ÉGLISES DES OEDHES SECONDAIRES
La plus grande simplicité régnait dans la disposition du plan des églises construites pour les couvents ou maisons des ordres mendiants et secondaires, la plupart créés au xiii* siècle. Les franciscains, les capucins, les augustins, les cordeliers, les carmes, les célestins et autres religieux de ce genre n’avaient, en général, que des temples construits avec une seule nef; les voûtes en charpente qui les couvraient permettaient, malgré cette disposition , de leur donner des dimensions assez étendues en largeur pour que le service intérieur n’eût point à en souffrir. L’abside était gcnéraleinent carrée ou polygone; des chapelles s’établissaient autour de la nef, mais simples comme elle, et dépourvues des voûtes de construction difhcile et dispendieuse qu’on voyait aux églises des autres ordres.
Nous citerons ici trois temples élevés parles jacobins, et qui oflraient ou offrent encore deux nefs au lieu d’une : ce sont ceux de Paris, d’.4gen et de Toulouse. La première de ces trois églises, dont le plan est gravé à la page suivante, n“ 4a6, a été détruite depuis la révolution de 1789. Les deux autres sont encore debout.
N* âaS. Flan de l'église des Jacobins, à Paris.
Etait-ce une disposition particulière à cet ordre? L’église des jacobins de Toulouse est couverte par des voûtes construites
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à la manière ordinaire et s’appuyant, d’une part, sur les murs latéraux, de l’aulrc, sur les piliers istdés qui s’élèvent dans l’axe longitudinal de l’édifice, 'l'oules les constructions accessoires des maisons religieuses des ordres secondaires étaient en harmonie avec cette simplicité de l'égli.se.
KCOI.t.S DIVERSES.
Ecoh française. Si l’art roman présente, ainsi qu'on l’a vu précédemment, des nuances déjà variées en raison des lieux où s’élevèrent les différents édifices, l’art gothique en montre de non moins apparentes, et qui se dessinent par l’étude et la composition des plans. Dans le nord de la h’rancc, les principaux caractères de l’école résident, i* dans la variété des formes polygonales, admi,scs dès le xtii' siècle pour établir le plan des chapelles de l’afiside; s" dans le peu d’étendue de la place occupée par les piliers intérieurs, relativement aux vides qui les environnent, preuve évidente de la hardiesse des constructions et de l’état d’avancement de l’art et de la science dans l’école française. C’est particulièrement dans l’Ilede-France que ces divers caractères sont bien déterminés. Toutefois on les trouve aussi au nord de cette région dès le XIII* siècle, et dans la période suivante ilssc répandirent vers la Loire et même franchirent ce fleuve dans quelques localités qui font exception, .\insi qu’on le voit par le plan cijoint de l’abbatiale de Lagny, auprès de Paris, construite au XIII* siècle, l’architecte combinait les formes polygonales du chevet de manière à les harmoniser avec celles des piliers isolés qui terminaient le sanctuaire, puis donnant, selon les besoins locaux, plus ou moins d'extension aux chapelles, il en faisait un ensemble symétrique et d’une forme nouvelle.
N‘ A37. Pl»n de l'abbeliale de Lagnj.
Ces divers caractères peuvent servir à reconnaître les inoniiments qui seraient dus à nos artistes, lorsqu'ils furent appelés à construire dans les régions étrangères les plus éloignées. Ainsi la ville de kaschau, en Hongrie, possède une église qu’on attribue à Villars de Honnecourt, architecte de la Picardie, appelé dans cette contrée au xiii“ siècle, et l'édifice présente, dans la composition de son plan, tous les caractères de l’école de l'Ile-de-France. Nous le mettons ici en parallèle avec le plan de l’abbatiale de Lagny, auprès de Paris. (Voir le plan n" 428.) Si, chez les diverses nations de l'Europe, on rencontre dans la disposition des plans, vers le sanctuaire, une composition analogue à celle qu’on remarque ici, on doit y voir une influence directe ou indirecte de notre école nationale, qui se caractérisa ainsi dès l’origine de l’architecture gothique.
