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PLANCHERS

Les planchers sont formés par des assemblages en charpente faits pour supporter les parois horizontales des étages. Ils sont de deux genres : en bois et en fer ; on peut les construire de trois façons : 1° en solives seules, 2° en poutres et solives, 3° en poutrelles et solives assemblées.

Planchers en solives. — Les planchers les plus simples sont formés par des solives parallèles qui portent sur des murs, des pans de bois ou des cloisons. Leur portée par leurs abouts doitavoir au moins 0m,15. On doit, autant que possible, ne pas sceller leurs extrémités, car le mortier ou le plâtre employé pour ce scellement active la pourriture du bois. Elles doivent être solidement engagées dans les parois qui les supportent; on peut les serrer entre des pierres sèches ou des tasseaux en bois, dans les pans de bois par exemple.

Les solives de brin, c’est-à-dire d’un arbre ou d'une branche entiers, sont plus solides et plus résistantes que celles obtenues par le sciage.

Il y a avantage à débiter les solives plus larges sur un côté que sur un antre et à les placer sur champ, c’est-à-dire dans le sens de leur hauteur ; car chacun sait que la résistance des pièces de bois est en raison directe de

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

leur largeur, et en raison clu carré de leur épaisseur. Cette résistance aussi varie suivant la longueur de ces mêmes pièces.

On peut laisser entre chaque solive un vide qui mesure ordinairement 0,33 d’axe en axe, si les planchers ne sont pas destinés à supporter de lourdes charges. On rapproche les solives de 0m,25 pour les faux planchers. Si au contraire les planchers ont à supporter une charge considérable, on étrésillonne les solives entre elles; c’est dans le même but qu’on insère transversalement à leur direction des pièces de hois entaillées au droit de chaque solive. On nomme ces pièces, liernes ( fig . 40).

Ce dernier mode de consolidation des planchers est assez coûteux; aussi, dans les constructions rurales, on ne l’emploie que dans les cas extrêmes, on obtient le même résultat en plaçant sur les solives des madriers qu’on cheville avec elles.

Il arrive quelquefois dans les campagnes, qu’on emploie des vieilles solives dont on scie à vif les abouts pour les rafraîchir, ou bien encore, si on a des bois trop courts, pour utiliser ces solives, on encastre à moitié dans les murs des lambourdes qui sont scellées dans la maçonnerie avec du fer ou qu’on maintient fixes avec des corbeaux en pierre. Malgré ces précautions, il arrive que les lambourdes peuvent se déverser, aussi cet assemblage doit-il être rejeté à moins de circonstances particulières. Notre

Fi". 40. — Liernes.

Fig. 41. — Solives posées sur lambourde encastrée dans le mur.

Fig. 42. — Solive posée sur lambourde encastrée dans le mur.

figure 41 montre cet assemblage en place et la figure 42 en perspective. Les lambourdes sont plus hautes que les solives et doubles en largeur.

Plancuers en toutres et SOLIVES. — Quand les murs d’une construction dépassent un certain écartement il n’est pas prudent d’employer de trop longues solives; et c’est pour éviter cet emploi que, au lieu de mettre les solives perpendiculaires aux murs, on les pose parallèlement; de sorte que les extrémités des solives ou l’une de leurs extrémités reposent sur des poutres, tandis que l’autre repose sur le mur en retour d’équerre. Nos figures 43, 44, 45

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX

montrent cette disposition. Suivant la surface des planchers, il faut une ou plusieurs poutres pour les supporter. On espace ordinairement les poutres de 3 en 3 mètres ou de 4 mètres au plus ; elles doivent être scellées solidement dans les murs et avoir 0m,2o à 0m,30 de portée.

Fig. 43. — Plancher d’assemblage.

Fig. 44. — Plancher d’assemblage avec une poutre.

Pour leur donner plus de portée quand les murs n'ont pas beaucoup d’épaisseur, on pose les poutres sur un corbeau en pierre ou une semelle de bois qui est soutenue par une jambette.

Quand les matériaux employés pour le mur sont peu résistants, on établit sous la poutre une pièce de bois perpendiculaire pour la soutenir, ou bien une pièce dirigée dans le sens du mur qui, recevant la poutre, en répartit la charge sur une plus grande étendue. ( fxg . 47).

