Architecture toscane
PL. [. — Porte du Vieux-Palais, Servant de cadre à la vue de la place du Grand-Duc.
Aux deux côtés de cette porte, qui donne entrée dans la cour du Vieux-Palais, on remarque deux figures colossal Hercule, vainqueur de Gacus, et David : la première est de Baccio Bandinelli, qui la fit en 1522, comme l'annonce l'inscription placée sur le piédestal; l’autre est de Michel-Ange, qui la termina en 1504. La statue équestre en bronze, sur la place, est de Jean de Bologne, ainsi que les bas-reliefs qui en décorent le piédestal ; la fontaine, au centre de laquelle se trouve la statue colossale de Neptune, est de Bartolomeo Ammanati. La loge (1) des Lances, loggia dé Lanzi, que l’on voit à droite, est détaillée et sur une plus grande échelle, à la pl. LXXXV, ainsi que le palais des Offices, aux pl. LXXVII et LXXIX.
La place du Grand-Duc, quoique de forme irrégulière, est une des plus remarquables de l'Italie, par le grand nombre et par la richesse des monuments qui s'y trouvent réunis.
PL. II. — Plan général du palais Pitti.
Il est situé à l’une des extrémités de la ville, entre la rue Guicciardini et la rue Romana. Sa disposition est de la plus grande magnificence, quoique simple dans ses détails. À droite et à gauche de la place qui le précède, sont deux portiques, servant de communication aux bâtiments de service et de promenoirs à la garde du palais. On arrive, par un vaste vestibule, dans une cour entourée de trois portiques, sous lesquels les voitures circulent librement, et qui servent de dégagements aux appartements qui sont disposés autour.
Sur les côtés sont deux autres cours, également entourées de portiques; mais ceux-ci n’ont pas été terminés.
Au fond de la grande cour, se trouve une grotte de forme ovale, ornée de vasques et de statues, dont-la voûte est décorée d’araique, et supporte un bassin de même
besques exécutés en mos forme, avec des fontaines jaillissantes.
De grands escaliers reportent au sol du premier étage, et conduisent dans un vaste cirque entouré de gradins, servant à donner des fêtes; ce qui termine avantageusement cette belle dispo-
sition.
Ce fut Luca Pitti, riche citoyen de Florence, qui, voulant faire élever un palais qui égalât en magnificence ceux que les Médicis avaient fait construire, fit commencer celui-ci, vers lan 1435, par Filippo Brunelleschi, l'un des architectes les plus distingués du xv° siècle, et le génie le plus extraordinaire qui parût à cette époque. Get habile maître parvint, par l'étude qu'il fit des monu-
(1; Le mot italien loggia, dans la langue de l'art, signifie une espèce de portique, ou de galerie ouverte extérieurement. Nous emploierons comme équivalent, dans cet ouvrage, le mot loge, qui a déjà le même sens en francais, dans plusieurs locutions, et notamment dans celle-ci : Les loges du
Vatican.
ments antiques, à ramener l'architecture à son véritable principe, à cette noble simplicité qui caractérise la plupart de ses ouvrages. Il chargea Luca Fancelli, architecte florentin, de la conduite du palais Pitti : le même artiste fut souvent employé par Brunelleschi et par Léon Baptista Alberti dans les grands travaux qu’ils exécutèrent.
Le palais n'étant pas terminé à la mort de Luca Pitti, dont la fortune était beaucoup diminuée, ses héritiers consentirent à le vendre à Eleonora de Tolède, femme de Côme I“; elle acheta aussi les terrains adjacents, et fit planter le beau jardin connu sous le nom de Boboli. IL fut commencé à la fin de mai 1550, sur les dessins de Nicolo Braccini, surnommé il Tribolo, sculpteur et architecte florentin, et continué par Bernardo Buontalenti, dont ileest parlé dans l'explication de la pl. IV. Le palais fut terminé d’après les dessins de l’Ammanati et de Alfonxo et Giulio Parigi; et, grâce aux travaux qu’y firent exécuter les dix Grands-Ducs qui l’habitèrent successivement, il parvint à un tel point de magnificence qu'on peut le regarder aujourd'hui comme l’un des plus beaux palais de l’Europe.
PL. IT. — Façade géométrale du palais Pitti.
