COLOMBIERS
Les moines avaient le droit, comme seigneurs, d’élever des colombiers dans rcnceinlc de leurs maisons ; ils sont figurés dans la plupart des dessins et gravures qui représentent des maisons religieuses, et particulièrement dans la collection du Monaslicoii (juHicmum. Celui de ces petits édifices qui nous a paru le plus ancien est dans la vue de fabl»ayc de Saint-Pierre- .sur-Dive, dont la fondation, comme on lésait, date de io/|(i.
N* Mo. Oilombiur do de îviiiU-Piorre-^ur-Divc
Ce colombier est une tour ronde élevée sur une base conique; le sommet est entièrement ouvert et .sans toit. Les trous pour loger les pigeons sont disposés comme dans les colombiei-s modernes. En donnant un écoulement aux eaux pluviales qui tombaient dans cette tour, le sol devait être nettoyé de liiiinêmc; on évitait ainsi la malpropreté, qui engendre des maladies dans nos pigeonniers ; fépaisseur considérable des murailles semble indiquer que les animaux pouvaient se placer très-profondément «lans leurs nids et éviter ainsi d’être incommodés par la pluie et par le froid.
Le monastère de Saint-Jacques {Monast. (jallic.) offrait une espèce de transition entre le précédent et ceux qu’on élève de nos jours: c’était une tour enti^nient cylindrique, mais di-
visée au milieu par une retraite du mur; un cône tronqué la surmontait, le sommet était ouvert pour donner accès aux oiseaux. ^
N* 53 1 C(»ir>mbier de l'abbaye de Sainl-Jarqucs
On voit encore un très-beau colombier du xiv' siècle dans le comté d’Hereford, en Angleteire ; il a été publié dans le numéro de septembre i844 de Y Anheological Journal, d'après lequel nous le reproduisons. Il est circulaire, un toit en cône tronqué le surmonte; au sommet une double assise de pierres forme attique, et borde un espace au centre duquel est une ouverture circulaire qui correspond à la clef de la voûte intérieure; les pigeons étaient logés à peu près comme dans nos colombiers; on lit ce millésime au-dessus de la porte : .mccc. (Voir les reproductions de la façade et de la coupe à la page suivante, planche 53a.)
Les abbayes de Vaux-de-Cemay, de Notre-Dame-du-Val, au diocèse de Paris, avaient des colombiers qui sont con.servés encore, et que M. Hérard, architecte, a fait connaître par ses travaux sur ces monastères. 11 est rare que les ruines d'une abbaye de quelque importance ne présentent pas un colombier, et les petites dimensions, la solidité de ces constructions, l'usage qu’on a pu en tirer les sauvèrent généralement.
INSTRUCTIONS
N* 55l- < •tioaibicr dans le conitv d'HereionJ.
I,es pigeonniers élaieiil couverts au \v' siècle; celui de l'abbaye lie Sainl-Ouen de Rouen olFrait un édifice assez étendu : la partie centrale était carrée, deux tours s’élevaient sur les côtés, tles clochetons placés aux quatre angles donnaient au comble principal la forme d’une pyramide à huit pans; de petites fenêtres pratiquées dans des lucarnes, sur le comble et au-dessous, sur la face du bâtiment, servaient d’entrée aux pigeons.
N* '533. ColombitT de l Abbayo de SAinl'Out^n d<> Kouen.
-Nu xvé siècle les colombiers présentaient de l’analogit; avec les nôtres ; on en voit un figuré dans la vue du monastère de
D'igitized bÿTCoogle
ARCIIITKCTLRE MONASTIQUE. 421
.Sainle-Marie de Lyre; c’esl une tour oclogone, décorée de moulures et d'une proportion agréable; le comble en pyramide est .surmonté d'un clocheton; des lucarnes sont disposées sur le toit. On en voit un de la même épo(|uc à Moustier-Neuf.
N* OjlombicT (!v I'abba>c de Sainte-Marie de bvr»*
lAnOIN DE PLANTES POTAGÈHES , CVHTtLLÜS.
üuo pitlmeniaria coda fratribus omnibus sujficîant; et si fuerit nul poma, aul nascenlia legumimim, addatur, etc. (Règle de Saint- Renoît.)
