LE RÈGNE DE LOUIS XIV
Persistance de l'influence italienne. — Architecture religieuse Architecture civile : le Louvre, Versailles ; les Hôtels privés. -
le style jésuite. — Le décor urbain.
DÈS que les raisons d'économie qui avaient contribué à l'éclosion de l'architecture modeste et gracieuse du début du siècle, eurent fait place à de nouvelles recherches de luxe et de somptuosité, on vit reparaître les procédés de la Renaissance italienne. D'ailleurs, les figures des édifices romains, soit antiques, soit nouveaux, étaient fort répandues par la gravure.
Abraham Bosse (i 605-1678) en avait représenté plusieurs; Jean Le Paure (1617-1682 en éditait des séries. En même temps on s'était remis à l'étude des théoriciens ; le Palladio avait été
traduit dès 1645 par Le Muet, puisFréart de Chambray avait en i65o donné un Parallèle de V Architecture antique avec la Mo^er;ie où, naturellement, il donnait de beaucoup la préférence à l'antique; en 1673, Claude Perrault, un médecin, frère de Charles, l'auteur des Contes^ traduisait Vitruve, qu'il accompagnait de savants commentaires, témoignant d'une connaissance de l'antiquité aussi profonde qu'on la pouvait posséder alors ; enfin deux architectes, Blondel et d'Aw'ûer ^ddinslenv Cours d'architecture{i6'jb et 1691), s'efforçaient de donner à leur tour un corps de doctrine à tout ce que
LES STYLES
les modernes avaient ajouté à l'architecture des anciens, qu'ils ne cessaient, au surplus, de proclamer inimitable.
Rome. — L'Eglise et la place Saint-Pierre (xvr et xvir siècles).
.\ la construclion de 1 CKlise ont ccllaboré Bramante (qui en a fourni le plan) et, entre- auires, Raphaël, Michcl-.-^nge (qui en a commencé lénorme coupole), Vignole et cnlin le Bernin qui, â partir de 1666, orna la place de la colonnade dont on distingue une partie, en bas à droite.
gnàt (' tous les jours davantage » de l'antiquité et en devenait « méconnaissable », l'architecture de la Rome d'alors ne laissait pas que d'être fort en honneur en France: lorsque, après Le Vau, on eut à choisir un continuateur du Louvre, le roi n'hésita pas à faire venir de Rome le cavalier Bernin, ce continuateur de Michel -Ange, grand créateur de « baroque », à qui l'on devait, entre autres monuments, la colonnade de Saint-Pierre de Rome.
Ilnefutd'ailleurs pas maintenu et l'on s'adressa à l'un de ces « bons architectes »
qui répondaient au désir de d'Aviler lorsqu'il écrivait :
« Ce n'est point montrer du génie que d'imaginer des formes capricieuses ou de chercher de nouveaux ordres d'architecture; ce que nous avons reçu des anciens sur ce sujet et que l'usage a consacre' est insuffisant.
Le bon architecte ne va pas au delà. »
ARCHITECTURE RELIGIEUSE Depuis le début du xvn^" siècle, un
Louis XIV donna à ce retour à l'antiquité une double consécration en fondant en 1666 l'Académie de France à Rome et, en 1672, l'Académie d'architecture » composée de bon nombre de type presque unique d'églises est adopté sujets qui ont été choisis comme les plus capables dans cet an, arin de travailler au rétablissement de la belle architecture et pour en faire des leçons publiques ».
Ce qu'on appelait la « bonne architecture », c'était d'ailleurs aussi bien celle de la Renaissance que celle de l'antiquité; d'Aviler écrivait que l'Italie en était le centre non seulement parce que c'est là que les Romains « nous ont laissé les plus superbes monuments de leur magnificence », mais parce que c'est là aussi que » Michel-Ange, Palladio, Scamozzi, Vignole et une multitude d'autres grands hommes ont acquis tant de gloire ,'. Et même, bien que par « la en France et demeure employé, au bizarrerie de ses ornements » elle s'éloi- moins pour les édifices d'importance
ROMI
- Eglise de Saint-JeatT de I.atran.
Œuvre de r.alilei (wm siècle).
LWRCtni'F.Cri'RE
moyenne, l'usque dans le cours du XYin"" siècle. Cette faveur est un des effets de l'influence prépondérante d'un ordre religieux et de l'activité considérable d'un membre de cet ordre :
l'homme est le Père Martellange, l'ordre la Compagnie de Jésus; au style qu'ils ont ainsi imposé aux églises de France, on donne communément le nom de style jésuite .