Les trois étages qui la composent ont entre eux un heureux rapport : ils sont divisés par des corniches semblables, dont la saillie forme des balcons qui servent, à chaque étage, de commuvications extérieures aux appartements.
L'unité de style qui règne dans cette façade lui donne un
caractère de grandeur, qui s’accroit encore lorsque l’œil mesure de près les blocs énormes employés à sa construction.
Coupe du même palais. — Sa disposition sur un terrain en pente douce est bien ménagée. Les constructions, commencées par Brunelleschi, qui les éleva jusqu’à la hauteur du second étage, furent continuées par l'Ammanati, architecte et sculpteur florentin, qui eut la direction de ces travaux lorsque Côme 1°" devint possesseur du palais. Il construisit la grande cour et la grotte qui la ferme du côté du jardin, et qui est surmontée d’une belle fontaine jaillissante, formant un point de vue agréable tant au palais qu'à l'amphithéâtre. Cet amphithéâtre, construit tout en pierre, est orné, dans son pourtour, de petits monuments décorés de statues et liés entre eux par une riche balustrade formée de petites colonnes : il a pour fond les bosquets du jardin Boboli, dont il fait partie.
PL, IV. — Partie délaillée de la façade du même palais.
Les croisées qui sont entre les arcs du rez-de-chaussée sont de l’'Ammanali. Il fut assisté, dans tous les travaux qu’il fit dans ce palais, par B. Buontalenti, architecte florentin, qui exécuta la superbe grotte qui décore le jardin Boboli, ainsi que la forteresse que Ferdinand I°* y fit commencer en 1890,
Vers l'an 1640, la façade du palais ayant pris beaucoup de
surplomb, Alfonxo Purigi, également architecte florentin, rétablit les constructions dans leur état primitif, par des moyens trèsingénieux, C’est d'après les dessins de Giulio Parigi, son père, que l’on ajouta les galeries qui se prolongent aux deux côtés de la place, et ce fut Alfonzo qui exécuta celle qui est à droite.
PL, V. — Coupe de la cour du même palais.
L'Ammanali, qui fit la cour de ce palais, voulant lui donner un caractère de fermeté qui correspondit à la façade extérieure, la décora de trois ordres, dorique au rez-de-chaussée, ionique au premier, et corinthien au second; mais les colonnes engagées, dont le galbe se perd au milieu des bossages dont elles sont formées, en blessant le bon goût, détruisent l'effet désiré. Get exemple, trop souvent ünité, devrait être à jamais rejeté comme contraire au bon sens, et encore plus à cette noble simplicité qu'on doit rechercher dans l'emploi des colonnes : il n’y a pas de doute qu'ici elles brilleraient beaucoup plus, dégagées de leurs bossages, sans nuire pour cela au caractère de gravité que l'architecte s'était proposé. Les entablements qui couronnent ces trois ordres, sont d’une bonne proportion, et les profils en sont purs. L'architecture de cette cour paraît avoir servi de type pour le palais du Luxembourg à Paris.
PL. VI. — Vue perspective du même palais, prise de l'amphithéâtre du jardin Boboli.
A droite on voit le commencement du cirque, qui se dé eloppe sur la gauche. Les deux ailes du palais n’ont pas été terminées, et il paraît que l'intention de l'architecte était d'y faire deux loges décorées de colonnes d'ordre corinthien : ces loges ont été murées depuis. L’obélisque qui est au milieu du cirque se trouvait autrefois dans les jardins de la Villa Medici, sur le mont Pincio, à Rome : il fut transporté à Florence par Léopold II, ainsi que les statues et les lions qui ornent la grande loge des Lances, sur la place du Grand-Duc.
PL. VIL. — Corniche du palais Pitti.
Elle sépare les trois étages de la façade du palais. Sa belle exécution, ainsi que celle de la balustrade qui la surmonte, contraste avantageusement avec le travail heurté des bossages. Il paraîtrait que ce sont les premières balustrades qui aient été employées; et le nom générique de colonette, que les Italiens donnent à toutes les espèces de balustrades, confirmerait cette opinion. Il est à croire que Brunelleschi en aura trouvé quelques exemples dans les monuments antiques.
PL. VIII. — Plan et vue perspective de l'Isola Bella, dans les jardins Boboli.
