‹ Architecture navale; construction pratique des navires de guerreChapitre 33 sur 290 · A. GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

A. GÉNÉRALITÉS

SI 3. — But du cuirassement. — Le cuirassement est employé comme défense contre le canon seulement; la protection contre la torpille et l'éperon est obtenue par la division cellulaire des fonds, qui a été décrite dans les chapitres précédents.

Il faut protéger la £[ot(aison du navire de manière à garantir sa flottabi-

CHAP. — XXIV. GUIRASSESdENT

lîté et sa stabilité ; il faut ensuite défendre son artillerie et le poste du coramnndaiit contre les effels meurtriers de la petite artillerie à tir rapide et des explosifs puissants dont dispose l'ennemi. La protection à donner k la IloUaison est fonction de la protection des canons ; si on construit des nnvires dont rartillerie est peu ou point protégée, il suffit d assurer à la ilûltaison une protection relativement faible. Les chances de chavirer ou de couler doivent cependant être moindres que celles d'avoir toutes ses pi^ïces démontées Tune après Tautre. Les machines, les chaudières, la barre du gouvernail, les soutes à munitions doivent être absolument protégées,

La protection de Tartillerie s'obtient au moyen de la cuirasse seule. C'est également au moyen d'une cuirasse appliquée sur un pont de forme convenable, et, dans certains cas sur les flancs, qu'on conserve au navire la faculté de flotter et qu'on protège les organes vitaux disposés dans les fonds. Mais, à côté de cette cuirasse, il est indispensable d'établir une division cellulaire, étudiée de manière qu'une grande partie de la surface de flottaison et de la réserve de stabilité qui en dépend restent intactes. Une réduction de la première aurait pour effet de diminuer la hauteur métacenlrjque,et par suite la faculté qu'a le navire de se tenir droit. Une réduction de la seconde ferait décroître la stabilité aux grands angles d'inclinaison et pourrait causer le chavirement.

Pour se rendre compte du rôle que joue le cuirassement dans la protection du navire, il faut bien se pénétrer de cette idée qu'il est complètement impossible aujourd'hui d'assurer P impénétrabilité de la muraille des œuvres-mortes au moyen d*un blindage appliqué sur les flancs.

Jl n^en a pas toujours été ainsi : les batteries flottantes la Lave, la Tonnante et la Dévastation ; les premières frégates cuirassées la Gloire ^ V Héroïne, avaient leurs œuvres-mortes entièrement recouvertes d'un blindage capable de résister aux projectiles en usage à l'époque où ces bâtiments prirent la mer. A ce moment on pouvait espérer que la protection de rartitjerie et des organes vitaux, machines, chaudières, transmission de gouvernail, ainsi que celle de la stabilité ou de la flottabilité se trouvait garantie dans tous les cas par le blindage appliqué contre la muraille. Le cuirassement constituait alors la plus efficace des protections et assurait au navire qui en était pourvu une supériorité écrasante.

A mesure que l'artillerie a progressé, la valeur du cuirassement a été en diminuant. Il a bientôt fallu renoncer à l'invulnérabilité. Sur les navires modernes, la protection a pour but, non pas de réaliser l'impénétrabilité absolue de la muraille, mais d'assurer la sécurité du navire et de lui permettre d'utiliser le plus longtemps possible les moyens dont il dispose pour lutter même après que sa muraille aura été endommagée.

La cuirasse concourt pour une part plus ou moins importante à cette protection du navire, mais seulement pour une part. Il faut, en outre, dis-

BUT DU CUIRASSEMENT 63

poser à l'intérieur dans le voisinage de la flottaison, un cloisonnement cellulaire très muUiplié afin de garantir d'une manière suffisante la flottabilité et la stabilité.

C'est seulement par la combinaison de ces deux modes de protection qu'on peut espérer placer le navire dans des conditions susceptibles de lui permettre de soutenir un combat de quelque durée.

Telle est la conclusion de la lutte qui se poursuit depuis bientôt cinquante ans entre la cuirasse et le canon. Nous n'hésitons pas à formuler cet avis au moment même où la cuirasse parait l'emporter pour un temps. 11 commence à y avoir des cuirasses d'acier de 45 centimètres, qui, contre les projectiles de rupture vaudront autant et même mieux que des blindages d'acier de 60 centimètres fabriqués au cours de ces dernières années, ou des blindages de fer qui auraient eu 72 centimètres il y a quelque quinze ans. Mais en admettant que de semblables cuirasses puissent, dans la plupart des circonstances de combat, assurer l'invulnérabilité d'une portion du navire contre tous les projectiles en usage, la région qu'il est possible de protéger efficacement est, comme nous le verrons, extrêmement restreinte.

Si le navire était seulement susceptible de couler ou d'avoir ses pièces démolies par des obus de rupture, on pourrait actuellement lé mettre presque entièrement à l'abri de ces dangers par la cuirasse seule. Malheureusement il y a autre chose : il faut empêcher le navire de se retourner la quille en l'air en perdant toute stabilité par suite de l'invasion de l'eau dans les hauts ; il faut que les nouveaux projectiles à explosifs soient arrêtés en dehors du navire par des épaisseurs déjà très fortes, ou que le pont cuirassé soit extraordinairement épais pour ne pas se séparer en gros fragments, nouveaux et dangereux projectiles. Or, tout cela exigerait une cuirasse régnant de bout en bout, montant très haut, dont l'épaisseur et le poids seraient beaucoup trop considérables. On peut avec le blindage réaliser l'impénétrabilité d'une tourelle ou d'un réduit, il est impossible de songer à assurer avec la cuirasse seule l'invulnérabilité du navire moderne.

En déQnitive, malgré l'immense progrès réalisé tout récemment dans la fabrication des plaques, la puissance défensive du mieux protégé de nos navires, soit construits, soit en construction, est bien inférieure à ce qu'était la puissance défensive d'un cuirassé en 1860.

Ces considérations permettent de se rendre compte de la valeur qu'il convient d'attribuer aujourd'hui à la cuirasse comme mode de protection ; et, en même temps, de comprendre la façon dont l'épaisseur et la disposition de la cuirasse a varié avec les progrès de la puissance offensive.

Page 1