PALAIS ET CHATEAUX
Cette transformation ne fut pas très rapide. Les architectes, même imbus de principes nouveaux, avaient à compter
avec les habitudes de technique conservées par les corporations; ils avaient aussi à se soumettre aux exigences particulières des lieux où on leur demandait de construire; rarement on leur permettait de faire table rase des constructions antérieures; on les autorisait tout au plus à supprimer des murailles devenues inutiles, à ouvrir dans les parois des baies plus larges; mais personne ne songeait à combler les fossés, ni à abattre les tours dont l'aspect était devenu indispensable à l'impression d'autorité et de puissance que devait donner le château. C'est pourquoi, tout d'abord, les châteaux continuèrent à être flanqués de tours rondes, couronnées de créneaux, encerclées de fossés — même quand leurs façades étaient ornées d'ordres à l'antique et leurs portes amorties par des arcs en plein cintre.
Mais sous François I"^ et Henri II, on commença à délivrer les châteaux de leurs entraves gothiques et même on en édifia beaucoup sur des emplacements nouveaux, choisis pour leur seul agrément, et non pour la commodité de leur défense. Les rois donnèrent dans ce sens le plus remarquable exemple.
Charles VIII déjà avait fait recons-
Amboise. — Le Châieau.
truire le château royal d'Amboise.
Louis XII avait, dès i5oi, fait ajouter une aile nouvelle au château de Blois. Sous François I-^ on acheva ces travaux et en 1 5 19 commença la construction du
château de Chambord auquel travaillèrent successivement Denis Sourdeau, Pierre Nepveu dit Trinqueau, enfin Jacques Coqueau. Entre i526 et i56i environ s'éleva celui de Fontainebleau,
Phot. Vilry.
Amboise. — Le Château.
confié aux soins de Gilles Le Breton, de Pierre Chambiges, de Castoret, secondés par la plus remarquable équipe de décorateurs qui ait alors travaillé en France.
Toutes ces entreprises étaient loin d'être achevées, lorsque, en i53o, les frères Le Breton s'attaquèrent au château de Villers-Cotterets et qu'en iSSq Pierre Chambiges, auquel succéda son gendre Guillaume Guillain, commençait celui de Saint-Germain-en-Laye.
Dans Paris même, les rois demandaient aux architectes les plus célèbres du temps, de remplacer par des palais dignes d'eux le vieux château étroit et sombre du Louvre et les maisons de plaisance des Tournelles et de Saint-Paul.
C'est ainsi qu'en 1546, François F'' confiait à Pierre Lescot la réédification du Louvre : il en résulta ces deux ailes contiguès placées à l'angle sud-ouest de la cour actuelle du Louvre, qui ne furent achevées que beaucoup plus tard et où l'on voit sculptés les monogrammes de Charles IX et de Henri IV.
Au même Pierre Lescot, et à Jean Bullant, Catherine de Médicis demanda, en 1564, de construire le palais desTuileries, dans une campagne alors tout à fait détachée de la ville par les remparts.
Plus tard, sur son ordre, le fils de Pierre
-j^ LES STYLES
■^"^'Te ÎPÂ'l?Ars»£s TuiLLERIES DU CÔTE T)T7 JaRDTN
\ UL- des 1 uuciies, d'après une gravure du wn siècle.
A droite, le Pavillon de Flore, relie au Louvre par la Grande Galerie du bord de l'eau ; à gauche, le Pavillon de Marsan. .\u centre, la partie édifiée par Philibert Delorme. En avant, le jardin encore esistant.
Chambiges entreprit de réunir le Louvre aux Tuileries et construisit la petite galerie encore existante, qui s'avance vers le bord de l'eau et qui fut, en i5g6, continuée en retour d'équerre, le long de la Seine, par Thibaut Métezeau.
A la liste de ces édifices royaux, il faudrait ajouter la liste des châteaux que, dans toute la France, les plus riches seigneurs faisaient construire à l'envi — par exemple ceux de Gaillon, de Montai, d'Assicr, de Chenonceaux, d'Azayle-Rideau, de Valençay, d'Ecouen, de Châteaubriant.
Ceux de ces édifices princiers qui datent du début de la Renaissance, se distinguent nettement de ceux qui leur sont postérieurs. Les premiers, construits à la fois en brique et en pierre, offrent une variété de tons, une simplicité de décoration, qu'on ne retrouve plus dans les autres, tout entiers bâtis en pierre et, en général, richement ornés de sculptures, soit en bas-relief, soit en ronde-bosse; enfin les premiers sont encore tout i mprcgnés des principes de la construction gothique, tandis que les seconds n'en ont conservé que la
persistance des toits à double pente et des hautes cheminées.
EPOQUES
Ei'ançois I". — C'est avec le règne de François I^"" que commencent à apparaître les arcs en plein cintre, les colonnes à chapiteaux antiques, les frontons saillants, les corniches surplombantes; mais tous ces ornements sont encore appliqués à une structure essentiellement gothique et qui laisse — comme par exem pie aux châteaux de Blois et de Chambord — saillir vigoureusement de la façade lescagesdes escaliers, donila spirale vient rompre la symétrie des lignes horizontales.
