CRYPTES
I" disposilion, — Les églises de la période carlovingiennc et transitoire de Germigny-des-Prés , de Saint-Martin d’Angers et de Sainl-Gènéroux n’ont point de cryptes; on a vu, à la page 2i4 de la première partie, que celle de l’abbatiale de
’ Apud Matienne^ Ilut. SaiRt Flor. S«lm. t V, col. IO97.
AnClUTECTlIU' MONASTIQUE.
S.iinl-Gall esl parfaitement analogue aux crypte.s latines de l’Italie; c’est dans la vieille église de Saint-Front, à Périgueux, monument fpic, par la décoration de la laçade et les voûtes transversales de scs nefs latérales, nous avons déjà classé au nombre de ceux qui sont dans la voie de transition du style latin au roman, que sc voient des caveaux appartenant à la période transitoire. Cet édifice présente trois cryptes, l’une sous remplacement approximatif de l’ancien sanctuaire, détruit pour la construction de la grande église à coupoles, les deux autres sous les ailes qui donnaient à l'ancien temple la forme d'une croix. Ces divers caveaux sont voûtés; mais ce qui les distingue particulièrement des cryptes latines, c’est qu'ils ont plusieurs nefs réunies par des arcades : de plus, les impostes des arcs ont des moulures à biseau qui ne sont plus latines; la brique paraît dans la construction comme aux églises de Saint-Martin d’Angers, de Vieux-Pont-en-Auge, de Saint-Généroux.
La crypte de Saint-Laurent de Grenoble ofl'rc aussi des traces de transition : quatre absides y sont disposées en croix, éléments réunis des plans de l’abbatiale de Saint-Gall et de l’église de Germigny. La place donnée aux colonnes auprès des murs, les lourds tailloirs des chapiteaux, sont contraires à tous les principes latins. Des stucs décorent ses voûtes, et leurs formes sont encore établies suivant le style antique, suite de l’influence romaine qui sc maintint longtemps au delà du Rhône et s’y prolongea jusqu’au xii' siècle; mais de là naît un désaccord entre les diverses parties de la décoration de la crypte, ce qui indique sullisamment une période transitoire. (Voir le plan à la page suivante, n° 3go.)
INSTRUCTIO^S.
N* 3901 Plan de U crypte de Saint-I^urenl de Grenobli*
Si le plan de la crypte récemment découverte à Orléans n'offre pas des caractères de transition aussi marqués que le précédent, les bases et les couronnements des piliers montrent, par leurs arêtes et leurs angles abattus, l'abandon des formes latines. (Voir les planches Sgi, Sga et SgS.)
N* 391. PUn de U crépie d'Orléam.
A RCIUTKCTU RE MON A STIQU E.
N’ Sga. Coupe» de In cryplc d’Orl^niu.
N* 3g3. DèUik de la crypte d'OrléanJ.
Les cryptes romanes construites après l’an looo sont trèsvariées dans leurs formes; on peut dire qu’en général elles offrent plusieurs nefs divisées par des arcades dont les colonnes ou les piliers portent chapiteaux, qu’elles sont surmontées de voûtes en berceau dans lesquelles sont de nombreuses pénétrations motivées par les arcades latérales, qu’on en voit quelques-unes qui sont plafonnées sur leurs nefs étroites : celle de Vie, département de l’Ailier, est du nombre. (Voir à la page suivante, sous les n°’ 3g4, 395, 3g6, le plan et les coupes de cette crypte, qui offre cette particularité assez rare, d’avoir son entrée au milieu du sanctuaire.)
INSTRUCTIONS
N* 3^4* do in crypte do Vie.
N* S95. Coupe transversale de la crypte de Vie.
N* 396. Coupe longitudinale.
Ordinairement placées sous le sanctuaire, les cryptes prennent ses formes courbes à l’orient et s’arrêtent d’une manière brusque et carrée à ses limites occidentales; on y arrive, à peu près comme dans les cryptes latines tracées aux plan-
\ UC I llTKCTll U K MON AST IQU r..
elles i3a, i33, i34 de la première partie, par des escaliers placés dans le voisinage du sanctuaire. Lorsque l'art roman prit plus de développement, les cryptes s'étendirent au point de devenir de véritables églises souterraines. Celle qui se voit sous l'église de l'Abbaye-aux-llommes à Caen est déjà trèsvaste, comme l'indique le plan ci-joint, n” 397.
N* 397. Pinii de la cr)|>le de rAbbaye-aMt-llonimea.
A Cantorbéry, clics sont considérables; dans cette abbaye elles ülTrent cinq nefs presque aussi étendues que celles de l’église qui les surmonte; elles ont doubles cbapelles de trans- .septs et de rond-point ; enfin on y a ajouté un immense chœur à trois nefs avec un sanctuaire arrondi, qui supjxirte la chapelle nommée la Couronne de Thomas Becket. Toutes ces constructions ne datent pas de la même époque, elles ont été ajoutées successivement à la crypte romane, qu'il est facile de recoiinaitre en examinant le plan général gravé à la page suivante, sous le n” 3g8.
IN^TBOCTIONS. — IM.
auchitectluk monastique. i63
remarquiibles par leurs tlcu\ étages superpo.sé.s et le nombre (le corps saints quelles contenaient. Les caveaux de l'abbaye de .Saint-Denis, qui sont dus au style roman très-avancé, contiennent de vastes galeries, des chapelles égales en nombre à celles du rond-point de l’église, et de nombreuses cryptes, dont une, fort étendue et située sons le sanctuaire, est plus ancienne que les autres; elle servit de sépulture aux rois de la famille des lk)url)ons. On peut en restituer approximativement les dispositions premières, comme le plan ci-joint l'indique, en cherchant, dans les substructions actuelles, les restes de l'église anterieure à Suger, et en traçant cette crypte à l’extrémité de son abside.
N* 3^9. Ancienoe cr^^ple de l'obbave de Seial-Dcnis.