Le Père Martellange avait été admis dans la Compagnie en 1 590. Il en devint l'architecte général pour les provinces de Lyon, de Toulouse, de Paris, et àcetitre, il fournit les plans de presque tous les édifices, notamment les chapelles de collèges qui furent construits par les soins des Jésuites jusqu'à la fin du xvif^ siècle.
A Paris, les églises de Saint-Paul et du Noviciat, en province celles de la Flèche, deChaumont,dela Rochelle, de Langres, offrent des types importants de ce style.
Toutes sont plus ou moins inspirées de celles qu'à Rome édifièrent Vignole et J. délia Porta au cours du xvi^' siècle.
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Elles n'on
Lyon. — Ei^lise Saint-Bruno.
Commencéeen i^qo sur les plans de Jean Magnan, achevée seulement au
xvm' siècle ; la coupole serait l'œuvre de Soufflot.
Type de style jésuite.
Paris. — L'Eglise des Invalides.
(DéKut du xviii' siècle).
t pas, en général, de bascôtés; ceux-ci sont remplacés par des chapelles; les piliers des arcades sont flanqués de pilastres ou de colonnes engagées. Si le monument a quelque importance, une coupole se dresse au carré du transept. La façade est surtout caractéristique: elle comporte deux ordres superposés ; l'ordre inférieur, encadrant la porte, occupe toute la largeur de l'église ; l'ordre supérieur ne couvre plus que celle de la nef,au-dessu s des chapelles; il est orné souvent d'une rosace, supporte un fronton très saillant, est flanqué de deux lourdes consoles, très typiques, qui reposent sur la bordure de l'ordre inférieur. Les proportions sont d'un heureux équilibre, mais l'ensemble est triste et lourd.
11 contraste avec l'intérieur.
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décoré d'une profusion d'ornements sculptés et dorés qui trahissent leur inspiration italienne.
En dehors de la Ct)mpagnie de Jésus, un des architectes qui eurent le plus de vogue pour la construction des églises, est Jacques Le Mercier, à qui Ion doit celle de la Sorbonne, celle de l'Oratoire Saint-Honoré et l'achèvement du Val-de- Gràce, commencé par François Mansart.
Rome. — Intérieur de l'église Saint-Pierre
Le Style ne s'en distingue guère de celui des précédentes.
Au contraire, Jules Hardouin-Mansart construisit avec originalité le dôme de l'église des Invalides, dont la nef et les bas-côtés avaient été bâtis par Libéral Bruant. Ce dôme est remarquable par l'équilibre de ses proportions, par sa légèreté et surtout par le profil très heureux de sa courbe. A l'intérieur, cette église est ornée de nombreuses statues par Coyzevox, Nicolas Coustou, Flamen, etc., d'un pavé en mosaïque aux chiffres de Louis XIV, de monuments élevés à la gloire de plusieurs officiers
et enfin, à la coupole, de remarquables peintures de Charles de Lafosse et de Jouvenet.
La plupart des palais de cette époque se distinguent par l'emploi de l'ordre colossal, c'est-à-dire de colonnes qui montent directement du soubassement à la corniche, en avant du mur de façade, qui peut être percé de plusieurs étages de fenêtres. Cet emploi est rarement appliqué à toute l'étendue du monument:
on le restreint plutôt aux pavillons d'angle ou auxavantcorps centraux que surmontent de hauts frontons triangulaires. Entre ces pavillons s'étendent des façades plates, percées de fenêtres peu larges, symétriques et uniformes, rarement ornées. Les combles sont très aplatis, quelquefois même complètement supprimés : la façade est bordée au-dessus de sa corniche d'une rangée de balustres surmontés euxmêmes de vases, de trophées ou de statues. Aux pavillons ou aux avantcorps, se remarquent de somptueux balcons de fer forgé et doré. Les édifices apparaissent toujours beaucoup plus étendus en largeur qu'en hauteur. Ils sont précédés de grilles souvent dorées et entourés de jardins « à la française» dont les arbres sont taillés et les parterres dessinés de façon à produire des aspects géométriques, et de vastes perspectives parfaitement en rapport avec l'étendue et la solennité des édifices eux-mêmes.