Cette île est située au milieu des bosquets. Deux allées en pente douce y conduisent : elles sont ornées de statues et de vases en marbre, et bordées, des deux côtés, de cascades cachées au milieu de lauriers et d'arbres verts, dont les eaux vont se perdre dans le vaste bassin qui entoure l'ile. Son pourtour intérieur est décoré de balustrades en marbre. À la tête de chacun des ponts par lesquels on y arrive, sont des colonnes et des groupes, également en marbre. Au centre est une grande vasque en granit, surmontée de la statue colossale de l'Océan : au-dessous sont trois autres figures de moindre proportion, représentant le Nil, le Gange et l'Euphrate. Autour du piédestal qui supporte la grande vasque, on à pratiqué un banc circulaire, disposé de manière que le spectateur, assis sous la vasque qui lui sert de couvert, se trouve entouré des cascades qui s’en échappent. Cette composition est de Giorgio Vasari, et les statues sont de Jean de Bologne. Les bosquets qui entourent l'île sont taillés en niches, où l'on a placé des bancs demi-circulaires. Le goût et la recherche qui règnent dans tous les détails donnent à cette compo l'aspect le plus agréable.
PL. IX. — Tombeau de Carlo Marzuppini, dans l’église Santa Croce.
Gette planche, qui fait le frontispice du second cahier, se trouve placée la neuvième, afin de ne point rompre la suite des planches relatives au palais Pitti.
Le monument qu'elle représente fut élevé à la mémoire de Carlo Marzuppini, poëte toscan et secrétaire de la république vers la fin du xiv° siècle. Il est l'ouvrage de Desiderio Settignano, sculpteur florentin, dont les travaux datent de 1485, suivant Vasari. Il est exécuté tout en marbre blanc, à l'exception des
tables du fond, qui sont en marbre rouge veiné,.
PL, X, — Détails du même tombeau.
Les profils de l’entablement sont assez bien entendus; lex cution en est fine. L'architrave, trop chargé d’ornements, n’est pas en harmonie avec la simplicité de la corniche. Tous les arabesques qui décorent ce tombeau sont agencés avec goût : cette sculpture rappelle les stucs que l’on voit encore dans une des chambres de la Villa Adriana, à Tivoli, près de Rome.
PL, XI. — Plan et élévation géométrale de la chapelle des Paxzzi, dans le cloître de Santa Croce.
Andrea Pazzi, dont la famille, l’une des plus anciennes de Florence, est célèbre dans l’histoire de la république par sa constante opposition à l'agrandissement des Medici, fit construire cette chapelle en 1420. Il en confia l’exécution à ce même Filippo Brunelleschi, dont il a été parlé précédemment.
Ce petit monument est d’une disposition simple. Le portique qui précède la chapelle, et qui lui sert de vestibule, lui donne la noblesse convenable aux édifices sacrés. L'architecture en est pure, quoiqu’elle ne soit pas entièrement dégagée du goût mixte qui régnait à cette époque. Quoique Brunelleschi ait cherché à s’en écarter dans ses productions, on le remarque encore dans la proportion des croisées qui sont sous le portique, ainsi que dans l'ajustement de l’archivolte du grand arc, qui va se perdre dans les pilastres de l'attique. L'ordre corinthien du portique est d'une belle proportion ; mais l’entablement qui est au-dessus paraît un peu maigre. Ge monument est construit en belle pierre de Florence (1); les colonnes sont d'un seul morceau. L’attique est décoré de pilastres cannelés, entre lesquels sont inscrustées des tables d'un marbre précieux; l'entablement qui le couronne est d’une heureuse proportion dans toutes ses parties, et d’un profil pur. La sculpture qui décore ce monument se fait aussi remarquer par la finesse de son exécution; de sorte que l'on peut regarder cette production comme une des plus heureuses de Brunelleschi.
PL. XII. — Coupe et détails de la chapelle des Paz
Elle est décorée de pilastres cannelés, d'ordre corinthien, qui reçoivent des arcs doubleaux riches de sculptures.
Les bas-reliefs, plus grands que nature, représentant les quatre évangélistes, qui sont dans les pendentifs, ainsi que les médaillons, la frise, et la petite voûte du vestibule, dont le détail est sur la même planche, sont exécutés en terre cuite coloriée par Luca della Robbia, sculpteur florentin, à qui l'on doit cette heureuse découverte. La chapelle des Pazzi est un des premiers monuments où il employa ce genre de sculpture, peu dispendieux et d’un effet très-agréable. On trouve en Italie beaucoup d’édifices dont les corniches et les ornements extérieurs sont de la même matière, et n'ont pas été endommagés par le temps.