Eu Italie les cryptes romanes sont rares et disposées autrement que celles du Nord; aux églises de Saint-Ambroise de Milan et du monastère de San-Miniato, à Florence, elles ne
INSTRUCTIONS
sont qu'à demi souterraines, s’ouvrant par des arcades située.s au delà du maître-autel ; elles élèvent à une grande iiautcur le sol du chœur et du pncsbyterium ; rintérieur est divisé en nombreuses nefs séparées jiar de minces colonnes en marbre portant des arcs; la crypte de l'église de Saint-Pierre, à Tosc.anclla, est disposée de la sorte, mais elle est entièrement souterraine; notre crypte mérovingienne de l'abbaye de .louariv olire de l’analogie avec celles de l’Italie.
N* 4oo- Cryplc de rpgii»e de Sainl-Piorrc, à TuM’aneltn.
Des cbapiteau.x sculptés, des autels et des tombeaux, plus ou moins ornés, des peintures répandues sur les parois, formaient la décoration des cryptes romanes; celles de la vieille église de Saint-Front, de l'abbaye de Saint-Savin, de .Saint- Pierre de Toscanella, oflrent des tableaux de légendes et d’anti-es sujets religieux.
A R C 1 1 1 'F K CTI U K MON A ST i Q ! i;.
DKTAtLS D'ARCniTECTURE ET D’ORNEMENT.
Détails divers. — La Iransilion qui s’élaRlil durant le sicclu de (diarlemagne, entre le style latin et celui qu'on vient d’étudier dans son enscuible, peut se, suivre de luênie sur les détails de l’arcliileclure et de la sculpture. I.e portique du monastère de Lorsch, construit en 776, la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, commencée en 798, font voir dans leurs moindres parties une imitation évidente de l'art romain, imitation subordonnée toutefois aux dilférences que devaient produire dans les formes, les siècles qui s’étaient écoulés depuis les beaux temps de l’architecture. Charlemagne avait contribué lui-même à ramener le goût dans cette voie; il avait visité fltalie lorsqu’elle était toute latine par instinct et par souvenir, comme nous l’avon.s démontré dans la I™ partie; voulant donc dans le NonI une renaissance, il ne crut mieux faire que d’appeler des États du pape les artistes qui contribuèrent à embellir Aix-la-Chapelle de l’église du Palais, qui existe encore aujourd'hui. Dans ce temple, dont le plan et la coupole sont seuls byzantins, tous les détails d’art, tels que profds de moulures, chapiteaux, grilles et portes de clôture, indiquent le style latin de l'Italie centrale dans toute son intégrité. Ils disent où en était fart de cette contrée et complètent ce qu’on a déjà vu dans la 1” partie. Quant au Nord de l'Italie, il avait déjà subi alors, comme on le voit par l'oratoire et le baptistère de Cividalc-dei- Frioul, par les édifices romans qui s’y élevèrent successivement dans la suite, il avait subi, par le mouvement des peuples septentrionaux qui y afiluèrent, ces influences du Nord qui modifiaient les formes nationales. C’est contre ce courant d’idées nouvelles que lutta vainement et trop tard Charlemagne; tous les souvenirs de l’art païen devaient bientôt dis-
INSTKLCnONS.
paraître devant un autre style plus en rapport avec la civilisation qui se développait en deçà des Alpes.
Ainsi qu'on le reconnaît dès l'année 806 à l'église de Gerinigny, une alliance s’établit entre les profils encore latins des couronnenients de pilastres situés au centre du chœur, et les formes nouvelles des décorations de la tour; en ellét, les chapiteaux des colonneltes situées au premier étage de cette tour, les stucs placés aux fenêtres du second étage, ne sont plus des imitations de fart romain; farliste s’y est livré à son caprice, il s’est placé dans la voie qui se développa bientôt dans fEurope moyenne et dans le Nord, pour créer f architecture romane. Ces chapiteaux n’oflVent plus la distribution de feuilles du corinthien, les volutes manquent, les tailloirs sont formés de plusieurs rangs de biseaux, les bases des colounettcs offrent aussi des profils nouveaux, c’est une transformation complète.
N* 4oi. Colonneltes du clocher de Germignj.
Aux gypsei ou stucs placés auprès des fenêtres de la même tour, les chapiteaux s’éloignent encore plus que les précédents des fornies antiques, et l’archivolte qu’ils portent est d’un
AhCHITKCTlKK MON A.STIQL Kaspect et d’un galbe entièrement nouveaux. (Voir les gypici, n” 35q.) Les peintures des manuscrits carlovingiens démontrent combien les artistes tendaient alors à modifier les formes architecturales; on les voit renoncer, pour les chapiteaux, à la distribution des feuilles établie par l'antiquité, les figures humaines, les têtes d'animaux, viennent s’y mêler à une flore qui n’est plus celle de la Grèce ou de l’Italie ; la voie romane s’ouvrait donc et les chapiteaux de Gcrmigny indiquent l’époque de cette transformation, malgré les elTorts qu’avait faits Charlemagne pour ramener l’art dans la voie antique, et lutter contre l'invasion des idées nouvelles.
A l’église monastique de Saint-Généroux, la corriiebe qui couronne, à l’extérieur, les petites absides et se continue vers le milieu de la grande, présente un profil très-simple accompagné de modillons carrés surmontés d’un tore ; ici .se présente déjà l’altération des formes antiques du couronnement, par l'absence de la moulure supérieure. Le chambranle qui encadre la fenêtre de l’abside principale contient aussi des modillons inusités dans l’art romain, et dont on retrouve les analogues dans la corniche du baptistère de Saint-Jean, à Poitiers.
N* 4oa. Archivolte h Sàint-Cénéroui. N* Uoi. PUii el coupe.
INSTRLCTIO.NS.
N” /|oi vt âo5. Modilloiis du baplislurc de Poitiers.
Os nioclillonSj comme ceux qui se voieiil à la Maison carrée de Nîmes, offrent à leur partie antérieure plus de volume qu'à leur base, principe qui paraît avoir été adopté volontiers dans les Gaules : on le trouve à l’arc d’Orange. Ici donc reparaissent au monument de Saint-Généroux les idées indigènes.
