AU LECTEUR
lait écrire deux ouvrages complètement distincts. C’est ce que nous avons fait. Le présent volume donne tout ce qui intéresse la masse des cultivateurs : ce sera un traité général des constructions ; l’autre sera un traité des grandes industries agricoles; il ne s’adressera qu’à ceux qui n’ont que faire des détails de construction puisqu’ils ont pour élever leurs usines ou leurs fabriques des architectes ou des ingénieurs qui savent construire. Ce dernier ouvrage étudiera à fond les grandes industries agricoles, les féculeries, filatures, distilleries, fabriques d’alcool, etc. Il s’adressera plus particulièrement aux architectes, ingénieurs, entrepreneurs, usiniers, fabricants, en un mot aux grands industriels agricoles et aux grands propriétaires ruraux.
Mais à côté de cette classe prospère, nous avons les modestes cultivateurs et fermiers, les petits propriétaires qui, eux aussi, méritent qu’on s’occupe d’eux. Ils n’ont que faire des théories, il leur faut des renseignements sûrs et pratiques. C’est aussi à leur intention que nous avons écrit le présent Traité, qui s’adresse donc exclusivement aux cultivateurs et fermiers qui désirent construire avec économie et sécurité, aux amateurs qui veulent se passer d’architectes pour leurs travaux, aux instituteurs et maîtres d’école qui, dans leurs bourgs ou villages, veulent inculquer à leurs élèves quelques éléments de construction qui leur seront un jour indispensables. Ce livre sera de plus le vade-mecum des constructeurs modestes, parce qu’il est dépouillé de toutes les formules abstraites qui fatiguent et qui font délaisser les ouvrages les mieux écrits qui en sont hérissés.
Comme on le voit, nous avons eu plusieurs buts en écrivant ce Traité. Les avons-nous atteints? Nous laissons juge notre lecteur ; et quel que soit son sentiment à notre égard, nous espérons cependant qu’il nous saura toujours quelque gré du travail que nous soumettons à sa bienveillante attention.
Si notre traité des constructions rurales apporte quelques améliorations dans l’aménagement des bâtiments agricoles ou dans la con-
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servalion mieux entendue des récoltes, nous serons entièrement satisfait de l’avoir produit. 11 aura en effet rendu de grands services dans les campagnes, puisqu’il aura réalisé des économies qui peuvent se chiffrer chaque année par millions.
INTRODUCTION
L’art de loger les hommes, les animaux et les récoltes avec simplicité, solidité et économie est le premier problème à résoudre dans la science des campagnes.
(François DE NeüfCHATEAU).
La science et l’art des constructions dans les grandes villes ont fait en France de notables progrès, dans ces derniers temps surtout. L’immense impulsion que Paris a donnée aux constructions modernes a forcé les architectes à exécuter des améliorations successives dans l’art de bâtir.
Ï1 est très -regrettable que les constructions rurales n’aient point progressé de même, et n’aient pu bénéficier par conséquent des mêmes avantages que celles des grandes villes.
Quelques contrées cependant ont réalisé des améliorations, mais c’est principalement dans les industries agricoles qui sont des annexes de la ferme. Il est évident que les architectes ou les ingénieurs appelés pour établir des usines ont fait connaître quelques innovations, mais c’est sur quelques rares points de notre territoire, principalement dans le nord et dans l’est. Dans l’ouest et dans le midi au
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contraire, ce qui frappe partout, c’est l’ignorance des constructeurs; on dirait qu’ils construisent pour des siècles. Ces constructions, qui laissent à désirer sous le rapport économique, sont solides il est vrai, mais quelle énorme quantité de matériaux et par suite de capitaux engloutis en pure perte! Or nous pensons que l’habileté du constructeur ne consiste pas à faire des murs de forteresse ; mais bien à obtenir la plus grande solidité possible avec la plus stricte économie. 11 est un grand principe que nous voudrions voir ériger en axicme ; c’est que tout système de construction est tenu de satisfaire à la double condition de durée et d’économie, ce qui veut dire que, quel que soit le mode adopté pour une construction, les matériaux employés doivent être placés dans des conditions telles que leur assemblage soit de la plus grande simplicité et leur volume aussi faible que possible. L’observation de ces deux principes fondamentaux constitue l’économie à réaliser dans toute bonne construction. Or, jusqu’ici, on a eu le tort de croire dans les campagnes que la science du constructeur était tout élémentaire et que le premier venu pouvait élever des constructions rurales ; c’est un grand préjugé, contre lequel on ne saurait trop s’élever. Ceux de nos lecteurs du reste qui suivront notre travail jusqu'à la fin pourront se convaincre des difficultés qu’il faut surmonter pour construire bien, solidement et à bon marché. Ils verront qu’avant d’aborder la pratique, il faut acquérir des connaissances théoriques en assez grande quantité. Aussi, pour donner plus de clarté à notre livre, a-t-il été divisé en chapitres et paragraphes. Nous avons apporté la plus grande méthode dans notre travail afin d’en rendre la lecture agréable autant que possible, facile et rapide.
Le chapitre premier contient les matériaux de construction avec leur description, et les signes distinctifs auxquels on reconnaît les bons et les mauvais.
