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LES ORDRES

Les Grecs avaient à leur disposition de la pierre et du marbre en abondance. Ils utilisaient également l'argile. Enfin ils étaient habiles dans l'art de la charpente et se servaient du toit à double

Mycènes.

pente qui est si favorable, dans les contrées pluvieuses, à l'écoulement des eaux.

Leurs monuments ne sont pas, comme ceux de l'Egypte ou de la Chaldée, remarquables par de colossales dimensions. Leurs temples, destinés à être simplement les sanctuaires des dieux et point à renfermer la foule des fidèles, sont petits; leurs lieux d'assemblée, marchés, édifices publics, ne comportent ([ue de vastes cours entourées de portiques où lescitoyensvont converser à l'ombre quand le soleil est trop ardent ; leurs maisons enfin, où seules les Porte des lions. femmes demeu-

rent pendant le jour, sont réduites à une cour centrale entourée de chambres et reliée à la rue par un étroit couloir.

C'est par un rapport harmonieux entre les différentes dimensions de leurs édifices, c'est par une relation étroite entre le décor extérieur et la structure intérieure de leurs monuments, que les Grecs expriment l'idée qu'ils se font de la perfection architecturale. D'expérience en expérience, leurs constructeurs arrivent à formuler trois types d'architecture susceptibles d'atteindre cette perfection; ces types on les appelle des ordres et voici, appliqués à la construction d'un temple, quels en sont les caractères.

1° L'ordre dorique. — C'est le plus ancien des trois ordres, celui qui procure le plus l'impression de la robustesse.

Ses éléments sont la colonne et l'entablement.

LES STYLES

La colonne ne repose . point sur une base; elle a la forme d'un cône tronqué, orné de cannelures verticales à arêtes vives. Elle est surmontée d'un chapiteau qui comporte, de bas en haut, une moulure en forme de cuvette appelée échine et une dalle carrée de forte saillie appelée abaque ou tailloir.

L'entablement, qui est la partie de l'édifice supportée par la rangée de colonnes, se subdivise, de bas en haut, en trois parties:

l'architrave, la frise.

la corniche.

h,' architrave est comme une poutre de pierre lisse qui serait posée horizontalement sur les chapiteaux. La frise représente plutôt les solives qui, dans les fermes de charpente, sont appuvées transversalement sur la poutre et dont les extrémités seules apparaissent, de place en place, au-dessus de celle-ci:

elles sont figurées en pierre par des dés ornés de stries verticales qu'on appelle triglyphes; entre ces dés sont placés des panneaux de pierre sculptée ou peinte. La corniche enhn,

Les cinq ordres d'architecture

quefois même des statues sont dressées sur la corniche.

Le type complet de l'ordre dorique est fixé dès le vi^ siècle. L'échelle de ses proportions est établie en prenant pour base la hauteur de la colonne. Cette échelle fut modifiée peu à peu, dans le but de donner aux constructions un aspect moins lourd.

L'architrave qui, au début, avait l'apparence d'une forte poutre, fut amincie au point de faire corps avec la frise.

Les triglyphes, répartis d'abord à raison de trois par deux colonnes (deux dans l'axe des colonnes et un autre au milieu) devinrent plus nombreux, lorsqu'on donna aux colonnes plus d'écartemen t.

Dans la belle époque, le rapport des éléments entre eux avait été le suivant : la hau-

• ont été placés dans le rapport de leur hauteur. , , |

l.e plus petit est le toscan (i),qui se rapproche beau- teur ue la COlOnUC

contenue trois

coup du dorique (2), dont il a la base, le fijt et le ^^taji

chapiteau. L'ioni./ufO) plus élancé, a un chapiteau à

volutes. Le corinthien (4) et le composite (s) ressem- fois daUS la largCUT

blent au précédent, mais ont des chapiteaux plus , 1 11 j

fleuris. du temple; celle de

la trise égalait celle de l'architrave; celle du fronton était comprise huit fois dans sa propre largeur. Pendant la période de décadence

par sa saillie, empêche que les eaux ne macédonienne, la largeur des supports

s'égouttent sur les colonnes ; elle comporte un larmier, sorte de poutre parallèle à l'architrave, mais moins épaisse que celle-ci et décorée en dessous de petits ornements cylindriques appelés gouttes; au-dessus de la corniche se

diminua; il prirent un aspect plus grêle et l'ordre dorique ne donna plus l'impression de robustesse qui le distinguait d'abord.