Sur les faces latérales de la même église de Saint-Géneioux règne un bandeau qui porte les frontons que nous avons déjà fait remarquer précédemment, page .“ii; il se courbe, ensuite pour encadrer le cintre des fenêtres, puis est soutenu dans toute sa longueur par des corbeaux semi-cylindriques cbanfreinés sur leurs arêtes, et qui ne semblent être que des portions de modillons analogues à ceux qui encadrent la fenclre principale de l’abside. (Voir la planche 4o6.)
fine décoration analogue se remarque sur deux des piliers intérieurs de féglise de Germigny-de.s-Prés; l’archivolte de la porte et les parties anciennes de la chapelle de Vieux-Pontcn-Auge, gravée à la page ii, planche 3i3, en montrent aussi des exemples.
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N* 4o6. Bandeau latéral à Saînl'Genéroux.
Celle réduclion d» modillon serait i’origiüe d’un ornemenl qui fui employé à profusion dans l’archileclure romane et qu'on nomme frelte; la vieille église de Saint-Front, à Périgueux.en présente de même.
Ainsi, sur tous ces édifices carlovingieos, à des profils encore dans le galbe antique, se mêlent des innovations, premiers essais de l’architecture qui se formait dans l’Europe moyenne.
Un autre ornement, contemporain de celui qui vient d’étre examiné, est une imitation plus ou moins compliquée des tresses de la passementerie; nous l'avons déjà signalé dans l’oratoire de Cividale-del-Frioul : il y est fort simple. Les Chrétiens grecs en ont fait usage; mais à une époque qui correspond à notre période romane, nous ne l’avons trouvé, en Orient, sur aucun des temples couronnés de cintres, troisième système de disposition des façades, en faveur jusqu’au .\i* siècle; chez nous, au contraire, il se montre déjà sur un des piliers de l’église de Germigny-des-Prés. 11 piaraît à profusion dans nos édifices de style roman; c’est ainsi aux chapiteaux ajoutés
l’tSTItUr.TIOSS — III.
as
INSTRUCTIONS
à l’église de Saint-Martin d’Angers pour porter la tour, aux modillons extérieurs de Saint-Germain-des-Prés, aux chapiteaux
* N* àoy. Modulons à fabbatialo do Saint^Gomuin dea>Pr^.
de la nef de l’abbatiale de Sainte-Geneviève, de celle de Saint- Savin; cette combinaison d’entrelacs, se développant rinfini, couvrit des panneaux entiers de clôtures de chœur, des tympans de portes, etc. Il est tn'is-commun dans les vignettes des manuscrits carlovingiens, et ne paraît pas plus sur les ivoires que sur les anciennes peintures des Grecs; il aurait donc été porté d’Occident en Orient.
A ce système d’ornement s’en rattaclie un autre dont- l’origine parait aussi occidentale, c’est celui qui, à des entrelacs moins compliqués que les nattes, mêle des figures chimériques d’hommes et d’animaux. On sait combien il est commun dans les manuscrits carlovingiens; les monumçnts attribués aux Anglo-Allemands et aux Saxons par les Anglais, les églises en bois de Borgund, d’Urnès, d'Ilitterdal, en N'orwége, font voir, sur leurs colonnes, les plus compliqués de ces ornements ; ce sont des serpents, des monstres chimériques en-
-Oioifeed-bvi^oogte
AUCHITKCTURE MONASTIQUE.
lacés dans de nombreux replis, et d’une façon beaucoup plus complexe que tous les exemples qui se voient dans l’Europe moyenne.
N** 4o8 el 409. Colonnes en Norwégc.
Ne peut-on voir ici des créations fantastiques du Noixli* Cet ornement eut du succès au xn' siècle, il se répandit jusqu’en Italie; on en voit un exemple curieux à une porte d’église à Côme. (Voir le dessin de cette porte à la page suivante, n" 4 10.) Asti en montre quelques fragments; l’église de Sainte- Marie deToscanclla présente, dans les tympans de ses portes, des sculptures qui offrent quelque analogie avec celles-ci, bien qu'on y retrouve l’art italique. De là sont nées les riches colonnes ornées qui s’exécutèrent, en France, au xii* siècle, et dont la façade de l’abbatiale de Saint-Denis fournit un bel
INSTRUCTIONS
N* .^10. Porte dVgliüe à G*>ine.
exemple, l’artoul ailleurs, en Italie, ce système lut remplace sur les colonnes, dans les tympans, etc. par de riches combinaisons de rinceau,x et autres oniemeiiLs inspirés de l’antique; c’est ainsi à Saint-Marc de Venise, aux cathédrales de Pise, de Sienne, etc. il ne peut donc être considéré comme italien. La fîrèce n’en montre aucun exemple.
Les damiers, si communs dansTornomentation des bandeaux et des modillons de l’architecture romane, parai.ssent sur la façade de la vieille église de Saint-Front, à la comiche qui couronne les arcatures de la balustrade, ainsi qu’au clocher de l’église de Pont-en-Auge (Calvados), et aux modillons de Saint-Germain-des-Prés.
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N* 4i 1. Modülon de SainKîermaîn-dcA-lVs.
Cf serait encore un ornement d’origine septentrionale et carlovingienne ; nous n’en connaissons pas dans le midi de l’Europe^ nous aussi appartiennent les modillons ornés de têtes chimériques, d'emblèmes de tous genres; l'Orient ne les vit jamais, et ils sont aussi rares en Italie que communs en Erancc.
L’art roman présente l'emploi fréquent de chevrons brisés pour décorer les arcades; cet ornement paraît avoir une origine orientale.
N* 4i3- Chapiteau byzantin à Athènes.
INSTRUCTIONS
Athènes nous a fourni un chapiteau fort ancien, à en juger par les monogrammes qui y sont sculptés; il est couvert de chevrons brisés.
Venise put être l'intermédiaire de cette importation; on rencontre de ces chapiteaux à chevrons à Saint-Marc.
N* 6)3. Chapiteau byianUn k Vcni»e.
Ainsi donc, en poursuivant cet examen de détail, on arriverait à rendre au Nord ce qui lui appartient. La part de l’Orient <;st assez belle pour qu'on laisse à nos artistes ce qui leur est véritablement dû dans rorneinenlation si variée de la période romane. Le second cahier des Instructions du comité des arts a fait connaître, aux pages 5o et 5i, les principaux détails quelle présente.
