PALAIS DES PAPES
De la cellule du solitaire, du cloître ouNiela maison canoniale, les hommes d'élite s’élevaient ju.squ’au trône de saint
Pierre ; on peut donc terminer cet aperçu de l’art monastique par quelques détails piatifs aux palais des papes, d'autant qu’entre les rares demeures des souverains pontifes, la France possède la seule qui, par .son architecture, se rapproche de l’art chrétien, étudié précédemment dans cet ouvrage.
f..e 9 novembre 3a4, le pape saint Sylvestre consacrait au Sauveur la basilique de Lalrait, fondée- par Constantin dans l'enceinte de son palais. L’empereur, quittant bientôt sa capitale, pour établir l’empire d’Orient, donna Lalran et tontes ses- dépendances au souverain pontife, afin qu’il y résidât ain.si que ses successeurs.
La basilique était de forme latine, c’est dire assez que le palais ollrait cette architectuix* qui servit de transition entre l’art antique, alors dégénéré, et celui que créa la féconde civilisation de, l’Occident durant le moyen âge. Les dispositions intérieures de cette première habitation pontilicale devaient offrir encore de l’analogie avec les grandes demeures des souverains de Rome païenne.
Quatre siècles plus tard, Adricn’l"' et Léon III faisaient des additions à ce palais, et c’était encore dans le style adopte durant les premiers siècles chrétiens, comme l’indiquent les restes du triclinium mnjas, qui se voient auprès de la cbapelje de .Saint-Laurent, aujourd’hui le Sancla Saitctnruni.
.\leniannus, qui décrit cette salle de festin du palais des papes, nous a transmis une portion du plan de ce palais, et tous les détails du triclinium (voir le plan n° 48a).
.-\iia$tase, le bibliothécaire des papes, nous a lai.s.sé une* de.scription contemporaine, ou à peu près, des emliellissements que fit faire Léon III au palais de Latran; il s’exprime ainsi :
I Fecit Léo in patriarchio Lateranensi triclinium majus super nmnia triclinia nominis sui magnitudinc dccoratum, po-
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nens iii eo fundamcnla rinni.ssinia, et in circuitu laniinis niar-
moreis ornavit, atque inarmoribus ift^exemplis stravif, et di-
versis coluninis tam porphyreticis qiiam albis el sculptis cum
vasis el iiliis siinul positis decoravit. » '
Le même auteur décrit une autre .salie du palais due à Léou III; elle conteuail douze absides décorées de mosaïques el de peintures; pavé, en marbre, son impluvium contenait un ba.ssin de porphyre : • Labruni in impluvio porphyreticum Millocavit. •
Kn ajoutant à ces dépendances les chapelles intérieures, celle de Saint-Laurent était du nombre, les salles de réuuion |
pour le eJergé, une bibliothèque commencée par le pape saint '
Hilaire et continuée par saint Zacharie, puis la basilique agrandie et placée au vu' siècle sous le vocable de saint Jean, on peut avoir une idée de ce (pi'était l'habitation des papes durant les premiers siècles de l’Église.
Le palais du Vatican aurait une origine analogue à celle du précédent; donnée de même par Constantin aux souverains pontifes, la grande basiliqhe dédiée à Saint-Pierre, disposée comme celle de Latran, et décorée dans le même style latin, y fut jointe par l’empereur. Ce fut cette architecture des premiers siècles chrétiens à Rome qui dut dominer dans les nombreuses salles du palais, tant ,i celte époque primitive que lorsqu’il fut modifié, à la fin du vin' siècle, par Léon 111; ce pape y fit construire un Iriclinium et des appartements analogues à ceux que lui devait le palais de Latran.
Le Vatican, entièrement reconstruit au xii' siècle, a conservé jusqu’à nos jours, dans les bâtiments secondaires, dans les cours de service, des constructions anciennes qui, par leur style, par les couronnements militaires qui les surmontent, indi(|uent bien que rarchiteclure féodale de l’Italie en fit
AKCHITECTURE MONASflQL’E. 513
une citadelle répondant aux besoins d’une époque de troubles, de guerres intestines et étrangères; les souverains pontifes se maintinrent dans cette forteresse jusqu’à ce qu’ils s’éloignassent de l’Italie pour habiter la France^ A leur retour dans la capitale cathulique, leur longue absence avait laissé à l’abandon et à la ruine l’habitation souveraine; on dut songer aux réparations d’abord, puis à la reconstruction sur des plans nouveaux et plus en harmonie avec le goût et l’élégance du xvi“ siècle, lorsque les papes jouirent d’un calme qui leur permît d’entreprendre de grands travaux.
Le célèbre architecte L. B. Aibcrti commença la reconstruction du palais du Vatican sous le pape Nicolas V, Bramante Lazzari le continua, et en peu d’années il exécuta la plus grande partie des belles dispo.sitions qu’on y remarque de nos jou/s. Depuis cette époque, les papes l'agrandirent sans cesse, au point d’en faire la plus vaste et la plus riche habitation de Rome : on y compte vingt-deux cours, vingt escaliers principaux, douze grandes salles, trois chapelles et plusieurs milliers de chambres. Les plus habiles architectes contribuèrent, sous Jules il et Ijéon X, à son embellissement; les célèbres peintures de Pérugin, de Raphaël, de Michel-Ange, de Jules Romain, et de tant d’autres artistes, en couvrent les murailles. Une bibliothèque remarquable, lapins riche collection d’antiquités païennes et chrétiennes qu’il y ait au monde, et de magnifiques jardins, en font le plus beau séjour qu’on puisse voir.