grie)
Nord se perdent
vinccs de l’ouest ou du midi. Dans celte dernière contrée, les absides conservent en général les di.spositions romanes, les piliers n’y prennent point les fomes légères et fines que nous indiquions (oui à l’heure dans nos régions septentrionales. Toutefois, là comme dans l'Ile-dc-Francc, leurs dispositions de détail sont assez simples au xiii' siècle : ils se composent de colonnettes que séparent les angles saillants des pilastres carrés conti-e lesquels elles sont appuyées. Au xiv', les précédents caractères des ab.sides et des piliers légers restent aux plans, mais les détails do ces derniers se modifient: les arêtes saillantes qui séparent les colonnettes disparai.s.senl pour faire place à des scoties ou cavcls plus ou moins profonds; les colonnes elles-mêmes s’ornent fréquemment d'un filet plat et prononcé sur la partie antérieure du fut. Au xv* siècle, les colonnes sont supprimées des piliers pour faire place aux moulures des archivoltes et des nervures qui descendent jus- (ju'au socle du support; alors le plan du pilier présente une combinaison très-compliquée par le nombre infini des moulures.
Ecole allemande. L’Allemagne, en retard .sur la France septentrionale, présente, dans la disposition des plans de ses églises du .XIII' siècle, très-peu de différences avec celle de l’époque romane; les absides y conservent les formes du cercle ou du polygone régulier, à peu près comme on les faisait au xir siècle ; les piliers ou contre-forts extérieurs sont plus saillants en général que ceux des édifices français, bien que les supports intérieurs des voûtes soient moins espacés entre eux que chez nous, et que leur grosseur relative, plus importante, occupe plus d’espace dans l’église; il y a évidemment ici une surabondance de force, qui indique moins de hardies.se et d’expérience, moins d’étude de la statique.
INSTROCTIONS — tll.
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Los architectes allemands étaient doue moins avancés que ceux du nord de la h' rance dans l’arl de bâtir, puisque ceux-ci étaient arrivés avant ceux-là, par l'application des lois inatlié-
inaliquesau but qu'on se proposait depuis des siècles, celui de construire les édifices les plus vastes, les plus aérés, avec le moins de matériaux possible. Pour ce qui concerne les formes, l'imagination française, toujours active, avait fait progresser non moins heureusement toutes les questions relatives aux proportions générales et au décor.
École anglaise. Les plans des abbatiab's de l'.Angleterre pré.sentent des différences très-marquées avec celles du continent septentrional; ordinaln.'incnt l'abside est de forme carrée; 011 y a donc supprimé toute la complication des chapelles absidalcs, des voûtes arrondies et multipliées ainsi que tout le luxe de construction qui se déployait dans cette partie de nos temples. Les IranssepLs étant ouverts d’un grand nombre de fenêtres , comme les nefs latérales et le chœur, le plan reçoit, de celte disposition, un caractère d’unité, de facilité pour la conception et l’élude des diverses parties. Ces nefs transversales sont fréquemment placées à égale distance, ou à peu près, de la façade occidentale et de l’abside, de sorte que la tige et la tête de la croix n’oIFrent pas de différences bien notables. Les transsepts se doublent quelquefois vers le chœur; le plan prend alors la forme d’une croix archiépiscopale, mieux caractérisée encore qu’en France, parce que le chevet est carré. Si de l’ensemble des plans on passe à l’examen de leurs détails, on remarque qu’en général les clochers de la façade occidentale sont moins importants qu’en France et en Allemagne; en revanche la tour du centre de la croix s’étant maintenue plus longtemps dans cette contrée qu’ailleurs, les piliers toraux (arcHi toralis, Ducange) qui la supportent ont plus d’importance dans les plans anglais que dans les nôtres. (Voirie plan de l'abbatiale de Tainchester à la page suivante, n“ 43o.)
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Ecole italienne. L’Italie présente, à l’égard de l’arcliilecture gothique, de l’analogie avec ce qu’on y a vu durant la pcrioile romane ; pas d’invention dans la forme des plans, souvenirs des distributions incommodes de la basilique latine, absence de tout l’appari'il de circulation facile établi chez nous au delà du chœur, pas de chapelles ahsidaies et de la Vierge. I^e nord de cette contrée montre bien parfois quelques importations de notre art septentrional, emprunts qui ne s'appliquent qu’à des détails de piliers , en désaccord le plus souvent avec l’ensemble; on n’y voit que des tours isolées ou mal reliées à l'édifice, des dispositions me.squines comparativement à celles qui avaient été conçues dans le nord de l’Europe; on n'y trouve ni la forme de nos tours et de nos nefs soutenues à l’extérieur par des contre-forts multiplies, ni de nos absides en polygone; aussi les plans incomplets, dépourvus des proportions grandioses de nos abbatiales, dénotent- ils toujours les .souvenirs de la distribution des églises primitives dont le Nord s’était aH'ranchi depuis longtemps. L’église du couvent d’Assisi offre, plus qu’une autre, des relations avec la disposition septentrionale, bien que dans des dimensions fort restreintes, puisqu’elle n’a qu’une nef. Si l’examen s’étend jusqu’à Rome, on y voit que l’art gothique n’y a pas pénétré pour ainsi dire. Le seul plan de l’église monastique de la Minerva présente quelque analogie dans ses nefs : les causes furent les mêmes que pour le style roman. Dans le royaume des Deux-Siciles, l’observation produit des résultats analogues, si ce n’est que, dans les transsepts et le sanctuaire, le plan présente des proportions et des formes inspirées de l’art chrétien oriental. La belle église monastique de Monréal et toutes celles de la Sicile qui ont été construites aux xii' et xiii’ siècles offrent ces caractères. (Voir le plan de l’abbatiale de Monréal, n* 43 1.)
