LE XV^ SIÈCLE
On donne le nom de s t v le/7g m b oya n t à la période de l'architecture gothique qui va de 1370 environ à lafin du xv^ siècle. Elle est marquée par l'exagération des recherches de décor déjà très sensibles dans la période précédente.
On ne conserve réellement plus de pierre que celle qui est indispensable au soutien de l'édifice. Les parois semblent tout entières de verre, tellement l'étendue des vitraux l'emporte sur celle des murailles. Les surfaces lisses sont de plus
LES STYLES
La saillie en éperon qui pre'cédemment ornait les colonneties des piliers est de plus en plus sensible : ces colonnettes, d'ailleurs, ne sont plus cylindriques, mais creusées de refouillements qui ont pour objet de multiplier les ombres et les lumières et de leur donner un plus grand aspect de légèreté ; cet aspect est encore accru par la suppression de leurs chapiteaux : leurs bases — auparavant imitées de l'antique — sont aplaties et posées sur des plinthes très élevées, découpées elles-mêmes en une infinité de prismes.
Les voûtes sont subdivisées en compartiments plus nombreux ; à chaque intersection d'ogives, on suspend des clefs ^ sortes de claveaux très saillants et richement ornés.
Les fenêtres sont partagées par des meneaux encore plus minces que dans la période précédente et qui supportent des remplages encore plus compliqués ; leurs évidements en forme de « flammes » ont précisément fait donner à ce décor le nom de « flambloyant ».
A l'extérieur, la profusion
desornements n'est pasmoin-
en plus rares. Sont-ce des piliers ? On dre: la façade est travaillée comme un
les creuse de gorges profondes. Sont-ce bijou. Au-dessus des portes se dressent
des frontons, des dais, des fenestrages, les gables, sortes de triangles de pierre
Paris. — .\otre-namc.
[.e chœur, au fond, était achevé en i iSs. et les premières travées de la nef — au premier plan — en 121 î. Piliers ronds portant un faisceau de colonnettes. Tribunes au-dessus du bas-côté; fenêtres au-dessus des tribunes.
des chapiteaux > Ils sont ornés d'une profusion de sculptures délicates et contournées, à motifs grêles, frisés et ondulés.
Le plan des églises n'est pas modifié; on voit quelquefois cependant les piles du chœur disposées, non plus en rectangle, mais en polygone et dans ce cas ce n'est pas une arcade, mais un pilier qui se trouve dans Taxe de la nef. Les chapelles annexées aux collatéraux sont plus vastes.
ajourée, surmontés d'un fleuron; tous les profils sont munis de crochets, ornements saillants de feuilles ondulées et frisées dont les dentelures et les nervures sont sculptées avec beaucoup de délicatesse.
Le style flamboyant est la dernière expression de l'architecture gothique : il fut employé jusqu'au cours du xv^" siècle et des églises comme celle de Brou, construites après i5oo, ne se ressentent pas encore de l'influence exercée par la
Renaissance sur le style des édifices civils.
ORNEMENTATION
L'ornementation gothique développe avec richesse l'ornementation romane. On a vu comment les piliers ont fait place aux faisceaux de colonnettes, puis comment celles-ci.
creusées de gorges profondes et prolongées en avant par des saillies en forme d'éperon, quittent peu à peu l'aspect cvlindrique: leschapiteauxdisparaissent au fur et à mesure des transformations des colonnettes ; ils ne consistent plus qu'en une frise de feuillage, qui enveloppe le faisceau et dont les feuilles, munies chacune d'un petit rameau et disposées deux à deux de chaque côté de la tige, dressent leurs pointes vers le ciel. Au xv^ siècle, à l'époque du style flamboyant, les frises elles-mêmes disparaissent; les piliers sont ornés de nervures prismatiques, remplaçant les colonnettes, et qui montent sans interruption jusqu'au sommet des arcs. Les chapiteaux ne réapparaissent plus qu'au xvi« siècle, mais alors empruntés, sous l'influence de la Renaissance, à l'antiquité.
Un grand luxe d'ornementation se déploie autour de l'autel et du chœur.
