qu'on y voit paraître est la grande basilique

élevée par Perpétuas auprès de Tours, sur le tombeau de saint Martin; Grégoire de Tours , qui la décrit, nous apprend quelle était composée, comme le Saint-Sépulcre, d'une partie circulaire, décorée de nombreuses colonnes isolées et formant le sanctuaire [altarium) et d'une partie quadrangulaire {capsum)^ contenant les nefs qui le précédaient ^

N** a85. Plan de la basilique de Saint-Martin, à Tours.

A Paris , Childebert éleva l'église de Saint - Germain - TAuxerrois sur un plan circulaire; Abbon la nomme Saint-Germain-le-Rond^. Au vin'' siècle, Charlemagne, voulant donner à sa ville d' Aix - la - Chapelle une cathédrale , écrivit au pape Adrien I" de lui envoyer de Ravenne des marbres et des artistes en mosaïque, et l'édifice fut imité, presque servilement, de l'élise de Saint- Vital ^

* Grégoire de Tours, Hist. des Francs, liv. II, p. 177 , édit. de i836.

* Siège de Paris par les Normands, poème d* Abbon.

Adrien I* répondit à Charlemagne : «Palatii Ravennatensis civitalis, musiva atque «marmora, cœteraque exempla tam fn strato quam in parietibus sita, vobis concedimus < auferenda. »

N° iS6. IHauMe la cathédrale d'Aix-la-Chapelle.

A Germigny-des-Prés, Théodulphe , abbé de Salnt-Benoîtsur-Loire, fit placer en 808, aux extrémités des transsepts de l'élise, des absides comme on en voit à un grand nombre de temples de l'Orient, et la précieuse mosaïque dont est décorée l'une d'elles est dans le Stj^ byzantin; c'est la seule qui soit en France. Plusieurs de nos provinces présentent des églises circulaires qui rappellent celles des Grecs, et par ces dispositions exceptionnelles méritent une mention particulière; elles sont pour la plupart des xi' et xii" sièdes : ce sont celles de Sainte-Croix à Quimperié, de Rieux-Méribvitle, de Vénasque, de Saint- Micliel, près d'Angoulême. A la même époque la petite église de Planés, dans les Pyrénées-Orientales, fut construite sur un plan triangulaire; une abside s'éleva sur chacun des côtés du triangle, et une coupple surmonta la nef.

Au XII* siècle, l'abbatiale de Charroux reproduisait les formes du tombeau de Saint-Martin à Tours, imité du Saint-Sépulcre. (Voir le plan, page suivante, n** 287.)

inSTRDCTIONS. II, &9

IKSTBLCTIONS.

Ifafty. limàtTi^

A Ottmarsheim tes dispositions de la cathédrale d'Aix-la* Chapelle étaient répétées dans l'église abbatiale.

N* 388. IHan de l'égliM «bbatide d'OUmarriinm.

ft«i-ilfr«limiMi«.

Le plan du premier étage de réglised'Ottmarsheim fait voir, comme celui de la cathédrale d' Aix-la-Chapelle, gravé au n" 386, que des colonnes placées au-dessus des grands arcs du reanle- chaussée décorent une tribune disposée à l'instar de celles dn gynéconitis des églises byzantines.

A l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, nne immense rotonde s'élevait avec trois étages de colonnades intérieures audessus des chapelles basses et de constroctions dont on peut Taire remonter l'origine aux vu' ou vni* siècles. (Voir le plan de cette abbatiale à la page suivante, an n" 389.) On y voit en a et 6 deux clochers cylindriques contenant les escaliers pour monter an premier étage, en c une demi-rotonde formant le porche et s'élevant sur une chapelle souterraine, en d, « les nefs circulaires du rez-de-chaussée et du premier étage, en /le sanctuaire.

N* aSg- Plans de l'abbatiale de Saînt-Bénigne de Dij<».

Les églises de Saint-Front de Périgueux, de Cahors, des abbayes de Sooiilac, de Fontevraut, qui datent de la même époque , sont surmontées de coupoles apparentes analogues à celles des Byzantins.

Enfin , dans l'antique abbaye de Saînt-Médard de Boissons, les moines avaient construit, en 1 1 58, un édifice reproduisant, sur des proportions étendues, le grand temple de Sainte-Sophie de Constantinople', et Tég^îse de Saint-Sauveur de Nevers possédait un chapiteau représentant une é^ise byzantine complète '.

' Dom Martenne , Voj. litt. t. 11, p. !•}.

' Amalnarckéologiquei, t. II, p. n^.

Un ordre célèbre t celui des Templiers ^ contribua aussi à reproduire en Occident , jusqu au tiii^ siècle, les formes des premiers édifices chrétiens de lempire grec : gardiens du Saint- Sépulcre et protecteurs des nombreux pèlerins qui visitaient la Terre sainte , ils imitèrent dans leurs églises, et le plus généralement sur des proportions restreintes S la configuration du monument de Jérusalem , qui avait été le motif de leur institution. La plupart de leurs chapelles étaient circulaires, et leur ordre se répandant en Espagne, en France, en Allemagne, en An^eterre, ils y maintinrent les derniers souvenirs de Tarchitecture byzantine. Les églises du Temple à Londres, à Paris, en Allemagne, étaient rondes.

N* 290. Plan du Temple, à Paris.

On en voit aussi quelques-unes qui ont été construites sur des plans en polygone: ce sont celles de Ségovie, de MontmoriUon , de Laon , de Metz. Cette dernière forme confirme Tintention qu avaient les chevaliers du Temple de rappeler quelqu'un des édifices importants de la chrétienté orientale. Nous en avons fait connaître qui étaient disposés de cette manière. (Voir les plans de ces édifices à la page suivante.)

' On lit dans le procès des Templiers , qu à cette question , ■ Où avex-vous été reçu? • ils répondaient tous : • dans la ehapflle de la maison du temple de telle loodité. »

N* 291. Plan du Temide, i Ségovie. N* 39a. Plu dn Tem[de, k Làoa.

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