PIQURES
Telle est la marche normale du phénomène quand le fer se trouve exposé à Taclion de Tair humide ou de l'eau douce. 11 est vraisemblable que, dans l'eau de mer, les choses se passent d'une façon analogue. Cependant on constate alors des piqûres locales plus ou moins profondes qui ont été avec raison attribuées à la formation d'oxychlorures de fer. M. Lewes s'est proposé de vérifier si la simple immersion de fer bjen pur dans Teau de mer peut provoquer la formation de semblables composés. £n soumettant de la limaille et de la tournure de fer à l'action de l'eau de mer, il a retrouvé exactement les phénomènes dont nous avons parlé plus haut: dégagement d'hydrogène et formation d'oxyde et de carbonate de fer, mais rien n'a pu déceler la production d'oxychlorure. Si on joint à cela qu'une addition de quelques gouttes d'alcali suffit pour arrêter la corrosion, on voit qu'il convient d'attribuer la formation de la rouille dans l'eau de mer à la même cause que dans l'eau douce, c'est-à-dire à la décomposition de l'eau par le fer en présence de l'acide carbonique.
40 !• Piqûres, à) Piqûres à V extérieur du bordé de carène, — L'eau de mer provoque néanmoins des eflets de corrosion, puisque c'est à peu près exclusivement dans l'eau salée que se produisent les piqûres dont nous avons déjà parlé (^), piqûres qui peuvent se développer au point de donner en certains endroits à la tôle un aspect comparable à celui de la peau d'une personne marquée de la petite vérole. Il est à peu près admis aujourd'hui par tout le monde que ces piqûres résultent d'une action galvanique dans laquelle le sel qui entre dans la constitution de Teau de mer à l'état de dissolution joue un rôle important, mais simplement comme donnant au liquide des propriétés excitatrices. L'eau de mer forme le liquide de la pile, le fer ou l'acier l'un des éléments; pour qu'il puisse se produire un courant capable d'attaquer le fer, il faut de toute nécessité qu'il y ait un second élément électro-négatif par rapport à ce mêlai. Malheureusement, les impuretés capables de jouer ce rôle nuisible sont extrêmement nombreuses. Ce peut être des particules de rouille, des écailles d'oxyde qui se forment pendant le laminage ou le travail des tôles, des parcelles de métaux étrangers tels que du cuivre qu'on a introduit dans la composition des peintures contre la salissure et qui se sont déposées sur la tôle, etc. La juxtaposition de pièces en fer et en acier ou d'aciers de compositions chimiques suffisamment différentes peut donner lieu à des phénomènes du même genre.
Si la peinture dont on recouvre la carène ne suffit pas pour empêcher l'eau de mer de filtrer et d'établir le circuit, il se forme au contact de l'impureté une pointe de rouille dans la tôle, l'eau est décomposée et l'hydrogène repousse la peinture en formant une cloche. Puis ce gaz se dégage et l'eau s'infiltre dans cette cloche qui continue à se remplir de rouille. Il se
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forme un cône de rouille qui va grandissant et qui donne naissance à des piqûres très profondes.
Les écailles de layniiiage sont les impuretés les plus dangereuses, à la fois parce qu'elles sont les plus fréquentes et {>arce qu elles sont une cause de corrosion des plus importantes. Nous comprenons sous ce terme d'écaillés de laminage toutes les écailles doxyde des battitures qui se trouvent encastrées dans la tôle, soit lors de son passage sous les laminoirs ou les machines à cintrer, soit dans les travaux de martelage qu'on est forcé de lui faire subir pour la former ou la river.
Il est à remarquer que les piqûres ne se produisent généralement pas avec la même intensité des deux côtés du navire. Les traces de Taction galvanique sont d'autant plus nombreuses et plus profondes que les tôles sont plus souvent exposées aux rayons du soleil parce que V élévation de température favorise les actions chimiques. Si cette explication ne peut pas être étendue à tous les cas où les deux bords d'un navire sont très inégalement rongés, nous la tenons pour vraie dans le plus grand nombre, et comme moyen de vérification nous appelons l'attention sur ce fait que des navires comme le Boxcvines, ayant à Tarrière une voûte absolument à labri des rayonsdu soleil, sont moins sujets à se ronger dans celte partie que sur les flancs où Teau et les tôles sont frappées directement par le soIbI, et cela, malgré la présence de l'hélice qui est une cause d'oxydation : c'est une assertion qu'il est facile de contrôler.