Si l’on est forcé de poser une poutre sur une baie, le linteau de celle-ci doit être déchargé par un arc ou surmonté par une forte pièce de bois assez longue pour ne pas porter exclusivement sur les pieds-droits de la baie.

Fig. 46. — Poutre portant ancre.

(En plan.)

Fig. 47. — Poutre portant ancre.

(Elévation.)

On augmente la rigidité des planchers et par suite celle des bâtiments, en armant les poutres d’ancres ou de harpons en fer ( fig . 46, 47) qui traversent le mur, qui ne peut ainsi se déverser, soit à droite soit t\ gauche.

Yoici quelques données relatives à la force des bois employés dans la construction des planchers.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

On donne comme règle générale que les poutres doivent avoir en hauteur t/I8 de leur portée, et en largeur 2/3 de leur hauteur. Ainsi par exemple une poutre de 9 mètres de portée devra mesurer 0“,5I de hauteur sur 0m,34 de largeur.

Les solives auront en hauteur t/24 de leur longueur pour les planchers mixtes munis de poutres et de solives. Pour des planchers composés de solives seules, on emploie ordinairement des madriers de sapin qui mesurentOm,22 de hauteur sur 0m,0o de largeur, avec lesquels on peut établir des planchers ayant une portée de 7 à 8 mètres dans œuvre.

Dans ces sortes de planchers, les madriers doivent être distants les uns des autres de 0m,325 d’axe en axe, c’est ce qu'on nomme espacement de quatre par laite ; par la raison que chaque latte de lm,32 de longueur recouvre quatre intervalles de madrier.

Yoici quelques données pratiques sur la solidité des planchers. On peut les considérer comme des axiomes : La solidité des planchers de portée égale est en raison double de la hauteur des solives, en raison directe de leur largeur et, en raison inverse de leur écartement.

Quand un plancher est appelé à supporter de très-lourdes charges et que les poutres ordinaires ne suffisent pas, on emploie des poutres armées ; elles se composent de plusieurs pièces de bois diversement assemblées entre elles, mais de manière à former toujours un tout solide et présentant une trèsgrande résistance.

11 y a diverses dispositions en usage, nous donnons les meilleures.

Fig. 48. — Poutre armée.

Fig. 49. — Poutre assemblée à trait de Jupiter. (Elévation.)

La première [fi g. 48) consiste à refendre en deux parties un tronc d’arbre,

de les retourner dos à dos et de les réunir par des boulons.

La seconde à scier des pièces de

7 i . vaH,,, H ■ /‘ui i 7 bois d’une manière spéciale et à

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j ; — j.x»L L : j: j.iPli/a-.u ^ les réunir par un assemblage dit à

trait de Jupiter. Notre figure 49 Fig. 50. — Poutre assemblée à trait de Jupiter. , ,, . ..

(Plan.) représente ce système de lace et

notre figure 50 en plan.

Une troisième combinaison (fi g. 51) emploie deux arbalétriers qu’on place entre deux poutres méplates posées sur champ, et qu’un embrève-

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ment réunit en une seule. Les deux pièces sont maintenues parallèles par des tasseaux placés sur les faces des arbalétriers ; des boulons à écrous serrent avec force les deux poutres entre elles et contre les arbalétriers.

Quand les poutres sont fort

lug. 51. — Poutre armée.

longues, les arbalétriers exigeraient une hauteur telle que ceux-ci dépasseraient la poutre dans son milieu. Pour éviter cet inconvénient, une partie des arbalétriers est remplacée dans le milieu de la poutre par une pièce horizontale. Des étriers en fer relient les diverses parties de l’armature; notre figure 52 représente ce système.

Fig. 52. — Poutre armée. Fig. 53. — Assemblage de trois pièces

de bois pour former poutre.

Enfin, on assemble par des boulons trois pièces de bois de différentes dimensions qui ne forment ainsi, qu’une poutre (fig. 53).