L'autel est constitué par une table de pierre, dressée en haut de plusieurs marches, et décorée, au m.oins en avant, de figures de saints placées sous des arcatures. Il est séparé du chœur par une clôture de pierre ajourée; le chœur l'est du reste de l'église, dans les premières époques, par une poutre (dite poutre de gloire d'où tombe un long voile, dans les époques postérieures par une clôture élevée appelée jubé; les jubés sont ornés au pied par des bas-reliefs,
Reims. — Intérieur de la cathédrale (xiir siècle). Piliers ronds entourés de colonnettes, fixées par des bagues de pierre à la muraille. Galerie au-dessus du bas-côlé. RanKée de fenêtres au-dessus de la galerie.
en haut par des arcatures légères soutenues par des colonnettes; il en subsiste peu, le clergé du xviii^ siècle les ayant fait abattre pour démasquer la vue du chœur. Quant aux portails, ils constituent toujours la partie la plus richement sculptée de l'église. Les portes sont profondément ébrasées; dans les ébrasements, on dispose une file de statues placées, non plus comme à l'époque romane dans des angles rentrants formant niche, mais sur des piédestaux en saillie sur la maçonnerie et ornés de médaillons sculptés; ces statues sont fixées à la muraille par des crampons de fer. Aux voussures des portails sont sculptées de petites figures
DO
LES STYLES
l'n.,:. I liry.
Rouen. — l'ortail de Téglise Saint -Maclou.
Au dessus de chaque porte, gJhU découpé avec la
finesse et la variété propres au style flamboyant.
d'apôtres ou de saints ; le tympan est constitué par des bas-reliefs représentant la figure du Christ au-dessus de scènes du Jugement dernier ou de la Vie des saints; il porte en son milieu sur un trumeau auquel est adossée une haute statue.
Les églises entièrement construites dans le stvle flamboyant sont rares. Il est plus fréquent d'en voir la décoration appliquée à une partie, soitcomplètemeni édifiée, soit simplement refaite, comme au clocher (le clocherneuf de Chartres), aux tours (ainsi à Saint-Michel de Bordeaux), au chœur chapelle du Mont- Saint-Michel), au transept cathédrale de Beauvais), etc.
Parmi les édifices qui appartiennent tout entiers à ce style, on cite particulièrement l'église de Brou (Ain) qui, commencée par Jean Perréal au début du xvi-^ siècle, fut achevée en i536; l'église Saint-Maclou à Rouen, reconstruite de 1432 à 1480 ; réglisede Caudebec, édifiée de 1425 à la fin du xv^ siècle.
Iconographie. — 11 est impossible de comprendreexactementles arts du moyen
âge. si l'on n'a pas au moins quelques notions sur les figures et les symboles, qui sont employés autant pour servir à l'enseignement religieux des fidèles qu'à l'ornementation des églises.
Tous les saints ont le visage entouré d'un nimbe ou disque; pour les trois personnes divines, ce nimbe est orné d'une croix [nimbe crucifère), souvent même, notamment pour le Christ, il entoure la figure tout entière et affecte la forme d'une ellipse allongée : c'est une gloire.
Dieu le père, rarement représenté, a l'aspect d'un vieillard. Le Saint Esprit est figuré par une colombe. Les représentations du Christ sont les plus abondantes. Au début, on lui donnait l'aspect d'un tout jeune homme ; à partir du ix' siècle,
.\rgentan. — tglise Saint-Germain.
\'ue intérieure d'un bas-côté montrant la suppression des chapiteaux et l'amincissement des nervures des arcs. .\u croisement de deux de ces arcs pend une clef àt pierre.
L'ARClUTKCrURF.
il a presque toujours celui d'un homme dans la force de Tàge, barbu et vêtu d'un manteau à la façon des philosophes antiques; il a toujours les pieds nus. Chacune des scènes de TEvangile a donné lieu à des multitudes de représentations.
Celle de la mort du Christ a tini par se concrétiser dans la forme du crucifix qui n'apparaît, en somme, qu'assez tard dans le culte chrétien, après le vie siècle. D'abord le Christ était vêtu; puis on le représenta nu, portant simplement aux reins une large ceinture. L'aspect de souffrance qu'on lui donne aujourd'hui couramment, non plus que la couronne d'épines, ne lui furent attribués qu'a partir du xiii' siècle; à la même époque, on le représenta les jambes croisées, tandis qu'auparavant ses pieds étaient fixés chacun par un clou sur l'arbre de la croix.
Une autre représentation très courante du Christ au moyen âge est celle qui montre son cadavre étendu sur les genoux de la Vierge en larmes; c'est ce groupequ'on appelle tantôt Pieta^ Notre- Dame de Pitié ou Notre-Dame des Sept Douleurs.