Les autres décorations de cette chapelle sont sculptées en pierre par Donatello. On voit, sur la même planche, les détails de l’entablement du portique avec le chapiteau des colonnes, ainsi que l'entablement et les pilastres de l’attique.
PL. XII. — Vue perspective de la même chapelle.
L’élégante proportion de ce petit monument contraste agréablement avec les anciennes constructions du cloître, et donne à cette vue un aspect très-pittoresque. On remarque que le stylobate sur lequel repose la voûte, n’a pas été entièrement terminé ; et c’est d’après les mesures données par la coupe, que l’on s’ permis d’en faire la restauration telle qu’elle se voit à la pl. XII.
(1) Pietra serena. Cette pierre est très-dure, et prend le poli. Elle est d'un gris bleu, et se trouve en abondance en Toscane; la plus belle se tire de Fiesole, près de Florence. Presque tous les édifices en sont construits. Cette pierre réussit mieux dans les intérieurs sée à la pluie, à l'humidité ou à la gelée, elle se fend et se détruit.
PL, XIV. — Détails divers.
Sur cette planche sont réunis divers fragments, tirés des musées et des églises de Florence. Le fût de colonne, décoré d'arabesques, qui est sur le premier plan, vient de l’église de la Santa Trinità; la tête de Minerve, qui est posée dessus, appartent au muséum de Florence, Le piédestal en marbre, dont le ba lief représente deux figures ailées tenant une couronne, est dans l’église de Santo Pancrazio; le tombeau qu'il supporte est celui de l’Arétin, poëte toscan : il est placé dans l'église de Santa Croce, en face du tombeau de C. Marzuppini, dont il ne diffère que par la forme du sarcophage. La corniche, ornée de têtes de lions, est celle du stylobate de l'intérieur de la loge des Lances, sur la place du Grand-Duc; la frise placée au-dessus, et qui représente les quatre saisons, est sculptée sur l’une des colonnes de la cour du v
PL. XV. — Plan du palais Stroz:
, à Florence.
Il est isolé de toutes parts, entre la rue du mème nom et celle des Legnajuoli : son plan, sur un parallélogramme de 180 pieds de long et de 128 pieds de large, est d’une disposition simple. Les portiques qui entourent la cour sont doubles de largeur dans les deux bouts; ils servent de dégagements aux appartements qui, distribués autour, sont éclairés à l'extérieur. Ces appartements sont destinés aux intendants et facteur. hargés de l’adminis tration des biens. Des parloirs et des archives font toujours partie de cette distribution, généralement adoptée dans les palais florentins. Philippe Strozzi, dit le Vie fit commencer celui-ci, vers l’an 1489, par Benedetto da Maiano, architecte et sculpteur florentin ; il fut continué et terminé par Simone Pallajuolo, dit le Cronaca, architecte florentin.
PL. XVI. — Façade géométrale du même palais.
Benedetto da Maïano, qui commença ce palais, en éleva la façade jusqu’à la hauteur du second étage. Il lui donna un caractère de force et de solidité, nécessité par les guerres intestines qui régnaient à cette époque, et qui obligeaient souvent les principaux citoyens à se retirer dans leurs palais pour s'y mettre à l’abri des séditions populaires. Le Cronaca, à son retour de Rome, ayant été chargé de continuer ce palais, l’acheva dans le même ‘style, et le couronna d’une belle corniche, imitée, selon Vasari, d'un fragment antique qui se voyait à Rome, à Spoglia di Cristo. En l’adoptant, il la proportionna si bien à sa composition, que cette heureuse imitation fut généralement approuvée, et fit connaître évidemment tout l’avantage qu'un habile architecte pouvait tirer de l'étude des monuments antiques.
PL, XVII, — Coupe du même palais.