On pose en général les solives sur les poutres. Anciennement, on entaillait la poutre de tout ou partie de la hauteur des solives pour faire un assemblage à mi-bois ; aujourd’hui on a reconnu avec raison que cette manière de procéder affaiblissait la poutre et que celle-ci avait moins de force qu’une poutre d’un diamètre moindre qui n’était pas entamée. On se contente pour diminuer l’épaisseur du plancher de pratiquer dans la poutre des encoches dans lesquelles on encastre les solives, c’est encore une pratique vicieuse, car une poutre ainsi entaillée fléchit et se rompt plus facilement qu’une poutre qui n’aurait qu’un diamètre diminué de la hauteur des encoches.

On a reconnu qu’il valait mieux fixer de chaque côté de la poutre, avec des boulons ou des étriers, une lambourde pour supporter les solives. Notre figure 54 montre cette disposition en perspective au n>°y'-ri d’étriers,

et notre figure 44 un plancher 'assemblé de la même manière. Ce mode d’assemblage renforce les poutres au lieu de les affaiblir ; il permet en outre d’employer des solives plus courtes.

On peut encore soutenir chaque solive, par un étrier en fer attaché à la

Fig. 54. — Poutre portant lambourdes

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poutre, mais nous devons ajouter cjue ce système coûte cher, et il a de plus l’inconvénient d’occasionner des tassements, si le fer des étriers, trop faible, vient à fléchir.

Lorsqu’on établit un plancher, on doit laisser le passage des conduits de cheminées et des escaliers, âtres de cheminées ; ces espaces vides se nomment trémies; ils sont formés par la réunion de solives plus fortes qu’on nomme solives d’enchevêtrure ; elles supportent, à environ 1 mètre du mur, quelquefois davantage, les deux extrémités d’une pièce de bois nommée chevêtre.

Parfois l’ouverture à placer dans un plancher se trouve dans l’angle d’une pièce ; dans ce cas, on n’a qu’à poser une solive d’enchevêtrure ; le chevêtre porte d’un côté dans celle-ci et de l'autre dans le mur. Quelquefois on assemble sur les chevêtres des solives plus courtes que les autres, c’est pour cette raison qu’on les nomme boiteuses.

Planchers d’assemblages. — Quand l’écartement des murs est considérable, on ne peut avoir des poutres suffisamment longues et fortes pour traverser les murs, ou bien, si elles ont assez de longueur, elles ne pourraient supporter de lourdes charges sans fléchir dans leur milieu. Dans ce cas, on a

Fig. 55. — Plancher d’assemblage.

Échelle de 0",005 pour mètre.

recours à des planchers d’assemblages. Ils se composent de poutrelles et solives; ces dernières sont assemblées près des points d’appui des poutrelles. La disposition de ces planchers varie, mais on doit toujours éviter dans leur construction d’affaiblir les pièces principales par des mortaises trop rap-

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prochées, il vaut mieux employer des étriers et des armatures en fer. Notre ligure 35 représente un plancher d’assemblage, la pièce où il est appliqué mesure 16 mètres de longueur sur près de II de largeur, on a placé aux quatre angles de la pièce des poutrelles qu'on a reliées à' d’autres qui n’ont plus que 8 mètres sur la longueur et 7 mètres sur la largeur; on a posé ensuite les chevrons comme dans les planchers ordinaires. Les poutrelles longitudinales et transversales sont reliées aux poutrelles d’angle par des étriers et des armatures en fer. L’inspection de notre ligure fera mieux comprendre que toute explication le système général des planchers d’assem-

blages.

Un plancher particulier. — Dans les campagnes et quelquefois dans les villes, un propriétaire loge au-dessus de son écurie, soit qu’il ne puisse faire autrement, soit pour économiser les constructions. 11 doit donc faire un plancher particulier pour se mettre à l’abri des émanations de l’écurie et du bruit du piaffement des chevaux.

Nous recommandons à ceux qui se trouveront dans ce cas le plancher suivant exécuté en 1840 à la chambre des notaires de Paris.