Chapiteaux. — On a vu dans la première partie, page 36 1 et suivantes, que la forme cubique fut adoptée dès l'origine par les Byzantins pour les chapiteaux; elle s’introduisit en Occident par ristrie et l’exarchat de Ravennc; mais il semble quelle ne fut admise en France et dans le Nord qu’après la période carlovingienne.
Les chapiteaux cubiques de l'architecture romane ne sont pas précisément semblables à ceux des Byzantins; une partie
AKCHITECTURK MONASTKJLI-;.
sphérique les relie au fût de la colonne : ce fut généralement dans cette disposition qu'ils se répandirent jusqu’aux contrées les plus éloignées dans le Septentrion, en Suède, en Norwégc, etc. Ils se maintinrent jusqu'au xiii' siècle dans les belles églises des bords du Rhin. Toutefois des modifications lurent faites fréquemment i cette forme; des godrons et autres ornements singuliers en couvrirent les faces qui, dans plus d’un édifice, reçurent aussi des sujets de peinture comme on en a trouvé récemment aux abbayes de Jumiégeet de Saint-Georges de Bocherville. L’abbatiale de Saint-Remy, à Reims, fournit un exemple de stucs sur des chapiteaux.
N* 4i4> Qiapitcaa pdol i l'abbaye de S«int-Geargcs de Borhcnrillc.
L’Égypte, la Grande-Grèce et Rome font voir plus d’un chapiteau décoré de figures sculptées; nous en avons montré clic/, les Sassanides (V' partie, page 36a), puis chez les Byzantins (page 4oa). Ce n’était donc pas une création nouvelle lorsqu’à l’époque carlovingienne on en dessina un grand nombre dans les vignettes des manuscrits; et ces dessins nombreux démontrent, à défaut d’exemples sculptés, qu’on en exécutait alors. Quant au style roman, il fit de ce genre de décoration
INSTRUCTIONS
un usage des plus fréquents; ce qui faisait dire à saint Bernard : «A quoi bon ces ridicules monstruosités, ces admirables beautés difformes ou ces difformités si belles? Que font là ces figures de singes immondes, de lions féroces, de monstrueux centaures, de moitié d’hommes, de tigres tachetés, de guerriers combattants, de chasseurs sonnant de la trompette? Vous pourriez y voir plusieurs corps sous une seule tête, puis plusieurs têtes sur un seul corps; là un quadi’upède avec une queue de serpent, ici un poisson avec une tête de quadrupède ; là une hête affreuse, cheval par devant, chèvre par derrière; ici un animal à cornes qui porte la croupe d’un cheval. C’est enfin un tel nombre, une telle variété de formes bizarres ou merveilleuses, qu’on a plus de plaisir à lire dans les marbres que dans les livres, et à passer tout le jour à admirer ces œuvres singulières qu’à méditer la loi divine. • Les bestiaires nous apprennent que la plupart de ces compositions singulières avaient un sens symbolique.
Enfin une troisième catégorie se présente dans les chapiteaux romans; car nous ne devons pas tenir compte de ceux sur lesquels on reconnaît une imitation libre ou servile de l’art païen; cette troisième classe est celle qu'on voit pioindrc à l’église de Germigny, et dans laquelle nos artistes de la France particulièrement s’affranebirent de toutes les données antérieures pour créer des dispositions nouvelles; cherchant dans la flore de nos provinces des in.spirations qui missent leurs nombreuses et riches compositions ch rapport avec la gravité de l’architecture romane, ils prirent, particulièrement dans les amples modèles que fournissent les plantes aquatiques, les larges contours des feuilles, les courbes arrondies, les oppositions heureuses qui distinguent ces chapiteaux de tous les autres, et y font voir un art véritable, car on y trouve
AKCIUTECTUKE MONASTIQUE, à la fois imagination, beauté de formes, liarmoiiie. On a faussement attribué aux Byzantins celte belle ornementation romane du XII' siècle; nou.s n’avons rien trouvé en Orient qui présente la moindre analogie avec elle. Les produits de Constantinople, tels que la pala d'oro de Veni.se et les portc.s de la basilique de Saint-Marc, celles de Saint-Paul à Borne, de Sainl- -Angclo au mont Gargano, exécutées en Orient, aux xi* et xir .siècles, sont autant de monuments de fonte ou d’orfévrerie dans lesquels on ne trouve aucun indice de ce genre de compositions; tous les cbapiteanx y sont en pyramides renversées. li'Italie cl le midi de la France étaient alors dans une voie païenne; le Rhin ne montre que ses chapiteaux massifs, l’Anglelerre de même ou à peu prés; à la France moyenne cl septentrionale appartiendrait donc tout riionneurdc ces riches inventions.
Colonnes. — Dès le règne de Charlemagne, les proportions de la colonne, établies par l’antiquité, n’étaient plus observées rigoureusement; celles qui se voient au portique du monastère de Lorsch sont trop longues; au clocher de l'église de Germigny, au contraire, elles sont singulièrement raccourcies. Dans le Nord, ce fut dans cette dernière voie que se placèrent les religieux architectes à l’égard des proportions qu’ils donnèrent aux colonnes; dans le centre cl dans le midi de la France, ils se rapprochèrent davantage des règles antiques.
Au xii' siècle, lorsqu’on groupa les colonnes en faisceaux, ou allia les formes pesantes du Noixl à des proportions exagérées en longueur, pour conduire une partie de ces fûts réunis jusqu’aux voûtes des nefs, du chœur ou du sanctuaire. Quant à la forme, à la disposition et aux ornements de la surface de la colonne, nous renvoyons aux pages 29 et 3o du second cahier des Instructions du comité des arts.
mitrftccTioxs ~ iit.
