CHAPITRE VI
LA FERME
I. Généralités. — Précédemment, nous avons vu et décrit les divers bâtiments qui composent la ferme. Dans le présent chapitre, nous allons étudier la disposition et l’agencement des différents bâtiments entre eux, car suivant l’importance de la ferme, on doit les disposer diversement.
Mais le lecteur voudra bien nous permettre de différencier les mots domaine, ferme, métairie, que bien des gens et môme des auteurs regardent souvent comme synonymes, et qu’ils emploient dès lors indifféremment l’un pour l’autre.
Nous dirons donc que l’étymologie de ferme est très- douteuse, les uns font venir ce mot du grec «/>{*«, clôture, ou du celte ferma, louage. Les autres (le savant Littré est de ce nombre) le donnent comme dérivé du picard farme ou du provençal ferma qui puiserait son origine dans un mot de basse latinité firma, firmus, chose, ferme, établie.
Quoi qu’il en soit de ces diverses origines, nous dirons avec les jurisconsultes que le fermier est le cultivateur qui, moyennant un prix annuel donné à un propriétaire d’un bien agricole, l’exploite pour en retirer un profit plus considérable.
Le métayer est un cultivateur qui donne pour fermage au propriétaire du fonds qu’il exploite la moitié de ses récoltes. Métayer, medietarius, vient de médius, medietas, partage par moitié.
Enfin, on nomme domaine (et nous emploierons ce mot dans ce sens dans le courant de ce chapitre) l’ensemble des biens ruraux; donc une ferme et ses dépendances est un domaine, mais un domaine peut contenir plusieurs fermes.
LA FERME
IL Des diverses catégories de fermes. — Il y a une très-grande variété de fermes de la plus petite à la plus grande, mais tous ces types peuvent
être réunis en quatre catégories principales : la très-petite, la petite, la moyenne et la grande ferme. Ce classement ne peut être absolu, car d’un pays à l’autre il existe, comme nous allons le voir, des écarts considérables dans cette classification ; à l’aide de quelques chiffres nous allons tâcher d’établir des points de comparaison.
Très-petites fermes.
France
Angleterre
Belgique et Hollande .
Petites fermes.
France .
Angleterre ....
Belgique et Hollande .
30 à 40 hectares.
Fermes moyennes.
France
Angleterre . .
Belgique et Hollande
70 à 120 hectares.
Grandes fermes.
France
Angleterre ....
Belgique et Hollande
150 à 250 hectares.
Comme nos lecteurs peuvent le voir par les chiffres qui précèdent, les différences qui établissent les catégories de fermes sont très-variables d’une contrée à l’autre, mais on peut dire d’une manière générale que la trèspetite ferme est exploitée par un petit cultivateur avec l’aide de journaliers ;
La petite ferme, par un cultivateur aidé de sa famille et de quelques domestiques ;
La ferme moyenne, par un fermier prenant encore une part directe aux travaux de l’exploitation avec de nombreux domestiques, mais occupant en outre un certain nombre d’ouvriers pour les sarclages et pour l’enlèvement des fourrages et des céréales ;
Enfin la grande ferme, dont le territoire est très-étendu, surtout en Angleterre, et dans laquelle le fermier ne peut avoir d'autre occupation que la direction et la surveillance générales des travaux qu’il confie à un nombreux personnel de domestiques et d’ouvriers. Les grandes fermes ont sou-
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vent à leur tête un agronome ou un ingénieur agricole qui ont sous leurs ordres des surveillants.
III. Causes locales déterminant une classification. — Des causes locales, la manière d'exploiter et le genre de l’industrie agricole peuvent aussi donner lieu aux classifications suivantes :
1° Pays montagneux dénudé, coupé par des routes et des ruisseaux exigeant beaucoup de main-d’œuvre ; très-petite ferme.
2° Domaine situé sur le flanc d’une grande colline ou d’une montagne ; ferme de petite exploitation.
3° Pays très-peuplé, où la propriété est très-divisée, domaine situé près d’une ville; fermes de petite et moyenne exploitation.
4° Pays en plaine, dans lesquels les communications et les transports sont faciles; fermes de moyenne et grande exploitation.
5° Pays dans lesquels les biens sont concentrés dans les mains d’un petit nombre, ou dont le fond naturellement fécond produit une vigoureuse végétation; grande ferme.
6° Domaine situé près d’une grande ville dont les habitants s’adonnent au commerce, ou près d’un centre manufacturier ; ferme de très-grande étendue.
IY. Conditions essentielles pour la construction d’une ferme. — Les constructions qui forment l’ensemble d’une ferme doivent avoir une utilité réelle. Il faut qu’elles soient tellement indispensables que si elles n’existaient pas, elles manqueraient aux besoins de l’exploitation.
