C. FAÇADES
.A foutes les époques de l’histoire de l’art chrétien d’occident , les façades de cloîtres se composaient, soit d’une série non interrompue de colonnes portant des arcs, soit d’un certain nombre de travées contenant deux, trois ou quatre arcs, et séparées entre elles par de forts piliers et des contre-forts; ces derniers servant de points d’appui, 1“ à de grands cintres ou formerets, indiquant au dehors les projjortions des voûtes intérieures du cloître; 3° aux arcs-doubleaux et aux diagonales de ces memes voûtes. Durant les premiers siècles, les séries de colonnes dis-
ARCHITECTUHK MONASTIQUE, posées à la manière des péristyles antiques étaient préférées ; chez les Grecs, c’était plutôt une suite d'arcs portés par des piliers carrés.
Si l’on en juge par le plan de l’abbaye de Saint-Gall, on aurait commencé vers le vin' siècle à ouvrir, sur les façades de cloître, des arcades de dimensions différentes, celle du milieu l’emportant de beaucoup sur les autres par ses proportions. (Voir le plan de l’abbaye de Saint-Gall, 1" partie.) Les plus anciens monuments de la période romane font voir ces différences; on en trouve des exemples à Saint-Vincent-Saiiit- Anastase, aux Qualre-Fontaines aupi'ès de Rome, ainsi qu’aux Saints-Apôtres de Cologne. Dans le premier de ces cloîtres, l’arcade plus grande est seule entre deux piles carrées; les travées voisines sont composées chacune de quatre petits arcs, portés par des colonnes et surmontés d’un grand cintre en briques.
N* 465. KbçjkIc (iu cloître de Saint-Vioccnt-Saint-AnaaUi»e.
Dans le second, l’arcade centrale est accompagnée de deux petites arcades pour former une travée.
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N* 466. Parade du cloîlrc dr» SatnU*Ap('ilres
Os combinaisons des cloîtres romans pi-ésenlenl déj.i de.s v.iriations nombreuse.s; ceux du prieuré de Cantorbery, dont un dessin du xi' siècle est publié dans la première partie, oll'raient, comme dans les premiers âges, des séries d'arcades non interrompues par des piliers. De même que les églises de celle période, les cloîtres romans pouvaient oiïrir dans la di.sposition de leurs façades l’emploi d'arcs régulièrement cintrés, .surbaissés, exhaussés ou en fer à cheval.
.Au-dessus des travées d’arcades décorant les façades de cloîtres romans, se trouvait quelquefois un étage percé de petites ouvertures, éclairant des cellules de moines ou des galeries de communication, entre les diverses parties du monastère situées au premier étage. Le cloître de l’abbaye de Saint-Vincenl- Saint-.Anastasc, auprès de Rome, en est un exemple.
Les façades des cloîtres romans étaient généralement couvertes de toits en appentis, offrant peu d'inclinaison relativement à ceux des périodes suivantes; quelques-uns ont pu con- .server des restes d’anciennes charpentes. Ces combles servaient quelquefois de dépôts d’ossements, qu’on enlevait successivement du cimetière de la communauté ou du préau consacré souvent à la sépulture.
üès la période romane, les cloîtres présentaient déjà un grand luxe de construction; on n’y épargnait ni les niatérianx, ni la main-d’œuvre, par la raison (pi’une partie de la vie des moines se passait dans ce lieu central et réservé des maisons religieuses. A ce prcn>ier luxe vint se joindre celui des plus riches décorations de rarchitecture; les détails les plus variés ornèrent les corniches, les archivoltes, les chapiteaux et quelquefois même le fût des colonnes.
