‹ Architecture MonastiqueChapitre 28 sur 81 · C. Églis · texte numérisé non relu

C. Églis

Un trésorier, ikcsaurürius , auquel en était confiée la garde spéciale, avait une clef des armoires; le grand prieur, le sousprieur et le chantre en avaient aussi une chacun: elles étaient toutes différentes, pour assurer la conservation des objets. On enterrait quelquefois dans le trésor : saint Gradulphe, abbé de Fontenelle, mort en io48, en est un exemple.

Les trésors ne furent pas toujours placés dans une salle construite ad hoc; il est probable que l’une des deux diaconiques circulaires de la basilique de Saint-Pierre serv'ait à garder les vases précieux et les reliquaires; le trésor de l’abbaye de Saint-Germain-des-Présà Paris était dans la sacristie. Quelquefois on le plaça dans une crypte faisant partie de l’église souterraine. Enfin , il pouvait être exposé à tous les regards au fond du sanctuaire, comme l’étaient ceux de la cathédrale de Metz et de la Sainte-Chapelle de Paris. Dans ce cas des armoires trèssolides et bardées de fer assuraient la conservation des objets précieux. Nous donnons ici un exemple de ces armoires; elle

provient du trésor de la cathédrale de Nojoii. (Voir, pour tous les détails relatifs à cette belle armoire de trésor, les Annales archéologiques et la plaiiclic coloriée exécutée par M. Boeswilvald.)

N* 457 Armoire de Iroor h Novoti

Des familles constituaient des trésors particuliers pour les chapelles qui leur appartenaient et étaient, dans une église abbatiale ou autre, consacrées à leur sépulture. On voyait, dans l’église du prieuré de Vernusse en Poitou, la chapelle de la famille de Beauquairc; une armoire placée sur l’autel et formant retable contenait des objets précieux donnés par la famille, dont tous les membres, hommes et femmes, étaient repr^ntés sur les volets de ce trésor particulier; nous en reproduisons le dessin ; on y remarque un évêque, des chevaliers, un écolier, une abbesse, des religieuses, une femme en costume civil; des cartouches situés au-dessus de chacun de ces personnages contenaient l’indication de leims noms et qualités.

AKCHITECTDRE MONASTIQUE.

N* .'\rcnoir<* di’t Iri’sor ou pricuru de Veniuffsc.

liHlêpendamnient du lréM)r des reliques et autres objets précieux, on voyait, dans les riches abbayes, une salle placée quelquefois sur un des côtés du cloître, et dont le nom était cubiculum compiitalorium, quoiqu’on l'ait aussi appelée trésor; c'était la salle des comptes, la caisse; on y comptait les recettes et les dépen.ses de la maison, et à cet effet, le centre était occupé par une table couverte d’un drap divisé par des lignes se croisant en carré et formant échiquier; les divisions servaient aux calculs. Des coll'res contenaient les valeurs, et des grilles en fer faisant une cage dans la pièce enveloppaient la table et les caisses.

Quelques abbés ayant frappé monnaie, par des privilèges particidiers, avaient fait disposer un local pour cet usage.

INSTRUCTIONS

CLOÎTRES, CLACSTIIA, PERISTÏLIA '

A. Üisposilions générales.

B. Galeries inlérieures.

G. Façades des galeries.

1). Préau.

A. WSfOSlIlOSS CliNÉIlALtS

Le cloître des monastères de l’Orient est l'enceinte qui enveloppe l’«re« ou surface libre, dont l’église est environnée de toute part, comme le lemenos enveloppait le temple païen. Cette disposition doit être primitive, parce que dans les laures, ou premiers villages des religieux, les cellules se groupèrent autour d’une place au centre de laquelle s’élevait le catholicon. Les habitations se rapprochant bientôt, on les construisit régulièrement côte à côte, mais d’abord sans portiques communs pour les relier entre elles; c’est ainsi qu’elles sont disposées au monastère de Saint-Luc, au pied du Parnasse, et dans les couvents de l’Égypte. Plus tard, on comprit la nécessité de faire communiquer ensemble toutes ces demeures religieuses par des galeries couvertes : le couvent de la Sainte- Laure, au mont .Athos, celui de Saint-Jean, à Constantinople, et que visita Ruy-Gonzalès de Clavijo en 1 4o3, sont des exemples de cette di.sposition plus complète.

F.n Occident un autre principe a guidé dans la place donnée au cloître des maisons religieuses : la longue basilique latine était trop vaste pour être entièrement enveloppée dans un préau; puis, d’autres mœurs que celles de l’Orient admettant les femmes dans les églises monastiques aux heures des cérémonies, il fallait une condrinaison qui , tout en leur interdisant l’entrée du cloître, leur laissât libre faccès du temple. Ces

ARCniTKCTÜRE MONASTIQUE.

deux considérations importantes firent placer, chez nons, le cloître anpi-ès de l'église, au centre des lieux réguliers.

