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ESCALIERS

Les escaliers se construisent de différentes manières. Ils sont à rampe droite ou circulaire ; mais les plus commodes sans contredit, surtout pour les bâtiments ruraux, sont les escaliers droits. Ils permettent en effet à des hommes chargés de lourds fardeaux de monter et de descendre les étages sans s’exposer à broncher et par suite à des dangers plus ou moins graves.

Il faut apporter beaucoup de soin pour la conception et l’exécution des escaliers. De leur bonne construction dépendent la sécurité et les commodités de l’habitant de la maison.

Les escaliers s’exécutent en bois, en pierre, en fer, etc. ; mais quels que soient les matériaux employés, il existe des principes généraux qu’on doit toujours appliquer. Ainsi il est d’usage de proportionner les escaliers de façon que la hauteur de la contre-marche ajoutée à la largeur de la marche ou giron fassent ensemble 0m, 48. Un bel escalier ordinaire par exemple, aOin,32 de giron et 16 de contre-marche, ou bien, 30 de marche sur 18 de contremarche. De ce que nous venons de dire il ne s’ensuit pas qu’on soit obligé de rendre un escalier dangereux en faisant de hautes contre-marches et des girons étroits. Il faut toujours que le pied de l’homme puisse poser en entier sur le degré.

Un deuxième principe, c’est que la hauteur doit invariablement être la même pour toutes les marches d’un même escalier.

Enfin, même pour les escaliers de service, les contre-marches ne doivent pas avoir plus de 0m,19 de hauteur, sans cela, surtout pour la descente, les escaliers deviennent de véritables casse-cou, car la jambe d’un homme de taille ordinaire ne conserve plus assez de force d’équilibre et peut ployer sous le poids du corps ; a fortiori, si un homme est d’une forte corpulence, il ne peut sans danger s’exposer à descendre des degrés de plus de 0m,19 de hauteur; encore ne doit-on donner cette dimension qu’autant qu’une place restreinte ne permet pas de faire autrement.

Souvent, pour économiser le terrain et par suite les dépenses de construction, on1; fait dans les campagnes des escaliers excessivement étroits. C’est une économie mal entendue, car en admettant même que les étages supérieurs de l'habitation ne soient pas destinés à emmagasiner des grains, il est cor-

yo

tain que l’escalier devra toujours donner passage à des fardeaux plus ou moins volumineux, aussi nous conseillons de ne jamais donner moins de 1 mètre à lm,0o de largeur aux marches.

Après ces généralités sur les escaliers, étudions les éléments dont ils se composent. 1° Un limon, pièce de bois rampante, soutient la marche du côté opposé au mur. Les escaliers ont quelquefois un faux-limon, qui consiste en une pièce de bois rampante, mais contre le mur, ou le vide d’une baie de ce môme côté. Le faux-limon reçoit le bout des marches comme le limon ; souvent le faux-limon est à crémaillère, tandis que le limon porte des entailles; si cependant ce dernier est coupé par-dessus en crémaillère, la marche doit entrer dans une entaille pratiquée au bas de la partie verticale

Fig. 91. — Marche.

Fig. 92. — Contremarche.

de cette crémaillère. 2° Les marches nommées aussi pas, degrés, sont des planches horizontales qui reçoivent le pied de l'homme et servent à monter ou descendre (fig. 91). 3° Les contre-marches sont des pièces de bois verticales, qui font le devant de la marche et qui empêchent le pied de s’introduire entre deux marches {fig. 92).

Les escaliers rudimentaires n’ont pas de contre-marches : on les appelle échelle de meunier, mais même dans ce genre d’escalier il est bon de faire un revêtement quelconque, arrasé au droit des limons et qui suit leur inclinaison afin d’éviter des accidents; car en montant dans ces échelles si le pied vient à glisser on peut se casser la jambe ou les reins, en tombant à la renverse.

Les marches et contre-marches sont assemblées à rainure et à languette {fig. 93).

Les marches d’un escalier peuvent être massives on faites en planches.

Dans le premier cas, chaque marche est taillée dans la masse du bois et profilée selon la disposition adoptée pour l’escalier, ce mode n’est guère exécuté qu’en pierre. Dans le second cas , les marches sont simplement

Fig. 93.— Assomhlage d’une m irctie et de sa contre-marche.

{fig. 93).

Outre les limons, les marches et les contre-marches ; les escaliers possèdent ordinairement un palier, sorte de grande marche, c'est un repos qu’on met à chaque révolution de l’escalier,

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX

ou à chaque volée. On nomme rampe ou voice d'escalier une suite de marches placée entre un palier ou un départ et le palier suivant.