C’était contre ce luxe de décoration et de sculpture, qui ne fit que s’accroître avec les richesses des abbayes, que déjà au xir siècle s’élevait saint Bernard, dans son Apologie aux Clunistes: • Dans les cloîtres, dît-il, devant les frères occupés de lectures, à quoi bon ces ridicules monstruosités, ces admirables beautés didbrmes, ou ces dillormités si belles?. . . . c’est enfin un tel nombre, une telle variété de formes bizarres ou merveilleuses, qu’on a plus de plaisir à lire dans les marbres que dans les livres, et à passer tout le jour à admirer ce.s œuvres singulières qu’à méditer la loi divine
Lorsque la période de transition amena l’arc aigu dans l’arcbitecture, les façades de cloîtres se modifièrent, non dans leurs dispo.sition$ générales, qui restèrent ce quelles étaient précédemment, mais dans les proportions et la forme des arcades, dans les profils et l’ornementation des moulures. Le cloître de Fontenet, près Montbaid, est de la transition et offre ces caractères. Le style gothique se développant bientôt, il apporte dans les combinaisons des colonncttcs et des contre-forts, toute la variété qui précédemment a été signalée dans les églises; la décoration de ces cloîtres prit nn développement qu’on ne trouve pas dans les |>ériodes précédentes : les arcades reçurent des meneaux découpés en roses, en quatre feuilles, en trèfles, comme les grandes fenêtres des temples;
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de.N vitraux de couleurs fermaient ces arcs avec luxe. Pour mettre la façade en harmonie, les archivoltes, les frises supérieures et les tympans étaient couverts de sculptures; les contre-forts séparant les arcades et necessaires à la solidité des voûtes prenaient les formes variées des pinacles gothiques et s’enrichissaient d'animaux fantastiques, de masques, de crosses végétales, de colonnetles légères, comme celles qui portaient les meneaux des arcades; depuis le xiii' siècle jusqu'à la renaissance, on voit des exemples de ce Ki.xe de cloîtres; les différents types donnés plus haut suffisent pour l’indiquer.
Les façades de cloîtres décorées dans le système gothique offraient des exemples d’un étage supérieur dans lequel on rencontrait soit des galeries composées d’arcades moins importantes et moins riches que celles du bas, soit des séries de petites fenêtres éclairant des cellules ou des pièces de dépendance du couvent. On en voit à celui des carmes Billettcs, à Paris. Les combles qui surmontaient ces façades étaient construits en appentis; il y en avait aussi qui formaient une suite de pignons en pierre ou en charpente, établis au-dessus de chaque travée, et dont les eaux étaient portées au dehors par des gargouilles placées sur les contre-forts. Ces pignons pouvaient contenir des ouvertures éclairant de petites pièces, ou donnant de l’air à des charniers di.sposés sous les combles. Ces dispositions étaient celles du cloître de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris. A l’époque de la renaissance, le style des façades de cloîtres changea complètement; mais les distributions des arcades, des contre-forts, des couvertures, restèrent à peu près les mêmes, motivées qu’elles étaient par des besoins analogues. On remarque que les contre-forts sont souvent décorés de fortes colonnes ou même remplacés par elles; le cloître des Célestins à Paris nous suffira pour indiquer ici
ifis changenienls apportés clans le style rie la décoration; il offrait l'exemple d'une grande croisée ou triluine, décorée de statues cariatides, placées sur la galerie de l'est'.
D. PRÈAUt HERBAKIÜM.
Le terrain libre et découvert compris entre les quatre galeries du cloître se nommait préau, herbarium. 11 était semé de gazon toujours entretenu; on y plantait des arbustes et des fleurs; nn grand arbre occupait souvent le point central: on le considérait comme un lien entre la terre et le ciel. Le préau était ordinairement divisé en quatre parties égales, par des allées SC joignant au centre; on en établissait quelquefois aussi dans le sens des diagonales. La circulation était niénagéeertcore au pied des façades de galeries; on y facilitait f écoulement des eaux par des caniveaux, des aqueducs et des puisards. On peut voir, à la première partie, les divisions de l'herbarlum du grand cloître de l'abbaye de Saint-Gall : elles sont nommées semitœ. Au centre, dans un carré, est figuré un grand sapin sai'imu (sapinus). Le plan grave ici à la page 3ia, sous le n° 457, est celui des Célestins de Paris; les quatre divisions de l’herbarium y sont tracées; au centre du préau s’élève une croix portée par une colonne isolée. A Rome , dans le cloître de l’église de Saint- Laurent hors les Murs, les religieux se sont plu à décorer le centre du préau de beaux fragments de sculpture antique recueillis sans doute aux environs; entourés des fleurs cultivées dans Yherbarinm, ils donnent à ce préau un aspect particulier, qui se complète par la vue des objets de sculpture romaine réunis sous les galeries du cloître, et eu font un musée.