2" L'ordre ionique. — On opposait a la vigueur mtUe de l'ordre dorique, la

dresse \e fronton triangulaire, couronné grâce féminine de l'ionique. Celui-ci ne

par deux rampants en saillie sur le larmier, mais non munis de gouttes: l'espace compris entre le larmier horizontal et les deux rampants obliques est sculpté en bas-relief ou en ronde-bosse; quei-

fut fixé dans sa forme définitive qu au vi^ siècle. Il comportait une colonne dont le fût, à peine aminci au sommet, était orné de cannelures, séparées par un léger à-plat qui adoucissait la sécheresse

L'ARCHiiFA/rrRi-:

des arêtes. -Le fùi repusaii sur une base composée de deux tores, ou renriemenis, entre lesquels se creusait une gorge ou scotie. Le chapiteau, très caractéristique, était ^constitué par une astmgale, ou moulure, qui le séparait de la colonne, et par deux volutes qui, s'enroulant de part et d'autre de l'astragale, supportaient une abaque ou tablette, plus mince que l'abaque dorique.

La partie supérieure de Tordre se subdivisait aussi en architrave, frise et larmier; l'architrave était divisée en trois bandes horizontales; la frise, qui ne comportait point de triglvphes, était

P.tsTUM (Italie méridionale).

Temple do Neptune.

Kaçade d'ordre dorique du \\ siècle av. J--C. envinm.

ornée dans toute son étendue d'un basrelief continu; le larmier, peu saillant, ne portait point de gouttes; quant au fronton, il était plus écrasé que celui de Tordre dorique et, conséquemment, rarement orné de sculptures.

La même évolution qui conduisit Tordre dorique de la lourdeur à l'harmonieuse robustesse, puis à une gracilité excessive, fut parcourue par Tordre ionique. Au début du v^ siècle, ses colonnes sont moins hnes, moins nombreuses qu'au IV ; Tentablement diminue d'épaisseur; ainsi toujours Torde ionique est plus léger d'aspect, plus gracieux que Tordre dorique.

3" L'ordre corinthien. — A partir du v siècle un troisième ordre conquiert la faveur des architectes grecs. Une légende, rapportée par Vitruve, en prête

.\rni':NKS. — Façade du Parthénon.

Ordre dorique du v' siècle.

Ce monument est considéré comme la plus pure expression de l'art architectural dans la Grèce antique.

Tinvention à Callimaque, un orfèvre, qui l'aurait conçu en voyant sur la tombe d'une jeune fille une corbeille d'offVandes entourée d'une touffe d'acanthe; les feuilles, en poussant, s'étaient recourbées en volute de chaque côté de la corbeille. Callimaque pensa à combiner un chapiteau dont le corps, semé de feuilles d'acanthe plus petites au pied, plus développées au sommet, figurerait la corbeille; l'abaque à la partie supérieure rappellerait la tuile qui recouvrait les offrandes; deux feuilles plus développées, de chaque côté, iraient soutenir les deux extrémités de labaque, au milieu duquel sépanouirait un fleuron.

Le chapiteau est le seul élément de Tordre corinthien qui le difiérencie des deux autres ordres : sa colonne est en effet empruntée à Tordre ionique, de

ATiii-:NF;s. — Temple de la \'ictoire sans ailes. Ordre ionique.

LES STYLES

même que son architrave, sa frise, son fronton.

Ce sont d'ailleurs les Romains qui en ont fait un ordre à part; les Grecs ne l'ont ^uère considéré que comme un

;^yi,i sKS. — 1- htechicii.il uu sancu.aire dédié

à la déesse Athéna et à son fils Erechtée.

En avant, colonnade d'ordre ionique ; au fond.

portique d'ordre caryatide.

enrichissement du chapiteau ionique.

A ces ordres, il faut ajouter Tordre caryatide dans lequel les fûts des colonnes sont remplacés par des hgures humaines supportant un entablement soit dorique, soit ionique. D'autres ordres comme le composite, le toscan sont des dérivations des précédents : ils appartiennent à l'architecture romaine, non à l'architecture grecque.

On ne les considérerait même que comme des variations des ordres grecs, si les architectes de la Renaissance ne leur avaient fait le grand honneur de les considérer comme des ordres à part, ayant déterminé des règles spéciales dans la disposition des édifices.

Il est certain, parexemple, que l'ordre toscan n'est que Tordre dorique accommodé par les Etrusques (d'où le nom qu'on lui donne quelquefois d'ordre étrusque) à des nécessités de construction ou à un sens des proportions spéciaux. Ces deux ordres, en effet, se ressemblent absolument, sauf que le toscan est plus trapu, plus court et plus fruste d'aspect.

Quant au soi-disant ordre composite, il ressemble tout à fait à Tordre corinthien, sauf dans le chapiteau qui est « composé ') d'éléments empruntés à la fois à Tionique et au corinthien.

La gravure de la page 18 montre com-

ment Vignole établit au xvi« siècle, le parallèle entre les cinq ordres, et fixa

entre eux des rapports prétendus invariables.

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