Il existe cependant des escaliers d’une seule volée, mais ils ne s’appliquent qu’à un seul étage. Les volées sont généralement composées d’un nombre impair de marches, treize le plus souvent et quelquefois vingt et une. On ne doit pas dépasser ce nombre, car ce serait très-fatigant pour les personnes de monter sans rencontrer un palier ou repos. L’enceinte dans laquelle se place un escalier se nomme cage , et les murs dans lesquels les marches sont encastrées, murs d'èchiffre.

Quand on veut faire le tracé d’un escalier, il faut avant tout prendre la hauteur à franchir, qu’on divise en marches de 0,16 ou 0,18. On obtient ainsi le nombre de marches. On multiplie ce chiffre diminué d’une unité par la largeur que l’on veut donner à la marche ou giron, et l’on a le développement de l’escalier.

Ainsi pour franchir une distance de 3m,60, il faudrait vingt marches de 0m,18; si maintenant on donne à ces marches 0m,30 de giron, l’escalier aura une étendue de 20 — 1 X 0m,30 = 5m,70.

Quand l’escalier est droit, rien n’est plus facile à tracer, mais s’il est tournant la longueur doit être calculée sur une ligne passant par l’axe transversal des marches, ce qui donne la moyenne de leur développement. Soit a a' cette ligne (fi g. 94). L’axe des marches tournantes ne doit pas passer par le centre de la courbe comme c’est indiqué du côté a, mais le prolongement de ces marches doit se trouver sur

la ligne d’axe comme a’. Les dernières marches, en effet, sont bien moins dangereuses puisque les girons près des quartiers tournants sont plus larges que de l’autre bout.

Nous dirons que chaque fois qu’on peut éviter d’établir un escalier circulaire ou, à quartier tournant on doit le faire, surtout si cet escalier doit servir à monter de

Plan d’un escalier tournanl.

Fie

95 et 96. — Échelle de meunier.

a tenons de la marche.

lourds fardeaux. Il vaut toujours mieux faire des escaliers droits d’une seule volée, ou à palier.

Nous donnons ci-après plusieurs types d’escaliers en commençant par le

92 TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

plus simple, l'échelle de meunier. Ce genre d’escalier {fig. 95) est très-économique ; il se construit en chêne ou en sapin.

Chaque marche est formée d’une planche assemblée à tenon et à queue d’aronde avec entaille dans les limons. Notre croquis a (fig. 96) montre distinctement les tenons de la marche.

Comme nous l’avons déjà dit, l’échelle de meunier n’est employée que

pour les escaliers d’une seule volée, qui vont du rez-dechaussée au premier; mais on comprend qu’en ajoutant d’autres échelles à chaque palier, on ferait ainsi un escalier droit à une seule volée comme le représente notre figure 97 en plan et 98 en coupe ; celle-ci est faite sur la ligne ab.

La cage d’un tel escalier occupe 10 mètres carrés de superficie, soit 2 mètres de largeur sur 5 mètres de longueur.

Les escaliers à deux paliers sont plus usités et plus commodes que ceux à un seul palier, mais ils ont l’inconvénient d’exiger un peu plus d'espace et de dépense. L’établissement de ces paliers à mi-étage oblige aussi à sceller dans le mur des barres de fer, dites bascules, ainsi nommées parce que, posées en croix, l’une de ces barres est scellée par ses deux bouts dans le mur, tandis que l’autre, qui lui est superposée, tient par l’une de ses extrémités dans le mur, et par l’autre dans le limon qu’elle tient soulevé.

Les escaliers à plusieurs paliers laissent entre les limons un jour qui permet de monter des fardeaux à l’aide d’une poulie solidement attachée au plafond, dans l’axe de la cage. On peut aussi profiter de ce vide pour y installer un ascenseur ou, un monte-charge; ce qui peut être très-commode et très-utile dans les grands bâtiments, dont on utilise les combles comme greniers ou magasins.

Notre figure 99 montre le plan d’un escalier à plusieurs paliers a, b, c ; sont les marches; d, les bascules posées sous les paliers. La cage [fig. 100)

Fig. 98. — Élévation d’un escalier droit. Échelle de 0m,01 pour mètre.

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX. 93

mesure 3 mètres sur 4m,50 soit 1 3m, 50 de superficie; la coupe est faite sur la ligne ecl.

