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I. GRANDS TRAVAUX

I. Assainissement des terres. Drainage. — A propos de l’habi talion du cultivateur, nous avons dit combien l’humidité était préjudiciable à la santé de l’homme, et à la conservation des bâtiments. Pour obvier à cet inconvénient, nous avons conseillé l’emploi de drains pour assainir les sous-sols imperméables. Mais celte humidité n’est pas moins funeste à la culture des terres et, si l’eau est utile et indispensable à l’agriculture, elle est souvent un de ses plus grands fléaux soit par les inondations superficielles, soit par les inondations souterraines. C’est avec le drainage , qu’on peut apporter un remède efficace à ces dernières. On entend par drainage, l’ensemble des opérations qui ont pour but d’assainir et de dessécher un terrain; on peut arriver à ce but par deux moyens, l’un à l’aide de rigoles ouvertes, c’est l’assainissement, l’autre à l’aide de rigoles couvertes , c’est le drainage.

Aujourd’hui, tous les agriculteurs connaissent les inconvénients des terres humides, aussi le drainage est pratiqué presque partout.

Quand des terres sont traversées par des cours d’eau, il faut les débarrasser de temps en temps des plantes aquatiques et des sables qui encombrent leur lit, car sans cela, les ruisseaux 11’ayant pas un écoulement rapide, inondent les terres par des nappes souterraines et les transforment en marécages dangereux pour la santé et qui rendent les terres improductives. Il faut donc, procéder au curage et l’effectuer jusqu’au lit naturel du ruisseau; de cette façon, on donne non seulement un écoulement plus rapide, mais encore les terres rejettent dans le ruisseau, l’excédant d’eau qu’elles renferment. C’est pour obtenir ces mômes avantages que là, où il n’existe ni rivière ni ruisseau, on creuse des rigoles ouvertes pour en tenir lieu et pour assainir les terres (i).

Ces rigoles sont exécutées par des ouvriers spéciaux et ne reviennent guère pour une profondeur moyenne qu’à 4 ou S centimes le mètre courant.

L’assainissement des terres au moyen de rigoles couvertes ou drains,

1° Les mathématiques ( arithmétique , algèbre, trigonométrie rectiligne, géodésie) qui servent pour l’arpentage, le cubage et le nivellement;

2° La mécanique, qui permet de connaître, d’étudier, de réparer et d’améliorer la machinerie agricole;

3° L’architecture, au moyen de laquelle, on peut dresser les plans, coupes et élévations des constructions pour l’habitation de l’homme et le logement des animaux ;

4° Enfin tous les travaux du génie civil, drainage, irrigations, déblais et remblais applicables aux routes.

En un mot, le génie rural embrasse toutes les connaissances de l’architecte et de l’ingénieur.

(1) Les anciens connaissaient le drainage. Voici en quels termes Columelle en parle.

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s’exécute en posant au fond des tranchées des tuyaux en terre cuite. La largeur et la profondeur de ces tranchées varient suivant la nature et la composition des terres. Ces tranchées sont évasées du haut et la pointe située en terre est arrondie pour recevoir les drains. Voici les dimensions les plus usuelles :

Hauteur 1™,20, lm,40 et lm,50, largeur 0m,20, 0m,40, 0m,50 et 0m,60. Quant au fond de la rigole elle mesure 0m,08, 0m,13 et 0m,16. Nous ajouterons, que plus on réduira la tranchée, plus on diminuera le cube des terrassements.

On emploie pour faire ces tranchées des bêches en fer bien aciérées et munies de fortes poignées.

Toutes ces tranchées doivent avoir une pente uniforme et doivent se rendre dans des puisards ou boitouts absorbants, qui débitent l’eau amenée par les drains. Ceux-ci affectaient anciennement diverses formes, mais aujourd’hui ils sont généralement ronds. On les pose au fond de la tranchée et on les réunit par des bouts de drains très- courts nommés colliers.

Dans les terrains tourbeux, avec une bêche spéciale on taille des prismes de tourbe dont deux morceaux superposés forment une sorte de tuyau (t). Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce sujet, nous renverrons ceux de nos lecteurs qui voudraient de plus amples renseignements à des ouvrages spéciaux; nous leur recommanderons surtout le Manuel du drainage de M. J. A. Barrai (2).