* Voir le-B gravure» de la monographie de& G^lestina dons la Stalistique monumentale de Paria. (A. Lenoir.)
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4^»“- PI«n du clohrc dci- Cclc»lîn&, n Pari».
Puits — Les sanctuaires de l'antiquité païenne contenaient des puits sacrés; les premières liasiliqiies cliréliennes en eurent de même : celles de Saint-Barthélemy à Rome, de Saint-Simirien à Nantes, de Sainl-Pierre-le-'Vif à Sens, de Saint-Irénée à Lyon, de Saint-Jacques à Ratisbonne, montrent des puits sacrés. II y en eut de même dans les églises monastiques de tous les âges; la basilique de Sainte-Praxède, celle de Saint- Calixte à Rome ', les abbatiales de Sainl-Germain-dcs-Prés, des Géle.stins*, de Sainte-Geneviève à Paris, en possédaient aussi.
* In Mct’Uo qutxUm ctrnobii Mncti Calixti putcus exUt, Ui quem projeclum nArranl MiKlum CaibUum paparo. (Monlfauoon, Diarium Italtcam.)
* Pliiiippo de Maiiicrcs, cbaricelicr de Chypre ot cxjiiseiDer de Charles V, fil faire ce puils à la foison de Venise, oà se pnnt la bonne enn pour les malades de Paris et des «n-
r'irVHt
Le préan des cloîtres fut orné de puits plus fréquemment encore que les églises; c’était au centre, ou vers l’un de ses angles, qu’ils étaient pratiqués.
La forme que les Romains donnaient à leurs puits a été reproduite dans le premier cahier des Instructions, p. 66; ils étaient généralement en marbre; les nombreuses et profondes coupures qu’on remarque sur les bords de la margelle indiquent qu’on y appuyait la corde pour puiser. Leur diamètre était petit pour éviter les accidents qu’aurait pu causer ce moyen simple de tirer l’eau. Les plus anciens puits chrétiens oll'renl les mêmes proportions que ceux de l'antiquité; c’est ainsi que sont établis ceux des églises de Saint-Barthélemy et de Saint-fiermain-des-Prés; lorsqu’ils passèrent dans les anciens cloîtres des premières églises abbatiales, on ne changea rien à leurs dispositions premières, mais au moyen âge on les surmonta d'un appareil en pierre ou en bois porté par des colonnes ou des piliers pour y placer une poulie.
Le puits établi originairement au centre du préau, comme on l’a vu précédemment, fut plus tard, pour faciliter le service et donner plus de commodité aux moines qui devaient y faire des ablutions, rapproché d’un des promenoirs, .soit vers l’axe de la façade, soit à fun des deux angles voisins du réfectoire; c’était une amélioration qui devait conduire bientôt à faire remplacer le puits par une fontaine. La France possède encore des exemples de puits; le plus beau qui peut-être ait été jamais fait est à Dijon, dans rancienne Cbartreu.se; il e st nommé puits de Moïse, parce que ce législateur y est représenté en sculpture'.
Fontaine, lavatorium.— Le puitsdestiné aux ablutions recoin-
* Voir l'atla» de Touvre^e de M. A. Du Sommerartl. intilidé Les Ant au luoven iNsrnccTioNS. — ni. 4o
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mandées au.v moines devenant incommode, il fut remplacé, dès le XII' siècle, par des fontaines jaillissantes; elles entretenaient la fraîcheur dans ces lieux de retraite et servaient aux ablutions des moines avant et après les repas. C'ètail aussi à cette fontaine, nommée lavatoriiim , qu’ils devaient se laveries pieds à l'époque de certaines cérémonies, «omnes debent lavare pedes in claustro • Elle servait en outre à laver les corps des frères qui avaient cessé de vivre; pendant cette opération tous les religieux se rangeaient autour du lavalorinm dans le même ordre qu’au chœur, pour y réciter des prières.