La cour, entièrement l’ouvrage du Cronaca, est décorée de trois rangs de loges. Le premier
rang, composé de colonnes
d'ordre corinthien supportant des ares, est d'une proportion agréable; le second, dont les arcs sont supportés par des pieds-
droits, paraît un peu lourd au-dessus des colonnes; le troisième est formé de colonnes supportant une corniche en plate-bande exécutée en charpente, et couronne agréablement cette cour, dont la proportion générale est de l'effet le plus agréable. Les détails en sont purs, et justifient ce que nous venons de dire des études et des talents du Cronaca, l'un des architectes qui ont le plus ramener l'art au degré de perfection qu'il obtint dans
contribué à ces beaux siècles.
La cour, en s’agrandissant à sa sommité, laisse facilement entrer le jour sous les portiques, dont l'architecture contraste si agréablement avec le caractère ferme de la façade.
PL, XVIII. — Détails du palais Stroz
Sur cette planche sont réunis les détails des corniches extérieures du palais : ils sont d’une belle exécution. Le chambranle des portes se réunit avec le stylobate, qui sert d'empâtement au , et dont l’usage est général dans presque toutes les conructions de la Toscane. Outre le caractère monumental que ces stylobates donnent au palais, ils en garantissent les fondatio contre les eaux pluviales, contribuent beaucoup à leur conserva tion, et sont assez saillants pour servir de bancs.
palai
Les corniches, sur lesquelles reposent les croisées et qui divisent les étages, sont bien senties; et leur saillie, ménagée de manière à ne pas nuire à la grande ligne du palais, laisse à la corniche supérieure toute sa valeur. Celle-ci est d’un très-beau travail, et a été construite de manière à ne pas trop charger les murs qu’elle couronne : elle fut trouvée si belle, qu’on l’appela vulgairement la corniche d’or.
PL, XIX. — Vue de la rue qui conduit au pont de la Trinité, prise à l'angle du palais Strozzi
Sur la gauche de cette planche, on voit, à l'angle du palais Strozzi, plusieurs des anneaux et un des fanaux en fe forgé qui le décorent; ils sont attribués à Niccolo Grosso, dit Cappara. forgeron florentin. Ces ornements paraissent avoir été, dans l’origine, des signes distinctifs, des espèces de priviléges honorifiques, accordés aux citoyens qui avaient rendu quelqt la république, où qui avaient acquis quelque célébrité dans la toge, dans les armes, ou dans les belles-lettres : par la suite, ils furent employés à la décoration de tous les palais.
La colonne que l’on voit au fond, sur la place de la Santa rinità, est de granit oriental. Elle vient des thermes d’Antonin Caracalla, à Rome, et fut donnée par Pie IV à Côme I, qui la fit élever sur cette place, pour éterniser le souvenir de la victoire qu'il avait remportée en 1537, sur Pierre Strozzi, chef des émigrés florentins. Ge ne fut qu’en 1565 qu'il fit commencer ce monument, sur le lieu même où il avait reçu la nouvelle de la défaite de ses ennemis. La colonne est surmontée d’une statue de la Justice, exécutée en porphyre par Francesco Ferucci, habile sculpteur de ce temps, auquel on attribue la trempe des outi propres à travailler les pierres dures.
Quoique le monument n’ait été achevé qu’en 1581, Côme I fit graver sur l'inscription la date de 1570, époque à laquelle le pape Pie V le couronna premier grand-duc de Toscane.
services
PL. XX, — Vue perspective d’une porte, dans le vieux palais.
Les pilastres de cette porte sont en granit gris; les piédestaux, bases, chapiteaux, et entablement, sont en marbre blanc : dans la frise sont sculptés des trophées d'armes antiques, et sur les piédestaux, des armes modernes.
L'entablement décoré de lions et de couronnes, ainsi que la porte qui se voit dans le fond, vient d'une des salles du même palais. La voûte arabesque qui est au-dessus, est celle qui décore le palier du grand escalier qui précède la salle du conseil; ces arabesques sont coloriés sur un fond blanc, et ont été exécutés par le même Marco Marchetti qui a décoré la cour de ce palais.
PL. XXI. — Élévation géométrale du palais Raccelai, siluë dans la rue della Vigna.
Cosimo Ruccelai, protecteur éclairé des beaux arts, le fit commencer vers l’an 4460, sur les dessins de Léon- Baptiste Alberti, architecte florentin, l’un de ceux qui contribuèrent le plus à la restauration de l’art, par leurs travaux et par leurs doctes écrits,
Ce palais est construit tout en pietra forte (1). 11 est décoré doriques au rez-de-chaussée, et
de trois étages de pilastres composites aux deux autres étages.