La scène du Jugement dernier est également fréquente.
Le Christ est au milieu entre les anges Phoi Vitiy.] qui sonnent la trompette du Jugement; pendant que l'archange Saint Michel procède à la pesée des âmes, la Vierge intercède en leur faveur; les anges d'une part, les dénions de l'autre entraînent
^lyle flamboyant.
Phol. Vitry.
Pilier du xvi" siècle à Saint-Eiienne de Bourges.
celles qui sont jugées vers leurs demeures éternelles.
Cts représentations sont facilement lisibles. Les allégories le sont moins. Le Christ est, par exemple, souvent symbolisé par Vagneau^ nimbé, et tenant une croix ; il est figuré debout sur un monticule d'où s'échappent quatre filets d'eau — les quatre tieuves du paradis; douze autres agneaux qui le suivent représentent les douze apôtres. Le Christ est encore symbolisé par l'image du lion Pasteur, rapportant sur ses épaules la brebis blessée, ou simplement par celle du Poisson.
La Vierge figure dans la plupart des scènes de la vie du Christ; mais elle est particulièrement représentée portant l'enfant Jésus sur ses genoux; avant le xiii° siècle elle est généralement assise; après cette époque, elle est plus souvent debout, tenant Jésus sur son brasgauche.
Contrairement au Christ, ses pieds sont toujours cachés par sa longue robe.
Dans V Arbre de Jessé elle est figurée tenant son enfant, dans une fleur de lys qui s'épanouit sur la plus haute branche du tronc issu de la poitrine de Jessé. Quant à l'image de V Immaculée Conception, elÏG n'est pas figurée antérieurement au xve siècle : on sait qu'elle montre la Vierge debout sur un arc-en-ciel, ayant les mains jointes, les yeux levés vers
LES STYLES
fhol. i'ilry
Brou. — Intérieur de l'église, style flamboyant. Remarquer la forme surbaissée des arcs.
Dieu qui, du ciel, lui tend les bras.
Les anges sont figurés pieds nus, habillés d'une longue tunique flottante et munis d'ailes. Les démons affectent les formes les plus variées et les plus repoussantes; l'imagination des artistes s'est donné, pour les évoquer, libre carrière et ils leur attribuent des corps d'animaux, plusieurs têtes, des becs et des pattes d'oiseaux, leur plantent des cornes sur toutes les parties du corps. N'oublions pas la représentation spéciale du démon qui tenta Eve sous la forme du serpent.
Les évangélistes sont représentés écrivant sur d'énormes livres, mais aussi sous la forme symbolique des animaux :
le lion (saint Marci, le bœuf (saint Luc ,
l'aigle samt Jean , et de l'homme saint Mathieu).
Les apôtres ne se distinguent des saints ordinaires qu'àpartirduxin^ siècle. Chacun a ses attributs spéciaux, outre le nimbe qui entoure la tète de toute personne sainte.
Chaque saint, en effet, a bientôt sa figuration personnelle et presque invariable.
Elle comprend le vêtement de sa profession et l'instrument qui servit à son supplice, ou bien un des objets qui rappellent sa dévotion particulière ; c'est ainsi que saint Laurent porte un gril, que sainte Catherine s'appuie à une roue brisée, que saint Hubert est accompagné d'un cerf et que saint Léonard est muni de chaînes pour attacher les bras des prisonniers.
L'iconographie médiévale ne comprend pas seulement que des sujets religieux; elle est très riche aussi en représentation de sujets moraux, comme les figures des Vertus, de la lutte des Vertus et des Vices, etc., ou de sujets profanes comme l'histoire de France ou même des peuples antiques notamment d'Alexandre). Quand on réfléchit que tout: parois, portes, chapiteaux, vitraux, stalles, était sujet à décoration de personnages, on reste étonné de la variété avec laquelle les artistes du moyen âge ont su traiter ces scènes qui restent presque toujours très lisibles, sans se répéter absolument.
Yjt- "^ ^if*
Cl. Vil,\.
l'ragment de frise et de chapiteaux provenant de l'c'glise de Reims.
Abbaye du Mont-Saint-Michel.
Salle de conférences dite des Chevaliers (\n~ siècle). Style gothique • arcs d'ogive, brisés, reposant sur des piliers ronds, unis, à chapiteaux vigoureusement sculptés.