Les plus anciennes de ces fontaines paraissent avoir été établies simplement contre un des piliers du cloître; on en voit un exemple à l'abbaye de Moissac : feau coule à la hauteur de la main, comme d’une borne-fontaine. On renonça bientôt à celte disposition, qui permettait à peine à deux personnes de faire à la fois les ablutions. Le lavatorium fut porté à riiii des angles du préau, ordinairement dans le voisinage du réfectoire. Celte fontaine devant senir en toute saison, on la mit, pour la commodité des moines, à couvert sous une voûte, portée par des arcades à jour comme celles des promenoirs du cloître. Cette disposition formait une saillie, soit dans l’un des angles du préau, comme elle est figurée au plan du cloître de l'abbaye de Batalha, gravé à la planche 468 de la page suivante, soit au milieu de l'une des façades du cloître, comme on en voit deux sur la gravure donnée dans la première partie, page a8, et qui représente la vue du Prieuré de Cantorbéry tel qu'il était au xii' siècle, d’après le dessin exécuté sur les lieux par le moine Eadwin.
' iU gle de Mint
Digiti
N* à68. ('bte du lavairirîum de l'aUMye de Balalli».
On reconnaît sur le plan du prieuré de Canlorbéry- que le pavillon qui couvrait le lavaloriam était, dès le xii* siècle, surmonté d’un toit pyramidal ou d’une voûte sphérique; ces deux cas s’y présentent. Les fontaines se composaient ordinaircmcut d’une grande vasque portée sur uu pied; elle était percée autour d’un grand nombre de rigoles donnant des filets d’eau pour laver les mains. Une colonne, des statues ou tout autre motif d’ornement placé au centre fournissait de l'eau à la vasque.
Ce dessin du prieuré de Cantorbéry démontre qu’on faisait déjà de ces fontaines au xn' siècle, puisqu’il en comporte quatre : trois dans les cloîtres, une chez l’abbé; mais toutes les vasques de cette époque ont été détruites; nous reproduisons à la page suivante, d'après uu ancien dessin, celle qui ornait le cloître de Moissac.
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N* 46ç). Vasque romane du cloilrc de Moi&sac.
Le plus bel exemple fie ces fontaines de cloître que l'on connaisse était à l'abbaye royale de Saint-Denis; elle fut recueillie au musée des monuments français à l'époque de la révolution de 1789 et se trouve aujourd'hui devant le palais des Beaux- Arts. Le diamètre de la vasque est de 3 mètres 80 centimètres; chaque rigole est accompagnée d'une tête sculptée avec beaucoup de soin; on y voit représentés les éléments personnifiés, des dieux du paganisme, etc. Doin Fèlibicn, historien de l'ahbaye de Saint-Denis, le décrit ainsi, page 588 : > Dans le cloître, près du réfectoire, se voit un lave-mains qui est une pièce singulière. Il est fait d’une seule pierre de liais taillée en rond qui a onze pieds huit pouces de diamètre. La voûte sous laquelle il est posé est soutenue de seize colonnes, la plupart de marbre. L’abbé qui le fit faire ou placer dans ce lieu se nommait Hugues, comme 011 l’apprend par les deux vers suivants, gravés autour d’une espèce de soubassement on piédestal sur lequel sont quatre petites figures de bronze, au milieu de la pierre destinée à servir de lave-mains :
«llüg oni , fratres, abbati redditc grates;
Hur œanibus fratrum siistulil illc lavacruiu »
-Dig
Le dernier Hugues, abhé de Saint-Denis, étant mort sous Fliilippe-Augustc en i ao4 , on peut juger par là de l’antiquité de cet ouvrage.
Le lavatorium de l’abbaye de Montréale en Sicile peut donner une idée de ces fontaines.
N* 470. Vue (lu lavaloriuni de Montréale. (Sicile.)
Les arcades du cloître qui se reproduisaient autour du /«vutorium, pour lui faire une enceinte réservée, afléclaient ordinairement un plan carré. (Voir, à la page suivante, le plan de l’enceinte qui envel(»ppe la fontaine du cloître de Montréale.)