Au commencement du xiv'' siècle* les papes ayant fait d’Avignon leur nouvelle résidence, une vaste habitation dut s’y élever, pour loger eux et leur cour souveraine; mais ce déplacement du saint-siège de fltalic en France était causé par des luttes intestines, par des guerres qui pouvaient durer longtemps encore; de plus, nos palais avaient, à cette époque,
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l’aspect uniquement militaire; ce fut donc dans cette voie que Jean XXII, Benoît Xll, Clément VI, etc. se placèrent, lorsqu'ils firent exécuter les grandes constructions du palais des papes à Avignon; ils en firent l’une des plus vastes et des plus fortes citadelles qu’ait produites le moyen âge.
D'énormes tours s’élevèrent aux angles principaux de l'édifice, qui fut établi auprès de la cathédrale, Notre-Dame-des- Doms, sur la partie de la ville papale la plus escarpée, la plus facile à défendre; ces tours dominent le Rhône et tout le pays. D’immenses courtines, surmontées de mâchecoulis, relièrent enine eux les angles saillants du palais, et protégèrent les habitations ainsi que les salles dans lesquelles les pontifes recevaient aux jours solennels ; on y joignit deux chapelles : fune au rez-de-chaussée, pour les gens, l’autre au premier étage, au niveau des appartements pontificaux. Cette dernière est due au pape Innocent VI, en i 3S6. Ces chapelles sont grandes comme la cathédrale. Le reste du palais fut occupé par les dépendances et les logements des subalternes. De vastes cours furent ménagées au milieu de ces immenses bâtiments, pour l’aération et la facilité du serx'ice. Urbain V, en i364, acheva les constructions de ce palais, y établit des jardins remarquables et un puits qui pût fournir de l’eau en abondance dans une aussi grande habitation, (jal rloit bien la plus belle et la plus Jorte maison du monde, comme dit Froissart. Benoit Xlll, Pierre de Luna, y soutint, en 1.398, un siège mémorable, renouvelé en 1 4 1 1 par^odrigue de Luna son neveu. (Voir le plan au n“ 566, ainsi que la façade, planche 667, restituée d’après un vieux dessin qui conserve la disposition des deux tourelles dont était surmontée la porte du palais; elles disparurent en i665, lorsque Alex. Colonna fit l’ouvrage avancé qui protège l’entrée.)
N* 566. Plan du palai» des papes a Avignon.
La roche qui porte le palais admet difîicilement la culture. Clément VI fit des jardins sur les terrasses crénelées que soutiennent les voiites supérieures. Cette belle habitation des papes, dont les principales parties sont, en général, presque entières. aujourd’hui, fut décorée à rintéricur de peintures
/.NSTRÜCTIONS.
remarquables : quelques-unes peuvent se voir encore, malgré les iioiiibrcuses mutilations subies depuis plusieurs siècles par cet édilice, qui, mieux qu’aucun autre, donne une idée de ce qu’étaient les grandes habitations souveraines et seigneuriales du moyen âge.
Description du plan. — Benoît XlLcommciiça le palais auprès de la cathédrale, au septentrion. F,a tour de la Campane, voisine de la façade de l'église, et la tour de Trouillas, située au delà de son abside, datent de 1 336. Une cour dont la forme est celle d'un trapèze est enveloppée par les habitations et Ibs • dépendances que dominent ces tours; on y voit la salle du ballon, la salle brûlée; à cette dernière s’appuient les tours •Saint-Jean et de l’Estrapade. A l’est de cette partie du palais, sur les Pochers les plus escarpés, vers la ville, sont ménagées des cours de service, et toutes les dépendances qui étaient nécessaires dans une aussi vaste habitation. Ces détails intérieurs ont été modifiés, ainsi que les principales distributions du palais, pour en faire une caserne.
Clément VI continua les constructions; en iSàg, il fit élever la façade occidentale située vers la place, et figurée sur le de.ssin gravé à la page suivante, sous le n“ 567. La partie teintée en gris sur le plan, vers ce même côté, est de i665. En retour de cette façade, au midi. Innocent VI construisit la chapelle ’ divisée au rez-de-chaussée en deux nefs, par des colonnes; elles furent supprimées à la chapelle haute, qui était celle des papes. Les tours de Lagache et de Saint- Laurent sont jointes à cette chapelle. Ces constructions gigantesques enveloppent une cour carrée dont la tour des Anges occupe le côté oriental, au milieu de bâtiments secondaires; elle rappelle le donjon des châteaux féodaux. Alex. Colonna en fit abattre le sommet pour y placer de fartillerie.
rv^litiice tlu pnUi» tles pape» a Avignon.
INSTRUCTIONS
Lü palais du Vatican est relié à l’église de Saint-Pierre; celui d’Avignon communicfuait avec la cathédrale, Nolre- Dame-des-Doms, par un cloître roman qui n’existe plus ; la basilique de Saint-Jean-de-Latran s’est élevée dans le palais donné par Çonstantin à saint Sylvestre ; elle est le premier entre tous les temples de Rome et de la chrétienté, Ecclesiaram itrbis el orbis mater et capût, parce quelle est le siège du .souverain pontil'e, en sa qualité d’évêque de Rome; autour de lui habite un nombreux clergé : on voit ici, au sommet de la hiérarchie sacerdotale, la pensee du presbyteriam fondé par saint Augustin.