MURS DE REVÊTEMENT OU DE SOUTÈNEMENT
On appelle ainsi les murs appliqués contre des terres amoncelées, et faits pour soutenir ces terres et en prévenir l’éboulement ; ainsi toutes les fois que l’on forme une terrasse dont les faces doivent être verticales ou à peu près, ou que l’on a tranché un terrain qui ne pourrait rester taillé à pic sans s’ébouler, on les revêt d’un mur de soutènement.
Dans la pratique usuelle, le nom de mur de terrasse ou de soutènement est donné à tout mur destiné à soutenir la face verticale ou biaise d’un terrain.
Il existe une infinité de règles et de formules pour calculer la poussée exercée par une masse de terre sur un mur, de même que pour déterminer la forme du mur qui offre le plus de résistance avec le moindre volume de matériaux. Dans la pratique, l’application de ces lois est très-difficile, car on ne peut rien déterminer de rigoureux ; en effet suivant les terrains, les climats, la composition du sol, ces formules devraient varier ; nous nous bornerons donc à déterminer grosso modo l’épaisseur à donner en général à ces murs ; nous ne donnerons qu’une formule, celle de Poncelet, qui suffira dans les cas usuels, si ce n’est dans tous pour calculer cette épaisseur. Voici cette formule : x = 0m,285 (H -j- h) ; H étant la hauteur du revêtement et h la hauteur entière de la surcharge située au-dessus du plan horizontal passant par le sommet du mur.
Dans les campagnes, on construit quelquefois des murs de soutènement en pierre sèche ; l’épaisseur de ces murs doit être augmentée d’un quart en sus des murs bâtis en mortier de chaux. Dans les murs en pierre sèche, on n’a pas à s’occuper de l’écoulement des eaux puisqu’elles s’écoulent naturellementpar les interstices existant entre les pierres qui constituent le mur.
Il n’en est pas de même pour les murs en maçonnerie : l’eau qui s’amasse derrière ceux-ci augmente considérablement la poussée des terres, et nécessite une plus grande épaisseur de ce mur, c’est-à-dire une plusvalue de dépense. Pour obvier à cet inconvénient, on pratique çà et là sur plusieurs points de leur hauteur des barbacanes, qui sont destinées à donner de l’air et à faciliter l’écoulement des eaux. Ces barbacanes doivent être
5i TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES.
établies avec soin et leur pourtour être fait avec de bons et solides matériaux, non gélifs.
Quelquefois, ce qui vaut mieux que les barbacanes, on draine le terrain pour établir un écoulement naturel ; on fera bien de le faire chaque fois qu’on le pourra, car les résultats en sont plus positifs et plus certains.
Coxtre-forts. — Pour diminuer la force des murs de terrasse ou de soutènement, on emploie des contre-forts intérieurs ou extérieurs : ces derniers doiven t être préférés. Dans bien des cas aussi, quand on n'est pas obligé d’économiser le terrain, on construit des arcs-boutants s'appuyant sur de minces éperons ou contre-forts. Ce système donne une suite d’arcades qu'on peut utiliser pour des espaliers lorsque les murs de sou- Fig. 95. — Contreforts. tènement se trouvent dans une
exposition favorable ( fig . 23).
Bien souvent, quand la nature du sol est dure et ferme, les terrains taillés en talus se soutiennent d'eux-mêmes ; dans ce cas, il est encore bon de construire un mur, non pour soutenir les terres mais pour les protéger contre les intempéries des saisons : la gelée, les orages, qui finiraient avec le temps par désagréger tellement la surface qu’il faudrait faire dans un temps donné un véritable mur. On peut l’économiser en pratiquant, aussitôt la tranchée faite, un simple et léger revêtement.
Dans un terrain en pente, les couches qui inclinent vers le mur obligent à augmenter proportionnellement son épaisseur ; de l’autre côté de la tranchée au contraire, les couches déclinant, le mur ne réclame qu’une faible épaisseur ; un simple parement suffira dans bien des cas. Il faut seulement empêcher le terrain de se désagréger, et de s’ébouler en devenant pour ainsi dire déhiscent. Notre figure 26 montre mieux que ne pourrait le faire aucune description la manière de construire les murs dans les terrains que nous 5enons de signaler. Nous avons supposé un chemin passant au travers de ce terrain.
En a il existe une. canalisation recevant les eaux pluviales et celles des drains, b, b, le mur de soutènement est à droite d, celui de revêtement à gauche e. En c il existe une voûte renversée. Elle sert à deux fins, à contiebuter la poussée des terres du côté B en empêchant le glissement du
EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX
mur, et à ramener dans l’aqueduc a, toutes les eaux qui croupiraient sur la route.
Fig. 26. — Murs de soutènement et de revêtement. Échelle de 0”,005 pour mètre.
Le calcul de la stabilité d’un mur de terrasse se divise en deux parties : 1° la poussée des terres, 2° la résistance à donner au mur.
11 est reconnu que les remblais de terres ordinaires forment un angle de 45 degrés A, C, B ( fig . 27).
On nomme ligne de pente naturelle l’inclinaison que prendrait la terre en s’éboulant AG [fig. 27).
Cette surface AG forme dans ce cas, un plan incliné sur lequel glisse
mur de soutènement est donc destiné à supporter la pression de ce prisme. Fig. 27. — Murs de soutènement.
On appelle ligne de rupture celle
qui se .produit lorsqu’une masse de terre glisse obliquement sur elle-même, ou lorsque les terres viennent à se décoller.
Il a été constaté que cette ligne est presque bissectrice de l’angle formé par la pente naturelle et la ligne passant derrière le mur. C’est, dans notre figure, la ligne C, O qui divise l’angle A, C, D.
Enfin on nomme centre de poussée, le point K sur la face intérieure d’un mur, au-dessus et au-dessous duquel la poussée s’exerce également.
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
Le calcul et l’expérience démontrent simultanément que ce point de
poussée est situé au tiers inférieur de la hauteur verticale du mur.
On peut trouver par une opération graphique des plus simples l'épaisseur qu'il faut donner aux murs de soutènement. On détermine la ligne de pente naturelle des terres qu’on veut retenir. Soit A, C, cette ligne, et, on la divise en six parties égales, la longueur d’une de ces divisions est l’épaisseur qu’on doit
Fig. 28. — Détermination des murs de soutènement. donner à la base du mur ( fig . 28).