Deux exemples imposants de cette architecture sont fournis par les palais du Louvre et de X'ersailles.
A l'avènement du roi, voici où en était le Louvre. Il comportait les deux ailes
i:ar chi te c i ure
en équerre qui occupent l'angle sudouest de la place actuelle, et qui avaient été construits par Pierre Lescot, plus le reste du pourtour achevé sur les plans de Le Mercier et de Le Vau; la petite
phées : elle a un aspect tout italien. Au contraire, la façade orientale qui, le Bernin ayant été rebuté, fut confiée au traducteur de Vitruve, Claude Perrault, tend surtout à l'imitation de l'an-
Versaili.es. — La Chapelle du château, 1698-1710.
galerie triangulaire à la Seine, œuvre de Pierre Chambiges, et la grande galerie, parallèle au fleuve, œuvre de Du Cerceau. Restaient à édifier les façades extérieures des bâtiments qui fermaient la cour du Louvre. Le Vau fut chargé de la façade septentrionale; il la décora abondamment de deux étages d'ordre composite, de niches avec des statues, de médaillons surmontés de guirlandes, de figures de sphinx et de lions, de tro-
tiquité. Au-dessus d'un énorme soubassement, haut comme un rez-de-chaussée et percé de fenêtres, se dresse une colonnade grandiose dont les doubles colonnes cannelées portent sur des chapiteaux corinthiens une corniche bordée d'une balustrade qu'interrompt, au milieu, le fronton triangulaire de l'avant-corps. Derrière la colonnade s'ouvrent dans la façade, très en retrait, des fenêtres couronnées de frontons
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Le Château de \'ersailles.
Vu du jardin, en 1074; d'après une esiampe d I. Silvestre.
Au milieu : la terrasse en retrait qui sera surmontée de la grande ^alcfic des glaces par Mansarl. en même temps
qu on étendra le château a droite et à gauche par deux longues ailes placées un peu en arrière.
triani^ulaires et surmontées de vastes œils-de-bœuf ornés de festons. C'est un décor grandiose, mais qui ne répondait en rien aux bâtiments déjà construits, et où l'on avait si bien cherché à frapper les esprits par le colossal que l'on ht tirer des carrières de Meudon deux pierres lon-
Phot. l'i/rv.
\'krsaii.i.es. — Le Château.
Vue de l'aile du Midi, qui s'étend aujourd'hui à droite
du corps central représente plus haut.
gues de plus de quinze mètres chacune pour couronner le fronton central.
A Versailles, on avait commencé par
donner plus d'importance au petit pavillon de chasse de Louis XIII, en entourant tout le premier étage d'un grand balcon de fer, en remplaçant les œils-debœuf des combles par des lucarnes, en élevant de hautes cheminées, en dorant le balcon, les grilles et jusqu'à une partie des combles, enfin en décorant les jardins de parterres symétrique^ et de statues. A partir de 1668, Louis XIV résolut d'y transporter la vie de Cour pour laquelle, cependant, on achevait l'aménagement du Louvre. Il demanda les plans d'un château plus vaste. Le \'au lui proposa simplement d'agrandir celui de Louis XIII en l'entourant de trois grands corps de bâtiments dont les façades, conçues dans un style plus grandiose, seraient tournées vers les jardins. Ainsi ce château devait porter les caracieresde l'architecture Louis XIII si on le considérait de la ville, et ceux de la nouvelle architecture si on le considérait du parc.
Bien que majestueux et symétrique, l'ensemble des façades de Le Vau
LARCHirF.CTURI:
Paris. — Le Palais du Louvre.
A (ïauche, au fond, petite galerie de Catherine de Médicis (xvi' siècle); en avant, de biais, façade Sud construite après
l'édification par Ch. Perrault {1067-1674), de la Colonnade ou façade Est, à droite.
offrait plus de variété que la façade actuelle. L'emplacement aujourd'hui occupé par la Galerie des Glaces Tétait alors par une terrasse en retrait; ce recul évitait la froideur qu'on eût pu attendre d'une masse aussi régulière, dont toutes les parties se répondaient exactement.