Le caractère de cette facade sort du style toscan, et se rapproche davantage de celui des Romains. L’exécution en ests ignée ; il paraît que l'architecte avait eu dessein de l'agrandir, comme l'indique l'arrachement des arcs qui ont été commencés.
On voit, en face de ce palais, la loge de la mème famille, construite également par Léon-Baptiste Alberti.
PL. XXII. — Détails du même palais.
Sur cette planche se trouvent réunis les détails de la façade de ce palais. Les profils des entablements des deux premiers étages sont les mêmes, bien qu'au rez-de-chaussée ils couronnent un ordre dorique, et au premier un ordre composite.
Les corniches ont peu de saillie, ce qu’il faut attribuer à l'in-
(1). Cette pierre se trouve aux environs de Florence, ét même dans l'enceinte de la ville, près du palais Pifti, qui en est construit. Sa couleur est jau légèrement veinée de blanc. Elle résiste à l'eau, au soleil et à la gel grande dureté la rend d'un travail pénible. Elle est ble pour la s on trouve à Florence beaucoup de statues exécutées avec cette pierre.
tention que l'architecte a eue de ne pas interrompre la grande ligne verticale de sa façade par des divisions trop prononcées ; il en résulte que les membres qui composent les corniches parai sent indécis. Les architraves, le chapiteau et la base de l'ordre dorique sont d'une bonne proportion et d’un caractère assez soutenu; la corniche du couronnement est un peu lourde, et la grande doucine au-dessous de l’architrave, qui repose immédi: tement sur les pilastres, contribue à lui donner un caractère bizarre qui tient du gothique.
Les corniches et les chambranles des portes sont bien profilés; ces portes sont elles-mêmes d’une heureuse proportion.
PL. XXII. — Façade d'un palais silué dans la rue de’ Pandolfini.
Il est remarquable par son heureuse proportion, que l’on doit à la juste disposition des hauteurs d’étages ; la loge qui le couronne est d'un effet agréable, l'exécution en est soignée, et les profils en sont purs.
Façade d'un petit palais situë dans la rue de Guicciardini.— La disposition de cette façade, dépouillée de tout ornement d'architecture, est très-pittoresque. La loge placée au milieu sert de dégagement aux escaliers disposés dans les deux ailes qui s'élèvent au-dessus, et fait la principale décoration de ce palais.
PL, XXIV. — Plan du palais Pucci, dans la rue de Cresci.
Ge plan est d'une disposition simple. Le vestibule, ouvert sur un jardin et sur une petite cour intérieure ornée d’une fontaine, est heureusement disposé et ajusté avec goût. L’escalier est bien placé : il est élevé de cinq marches au-dessus du sol de la rue. Ce palais est attribué à Paolo Falconieri, architecte florentin.
Plan du palais Orlandini. — Il est situé près de Santa Mari Maggiore de’ Garmelitani, dans la rue de’ Boni.
Sa façade n'a rien de remarquable; mais la disposition du plan présente beaucoup d'intérêt. Le vestibule, ouvert sur une grande cour, est d’un bel effet; l'escalier est vaste, bien placé, et orné de statues. La cour, qui a son entrée particulière dans la rue Beccuto, est ornée de fontaines; autour sont disposées les remises et les écuries.
PL, XXV. — Vue intérieure de la cour de l’Archevéché.
Le palais dont cette cour fait partie est situé près de la place Saint-Jean. Sa fondation est très-ancienne. Ayant été brûlé en 1533, l'archevêque Buondelmonti le fit reconstruire : il fut agrandi depuis par les soins d’Alessandro Medici, qui parvint à la dignité archiépiscopale en 1574. Ce fut Gio. Antonio Dosio, architecte florentin, qui en donna les dessins et en dirigea les travaux. Ce palais se divise en deux parties bien distinctes; l'une destinée à l'administration de l’archevèché, et l’autre à l’habitation de l'archevêque. La cour que nous présentons ici appartient à cette dernière partie; elle est d’un effet piquant, et riche d’al chitecture. Le grand escalier que l’on voit à droite conduit aux appartements, Les portiques qui entourent cette cour étaient autrefois décorés de peintures, dont il reste encore quelques vestiges.