Nous ne pouvons qu’engager nos lecteurs à pratiquer le drainage sur leurs terres, si elles en ont besoin. Ce qui prouve mieux que tous les raisonnements l’efficacité du drainage, c’est qu’il est pratiqué aujourd’hui sur plusieurs millions d’hectares en Europe.

II. Dessèchement des marais et des tourbières. — Quand une exploitation renferme des marais ou des tourbières, et que ceux-ci sont des causes d’insalubrité pour les habitants de la contrée, on doit procéder à leur dessèchement. Si le marais est tourbeux, on se contente d’extraire la tourbe de bonne qualité s'il s’en trouve, après quoi on pratique diverses opérations pour le dessécher. Il y a de nombreux procédés : le simple écoulement, le curage, le drainage , les puisards ou puits absorbants, le curage et le drainage réunis, Yendiguement, la méthode hollandaise qui utilise simultané-

Si le sol est humide il faudra établir des fossés pour le dessécher; ceux-ci sont de deux sortes, ceux qui sont cachés et ceux qui sont larges et ouverts, etc.

(1) Ceux de nos lecteurs qui désireraient se rendre compte de cette manipulation trouveront des explications et des figures sur ce sujet page 91 (fig. 8, 9, 10) de notre Traité de la tourbe.

(2) Un vol. in 12 de 821 pages, 233 figures et 7 planches. Paris, Librairie agricole.

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ment V endiguera em et les attcrissements, les machines clévatoires et enfin le colmatage. Ce dernier procédé a été employé avec succès dans toute l’Italie, dans le midi de la France et dans quelques départements du nord et de l’ouest. Il consiste à provoquer les dépôts de limons chargés de matières fertilisantes tenues en suspension dans les eaux des rivières. On provoque ces dépôts au moyen d’encaissements ménagés à un niveau supérieur à la superficie des terrains, qu’on veut améliorer par le limonnage.

Dans les opérations de colmatage, 'on doit toujours conserver dans les plaines d’alluvion d’une étendue considérable une certaine pente, qu’on dirige soit vers la mer ou un fleuve, soit vers un cours d’eau quelconque. Cette inclinaison permet le prompt écoulement des eaux pluviales, de sorte que les surfaces des terrains artificiels qu’on veut créer rejettent constamment leurs eaux, deviennent perméables et produisent des terrains très-fertiles ; de cette manière, le difficile problème du dessèchement est complètement résolu : suppression de l’insalubrité, restitution de terrains à l’agriculture, production et accroissement des subsistances et des denrées.

Mais avant d’entreprendre le dessèchement d’un marais, il faut se rendre bien compte de l’opération et procéder ensuite avec ordre, il faut :

1° S’assurer de l’étendue du bassin du marais et de ceux qui y aboutissent;

2° De la quantité d’eau qui tombe dans l’année et prévoir celle qu’il peut tomber dans un jour de gros orage, car ce jour-là des lits de rivières habituellement à sec, peuvent amener une véritable inondation;

3° Constater la proportion suivant laquelle cette eau tombée se répartit dans les divers bassins entre l’évaporation, les infiltrations dans le sol et le temps nécessaire à l’écoulement des surfaces ;

4° Éloigner du marais, et cela autant que possible, les affluents extérieurs;

5° Purger sa surface de l’eau qu’elle contient par des rigoles découvertes, amenant cette eau en un point par lequel, elle sorte par une pente naturelle, ou qu’on expulse à l’aide de machines.

Dans ce qui précède, nous avons supposé qu’on pouvait se débarrasser de l’eau par sa pente naturelle ou par des machines. Quelquefois, quand le marais repose à une certaine profondeur sur une couche perméable et absorbante, il y a avantage de creuser un puits ou tout au moins un trou de sonde qui creuse cette couche et dessèche le marais. Quand on procède au forage d’un puits, il faut le faire dans la partie basse du marais afin d’avoir toute facilité, pour y amener les eaux. Il existe à Bondy un puits foré qui a absorbé jusqu’à 130 mètres cubes d’eau en vingt-quatre heures; du reste si le sous-sol est très-absorbant, il n’y a guère délimité d’absorption que la quantité d’eau contenue dans le marais lui-même.