Ce plancher ( fig . 36) est muni d’un douille lattis qui présente deux avantages , celui d’intercepter le

bruit et les émanations de l’é- lH curie. Une simple description suffira pour faire comprendre son mode de construction. En 1 sont figurées les frises du plancher, 2 sont les lambour-

Fisr. 50. — Plancher insonore à douille lattis.

des, 3 l’aire des entrevous qu’on remplit de sciure de bois pour assourdir le plancher, 4 les tasseaux supportant le lattis supérieur, 3 les solives, 6 l’aire inférieure en plâtre, 7 le lattis du plafond qui soutient cette aire et 8 l’enduit.

Planchers en fer. — Aujourd’hui, même dans les campagnes suivant la localité, on pourrait employer des planchers en fer. Voici le mode le plus simple de les construire. On place {fig. 37) des fers à T (3) plus ou moins espacés suivant la hauteur du fer et suivant le poids que les planchers sont appelés à supporter.

L’intervalle entre chaque solive en fer est garni d’entretoises (4) qui supportent* des fers dits carillons, fanions ou côtes de vache (3). — Ce treillis forme une sorte de paillasse qui supporte une charge de plâtre et de garnis. — On pose ensuite les lambourdes sur le fer à T, et on fait le plancher à la manière ordinaire. I, sont les frises, 2 les lambourdes, 6 et 7 les enduits.

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Fig. 57. — Plancher en fer à T.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

Fig. 58. — Plancher en fer avec entrevous apparents.

Quand les entrevous des planchers sont en brique, il n'est pas nécessaire d’employer des fantons et des carillons, et les entretoises peuvent être plus espacées. On établit au-dessous des planchers des planches sur lesquelles on noie des briques creuses dans du plâtre coulé.

Les planchers en fer peuvent rendre des services’ dans les campagnes ;

pour couvrir les écuries ou les caves par exemple, on fait de petites voûtes plates ( fig . 38), qui ont si peu de flèche qu’elles n'atteignent pas la hauteur des solives de 0m, l8, ou de 0ra,22.

Quand on veut laisser les entrevous apparents, il faut faire les joints avec soin, afin de pouvoir rejointoyer convenablement.

Notre figure 38 montre cette disposition de plancher portant ses lambourdes et sa frise, et notre figure 39 le même plancher, mais avec un tirant en fer, avec un écrou à vis reliant les solives entre elles.

Dans les pays où le prix du fer est élevé, on peut remplacer les solives en fer par du bois et, afin de pouvoir construire les entrevous en voûte plate, on

Fig. 59. - Plancher avec tirant en fer cloue au bas et de chaque côté des soenlre les fers à T. , , , , . ... , , ,

lives, des lambourdes taillées en échan-

tignolles qui reçoivent les briques. Notre figure 60 montre cette disposition.

Nous avons vu plus haut (pag. 69) qu’on utilise les poutres en bois pour le

chaînage des murs ; on fait de même avec les solives en fer.

Le procédé le plus simple consiste (fig. 61) à fixer à l’extrémité de la solive. un œil en fer au moyen de deux écrous, dans lequel œil on fait passer l’ancre, qui est noyée

Fig. 60 — Lambourdes taillées en échantignolles pour entrevous.

dans la maçonnerie, on mieux dans une pierre formant parpaing.

Pour donner plus de fixité et de rigidité aux solives en fer faisant poitrail au-dessus de grandes baies, on les arme d’ancre D (fig. 62), qu’on encastre dans les pieds-droits ou dans les jambes étrières A.

Quelquefois on se contente d’ancrer dans les murs les extrémités des deux

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solives, tandis que les deux autres sont reliées par un simple lien ou armature avec quatre écrous (fig. 63).

Poutre mixte. — Pour donner une plus grande force de résistance à une poutre refendue, on insère dans son milieu une solive en fer qui a une légère flèche sur la partie portante. Quelquefois on flanque les deux côtés

d’une poutre en bois de deux fers à T qu’on boulonne avec elle. Ce système constitue une excellente poutre.

Dans d’autres cas aussi, on se contente de réunir par des brides étresil-

lonnées deux fers à T; on pose ordinairement au-dessus des fers et des so lives faisant poitrails, trois ou quatre rangs de briques.

Nous terminerons ce que nous avions à dire sur les planchers en fer en donnant un tableau qui permet de déterminer à première vue la hauteur des fers à double T en fonction des charges les plus usuelles par mètre carré de plancher.

'fers du commerce.

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