Au centre de la cour on voit, sur un piédestal, la statue d’un évèque exécutée en marbre.
KXVI. — Délails divers.
Les divers fragments qui entrent dans la composition de cette planche sont antiques, et tirés du musée de Florence, à l'exception du petit candélabre placé sur le premier plan. Ce candélabre est d’ambre, monté en or; il fait partie du trésor que l’on conserve dans le Vieux-Palais.
PL. XXVII, — Plan et élévation du palais Cocchi.
Il est situé sur la place Santa Croce, en face de l’église du même nom. Son plan est d’une disposition simple et commode : la pr portion générale de sa façade est d’un bon effet; celle du soubassement ne laisse rien à désirer.
Les arcs qui sont entre les pilastres du premier étage étaient primitivement ouverts, et formaient une loge semblable à celle du rez-de-chaussée : ils sont trop écrasés, et les croisées du second
étagesont trop larges pour leur hauteur. On reconnait facilement, aux détails et à l'exécution fine de ce palais, que c’est ayec raison qu’il est attribué à Baccio d’Agnolo.
PL. XXVIIL. — Plan du Muséum d'Histoire naturelle.
Ce fut Léopold I‘ qui acheta ce palais à la famille Torrigiani, et qui fonda le Muséum d'histoire naturelle, l'établissement de ce genre le plus intéressant qui soit en Italie. Il est particulièrement remarquable par son cabinet d'anatomie; les salles qui y sont destinées ont été distribuées avec simplicité et ajustées avec beaucoup de goût. On a réuni au musée un jardin botanique, qui communique avec celui de Boboli.
PL. XXIX. — Palais Guadagni, sur la place du Saint-Esprit.
Ce palais est situé à l’angle de la rue Santo Agostino et de la place Santo Spirito. Le rez-de-chaussée est construit tout en pierre, avec des refends apparents. La porte d’entrée est richement sculptée, et ornée de clous de bronze. Le premier et le second étage, percés de croisées cintrées, sont décorés d’arabesques et de bas-reliefs exécutés en sgraffitto (1). Le troisième étage forme une loge, ouverte sur la place, et soutenue par des colonnes en pierre. Ge palais est attribué à Filippo Brunelleschi : sa grande ressemblance avec le palais Nicolini, que nous donnons aux pl. LXIX, LXX, LXXI et LXXII, confirmerait cette opinion.
PL. XXX. — Plan el élévation du palais Giugni.
Il est situé dans la rue degli Alfani, en face de l’église des moines degli Angeli. Il a été construit d’après les dessins de Bartolomeo Ammanali.
PL. XXXI. — Vue de la cour de l'ancien palais du Podestat, servant aujourd hui de prison.
Ce palais, appartenant autrefois à la famille degli Anziani, fut commencé en 1250, d'après les dessins de Lapo ou Jacopo, pour l'habitation du Podestat, officier chargé de l’administration de la justice. Les arcs, en plein cintre, feraient douter qu'il ait été entièrement l'ouvrage de Lapo, et porteraient à croire que l'Organa eut part à son exécution, comme l'afirment plusieurs
auteurs.
Cette cour est d’un effet très-piquant; c'est ce qui lui a fait trouver place dans ce recueil.
PL. XXXIL — Vue intérieure de la cour du Vieux-Palais.
Au milieu de cette cour, dont on voit le plan à la pl. LXXIX, s'élève sur plusieurs marches une petite fontaine en porphyre, surmontée d'un enfant en bronze, tenant un poisson. Cette statue est d'Andrea Verocchio, sculpteur florentin.
Michelozzo Michelozzi, chargé de la restauration du Vieux- Palais, craignant que la faiblesse des colonnes, qui étaient en briques, n’en causât la ruine, les remplaça par d’autres, construites en pietra forte. Ge changement, qu'il fit sans que le palais éprouvât aucun tassement, lui mérita beaucoup d'éloges.