Nous allons résumer les principales conditions qu’il faut s’efforcer de remplir dans la construction bien entendue d’une ferme, et cela quelle que soit son étendue.
1° Placer le bâtiment d’habitation au centre et au fond de la cour, de manière à permettre au chef de l’exploitation de pouvoir exercer une surveillance facile et permanente de son cabinet, de sa chambre ou de toute autre pièce de son logis; disposer le jardin et le potager en arrière du bâtiment d’habitation, ce qui donne un aspect agréable aux pièces situées de ce côté, et de plus, cela permet la surveillance des travaux qui s’exécutent dans le jardin et le potager.
2° Séparer entre eux par des vides ou des hangars seulement, tous les bâtiments; isoler surtout les granges et greniers à foin de l’habitation, afin de diminuer les chances d’incendie, et en cas d’accident pouvoir circonscrire le feu. •
3° Suivant l’importance de la ferme grouper les bâtiments de différentes façons : sur une seule ligne pour les petites fermes ; en retour d’équerre pour les petites et moyennes fermes; en double équerre et en parallélogramme avec cour centrale pour les grandes fermes. Au centre de la cour, on devra
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placer la fosse à engrais avec l’aire à fumier pour abréger et faciliter les transports des écuries à cette dernière destination.
4° Ne pas craindre de faire la cour assez grande, mais cependant la réduire à un minimum en rapport avec la surface des bâtiments.
5° Rapprocher de l'habitation, les écuries des animaux de choix ou reproducteurs et placer auprès les infirmeries, afin de dépenser le moins de temps pour leur surveillance et leur entretien.
6° Envoyer au moyen de rigoles couvertes ou canalisations souterraines toutes les urines du logement des animaux, et les diriger dans la fosse aux engrais avec une pente plus ou moins forte suivant la distance à parcourir, mais jamais moindre de quinze millimètres pour mètre.
7° Donner un assez grand développement aux greniers à fourrage, afin de pouvoir faire des approvisionnements pour plusieurs mois, sans être obligé de les entasser dans un espace trop restreint.
8° Aérer largement ces greniers par de nombreux châssis à tabatières et des cheminées de ventilation placées sur le faîte des greniers, avec l’aide de barbacanes ou ventouses d’aération placées sur le plancher.
9° Ventiler les écuries, étables, bergeries, à l’aide de cheminées d’appel, en bois ou en poterie, suivant les principes que nous avons donnés précédemment, lorsque nous nous sommes occupé de ces différents locaux, et les disposer de manière à éviter les courants d’air trop forts car ils sont nuisibles aux animaux, aussi bien qu’à l’homme.
10° Donner aux écuries et aux étables une largeur convenable pour conserver un passage assez large, soit 8 mètres pour les écuries simples et 10 mètres pour les écuries doubles.
11° Dans les bergeries ne pas craindre de multiplier les portes, les faire à deux vantaux pour faciliter la sortie des moutons et pouvoir donner un aérage suffisant; mettre des cloisons comme nous l’avons indiqué page 261, figure 349.
12° Tous les logements des animaux qui auront au-dessus d’eux des greniers auront des plafonds hermétiquement fermés. On ne devra établir aucune communication intérieure directe entre les animaux et leurs fourrages.
13° Les granges auront des portes assez larges pour permettre aux voitures chargées de les traverser; les granges elles-mêmes auront une grande hauteur.
14° A droite et à gauche des passages des granges, on devra établir des planchers assez élevés pour permettre le déchargement des gerbes et pouvoir établir au besoin la machine à battre sur le passage et à l’aide de traverses allant d’un plancher à l’autre.
13° Construire dans chaque grange : 1° un grenier partiel pour effectuer
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sans déplacement le dépôt des grains après le battage; 2° un petit réduit pour enfermer les balles de céréales et la menue paille.
16° Pour l'aérage des granges, ménager dans l’épaisseur des murs des barbacanes ou ventouses d’aération coudées, afin de prévenir les incendies causés par la malveillance (voir page 341, figure 478).
17° Éclairer les granges par le haut, à l’aide de châssis cà tabatières s’ouvrant et se fermant cà l’aide d’une crémaillère.
18° Disposer dans le centre de la cour, et dans l’ordre que nous indiquons, le plus près delà maison, le puits, l’abreuvoir, le pigeonnier, la fosse à purin et l’aire à fumier. Près de celle-ci, établir le poulailler et la basse-cour, le premier sous une extrémité de hangar et la seconde près de l’abreuvoir. Celui-ci devra être d’un accès facile pour les animaux et séparé de 7, 8, et même 10 mètres, suivant la dimension de la cour, de la fosse à purin; il aura une profondeur suffisante pour permettre aux animaux de se baigner en le traversant. La forme demi-circulaire est très-commode, car elle permet à l’homme de se poser dans le point central de la circonférence et de faire passer et repasser les animaux en les tenant en laisse à l’aide d’une longue corde.
