CHAPITRE PREMIER
Edifices de brique et de pierre. — Place Dauphine et place des Vosges. — Versailles rendez-vous de chasse. — Architecture pompeuse à l'italienne : le Luxembourg.
INTERROMPU en France par les guerres de religion, le développement de la Renaissance reprit avec une ardeur nouvelle au cours du xviii^ siècle; mais avant que la prospérité du royaume permît de grandes entreprises, on vit, durant le règne de Henri IV, s'élever des édifices modestes d'une physionomie très spéciale. Ils témoignent des soucis d'économie qui agitent leurs constructeurs. Comme beaucoup de châteaux du début de la Renaissance, ils sont faits de brique et de pierre et le mariage de ces deux tons leur donne un aspect riant, malgré la simplicité et la sobriété de leur décor. En etfet, leur
pierre n'est pas sculptée; elle forme, aux encoignures et tout autour des baies, des chaînes qui encadrent la brique; plus de bossages, mais des rainures profondes qui dessinent nettement les joints; les baies, étroites et longues, sont rattachées d'étage en étage par des bordures de pierre; les lucarnes, qui ne sont plus chargées d'ornements, se profilent nettement sur de hauts combles d'ardoise, entre les étroites et larges cheminées de brique.
Il subsiste à Paris deux beaux ensembles de maisons de cette époque : la place Dauphine (1608) et la place des Vosges; i6o5-i6i2). Lapremière,de plan
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LES STYLES
triangulaire, était bordée de façades symétriquescomportant un rez-de-chiaussée à arcades en plein cintre et deux étages à
Paris. — Hôtel SuUv.
Œuvre de Du Cerceau (162^). Frontons circulaires et triangulaires : baies encadrées de chaînage; de pierre a rainures.
fenêtres rectangulaires, longues et serrées, surmontées d'une mansarde à fronton curviligne. Entre les tiles de fenêtres se détachaient sur la brique, soit des panneaux de pierre unie, soit des chaînes de pierre montant jusqu'au comble.
La place des V^osges était rectangulaire; son rez-de-chaussée était également constitué par une longue galerie à arcades en plein cintre; deux étages le surmontaient, percés de fenêtres rectangulaires à balcons non saillants de fer forgé; les lucarnes étaient couronnées de frontons alternativement triangulaires et curvilignes; des chaînes de pierre, à joints marqués, séparaient les files de fenêtres; de hautes cheminées se dressaient sur les combles aigus et très élevés.
L'ancien hôtel Mazarin, qui constitue aujourd'huiune partie delà Bibliothèque Nationale, et Thôtel de Rambouillet appartiennent encore à cettearchitecture charmante. Le premier château de Versailles également. Celui-ci était constitué par un petit corps de logis entre
deux pavillons carrés, le tout à un étage seulement. Les fenêtres, rectangulaires, étaient séparées par des tables de pierre qui se détachaient sur la brique; celledu milieu seule, au-dessus de la porte à laquelle on accédait par un perron, était ornée d'un balcon. Au comble, les lucarnes alternaient avec des œils-debœuf.
Ce n'était là qu'un rendez-vous de chasse. Dès que l'on voulait hausser le ton, on abandonnait ce style gracieux pour revenir aux lourdes et luxueuses constructions de la Renaissance italienne. Tel l'hôtel Sully, rue Saint-Antoine; il ne comporte plus de brique;ses pierres sont cou ver tes de sculptures; entre les fenêtres centrales se détachent des figures en haut-relief; au-dessous des frontons — tantôt triangulaires, tantôt curvilignes, se massent des coquilles, des draperies, des palmettes; les lucarnes sont flanquées de volutes et detriglyphes et surmontées de frontons très saillants.
Tel est surtout le palais élevé par Jacques de Brosse pour Marie de Médicis, ^ de i6i5 à 1620. sur l'emplacement d'un château appartenant autrefois à la mai-
Phot. Vilry.
Paris. — Le Palais du Luxembourg.
Façade ?ur le iardio.
son de Luxembourg — d'où le nom de palais du Luxembourg qu'il a conservé.
Ici l'intention est certaine; Mariede Mé-
i: ARCHITECTURE
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Fontainebleau. — Le Château.
Façade de la fin du xvi' siècle, pierres et briques. — Escalier du fer à cheval, construit sous Louis XIII.
dicis a voulu qu'on s'inspire du Palais Pitti, à Florence, où son enfance s'e'tait écoulée. Le corps principal du palais donne au sud sur les jardins, au nord sur une cour carrée qui le sépare de la rue. Cette cour est fermée par trois galeries flanquéesdequatre pavillons d'angle.
Celle qui fait face au corps principal n'a pas d'étage, mais est couverte d'une terrasse bordée de balustres; à ses e.\i rémités, les deux pavillons comportent un étage, un attique et un comble ; à son centre se dresse un avant-corps surmonté d'un étage et d'une coupole : c'est là que s'ouvre le portail d'entrée. Les deux galeries latérales ont un étage
surmonté d'un comble. Entre les deux pavillons qui les joignent au corps principal, celui-ci paraît enfoncé; un large perron conduit à un avant-corps, au milieu, où est l'entrée principale; la
Paris. — Le Palais Façade sur
façade comporte un étage, un attique et un comble. Sur les jardins, l'aspect, quoique plus riche et plus dégagé, est le même; toutefois l'aitique est remplacé par un nouvel étage et l'avant-corps central est surmonté d'un dôme à profil surbaissé.
Le palais n'est orné de sculptures que sur les jardins. Tout le décor consiste en rainures qui dessinent vivement les joints de pierres, et en pilastres et en colonnes jumelées, faisant saillie entre les baies et se répétant à chaque étage.
Les baies sont très .* V ^4' t| larges, amorties en '^'^i^fr^. plein cintre au rezdu Luxembourg, le jardin.
de-chaussée et sur toute la hauteur des avant-corps, rectangulaires partout ailleurs. Pas de lucarnes : les combles, très élevés, sont bordés de balustrades, ainsi d'ailleurs que les fenêtres du premier étage sur les jardins; au-dessus de celles-ci
LES STYLES
est sculptée une bande de triglyphes.
En même temps qu'était édifié le Luxembourg, on reprenait les travaux du Louvre. Le Mercier était chargé de terminer l'œuvre de Pierre Lescot et de
et y prouva combien, dès qu'on voulait faire grand, on s'inspirait encore de la Renaissance italienne. Ce pavillon comporte deux ordres superposés, un attique au-dessus, puis untroisièmeordre encore
Versailles. — Le Château de Louis XIIL D'après une estampe contemporaine.
fermer le carré dont deux côtés seulement étaient construits. Trouvant insuffisant le plan primitif il doubla les dimensions de ce carré, au risqued'accabler les façades de son prédécesseur; son projet, grandiose, comportait au centre de chaque façade un pavillon massif; il consiruisit celui de la façade occidentale qu'on appelle Pavillon de l'Horloge
dominé par un large fronton triangulaire derrière lequel apparaît le sommet d'un dôme au profil surbaissé. Toutes les baies sont ornées à leur fronton de sculptures très saillantes; au dernier étage, les colonnes sont remplacées par des cariatides jumelles, dues au ciseau de Jacques Sarrazin et qui comptent parmi les plus beaux morceaux du temps.
Phoi. Vitry.
Rennes. — Le Palais de Justice.
Commencé en 1618. sur les dessins de Jacques Desbrosses. Remarquer Iclêvation du loil : elle va diminuer de plus en plus dans le siècle suivant.
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\'ersailles. — Le Grand Trianon.
Œuvre de Mansart et Robert de Coite (1687).