b) Piqûres du côté de Vintérieur dans la cale, — Le danger dont nous venons d'essayer d'indiquer la cause n'est pas moins grand pour Tintérieur des tôles placées dans les cales. Dans le fond de la plupart des compartiments des navires, il y a des eaux acides qui jouent à l'intérieur exactement le môme rôle que l'eau de mer à l'extérieur ; pour les chambres de chaufTe et de machines, il y a même une circonstance aggravante, c'est que, comme il a été dit plus haut, l'action chimique est d'autant plus violente que la température est plus élevée. D'abord il reste sur les tôles, à l'intérieur comme à Textérieur, des écailles d'oxyde dues au laminage ou au martelage ; puis, dans les soutes à charbon et les chambres de chaulTe, le contact du charbon ou du poussier humide avec les tôles d'acier donne lieu à une action galvanique, le carbone étant électro-négatif par rapport au fer. Si le charbon contient des pyrites, ce qui arrive le plus souvent, le bisulfure de fer et de cuivre s'oxyde et se convertit en sulfate ; les sulfates solubles lavés par l'eau de la cale sont entraînés et peuvent venir au contact de quelques parties nues de la tôle ; là, ils se trouvent décomposés et déposent des parcelles d'impuretés qui sont autant de germes de corrosion. D'un autre côté, beaucoup de tuyaux et d'accessoires sont en cuivre ou en laiton ; des écailles d'oxyde de cuivre peuvent être converties en sels solubles, et, si ces sels se trouvent entraînés en un point où la peinture est éraillée, le même phénomène se produit. Les éraillures sont d'ailleurs très difficiles à éviter au moment où il faut procéder au chargement ou au dé-
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chargement du navire, et on doit tenir compte de ce fait que les parties des fonds dont nous venons de parler sont souveot peu accessibles et difficiles à visiter, surtout quand le chargement est en place.
40!4^. Distinction entre les deux genres de précautions à prendre contre la corrosion. — Il ressort de l'examen que nous venons de faire que, parmi les causes de corrosion, les unes, comme les écailles de laminage, préexistent à Inapplication de toute peinture, les autres, comprenant la rouille et les dépôts d'impuretés diverses, se produisent après sur des parties qui ont été mises à nu ou que le revêtement ne protège pas d'une façon efficace. Nous diviserons les précautions a prendre contre la corrosion en deux parties :
1° V élude des procédés destinés à débarrasser les tôles et les barres de tout germe préexistant capable de provoquer une détérioration,
2° Un aperçu des revêtements qui ont pour but de soustraire les tôles aux chances de corrosion qui peuvent se renouveler par la suite, et, comme ce second point demandera quelques développements, nous distinguerons les revêtements en deux groupes ; ceux que l'on met sur le bordé de carène et ceux qu'on applique à l'intérieur.
^03» Décapage. — La première précaution à prendre consiste à se débarrasser de toute trace de rouille et des écailles de laminage. Pour ôter la rouille il sufQtde gratter la tôle, mais lorsqu'il s'agit des écailles de laminage, dont l'action est de beaucoup la plus dangereuse, un simple grattage est absolument insuffisant. Cependant si on ne prend pas le soin d'enlever ces écailles avant que les tôles ne soient peintes, il se produit une action galvanique dans l'eau de la mer ou de la cale entre l'acier et les écailles plus ou moins adhérentes, l'écaillé tombe au bout d'un certain temps avec la couche de peinture qui la recouvrait et le mal ne peut que s'aggraver une fois la tôle dénudée.
Comme nous l'avons déjà dit, ces phénomènes sont communs au fer et à l'acier ; mais il semble que le manque d'homogénéité du métal joue ici un certain rôle et les piqûres sont plus dangereuses dans le cas de l'acier que dans celui du fer. £n Angleterre^ où on prend des précautions minutieuses pour débarrasser des écailles d'oxyde les tôles et les barres du bordé et de la cale, on ne s'en inquiète pas dans le cas du fer : les dégâts; tout en étant de la même espèce, sont beaucoup moins considérables sur les carènes en fer.
Il nous semble intéressant de rappeler ici ce que M. le Capitaine de frégate Roux écrivait, en 1866, au sujet de l'emploi des solutions mordantes : € Le décapage du fer est une question plus importante qu'on ne le suppose généralement; car selon que les surfaces sont bien ou mal préparées, la couche de peinture constitue une enveloppe protectrice ou un simple maquillage. Partout, en effet, où le fer est gratté et mis à nu, la peinture le pénètre et le protège, tandis que, là où il reste de rox}'de, elle ne peut y