Les rnai.sons rcligieu.ses de l’Orient n'avaient fpi’un cloître, puisqu’il était formé de farca enveloppant le calholicon; en Occident, au contraire, on put en avoir plu.sieurs, parce qu’ils formaient des cours intérieures. Nos maisons religieuses de dimension ordinaire n'en n’avaient qu'un; les plus étendues en avaient jusqu’à trois ou quatre, mais plus généralement deux, le grand et le petit cloître. Ce dernier était nommé cloître du colloque, parce que les religieux pouvaient v converser', a In claustris etiam cerlis lioris dabatur copia fratribus invicem confabulandi. a (Ducange, Clansinim.)

Durant les premiers siècles du monachisme en Occident, les cloîtres pré.sentaient une simplicité en harmonie avec les moeurs de fépoque; on lit dans le Monaslicon aniflicanam qu’à Abington {^Abendonia) , le cloître n’élail qu’une enceinte entourée de murailles élevées : • nec hahebant clausum sicut nunc habent, .sed crant circumdali miiro alto qui erat eis pro claustro. a Cela suppo.se une laure établie sans ordre, et au milieu de laquelle s’élevait cette enceinte destinée au recueillement.

Les cloîtres étaient généralement carrés ou de forme peu allongée, et cela en Orient comme en Occident. Toutefois Béda, dans la Vie de saint Culhbert, fait la description du cloître b.àti par ce saint; il était circulaire et enceint de deux murs concentriques : celui du dehors s’élevait moins que l’autre, parce qu’on avait creusé le rocher qui formait le .sol du préau. Les toitures étaient de bois brut et couvertes de chaume.

Dans le siècle dernier, un cloître circulaire fut projeté par M. Destouches, architecte, entre la nouvelle égli.se de Sainte- Geneviève {aujourtl’hui le Panthéon) et le monastère des Gé-

' Dom Martenne, CUirvaux, Vov. lût. 1. 1, p. loa.

•298 INSTKÜCTIÜNS.

novérms, auxquels elle appartenait. La forme circulaire de ce cloître était motivée par la différence des axes de l’église et de la grande colonnade qui faisait le fond de la cour des abbés. Ce beau cloître circulaire n’a jamais été exécuté, les événements de la révolution de 1789 ayant arrêté les projets (^t supprimé les Génovélins; une rue occupe aujourd’hui la place qui lui était réservée.

Nous avons dit dans la l" partie, à l’article Enceinles, page 5o, que saint Angilbert, sous le règne de Charlemagne, en faisant construire l’abbaye de Ceatula (Saint-Riquier), donna la forme triangulaire à l’ensemble des constructions pour rappeler la sainte Trinité, en l’honneur de laquelle l’abbaye fut construite; le cloître reçut de même la disposition triangulaire pour qu’il fût en harmonie avec le plan général. L’église abbatiale et deux grandes chapelles dédiées fune à la Vierge, l’autre à saint Benoît, occupaient les trois points principaux. (Voir à la première partie la planche 11° j6, page 37.)

11 arriva quelquefois, particulièrement dans les pays de montagnes, que les cloîtres ne purent recevoir qu’une forme irrégidière, la nature apportant des obstacles insurmontables à la symétrie. Nous en produisons un exemple qui se voit dans les Pyrénées, à l’abbayc de Saint-Martin de Canigo. Le lieu escarpé où cette maison est bâtie, au sommet d’un pic sauvage, «est si étroit, dit dom Martenne, qu’il n’y a pas même de place pour faire un jardin. Tous les lieux réguliers sont fort resserrés et l’église très-petite *. • Le plan de cette abbaye, fondée au xi” siècle par Guifroid, comte de Cerdagne, est reproduit à la page suivante, 11° 459. L’église et le cloître irrégulier qui l’avoisine existent seuls aujourd’hui; les bâtiments d’habitation sont presque entièrement détruits.

' Dom Marionoe, Voyait liUérair», lom. 1, p. 69,

— - -DigiiLiiLcJiy X^OOgle

N* Plan de lahhaye de 5aml-Mertin de Canigo-

La forme carrée prévalut : • claustrorum forma fuit ijua- (Iratn :

•iQuadratain spcciem structura domcstica prœrert. » (Ducange.)

Cette disposition était plus convenable en effet que toute autre, puisque l’église, le réfectoire, les celliers, le dortoir ou le chauffoir, constructions rectangulaires, environnaient le cloître.

« .Atria bis binis inclyta porticibus.