INSTRUCTIONS
Hases. — Nous agirons de môme à l’égard des bases de colonnes, en faisant observer de plus : i° que leur forme attique se dénature dès le règne de Charlemagne, comme on le voit au cloclier de Germigny; a° que les religieux artistes surent donner à celle partie imporlanle des colonnes les profils les plus variés, el cependant en barmonic parfaite avec les proportions de l’ensemble. On en trouve un exemple remarquable au porche de l’abbatiale de Sainl-Benoît-sur-Loire, où se montrent dix-buit bases diverses et toutes parfaitement conçues'.
N* à I &• du portlie de labbatiale de S«int>BenoU sur*Loire.
‘ Voir U 23* Uvraisun do l'ouvrage intitulé : l'Architecture du r' au xrt' nècle, par .1. (railhnlinml (GMc et Baadrv).
ARCIHTECTLKE MONASTIQUE.
CONSTniCTIO.N.
Les premiers cs.sais de roriiemcntalion romane que nous .signalions ci-dessus, lels que frelles, damiers, tresses, etc. sur des édifices de la période carlovingienne, se mêlent encore à la construction en moellons, dans laquelle des assises de briques Ibrment des liaisons, encaissements nécessaires pour maintenir le béton ou blocage qui constitue la masse des murailles; le petit appareil <le moellon l’orme un parement ou enveloppe qu'on couvrait ensuite d’un enduit en stuc; c'était le système antique et particulièrement du Bas-Empire, et il s’était maintenu durant la période latine, qui par transition le transmettait à la nouvelle arcbilecture. Sur les églises de Pont-en- Auge, de Savenières, on trouve meme encore l’opus rcticulatum employé dans des triangles placés aux pignons.
Quelquefois ces parements mêlés de briques furent faits avec assez de soin et une recberclie de combinaisons assez variées, pour qu’on puisse admettre que la construction servît de décor sur les façades; nous pouvons citer à l'appui de cette opinion l'église de Saint-Généroux, qui, sur tous les pieds-droits séparant les fenêtres, présente, au milieu d'un grand appareil, de petits moellons piqués disposés en pyramides; au-dessus des cintres de fenêtres, et dans les frontons placés entre eux, se développe un réseau en briques mêlées à la pierre et qui forme une décoration réticulée; enfin au-dessus de cette zone, le constructeur a établi une frise dans laquelle les moellons mêlés à la terre cuite représentent un épi continu; il est difficile d’admettre <[ue toute cette recherche ait été destinée à se perdre sous un enduit : c’était le prélude des riches incrustations en lave si communes en .Auvergne et aux bords du Rhin.
180 INSTRUCTIONS
Lorsque, après l’an looo, l’art fie construire se replaça dans la voie tracée aux belles époques de rarchileclure, on abandonna généralement le système des béions pour y substituer celui du grand ou du petit appareil. Les voûtes seulement lurent exécutées d’abord en blocage; un modèle célèbre dans tout le Nord avait survécu aux ruines du ix' siècle, c’est le dôme d’.\ix-la-Cbapellc, dans lequel Charlemagne, n’épargnant rien ]x>ur le rendre durable, avait employé ces divers modes. La stabilité de cet édifice dut certainement avoir sa part dans le progrès qui s’établit alors. Bientôt donc, par l’emploi des procédés connus, et par la création de combinaisons nouvelles, l’art du constructeur s’éleva à un point qu'il n’avait pas encore atteint depuis l’antiquité; il alla même au delà des modèles laissés par elle, lorsqu’il éleva les tours immenses et suspendues sur des arcs, les belles absides, les galeries légères que nous admirons encore, et dans l’exécution desquelles les sciences mathématiques furent appliquées et se développèrent elles-mêmes par la pratique et l’expérience.
Ainsi dans les contrées méridionales on fit usage du grand appareil .suivant le mode antique; de nombreux édifices romains pouvaient servir de guides. On agit de même dans les contrées moyennes, en diminuant toutefois l’étendue des matériaux, lorsqu’ils s’élevaient à une grande distance du sol, parce que les moyens mécaniques étaient bornés; c’est ce qu’on observe à la grande abbatiale de Périgueux. Dans le Nord, un système mixte fil employer des matériaux de moyenne grandeur, enveloppant des massifs de blocages formant le noyau des murs et des piles épaisses; c’est ce qu’on observe dans les abbayes situées en deçà de la Loire. Ces derniers édifices, si riches en nouveautés, virent la stéréotomie conduire à l’invention des nervures en croisées d’ogives, pour
■ • Piqi!i;'T.'frt7y"(30egle
ARCIIITKCTLHE MONASTIQUE, couvrir las grandes nefs, dns pénétrations dans les voûtes cylindriques des bas-côtés, pour augmenter les dimensions des fenêtres inférieures et du triforium, des fenêtres placées à la lia U leur des voûtes du vaisseau principal, pour l’éclairer directement, solutions do problèmes qui préparaient l’avenir de l’arcbitecturc du Nord.
De l’examen de détail qui vient d’être essayé dans les précédents cbapitres résultent quelques faits importants qu’il faut préciser. Les Gaulois, qui, depuis l’anliquilé, sc distinguaient parmi les nations de l’Europe par leur esprit inventif et leur industrie *, qui, à l’époipic de la décadence romaine, avaient apporté dans l’arcliitecturc tant d’innovations de détail, ce que démontrent les nombreux fragments qui se découvrent sur notre sol, n’avaient pas perdu cet esprit ingénieux par la conquête des Francs: nous avons vu saint Germain, au vi' siècle, apportant à Paris les premières modifications an plan de la basilique latine; plus tard, Théodulplte modifiant plus entièrement, à l’église de Germiguy, les di.spositions du chœur, et jetant les bases de la grande innovation qui changea complètement les plans des édifices sacrés; un architecte do la cour de Charlemagne traçant le plan de l’abbaye de .Sainl- Gall,ct y produisant les nombreuses modifications de la basilique primitive que nous avons fait connaître et qui sc maintinrent, depuis lors, dans l’architecture religieuse; pour ce qui concerne les détails de l’ornementation, les églises carlovingicnnes de Vieu.v-Pont-cn-Augc, de Saint-Génénmx, la vieille abbatiale de Saint-Front, donnant les premiers rudiments du décor architectural de la période romane; quelle conséquence tirer de tous ces faits réunis, et qu’aucune autre
' Pline, cap. xxxvi, 5 66; Vitruve, liï. U, chap. iii; Pliiloaliatc. Icon. lib. I, cap.