La règle voulait que les religieux vécussent de légumes et <le fruits cultivés de leurs mains; les jardins potagers et fruitiers étaient donc très-importants, et compn's dans l'enclos des monastères '. Le système de culture adopté dans l’antiquité fut sans doute celui que les premiers moines pratiquèrent; ils durent suivre aussi les anciennes dispositions pour leurs jardins. Lorsque, par une incessante activité, ils eurent établi, 19 culture dans une partie de l’Europe, malgré les fré-
' CanundAf. dê ta riyU de laitU BenoU» par D. Calmct. c. G6, p. 4a4-
INSTRUCTIONS
qnentes inv.'isioiis «les Barbares el les troubles politiques, ils liient de noinbreu.ses ob.servations sur les moyens d’ameliorer le sol ainsi que les végétaux et les fruits. Le plan du monastère de Saint-Gall fait voir comment au rx' siècle était «lisposé un jardin de plantes potagères; il offre beaiiroup de ressemblancejlvec les nôtres : établi sur un parallélogramme, il se divise en dix-huit couches ou planches. On lit dans l’allée du milieu, Ilic pUintala holerum pulchre nascenlia vemant; le nom de chaque légume est écrit sur le carré qui lui est consacré : cepas, l'oignon [allium cepa); porros, le poireau [allium porum); apiiim, céleri {^apinm graveolensy, coUandrum , coriandre ^coriandriim satham]; anetum, anct [anelim graveolens); papaver, pavot (papnvcr somniferam)-, radices, rAvef.' (raphaniis salivas); magonrs, carottes [daiicus carota); bêlas, poirée [bêla delà); allias, ail [alliam salivum); (ucolonias, échalotes (alliam ascolonicum) ; petrosilium, persil {^apiam pclmsilium); cerejolium, cerfeuil (scandix cerejolium); lartaca, laitue [laclnca saliva); salaregia, sariette (saîureia Iwrtensis); pcslinachus, panct f^pastinacu saliva); vaulas, chou [brassica oleracea); gitto, nielle, poivrette [agroslemmn gilhago); à l’exception des maganes (carottes), tous ces noms sont tirés des capitulaires de Charlemagne.
l’ius tard les jardins potagers devinrent beaucoup plus considérables que celui-ci : on peut consulter tous les plans de monastères qui ont été publiés depuis deux siècles, pour s’en convaincre; indépendamment de ceux qui étaient renfermés dans l’enceinte, on en établissait aux environs; c’est ce que l’on voit dans les gravures qui représentent les couvents du mont Athos, et particulièrement dans celle qui est jointe à ce travail, dans la première partie, page ,Î3.
Une maison pour les jardiniers s’élevait auprès des wuches de légumes; on en voit une figurée dans le pian de Saint-
AHCIllTECTURE MONASTIQUE. 423
Gall; elle se compose d’une f'rande pièce centrale ou atrium, sur laf|iielle donne la chambre du jardinier en chef, et cpii peut être châulTéc par un poêle; auprès sont celles des aides, cubiiia famulorum; vis-à-vis la chambre du jardinier est une pièce où se renfermaient les instruments du jardinage et les •semences de légumes : Hic ferramenia reservantur et seminarin hulerum.
Le religieux courtillicr, cartivularius , devait fournir au monastère des plantes potagères et en surveiller la culture.
JAUDINS FRUITIEBS, rinlDAllIA, FRUCTF.TA.
Les améliorations apportées par les moines dans la cultuir des plantes utiles durent s’étendre à celle des arbres fruitiers.
F^a longue pralitjue leur apprit à connaître les diverses expositions favorables aux nombreuses esp';ces qu’ils multipliaient, ainsi que les moyens d’améliorer les fruits par les greffes; on sait qu’ils récoltaient les plus beaux produits dans tous les genres. Le jardin fruitier du monastère de Saint-Gall est établi au milieu des sépultures du cimetière; nous en parlerons à cet article; (juant à ceux des autres maisons religieuses, ils étaient fort étendus, distribués avec beaucoup d’ordre, si l’on en juge par tous les plans qui existent encore d’anciens monastères. Les chartreux de l’aris avaient réuni dans leur enclos une partie des arbres fruitiers qui composeut une collection précieuse pour l’étude de la culture, et qui se voit à la pépinière du Ijuxembourg. Des treilles couvertes de fruits en espaliers, ou de vignes, tapissaient toutes les murailles de ces jardins; on y voyait aussi des allées couvertes de treillages, portant de la vigne, comme dans le jardin que lit établir saint Louis auprès de son palais de la Cité, treille célèbre dans l’histpire de cette habitation royale et qui est figurée sur le
INSTRUCTIONS
plus ancien plan de Paris, la tapisserie de Saint-\ iclor. Des |uiits d’arrosage, des rigolos et fontaines étaient construits dans les jarilins fruitiers pour arroser les arbres et les'faire croître plus facilement. On a vu, ju.sf|u’à nos jours, le grand puits surmonté d’une machine qui était placée dans le jardin fruitier de l’abbaye de Sainte-Geneviève. I,es moines de l’Orientarrêtent les eaux des montagnes par des barrages, pour ré- |)andre la fraîcheur dans leurs jardins fruitiers.