INSTRUCTIONS
2Wi
N* 43 !• de l'ablfaliale de Monrcal
Les plans des édifices de la Sicile, construits par les rois normands, à cette époque, montrent dans les dispositions de leurs diverses parties les nuances variées que présentaient
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alors, dans cette île, les civilisations opposées, les inllueiiccs rivales qui s’y trouvaient en présence : ainsi, le sanctuaire dont les proportions et les formes sont byiantines, indique combien étaient puissantes encore les traditions grecques; les rois normands rétablirent dans ce royaume la suprématie pontificale, les nefs sont disposées comme celles des basiliques de Rome; fart septentrional avait établi sur les façades de nos églises deux tours inconnues aux Latins et aux Byzantins, les édifices de Monréal, de Céphalu, en Sicile, offrent à l'occident les clocbers normands; on verra plus loin que la civilisation africaine, alors encore présente en Sicile, se montre au.ssi dans quelques détails de ces monuments.
r.4Ç.4nE5.
Les façades des églises monastiques de la première période de transition pré.sentent en général la plupart des éléments qui caractérisent celles de l'architecture romane avancée; l’arc brisé n’y paraît seulement que dans quelques parties, où il était d’abord utile de l’employer; ainsi, comme on le remarque à l’ancienne abbatiale de Notre-Dame-la-Grande , à Poitiers , gravée au n“ 345, cet arc a été placé aux deux angles inférieurs, pour y faire arc-boutant en quelque sorte, et maintenir tout le poids des constructions supérieures; il occupe la même place, avec des dispositions différentes, à l’église de Saint-Mcolas-de-Civray, en Poitou, à celle de Laitre-soiis- Amence, arrondissement de Nancy, etc. Dans ces divers édifices, la porte principale est encore construite en plein cintre. A la deuxième période de transition, les portes principales ou secondaires se surmontent d’arcs brisés, plus ou moins caractérisés, comme on les voit aux abbatiales de Saint-Germaindes-Prés à Paris, de Saint -Denis, d’Ainay à Lyon, etc. Toutes
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Ips autres ouvertures ganlent encore la forme cintrée du style roman ; ce do.saccord s’explique , i“ parce qu’on avait reconnu riiciircui emploi de l’arc brisé pour soutenir les cliarge.s. pesantes; a® parce que, présentant moins de poussée que le plein cintre, il devait trouver d'abord sa place dans les plus grandes ouvertures , où les arcs poussent plus que dans les petites; des portes il passa aux fenêtres voisines, puis il s’éleva jusqu’à celles du sommet. L’ornementation architecturale de cette époque consiste particulièn'inent dans l’emploi de pointes de diamants, de frettes et de chevrons brisés, qui se lient aux arcs aigus. La forme et la sculpture des chapiteaux n’ofl'rent encore que des nuances peu difl'érentes de celles de la période romane : on y remarque cependant une propension à plus de finesse, à une exécution plus précise des détails, à des profils délicats et d’un galbe plus refouillé.
Lorsqu’au xiii” siècle l'arc aigu se répandit en système complet sur l’étendue des façades d’abbatiales, l’aspect général -se modifia, tant par sa présence que par les changements qu’il apporta dans les proportions de l’ensemble et de ses subdivisions, dans la forme des moulures et de leurs ornements. Sans doute les tours et leurs contre-forts, les portes et les voussures renfoncées, la galerie destinée au Gloria laus, la rose ou Ocalas, se reproduisaient à peu près aux mêmes places que dans l’art roman , parce qu’ils étaient nécessités par les mêmes besoins de la construction ou du cérémonial , mais leur aspect était tout autre.