INSTRUCTIONS
contrée de i’Curope ne présente, si ce n'est que cet art serait né dans nos provinces? Charlemagne soumettant les Saxons et les convertissant au christianisme, ainsi qu’une partie de l’Allemagne', organisant leur Eglise’ et fondant de nombreux monastères dans cette contrée"; les innovations qu’on trouve sur le plan de l’abbayc de Saint -Gall, exécuté à sa cour, et à l’église de Gcrmigny, édifices contemporains qui fixent déjà des caractères du style roman, durent pénétrer en Allemagne. Cet art, ainsi exporté, se serait développé depuis dans cette contrée, sous les 0/fion‘, en prenant un caractère local dérivé de celui de France. Les Anglais attribuent aux Anglo-Saxons tous leurs édifices romans antérieurs au milieu du xi' siècle, ils les devraient donc aussi à l’influence française en Allemagne. Après fan looo, on voit f église du prieuré de Cantorbéry, en Angleterre, sortir des mains du célèbre Lanfranc, abbé de fabbaye du Bec, en Normandie, et toutes les constructions romanes des îles britanniques prendre le nom d’arckileclnrt normande après la conquête ; là parait encore la France.
En Italie, la marebe du style roman, du Nord au Midi, est évidente; on a vu au pied des .\lpes, à Gividale-del-FriouI, un oratoire et un baptistère portant, dès le vm* siècle, les premières empreintes de cet art. Les églises romanes qui se voient à Côme, à Bcrgame, à Milan, à l’adoue, sont contemporaines de nos monuments de France; on y trouve, unies au
^ Concile de Paderborn en 777, où un grand nombre de Saxons rc<;uren( le bapl^'oic. (ÛMic. Gerwi. !. I.)
* Assemblée de Paderborn. en 780.
* Huldricus Mu(ius, Chrvnic. rtram Germante. Ub. VIII; i58â- Glouateur Saxon, liv. UI, art. 8a.
* Les plus anciens types sont à Frosc et à Gemrodo, en Saxe, et datent du milieu du X* siècle, le premier de 95G à g 58, le second de 968.
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plan latiu, des voûles bas.ses et obscures, qui démontrent que nos conslruclciirs et nos artistes étaient en avance sur ccu.x de cette contrée. Arrive-t-on aux Etats de Toscane, l'abbatiale de San-Miniato, à Florence, le baptistère de la même ville, la cathédrale de Pise, montrent bien quelques éléments puisés dans notre architecture du Nord, mais tous les détails sont dans la voie antique; plus rares encore dans les Etats du pape, les édifices romans se bornent, dans la région moyenne et méridionale, aux églises de Corneto et de Toscanella; là, plus qu’ailleurs peut-être, on suit la marche tardive de cet art : l’église de Saint-Pierre, consacrée en logS, comme on le voit par une inscription gravée sur le ciborium, et reproduite à la page i5o, est encore toute latine par son plan, sauf l’épaississement des piliers voisins du sanctuaire. La porte principale et celles des collatéraux offrent bien des arcs épais et renfoncés, appuyés surdescolonnettes, comme on les faisait dan.s le Nord; une rose ornée de lourdes sculptures est à la façade; mais aux arcs nombreux des hautes murailles latérales de la nef, se mêlent des briques disposées en triangles, comme on en a vu dans l’architecture latine de l’Italie (voir la planche yà , l'‘ Partie), puis la mosaïque joue un grand rôle dans la décoration de la façade occidentale. A l’intérieur, les colonnes des nefs, raccourcies déjà dans leurs proportions, portent toutes des chapiteaux antiques; le trône élevé dans l'abside rappelle à tous égards ceux des basiliques latines publiés dans la première Partie. Ce monument, de la fin du xi' siècle, est sur la ligne de la transition qui s’opérait chez nous au viiT.
A l’église de Sainte-Marie de Toscanella, consacrée eu 1 206, suivant l’inscription moderne qui s’y lit (voir page i5i), ou reconnaît l’influence romane plus complète, sauf dans le plan, qui seul est resté presque latiu. La façade ofl’re trois belles
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portes ornées tic feuillages, de colonnes, de stalnelles et d’animaux chimériques, d’arabesques et de bas-reliefs, d'un style roman bien caractérisé, mais italique cependant; au sommet une grande rose décorée de colonnettes, formant roue comme celles du nord de la France, est accompagnée des attributs des évangélistes; les arcatures, si communes dans le Nord, surmontent celte façade auprès des combles; il en est de même sur les façades latérales. A l’intérieur tous les chapiteaux de composition et de sculpture romane sont variés, les arcs qu’ils portent s’encadrent de fortes moulures dont les profils sont ceux du Nord; les modillons les plus divers supportent les corniches, les arcatures se reproduisent dans les nefs latérales, la chaire et le ciborium sont dans le style scpteiitrional; mais les voûtes manquent encore à cette église, et cela au xiii' siècle, lorsqu’elles étaient en usage chez nous depuis quatre cents ans et y avaient pris un développement déjà si remarquable.
Home n’eut de l’art roman que quelques détails sans importance; on y a vu précédemment un puits, gravé à la pageao, sous le n“ 3ai;puis des clôtures de chœur au n“ 379, page ta 9. Une porte s’éleva, en 1 191, à la façade de l’église de Saint-Antoinc-.Abbé; mais le style antique des colonnes et de leurs chapiteaux, les sphinx égyptiens qu’on trouve mêlés aux cintres multiples du roman, indiquent assez que dans cette ville vint s’éteindre l’influence de fart septentrional, parce que là dominait encore une école basée sur les principes de l’art antique et national de fltalie; école latine qui, dans les premiers siècles de l’Eglise, s’appuyant sur les prescriptions apostoliques, avait, par la vole des évêques, donné à toute la chrétienté les premières basiliques, mais se trouva, au moyen âge, refoulée vers son berceau par les Innovations septentrionales, qui se propageaient du nord au midi.