L'an 4565, à l’occasion du mariage de Pietro Francesco Medici, fils de Côme Il‘, avec l'archiduchesse d'Autriche, sœur de l'empereur Maximilien, on décora cette cour avec la plus grande magnificence. Les colonnes qui l'entourent, et qui soutiennent les portiques, sont couvertes d’ornements en stuc blanc, sur des fonds dorés, et les portiques sont ornés d’arabesques coloriés, sur un fond blanc. Les trophées d'armes, au-dessus des colonnes, sont exécutés en or, ainsi que les fleurs de lis et listaux; ceux-ci forment des refends sur le fond des murs, qui est noir, tandis que les fleurs de lis se détachent sur un fond d'azur.
une espèce de peinture, ou plutôt de dessin, propre, par ces; il s'exécute ainsi qu'il suit : On e du noir
(1) Le sgrafftto sa solidité, à orner l'extérieur des éd prend de la chaux, détrempée à l'ordinaire avec du sable; on ÿ m de paille brûlée, qui donne à l'enduit une teinte de noir argentin, r lequel on veut dessiner. Ensuite on blanchit ce fond avec un léger enduit de lait de cha endu bien également. Cette opération faite, au moyen de poncifs, on trace le dessin qu'on veut exécuter; puis, 2 une pointe de fer, grattant et enlevant la superficie blanche, on découvre le fond noir, qui marque les contours; enfin, à l'aide de hachures, on achève de donner le relief nécessaire. Tel est le procédé que, per essere dal ferro graffiato, dit Vasari, on a nommé sgraffitto
couvre le fond
Mellini a publié une description de ces peintures,
Toutes les décorations, qui donnent à cette cour un caractère de féerie, ont été exécutées par Marco Marchetti ou Marco Marcucci de Faenxza.
À travers la porte, on aperçoit une portion de la loge des Lances, située sur la place du Grand-Duc.
PL. XXXIIL — Plan et élévation géomélrale du palais Pandolfini.
Gianozzo Pandolfini, évêque de Troyes, fit construire ce palais d’après les dessins de Raffaello d’Urbino, dont il était l'ami et le protecteur, Il fut commencé par Gio. Francesco Aristotile, architecte et sculpteur florentin; mais la mort de cet artiste, arrivée en 1530, et le siége de Florence qui eut lieu à cette époque, ayant interrompu les travaux, ce fut Bastiano Arislotile, frère du précédent, qui le termina.
Ge palais est construit sur un terrain irrégulier, formant l'angle des rues San Gallo et Santa Salvestrina: et il est à croire que Raffaello, pour ménager une cour à ce palais, a été forcé de placer le corps du bâtiment sur l'angle de deux rues. La disposition du plan confirmerait cette supposition : il est vraisemblable que les constructions à droîte de la grande porte, qui ne forment qu'un rez-de-chaussée, ont été ajoutées depuis. Elles détruisent la régularité de la cour, en reportant dans un coin la loge qui en fait la principale décoration.
À gauche de la grande porte extérieure, on trouve un petit oratoire, qui à son entrée particulière.
Le plan de ce palais est d’une disposition simple et commode: l'escalier est bien placé, et dégage facilement les appartements.
La cour, ainsi que le jardin, sont ornés de fontaines, de vases et de statues antiques.
PL. XXXIV. — Élévation détaillée du palais Pandolfini.
Gette façade est exécutée toute en pierre, à l'exception de la corniche du couronnement, qui est en bois. L'épaisseur des murs du rez-de-chaussée a permis de donner beaucoup de retraite à ceux du premier étage; on en a profité pour y établir de beaux balcons, ornés de riches balustrades. Cette façade est d’une belle proportion, et les deux étages qui la composent ont entre eux un juste rapport.
Ce palais est construit avec le plus grand soin, et il est à croire que Raffaello lui-même n’en aurait pas apporté davantage pour l'exécution de son ouvrage. C’est, sans contredit, la meilleure production d'architecture de cet illustre artiste.
PL. XXXV. — Élévation latérale du même palais.
Elle est beaucoup plus simple que celle que nous venons de décrire. La richesse des chapiteaux des colonnes de la loge semblerait exiger que les archivoltes des arcs qu'ils supportent fussent ornés de moulures, Sous cette loge, qui sert de vestibule ouvert pour les appartements, on remarque des figures et des bustes antiques. k
L'irrégularité que l’on voit dans le soubassement de cette façade vient à l'appui de ce qui a été dit des bâtiments ajoutés dans la cour, qui cependant forment des terrasses agréables, à l'issue des appartements du premier étage. d .
Le style de cette facade se soutient, quoique les croisées soient dépouillées de colonnes et de frontons.