Comme on le voit, ce travail est délicat et compliqué, et si le fermier ne

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connaît pas très-bien son affaire, il agira sagement de faire dresser un projet et un devis par un ingénieur agricole.

III. Irrigations. — Les avantages qu’on retire des irrigations sont aujourd’hui trop évidents pour qu’il soit nécessaire d’en parler. Nous étudierons donc immédiatement les moyens qu’on emploie pour irriguer.

Toutes les eaux ne sont pas également bonnes pour les irrigations, en effet suivant les matières et les sels qu’elles tiennent en suspension, elles sont bonnes ou nuisibles pour la végétation. Aussi avant d’entreprendre un travail d’irrigation, il est indispensable de faire analyser chimiquement l’eau qu’on se propose d’utiliser. On néglige trop souvent cette analyse et cependant, elle serait fort utile, car elle ferait progresser et prospérer plus qu’on ne croit notre agriculture nationale. Les eaux qu’on emploie pour les irrigations peuvent provenir de puits artésiens, de réservoirs ou citernes contenant des eaux de drainage, des eaux de pluie ramassées dans des étangs ou des réservoirs, enfin d’un ruisseau, d’une rivière ou d’un fleuve, quand il s’en trouve à proximité des terres à irriguer ; c’est bien souvent le mode le plus sûr et le plus économique.

a. Puits artésiens. — Quand on emploie les eaux d’un puits artésien, on perce celui-ci dans une position telle, qu’il soit facile d’irriguer facilement; c’est un système d’irrigation encore peu en usage parce que beaucoup de propriétaires n’osent entreprendre le sondage d'un pareil puits, carie succès est toujours incertain, de sorte qu’on peut faire inutilement de grandes dépenses ; aussi les agriculteurs hésiteront- ils encore longtemps, avant d’employer ce mode d’arrosage.

b. Eaux de drainage. — Nous avons dit que les eaux de drainage étaient amenées ordinairement dans un puits qui perdait ces eaux; mais quand on veut les utiliser, on creuse un puits de façon à ce qu’il reste toujours une certaine quantité d’eau qu’on élève par une force quelconque. Quelquefois cependant, les drains débouchent à un niveau assez élevé pour arroser des terres qui sont situées au-dessous de ce niveau. Quand on a des terres sur le versant d’une colline, rien n’est plus facile que de faire marcher en même temps le drainage et l’irrigation.

c. Eaux ' de sources. — Les eaux de sources sont non-seulement peu abondantes, mais encore par leur nature, elles ne sont pas toujours bonnes pour les irrigations, cependant, on les emploie, notamment en Italie. Le procédé italien consiste à ouvrir une tranchée atteignant le niveau où sourdent les sources. Ils observent ensuite les points par lesquels l’eau suinte le plus abondamment. A cetendroit, ils placent des tonneaux défoncés par les deux bouts qui servent à protéger les sources contre le gravier et surtout l’envasement qui pourrait lui faire prendre une autre direction.

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Il existe en Lombardie, des canaux d'irrigation qui sont en grande partie alimentés par des sources obtenues par le procédé, que nous venons de décrire.

d. Eaux d'étangs ou de réservoirs. — Les étangs naturels et les réservoirs d’eaux faits par la main de l’homme-, sont un des plus grands moyens de propager les irrigations et d’apporter d’utiles et d’importantes modifications au régime des eaux d’une contrée. Aussi, nous ne pouvons qu’appuyer l’idée de M. de Gasparin lorsqu’il écrit : « Partout où un vallon recevant les eaux d’une vaste surface de collines laisse échapper, lors des pluies ou des orages, un torrent passager qui souvent dégrade les terres inférieures, partout où un ruisseau trop peu abondant pour être utile peut être retenu, et ses eaux mises en réserve pour le besoin, la création d’un réservoir peut devenir une source de richesse. Il suffit de calculer et la quantité d’eau que l’on peut recevoir, et l’étendue du bassin que l’on doit former, et les frais que coûtera sa construction, puis balancer ces dépenses avec l’accroissement de valeur qu’acquerront les terres à arroser. »

Nous n’ajouterons que quelques mots à ces sages données. Il faut nonseulement tenir compte des conseils de M. de Gasparin, mais encore, il faut s’assurer, si le fond du vallon est en état de contenir l’eau, sans de trop grandes dépenses. Ensuite, si l’on a sous la main des sources et des ruisseaux à débit irrégulier, il faut avoir soin de jauger les quantités d'eaux fournies et ajouter à ces quantités, le volume d’eau que la pluie peut fournir au réservoir, dans une année moyenne.