Digitizea oy AjOügle
N* 4i€- Porte (le l’égide (le Sainl-Aiiloine k nome.
Il résulte <le l'enseinble des faits qui précèdent que l’art roman, déjà bien apparent en Neustrie aux viii' cl ix' siècles, se serait de là répandu en Allemagne, puis en Angleterre; que-, francbissanl la Loire et s'étendant sur l'Aquitaine cl la partie septentrionale de l'Espagne, il aurait gagné le llbùne, en exerçant peu d’influence au delà de ce fleuve; que, par les fréquentes relations qu'établirent, à l’époque carlovingienne, la France et l’Allemagne avec l’Italie, il aurait franchi les Alpes,
l.fSTRCCTIONS. Jll. a4
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au pied de.squdles on en trouve les plus anciens exemples, ce (|ui l'aurait fait attribuer aux Lombards. .Après y avoir pris, pendaiil deux siècles, peu de développements en comparaison de ceux qu’il recevait dans le Nord, il aurait laisse quelques traces en Toscane, puis dans les États du pape, pour s’arrêter à Home devant le style latin , toujours en faveur dans la capitale chrétienne. Enfin les conquêtes françaises et allemandes dans le rovaiime des Deux-Sicilcs l’y auraient amené, comme naguère au nord de l’ilalie, mais cette fois sans avenir, parce qu’alors citez nous il disparaissait déjà devant le style gothique. Les croisés en auraient laissé un exemple en Grèce à Fatras, le seul que nous ayons vu dans cette contrée.
N" 417. Porte romane à Palras.
ARCIIITECTURK MONASTIQUE.
L’arl roman ne serait pas une dégénére-scencc de l’architecture romaine; il a complété, au contraire, et fait progresser les combinaisons de l'arc en plein cintre, qu’il a entièrement all'ranchi de l’architrave. 11 a revêtu de formes inconnues au paganisme les grandes conceptions cju’il substitua aux timides et premiers essais des chrétiens occidentaux; il a osé beaucoup plus que l'art byzantin; le premier il sut donner à nos temples une distribution et une physionomie en rapport avec leur but, avec la grandeur du culte; il a trouvé les moyens pratiques de réaliser ces efléts, et les études les plus récentes sur cet art ont démontré qu’il était basé sur des règles établies d’après un module au moyen duquel l’arcbitecte préparait l’ensemble et les subdivisions d’un même édifice’. On peut donc le considérer comme représentant la grande période d’invention et de progrès de l’art du Nord.
-STYI.E GOTIIIOUE.
Les artistes de l'époque romane , après avoir substitué l’arc en plein cintre aux dernières architraves dont les premiers chrétiens avaient hérité de l’architecture romaine, semèrent bientôt le germe d’un nouveau progrès réservé à l’art du Nord. L’expérience, et plus d’une ruine anticipée peut-être, leur avaient appris que l’arc eu plein cintre pouvait être avantageusement remplacé, pour porter tes constructions pesantes, par un arc brisé, qui, selon toute apparence, et après e.xamen des plus anciens monuments, avait été le premier en usage dans l’architecture. L’arc aigu, en effet, vient d’être reconnu
' On doit à M. Julcii Jolivcl et « M. le docteur Hen7.)tuan cetlc importante découverte; le premier la ût en exécutant un travail trés-approfundi sur l'abbatiale de Jumié' ges , le second, en étudiant des édiûces romans de l'Aiiemagne.
INSTRUCTIONS, dans les ruines assyriennes; on le voit sur la plupart des constriictions cyclopéenues de l’Asie, de la Grèce et de l’Italie; il se retrouve jusque chez les anciens peuples de l’Amérique; mais il n’a jamais été, sur aucun de ces divers points du globe, admis par l’antiquité autrement que comme une construction facile et énergique.
Les Arabes, donnant à leur arcbitccturc une physionomie nationale , reprirent cet élément ancien ; mais, tout en étendant ses applications plus que ne l’avaient fait leurs devanciers, ils ne lui donnèrent pas d’autre emploi que celui de remplacer l’arc en plein cintre sur des colonnes ou des piliers de proportions antérieurement admises. 11 était réservé aux chrétiens de l’Occident, et d’abord, selon toute apparence, à ceux de la France moyenne cl septentrionale, de faire successivement passer de nouveau cet élément primordial par les diveis degrés qu'il avait déjà parcourus dans l’antiquité et chez les Arabes, puis d’en trouver les véritables lois statiques, découverte qui leur permit de l’élever sur des vides de proportions nouvelles, et qui devinrent bientôt illimitées en hauteur, ses piliers de support prenant aussi une légèreté sans exemple dans les annales de l’art.
Fn voyant ainsi chez nous paraître l’arc brisé, d’abord dans les mômes conditions que chez les plus anciens peuples , puis passer de là par la jjbase que présenten t les monuments arabes , pour se développer ensuite d'une manière encore inconnue jusqu’alors, n’est-on pas conduit à pen.ser que cet élément a pris naissance dans nos contrées, comme on l’a vu naître dans presque toutes les régions de l’ancien monde, et que l’influence étrangère n’entra ici pour rien dans cette invention, commune à tous les constructeurs; la marche non interrompue qu’elle a suivie chez nous depuis son principe semble en être
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la preuve, et les eflcls brillants qui en dérivèrent, leur harmonie parfaite avec ie.s he.soins et la grandeur du but qu’on se proposait, suHirenl comme mobile du «léveloppement donné à cette tlireelion nouvelle de l’arcbitccture.
Les édifices des xi* et xii' siècles qui nous montrent les premiers exemples de l’arc aigu, le reçurent précisément dans les mêmes conditions que les monuments de la plus haute antiquité, c’est-à-dire épais et lourd, dépourvu <le tout ornement, et ne jouant que le rôle de porteur des grands fardeaux. H y a donc tout lieu de croire qu’il eut ici la même origine que dans l’A.sie ou dans fltalie primitive, et qu’il n’y fut pa.s imité des Arabes, dont les monuments ne le présentent point •SOUS cet aspect, mais seulement sous celui de la seconde |>ériode de sou développement.