Henri II. — Les éléments persistants du style gothique finissent par disparaître. Les architectes, construisant sur des emplacements libres, deviennent maîtres de leur plan, qu'ils ordonnent selon une symétrie que n'avaient pas recherchée les constructeurs de l'époque précédente. Les tours rondes disparaissent, remplacées par des pavillons carrés, qui flanquent les deux extrémités des façades. Le plein cintre règne par-
Pahis. — Le Louvre ;(^)ur du Louvre).
\ droite, partie de la façade ouest, par Pierre Lescoi :
au centre, partie de la façade sud, dont les deux
étages inférieurs sont de Pierre Lescot (xvi siècle) et
l'étage supérieur de l.e Vau (xvii' siècle).
tout, supplantant même l'arc en anse de panier. Les ordres, depuis i 5 5o environ, constituent l'élément essentiel de la
/. ' .1 A' CHI TEC l 'URF
décoration des façades; ils encadrent les baies, leurs colonnes ou pilastres reposant sur de hauts soubassements et portant des chapiteaux ioniques, corinthiens ou composites. Entre chaque ligne de fenêtres, marquant la hauteur de l'étage, court une , .
plate-bande ornée d'arabesques, bordée de deux moulures très saillantes. Çà et là s'ouvrent des niches, où l'on place soit des statues, soit des bustes; quelquefois on utilise simplement des médaillons sculptés en fort relief. Les fenêtres sont surmontées de frontons; elles conservent leurs meneaux, mais ils sont ornés de pilastres dans le nouveau goût.
Les lucarnes sont décorées avec la même profusion qu'à la fin de l'époque gothique, mais de niches, de vases, de colonnes, ou de piliers flanqués de figures de sirènes ou de dieux termes.
C'est l'époque par excellence de la Renaissance française. Elle se distingue de la Renaissance italienne par une ordonnance plus gracieuse, moins noble, moins lourde aussi. Les nécessités du climat — avec une logique dont l'exemple ne fut pas suivi dans les siècles postérieurs — ont fait maintenir les toits élevés à pentes rapides; l'emploi des hauts pignons pointus, des tourelles à coiffure conique, surmontées de girouettes, des hautes cheminées de pierre, groupées comme des faisceaux de colonnes et ornées d'une frise continue de rinceaux ou de feuillages, donnent aux palais français un aspect pittoresque et vivant qui les distingue au premier coup d'oeil des palais plus somptueux, plus pompeux, de la Renaissance italienne.
Les Valois. — Avec les premiers Valois apparaissent les mêmes signes de dégénérescence qui avaient marque le déclin
Chamboru. — La lantcrnie. C'est dans cette lanterne, haute de 32 mètres, que s'achève le célèbre escalier du château. Des F couronnés et des salamandres, insignes de François 1", sont sculptés sur les aics-boutants qui la soutiennent. Remarquer que toutes les baies sont en plein cintre ou rectangulaires. Le toit est borde d'une balustrade.
de la Renaissance en Italie. On ne voit que boursouflures et recherches exagérées des effets. Philibert Delorme emploie aux Tuileries et à la grande galerie du Louvre un procédé — le bossage 1 1) —
(i) Le bossage est ainsi nommé parce que ce procédé, en abattant seulement les arêtes des pierres, ménage sur chacune de celles-ci une hosse soit unie, soit tailladée au marteau, soit creusée d'ornements vermiculés.
LES STYLES
qui va devenir commun dans tous les édifices des siècles suivants. Les colonnes à cannelures profondes, coupe'es de place en place par de larges bagues unies, les frontons brisés et alternés, les incrustations de marbre, la profusion de sculp-
Fragments qui subsistent du palais des Tuileries, dans le jardin actuel.
Colonnes à chapiteaux ioniques, cannelées et coupées de larges bagues.
nouveaux des grandes villes. Les monuments publics sont mis en valeur avec plus de soin que précédemment. Un des plus importants qui aient été construits pendant la Renaissance, est l'Hôtel de Ville de Paris, édifié entre i533 et 1610: il a été détruit en 1871, mais son aspect actuel rappelle assez bien son aspect primitif; sa façade comportait un corps central, flanqué de deux pavillons. Le corps central avait un étage et un comble, les pavillons deux étages et un comble plus petit. Les baies étaient encadrées de colonnes et de frontons; entre elles, des niches renfermaient des statues de princes et de magistrats; au milieu du comble central, se dressait un atiique renfermant l'horloge et couronné par un fronton curviligne.
De la même époque datent aussi les hôtels de ville de Dreux, de Niort, de Loches, d'Amboise; les palais de justice de Grenoble, de Dijon, l'entrée principale du capitole de Toulouse.
Pour dégager ces monuments, on ouvre des places de plus en plus larges et qu'on orne, à la manière italienne, de fontaines et de statues. Quant à la fameuse fontaine des Innocents, son état actuel ne répond en rien à ce qu'il était lorsqu'elle fut construite par Jean Goujon.
Elle ne se dressait pas, en effet, au milieu d'une place, mais était accolée à une église et ne comportait que trois côtés, c'est-à-dire trois arcades surmontées d'enta-
blements à fronton triangu-
tures sur l'entablement, caractérisent cette époque encore très remarquable. La production inattendue de l'architecture de Henri IV l'empêchera de tomber dans les pires exagérations de l'italianisme.