Quan tribus inclusæ domibus quas corporis usus Postulat, et quai'la quæ dnnius est Domini .

Quarum prima dnmus serval potumque cibumque.

Ex quibus hos reficit juncta secunda domus.

Tcrtia membra fovet vexata labore diiirno;

Quarta Dci laudes assidue rcsonat. »

(Ducange.)

INSTRUCTIONS

iN' 4O0. Pkn üu cloilre au prieure de Sainl-Martiti*d^<» Qiâmp».

\ illani de Ilounecourt a donné, dans son album de dessins (folio ao r.), deux méthodes employées par les architectes du moyen âge, pour tracer le plan d’un cloître; malheurcuseineni les figures et les légendes qui les expliquent sont très-incomplètes'. L’auteur trace des diagonales joignant entre eux les quatre points fixés d’avance comme limites des divers côtés du plan, puis dessinant les galeries ou portiques du cloîtn- parallèlement aux (]uatre faces de la figure principale, il les arrête aux diagonales, ce qui peut indiquer que la figure inscrite doit être parfaitement semblable à celle qui l’enveloppe, tant par l’ouverture des angles que par le parallélisme des côtés. Des polygones indiqués aux quatre coins de la figure doivent représenter des fausses équerres ou rapporteurs divisés, afin de vérifier si les angles sont identiquement les mômes. Les diagonales tendant à un centre commun déterminent en outre la direction à donner aux croisées d’ogives placées dans

* Jieviif arrhéoioQÎqHe . 6* année» i8â9> Pari»» A. Lelcua^

ARCIIITECTURt: MONASTIQÜi;. .101

les angles du cloitrc, et par conséquent de toute la s*‘rie des voûtes qui couvrent les galeries.

B. GALcnits, pnOMKMiins, fortwbs aubviaoia, aubdlatoria.

Quatre galeries di.sposées syniétriquenient autour du préau reliaient entre elles, et avec l’une des faces latérales de l’église, toutes les constructions placées autour du cloître; elles servaient de promenoirs couverts aux religieux; les besoins du service en réglaient les proportions; leur plan, ordinaireiiient régulier, était limité, vers le préau ou cour centrale, par les nombreux piliers, les colonnes et les contre-forts qui formaient les façades intérieures du cloître.

C’était sous ces galeries que s’ouvraient les portes diverses communiquant d’ordinaire, au nord avec la nef méridionale de l’église, à l’orient avec le chapitre, le cliauflbir et les escaliers conduisant au dortoir, à l’ouest avec les celliers ou magasins des provisions de comestibles, au midi avec le réfectoire, la cuisine et autres dépendances des lieux réguliers. Lorsque le cloître était situé au nord de l'église, ce qui était moins commun qu’au midi, le réfectoire, qu’on plaçait toujours du côté opposé au temple j>our éviter le bruit et fodeur, se trouvait alors au nord du préau; les autres dispositions tie recevaient pas de mutations relatives.

Les galeries étaient éclairées par les arcades percées dans les façades; on en sortait, soit par toutes les ouvertures, soit par quelques-unes seulement, établies dans les axes du préau, ou vis-à-vis les portes de l'église et des salles principales. Le pas.sage des autres arcades était intercepté par une banquette plus ou moins élevée, sur laquelle reposaient les colonnes ou les piliers, ainsi que les vitraux. Durant la pé-

INSTRUCTIONS

riode romane, les galeries intérieures des cloîtres étaient fréquemment couvertes par des voûtes ou des plafonds en bois suspendus au.x charpentes du comble; en l’absence du plafond on voyait les bois de construction. Lorsque les monastères étaient importants, ces galeries se couvraient avec des voûtes en pierre établies en plein cintre, formant des berceaux et divisées en travées par des arcs-doubleaux correspondant aux piliers et contre-forts des façades. Durant les premiers âges de l’architecture monastique en France, les galeries des cloîtres étaient de la plus grande simplicité, et parfaitement semblables aux graves portiques établis dans l’antiquité romaine : les murs latéraux étaient sans ornements, une ligne de moulures servant d’imposte décorait les piliers des arcades, quelquefois une archivolte encadrait le cintre; c’est avec une simplicité analogue que sont établis les cloîtres de la Grèce; mais, lorsque l’art roman, plus capricieux, vint à se développer en France, le mur latéral de l’église, donnant sur la galerie du cloître, pouvait être décoré d’arcades feintes, reproduisant les ouvertures de la façade correspondante du cloître; cette disposition s’étendait quelquefois à d’autres galeries. Enfin la sculpture d’ornement et la statuaire contribuaient à orner les piliers, les arcs-doubleaux, les chapiteaux et couronnements de toute espèce répandus dans l’étendue des promenoirs. Les beaux cloîtres romans de l’abbaye de Moissac et de Saint-Tropbime d’Arles offrent, tous les genres de décoration que nous venons de signaler. La peinture ornait aussi à cette époque les galeries des cloîtres comme on le voit dans fllistoire du monastère de Saint-Florent de Saumur, par dom Martenne. • Robert, y est-il dit, successeur d’Amalbert, fit achever les peintures des cloîtres ‘. ■