Le Vau étant mort en 1670, fut remplacé par Jules Hardouin-Mansart. Les travaux se succédèrent dans la partie ancienne et dans la partie nouvelle du palais. La terrasse en retrait fut supprimée, remplacée par la grande galerie; désormais la façade s'étendit sans interruption, les colonnades qui, précédemment, encadraient les fenêtres, ne furent plus conservées que sur les avant-corps qui faisaient légèrement saillie en avant de cette façade, l'un au centre, les autres sur les côtés. De grandiose, le monument devint colossal. Deux longuesailes, achevées, celle du Midi en 1682, celle du Nord en 1689, vinrent étendre démesurément la façade. De l'une à l'autre extrémité, arcades, fenêtres, pilastres, se succédèrent avec une régularité, une symétrie désespérantes. Rien ne serait plus désolant, plus étouffant que cette splendeur continue, si un vaste décor de jardins, de parterres, de bassins, de bos-
quets, ne réduisait le château à n'être que le plus beau morceau d'un ensemble immense.
Le Grand Trianon, édifié en 1687 par Mansart et Robert de Cotte, donne la mesure de ce style appliqué à un édifice plus discret. Au fond d'une cour, à laquelle on accède par une grille précédée d'un saut-de-loup, s'étend une galerie ouverte attenant à deux ailes qui ferment cène cour à droite et à gauche. La galerie est continuée à ses \
Phot. Vilry.
Parts. — Le Palais du Louv're.
(Angle Nord-Ouest de la cour du Louvre).
Pavillon de l'Horloge, bâti par Lemercier.
deux extrémités par deux ailes perpendiculaires aux premières et qui constituent avec elle une longue façade sur
lOO
Keims. — L'Hôtel de Ville, commencé en 1627.
les jardins. Il n'y a pas d'étage; l'ensemble est recouvert d'une terrasse que borde une balustrade surmontée de vases et de statues. Les baies, en plein cintre, sont encadrées de pilastres ou de colonnes engagées à chapiteaux ioniques, en marbre rose, dont le ton s'harmonise heureusement avec le ton jaune des pierres. Jardins, pièces d'eau, ave-
Phot. Vitry.
Paris. — Un aspect de la place des Victoires.
A gauche, un des hôtels construits sur les plans de Mansart.
La statue actuelle est du milieu du xtx' siècle
nues ombreuses viennent compléter le charme de cet édihce, qui montre que les architectes du xvii' siècle n'ont pas su qu'abriter la Cour dans le développement de son faste ei de sa pompe. Nos villes, au surplus, abondent en témoignages favorables à l'art de ce temps. Lorsqu'il ne vise plus au colossal, qu'il édifie par exemple pour de grands seigneurs d'épée ou de robe, pour des financiers, de riches bourgeois, des hôtels qui n'ont pas la prétention d'être des palais, il reste digne, mais sans solennité; il est grave, mais point sévère.
Ce ne sont pas leur plan, ni leurs dispositions générales qui distinguent ces hôtels de ceux de la période antérieure, mais leur décor.
Plus de briques. Les façades sont précédées de perrons.
Des bordures de pierre à refends encadrent les baies, que surmontent quelquefois
LWRCHITFC TU RE
des frontons portés par de petites consoles: d'autres consoles soutiennent les balcons où les grilles de fer viennent de plus en plus remplacer les balustrades de pierre et déroulent de larges volutes parfois dorées. Les hauts combles ont disparu, remplacés depuis le milieu du siècle environ par des toitures à profil brisé dont la pente supérieure est moins roide que l'inférieure; on en attribue l'introduction en France à Mansart — d'où le nom de mansardes qui a été donné aux petits logements que ces combles abritent et aux fenêtres qui les éclairent. Les meneaux ont également disparu des fenêtres qui sont amorties soit par des plates-bandes, soit par des arcs. Le grand portail d'entrée est traité avec soin ; il porte à sa clef le blason ou, à partir de la fin du siècle, le nom du propriétaire, sur un cartouche entouré d'ornements; il est muni d'épaisses portes de bois, dont les panneaux sont bordés de moulures très de couronnes, de festons, de bas-reliefs puissantes et décorés de palmes croisées, représentant des sujets mvthologiques,
Paris. — Un des aspects de la place des Conquêtes
(aujourd'hui place Vendôme).
La colonne de bronze élevée sous le Premier Empire,
renversée sous la Commune,
fut rétablie par le gouvernement de Mac Mahon.
Paris. — Le Collège des Quatre Nations. .aujourd'hui Palais de l'Institut. Construit de 16O6 à 1670, par Le Vau.
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de mufles de lions en métal portant le lourd marteau.