Le lecteur trouvera dans ce chapitre la division des matériaux en trois catégories, ce sont : les pierres naturelles et artificielles , les bois
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et les métaux; il y verra de même les subdivisions qui renferment les sables, chaux, pouzzolanes, mortiers, ciments, bét07is, bitumes, asphaltes, mastics, plâtres.
Nous y parlerons des différentes essences des bois de construction, de leurs qualités et de leurs défauts, de leurs maladies ; nous y ferons voir que l’époque de l’abatage a une grande influence sur la durée et la conservation de ces bois.
Dans ce même chapitre, nous fournirons aussi d’utiles renseignements sur les métaux et sur le verre.
Le chapitre deuxième contient l’emploi et la mise en œuvre des matériaux : c’est la science du constructeur résumée en un chapitre. Aussi le lecteur y trouvera-t-il tous les détails de construction, sur les terrassements, les fondations, et sur les divers genres de maçonnerie.
Les voûtes, la théorie de leur construction, et leur tracé pratique y seront brièvement développés, mais d’une manière suffisante cependant pour permettre au lecteur la solution de tous les problèmes difficiles qui pourraient se présenter à lui.
Un long paragraphe est consacré à l’art de la charpenterie, car les pans de bois, les planchers et les combles, de même que les cintres, les étalements, les échafauds et les escaliers, méritaient de longs développements.
Enfin ce chapitre se termine par les aperçus les plus pratiques, partant les plus utiles, sur la couverture et plus particulièrement sur les toitures économiques, sur la menuiserie, la serrurerie, la peinture et la vitrerie.
Le chauffage et la ventilation laissent beaucoup à désirer dans les constructions urbaines, on ne se préoccupe pas du tout de cette question dans les bâtiments agricoles ; aussi nous sommes-nous appliqué à démontrer son utilité et l’importance de son rôle.
L’humidité est un grand danger permanent pour la santé de l’homme et des animaux ainsi que pour la conservation des bâtiments
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et des récoltes, aussi avons-nous donné les moyens de la prévenir dans les nouvelles constructions et de la combattre dans les anciennes.
Le troisième chapitre est consacré à l’habitation de l’homme ; sa demeure sera salubre ou insalubre suivant son exposition et son emplacement, aussi avons-nous guidé le lecteur dans le choix qu’il sera appelé à faire de son orientation. Il lui sera facile de choisir suivant son goût et sa position parmi les types nombreux et variés que nous lui soumettons. Il pourra se faire un at home à sa guise car tous les genres y sont représentés, depuis la maisonnette du journalier jusqu’à la maison du fermier et même du propriétaire exploitant.
Le chapitre quatrième traite du logement des grands et des petits animaux ; les écuries et les boxes pour les chevaux sont en tête du chapitre, les étables pour les bœufs, les bergeries et les porcheries viennent ensuite. Il est terminé par les locaux affectés aux petits animaux, chiens, lapins etc. ; à l’espèce volatile de basse-cour ou de volière, enfin aux insectes utiles, abeilles, vers-à-soie.
Les grandes et petites constructions annexes des fermes sont réunies dans le chapitre cinquième, c’est peut-être l’un des plus intéressants par la variété des matières qu’il renferme. Dans certaines contrées, on a bien recherché le meilleur mode de construire les grandes annexes, telles que granges , greniers, silos, hangars, celliers, vendangeoirs, mais on a, presque partout, beaucoup trop négligé les petites annexes si utiles pourtant, et quelquefois si nécessaires, comme les glacières, les citernes, les lavoirs, les laiteries, serres etc., c’est pourquoi nous n’avons pas craint d’étudier assez longuement toutes ces petites constructions qui sont appelées à rendre des services si utiles.
Le chapitre sixième résume pour ainsi dire les cinq premiers, car c’es1 la ferme ; c’est-à-dire la synthèse de toutes les constructions.
Nous y donnons d’abord les types de fermes de petite, moyenne et grande culture, nous démontrons la haute perfection des modèles proposés à nos lecteurs, auxquels nous soumettons en outre, pour
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contrôler nos propositions, les fermes qui passent à juste raison pour les meilleurs modèles à suivre.
Dans un livre tel que le nôtre, les travaux de viabilité devaient trouver place, de même que le drainage, les irrigations, le dessèchement des marais malsains et des tourbières improductives ; c’est pourquoi nous avons parlé de ces questions (dont quelques-unes intéressent si vivement l’humanité) dans le chapitre septième; le huitième traite des devis et des dépenses des travaux, et le neuvième s’occupe exclusivement de la jurisprudence des bâtiments.
Enfin une conclusion succincte résume les principaux points sur lesquels le constructeur doit porter plus particulièrement son attention ; on y trouvera certes des détails minimes, mais qui tous cependant ont leur valeur.
De très-nombreuses figures facilitent la complète intelligence de notre texte et lui donnent un puissant attrait.
Parmi ces figures, celles qui se rapportent plus particulièrement à la construction sont dessinées à une grande échelle, et les détails y sont indiqués avec une précision telle que l’homme le plus inexpérimenté peut, d’après elles, construire sans crainte et sans hésitation.
Enfin des tables aussi précises et aussi méthodiques que possible évitent au lecteur des recherches quelquefois infructueuses, mais toujours longues et pénibles, et lui fournissent immédiatement et sans fatigue les renseignements qu’il désire trouver.