' Martenn. Vtl. script, et monum. amp\. coI/«cr i V, col 1106.

le

N* 46 1. Cloitre de SainlTrophime. i Ariei

Pendant la durée du st^ lc golliiqne, les voûtes en bei-ceaux disparurent des galeries de cloîtres pour faire place à des voûtes d’arêtes, surchargées de nervures, de clefs pendantes, de rosaces à jour avec ou sans armoiries et attributs, et de toutes les combinaisons qui se trouvaient réunies sur une plus grande échelle dans les églises.

N* 46a. Cloilre goUiique* 4 AHe».

Les pluaclcs, les dais, les consoles, s’accrochèrent aux piliers de supports, les portes les plus riches communiquèrent aux diflercntes salles importantes placées près des galeries, et de capricieux meneaux portant des verrières servirent de clôture aux arcades.

N* 663. Cliittre de Fonlenelle {«Uiaye de SniiilAVnmlrille]

La période de la renaissance modifia les formes en conservant les mêmes dispositions. Le cloître des Célestins à Paris en était un type remarquable. Là, comme dans tous les monuments du XVI' siècle, le plein cintre remplaçait l’arc aigu; de légères colonnes corinthiennes, surmontées de leur entablement, décoraient toutes les arcades; des pilastres doriques séparaient les travées à l’intérieur des galeries, ainsi qu’au deliors, vers le préau. Une voûte en berceau, ornée d’arcsdoubleaux et de caissons en bois, couvrait les promenoirs dans toute leur étendue; le lavalorlum était enveloppé dans une petite enceinte particulière et décorée dans le même style que le reste du cloîtte.’(Voir le n° 464.)

~Digittzetît)y ëoogle

N* Clüilre dv» Cclt>stiiii>.

Alors, plus qu’à l’époqup romane, de nombreux sujets de peinture, reproduisant l’histoire des monastères ou de leurs fondateurs, vinrent tapisser les murailles de nos cloîtres, comme on en voit encore de noinbreux exemples en Italie, particulièrement à Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence; au commencement de ce siècle, celui des Grands-Carmes de Paris, détruit en 1812, offrait encore une suite nombreuse de ces tableaux historiques, ut le cloître du colloque aux chartreux de la même ville, contenait la belle suite de tableaux de Lesneur représentant la vie de saint Bruno, aujourd’hui au musée du Louvre. Des bas-reliefs prenaient quelquefois la place des tableaux pour arriver au même but; la statuaire y mettait aussi sous les yeux des moines un christ, une vierge, ou un saint honoré dans le monastère. A toutes les époques, des sépultures étant établies sous le sol des galeries de cloîtres, elles motivèrent l'emploi des dalles gravées qui en lormaienl le pavé, ou l’application contre les murailles de cénotaphes, d’inscriptions funéraires, qui décoraient le pourtour intérieur. Au-dessous de ces divers ornements établis en applique ou

INSTRUCTIONS.— III. $9

[NSTRUCTIONS.

gravés dans les murs eux-mêmes, régnait une suite de bancs en pierre, sur lesquelles moines venaient s'asseoir à certaines heures du jour pour y faire des lectures spirituelles. «In eo quod contingit ecclesiam lectio moralis. » (Ducange.)

La galerie voisine de l’église était particuliérement destinée à ces lectures que les Cisterciens nommaient collaliones. Des armoires disposées au-dessus des bancs ou même dans leur épaisseur contenaient les livres. A l'abbaye de Cruas, sur le Rhône, contre la coutume, l’armoire aux livres était dans l’église. (D. M. t. I, p. 397.) La galerie de l’ouest était de préférence consacrée aux novices, lorsqu’ils n'avaient pas, comme dans l’abbaye de Saint-Gall, un bâtiment particulier à leur usage. .Alors de ce côté SC trouvaient quelques salles pour leurs différents genres d’études; celle du chant était du nombre. Les bancs placés dans celle galerie du cloître étaient accompagnés de celui du maître; des livres attachés avec des chaînes se plaçaient dans cette galerie pour l’iisagc dos enfants. « In latere claustri occidentali et scbolaris suhjeclio. • (Ducange.)

La lecture des écrivains profanes se faisait dans la galerie de l’orient;» adorienlaleinincapitulomaterialislectio. » (Ducange.)

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