Disons maintenant, quelques mots de la construction des réservoirs. Quand il s’agit d’établir un petit réservoir, on se borne à creuser le sol à une certaine profondeur. La terre provenant de cette fouille est employée pour élever la digue d’enceinte. Quand le sol est imperméable, il suffit de bien pilonner les terres, dans cet état elles conservent les eaux, mais si le terrain est perméable, il faut revêtir le fond et les parois du réservoir avec un corroi d’argile, de sable, arrosé d’un fort lait de chaux. Ce lait de chaux est indispensable, car il a pour effet de donner une grande consistance au corroi et d’empêcher les vers de terre de le traverser et par suite d’annuler son imperméabilité.

Les grands réservoirs destinés à retenir des volumes d’eau considérables s’établissent dans le fond des vallées, ou, dans des plis de terrain ; on ferme la partie basse par un barrage. Ceux-ci sont établis pour les trèsgrands ouvrages, en maçonnerie; pour les réservoirs moyens, en terre et maçonnerie, ou terre et pierre sèche; enfin, pour les réservoirs de moindre importance, uniquement en terre.

Souvent au milieu des digues de barrage, on établit une rangée de pal-

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planches qu’on noie dans un corroi de glaise, de sable gras, ou même de béton maigre, quand les travaux peuvent permettre cette dépense.

Les talus doivent être gazonnés, ou semés de plantes marécageuses qui servent à maintenir les terres dans l’inclinaison voulue. Cette inclinaison doit être assez forte pour empêcher pendant les basses eaux la création de

parties marécageuses qui sont de vrais foyers pestilentiels, qui causent des fièvres très - dangereuses pour la santé de l’homme.

Toutes les digues doivent être munies de déversoirs, pour permettre l’évacuation du superflu des eaux amenées par des orages ou des crues soudaines. Ces déversoirs sont construits soit en bois soit en maçonnerie, et les eaux rejetées doivent être reçues sur des enrochements pour éviter le creusage de la terre au pied des digues ; sans cette précaution, il pourrait se produire des ruptures, difficiles à réparer et qui pourraient inonder les terres dans un moment inopportun. Le bas des digues est muni de prises d’eau qu’on établit de plusieurs manières : tantôt ce sont de simples

Fig. 553. — Buse en bois placée dans le corps d’une digue.

Fig. 554. — Élévation d’une vanne en bois. Fig. 455. — Plan d’une vanne en bois.

buses en bois pour les petits réservoirs, tantôt, des martelières' et tantôt des vannes.

Notre figure 553 représente une buse en bois placée dans le corps d’une digue et fermée du côté de l’étang c par une petite vanne que l’on peut manœuvrer de dessus la chaussée à l’aide d’une tige en bois ou en fer b. Au

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point a il existe une rainure dans laquelle on glisse des madriers et (pii permet de fermer la buse, s’il fallait faire une réparation à la vanne b. L’eau pour irriguer les terres sort du côté e.

Nous donnons dans nos figures 534 et 555 un modèle de petite vanne tout en bois qui peut être utilisé en beaucoup.de circonstances. Cette vanne est double, la première partie est abaissée et la seconde est levée pour laisser échapper l’eau. La figure 553 montre le plan de cette vanne qui ne coûte guère que 70 à 80 francs dans les pays où le bois est abondant.

Cette petite vanne très-simple suffit pour toutes les rigoles d’arrosage. On doit la placer à l’embranchement de celles-ci avec les ruisseaux ou des rigoles de plus d'importance. Les van telles glissent entre des montants de bois scellés dans la pierre.

Enfin, on construit des barrages dans le lit des rivières pour en élever les eaux au-dessus de leur niveau naturel, ces barrag'es sont mobiles ou fixes : nous n’en parlerons pas, car ce serait sortir du cadre de notre ouvrage.

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