19° Isoler les porcheries etles éloigner de l’habitation, et dans tous les cas les orienter de telle façon qu’étant au midi le vent dominant n’apporte pas les odeurs à la maison du fermier.
20° Ménager de larges passages à l’entrée et à la sortie latérale des bâtiments, afin d’obtenir une circulation facile pour les animaux et les voitures de toutes sortes ; établir un mur d’enceinte autour des bâtiments ou reliant les murs de ceux-ci pour défendre l’entrée sans autorisation à toute personne étrangère à la ferme.
21° Enfin, il faut autant que possible que les bâtiments soient groupés de telle façon, qu’on puisse les agrandir d’une c u plusieurs travées sans avoir rien à démolir à droite ou à gauche.
Telles sont les conditions essentielles pour la construction d’une ferme, conditions que nous avons toujours suivies dans les types de notre composition, que nous donnons plus loin.
V. Situation générale du domaine. — Quand on se décide à créer une ferme, il faut bien étudier la situation la plus convenable pour son emplacement; mais, nous devons ajouter qu’on n’est pas toujours libre de le choisir à son gré.
Dans un grand domaine par exemple, il faut autant que possible que les bâtiments soient placés au centre de l’exploitation, car s’ils étaient bâtis à l’une des extrémités il faudrait perdre beaucoup de temps pour gagner la ferme soit au commencement, soit à la fin de la journée. Il arrive même
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parfois, que pendant les fortes chaleurs les hommes et les animaux reviennent à la ferme pour se reposer dans le milieu de la journée; c’est donc un trajet quadruple qu’il faut faire et s'il fallait une heure pour arriver à destination, ce serait donc quatre heures perdues. On doit donc autant que possible, placer l’exploitation au centre du domaine.
Ce premier point étudié, il faut choisir un emplacement salubre et assainir ses environs par des drainages, des plantations, des routes pavées, etc. Nous n’avons pas à revenir sur ce second point puisque nous l’avons traité chapitre iii, page 172 et suivantes, à propos de l’habitation de l’homme.
ArI. Situation relative des batiments entre eux. — La situation relative des bâtiments entre eux dépend évidemment de l’importance de la ferme; mais le constructeur doit toujours satisfaire à certaines données. Nous allons examiner successivement ce qu’il convient de faire pour chaque catégorie d’exploitation.
Dans les très-petites exploitations, tous les divers services sont réunis dans un seul bâtiment (voy. ci-après, fig. 533 et 535).
Dans les petites exploitations, les bâtiments sont généralement sur une seule ligne, aussi l’habitation se trouve au centre ou à l’une des extrémités de la ligne.
Dans les exploitations moyennes, lorsque les bâtiments sont en retour d’équerre, ou disposés sur les trois côtés d’un rectangle, l’habitation se trouve placée dans l’axe de la ligne des bâtiments du fond, ou sur l’extrémité d’une des ailes.
Enfin, dans les grandes exploitations, quand les bâtiments sont disposés sur les quatre côtés d’un rectangle, l’habitation occupe le centre soit de la ligne de fond, soit de la ligne de façade ; quand les bâtiments de l’habitation n’occupent pas entièrement un des côtés du rectangle, on place à droite et à gauche de la maison des hangars pour les instruments, afin d’isoler les écuries, étables, qui se trouvent sur les côtés perpendiculaires à l’habitation.
Ecuries. — Les écuries doivent être le plus rapprochées possible de la maison du fermier.
Quand l’exploitation est très-importante et qu’il y a beaucoup de chevaux, on peut établir deux écuries, l’une à droite l’autre à gauche sur les côtés perpendiculaires au mur du fond. Si la ferme possède une vacherie, on met les écuries d’un côté, et les étables de l’autre.
Bergeries. — Si la ferme possède des bergeries, on peut les mettre soit à droite, soit à gauche des bâtiments du fond ; du reste, les bergeries se placent où on peut, car toutes les expositions sont bonnes.
traité des constructions rurales.
Porcheries. — Il est bien difficile de donner des règles fixes pour l’établissement des porcheries. On doit autant que possible, les mettre au midi et dans une position telle, que le vent dominant dans la localité où elles existent n’apporte point les odeurs de ce bâtiment à l’habitation de l’homme et aux logements des autres animaux.
G) anges et fenils. Ces constructions peuvent se placer indifféremment soit à droite, soit à gauche, et sur toutes les faces du rectangle ; mais il est bon de les tenir loin de 1 habitation pour diminuer autant que possible les chances des incendies.
Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce sujet, car les exemples que nous donnons feront comprendre la situation relative des bâtiments entre eux, mieux que nous ne pourrions le faire en donnant de plus amples explications.