La science moderne a constaté que l’arc aigu est celui dont l’exécution est la plus simple, dont la stabilité est la plus grande, dont la poussée est la moindre
En inventant, durant la période romane, les nervures de voûtes ou croisées d’ogives, dont on forma l'ossature supérieure des églises, on reconnut qu’en se limitant à la hauteur du plein cintre pour les arcs latéraux, ces diagonales prenaient des formes surbaissées peu agréables à la vue et d’une poussée dangereuse; on en éleva le sommet en faisant des arcs brisés. La conséquence fut la même pour les doubleaux et les formerels. Cette combinaison d'arcs aigus apprit que les voûtes d’arêtes ainsi construites avaient une poussée infiniment moindre que la construction analogue dont le plein cintre est le générateur: la proportion est de 3 à 7. On diminua encore la charge de ces nouvelles voûtes, en remplissant par de la
Hondelet, I. Il), page agit.
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maçonnerie légère les panneaux courbes que séparent les
nervures.
Précisément à l’époque ou cette invention si pleine d’avenir pour l’architecture chrétienne naissait des observations et de la pratique, on donnait au plan des églises les développements que nous avons fait précédemment connaître ; le rond-point du choeur s’entourait de colonnes rapprochées, se surmontant d’arcs destinés à. se lier aux voûtes de la galerie circulaire et des chapelles de la Choréa. Ces arcades devaient en outre, pour l’harmonie intérieure du temple, garder la même hauteur sous clef que celles de la grande nef, beaucoup plus larges qu’elles; farc aigu pouvait seul satisfaire à toutes ces conditions variées.
Ce fut sans doute en construisant au fond du chœur des églises ces arcades allongées, qu’on reconnut aussi, soit par l’application des sciences mathématiques, soit par l’instinct de la pondération, que l’arc aigu peut surmonter statiquement un vide au moins trois fois égal A sa largeur, tandis que le plein cintre n’en peut couronner un que de deux fois son diamètre : de là naquirent les proportions élevées de l'arcade. L’emploi de l'arc aigu, qui offrait tant d’avantages réunis, se remarque dans quelques rares monuments, dès le xi' siècle; mais tout le travail d'inventions succe.ssives que nous venons d’indiquer est dû particuliérement au xii'. On voit naître d’ahord ce système dans les parties basses des édifices: c’était la première place qu’il avait à remplir en raison de sa stabilité; puis de là, s’étendant successivement sur toutes les parties hautes, il conduisit insensiblement l’artiste à mettre tous les membres de l’architecture en rapport avec les formes élancéés qu’admettait le nouvel élément, et de cette étude successive sortit une architecture ascendante, hardie dans .ses résultats,
ARCHITECTURE MONASTIQUE. l'Jl
faite par cela même pour impressionner les esprits, et dans laquelle tous les details nés des combinaisons premières devaient nécessairement s’harmoniser avec l’ensemble.
Une lutte s’ouvrit d’abord entre le plein cintre et l’arc aip;u, ce dernier ne se plaçant que là où il était utile au constructeur, l’autre persistant où il ne fallait que du décor. Celte fusion, qui s’établit entre les deux styles chrétiens les j)lus brillants à tous égards, est une période transitoire. Nous avons indiqué déjà des luttes entre l’art des premiers âges du christianisme et celui des païens; puis, au siècle de Charlemagne, entre celui-là et le style roman, qui tendait à se former; la troisième et la plus importante transition est celle qui s’établit au XII* siècle.
Nous n’entrerons pas, à son égard, dans tous les détails tracés aux précédents chapitres : il est facile, après les développements qui y sont donnés à l’architecture romane, de voir, par la pensée, l’arc aigu s’emparant successivement de toutes les places occupées d’abord par le plein cintre, et la substitution sera d’autant plus facile, que, dans l’origine, cette innovation agit peu sur les details de l’art précédent, lui laissant, en général, les combinaisons d’ensemble, les profils de moulures et les décorations plastiques. L’arc aigu ne paraît donc d’abord dans l’architecture que comme le germe d’un progrès qui devait se manifester un jour; mais ce germe n’élaut pas le fruit du caprice, et se basant sur de nouveaux besoins, puis favorisant la marche expressive de l’art, le succès du nouveau style chrétien qui en découla était inévitable.
Quand le xiii' siècle , grande époque de perfectionnement des larges ébauches du xi', profilant des inventions romanes et de ce que farc aigu pouvait y ajouter de nouveau, vint harmoniser toutes les combinaisons, et leur donner une non-
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vplle vie plu.sen rapport avec une société réorganisée, le culte était arrivé au grand développement entrevu dès son origine. Tous les ell'orls tendaient à l’entourer de splendeur : les moines, i[ui déjà cédaient le compas au.v laïques, contribuaient encore aux progrès de l’aiT et de la science. La sève rajeunie des a.s.sociations maçonniques poussait l'étude des formes et des moyens pratiques dans une voie sur laquelle l’émulation et la foi aplanissaient les difficultés. C’est de la réunion de toutes ces forces qu’est sorti complet l’art chrétien du Nord; jusqu’à la fin du Xiv' siècle, il conserva .sa verve et sa pureté; le XV' le vit décliner ju.squ’au retour de l’art méridional, à l'époque de la Ilenaissancc.
On a vu dans les divers chapitres sur l’architecture romane, que fLuropc dut en grande partie au génie inventif de la Krance, à ralfranchissement de ses communes, au mouvement d’art et if industrie qui en fut la conséquence, la plupart des innovations successives, des améliorations toujours crois- .santes qui avaient imprimé, jusqu’à la fin du xu' siècle, une marche nouvelle à l’architecture religieuse; ce fut aussi dans nos provinces septentrionales, et comme conséquence de ces antécédents, que se développa plus brillant que partout ailleurs, le nouveau style chrétien, né de celui qui fa précédé. Delà sortirent tous les grands artistes qui, après avoir enrichi le sol natal des beaux monuments qui nous restent, furent appelés en Angleterre, eu Allemagne, en Hongrie, et jusque dans la Suède, pour y construire de vastes églises rivales des nôtres.