On peut aussi construire des escaliers mixtes, c’est-à-dire qu'une partie est tournante comme dans notre figure 94 et l’autre est droite comme dans nos figures 9“ et 99. On doit autant que possible éviter ce genre de construction dans les campagnes, de même que les escaliers circulaires, en colimaçon, à chandelle, ou en spirale ; car nous ne craignons pas de le redire, il peut, dans de pareils escaliers, survenir de graves accidents aux hommes chargés de fardeaux qui montent ou descendent ces marches d’inégale largeur.

Quelle que soit la forme d’escalier adoptée dans une construction, qu’il soit en hois de chêne ou de sapin, peu importe, on doit toujours le faire porter à son départ sur une ou deux marches en pierres massives.

Ces marches , appelées marches pa Hères, servent à caler l’escalier et à isoler le hois de l’humidité, qui règne trop souvent dans les rez-dechaussée.

Chaque palier a sa marche palière ; c’est sur celle-ci que se posent la contremarche et FiS- 100-,~ élévation d'un escalier à palier.

, , , ., Échelle de 0",0i pour mètre,

le limon de la première

marche de chaque révolution d’escalier, conduisant à un étage supérieur; mais on doit éviter de faire porter celle-ci sur les solives de remplissage qui formeront le plancher, elles doivent porter sur une solive faisant partie du limon.

Des cintres. — Les cintres sont des ouvrages en charpente destinés à soutenir la maçonnerie des arcs et des voûtes pendant leur construction, jusqu’à ce que la prise du mortier leur ait fourni le moyen de se tenir seuls. Le but des cintres est donc de maintenir fixes les voussoirs après leur pose

TRAITE DES COA'STRUCTIOAS RURALES

jusqu’à ce que l'arc ou la voûte qu’ils doivent former puissent être abandonnés à eux-mêmes.

On comprend dès lors que les cintres soient de forme et d'importance diverses, suivant l'usage auquel ils sont destinés ; mais dans tous les cas, ils doivent être construits avec précision et solidité.

Les cintres destinés à l'exécution des voûtes sont donc de véritables fermes de comble, avec cette différence, que celles-ci sont faites à demeure, tandis que la durée des cintres n’est que temporaire.

Pour les baies ou les voûtes de petites dimensions, leur construction est très-simple, on prend le plus souvent deux ou trois planches de 0m,034 à 0m,054 d'épaisseur ; on scie l'un de leurs côtés suivant la courbe de l'intrados de la voûte à ériger. On pose ces planches sur champ ; on les cheville, ou on les fixe par des traverses, des tasseaux ou des étrésillons. Les cintres sont ensuite maintenus à la hauteur nécessaire par des potelets droits ou inclinés suivant le système de charpente

Fig. 101. -Cintre pourvoùtes , , ,

légères. aûopie.

Échelle de om,oi pour mètre. Xous donnons figure 101 un système de cintre des plus simples employé le plus fréquemment dans la construction des voûtes légères ; mais pour des voûtes plus considérables, il faut employer des cintres plus forts, tels que celui qui est figuré sur notre croquis 102. L’entrait a est soutenu par deux jambes de force b, b, et trois poteaux c, c, c. En outre ce cintre a un poinçon d, deux fiches e, e, des pièces courbes f destinées à recevoir les madriers ou couches sur lesquels repose immédiatement la maçonnerie. Tout l’ensemble de cette charpente repose sur une sablière h.

L'entrait est toujours placé à la hauteur de la naissance de la voûte.

Enfin quand une voûte atteint de plus vastes proportions encore, au lieu de deux fiches, on ajoute des contrefiches (fig. 103); si la construction à ériger est une série d’arcades, on emploie des cintres avec arbalétriers.

Dans la figure 103, a a, a sont les poteaux, b l’entrait, c le poinçon, d, d les fiches, e c les contrefiches, /’, / les pièces de bois cintrées faisant office d’ar-

Fig. 10?. — Cintre pour grandes voûtes.

Échelle de 0”,01 pour mètre.

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX

balétriers, g, g les madriers ; enfin notre figure possède un véritable arbalétrier qui supporte des fiches et des contrefiches.

Ce genre de cintre avec quelques modifications sert pour la construction des voûtes dites en anse cle panier. Dans ce cas, entre les poteaux, on doit mettre sous l’entrait et de chaque côté des jambes de force occupant la position indiquée par nos lignes ponctuées.

Fig. 103. — Cintre pour très-grandes voûtes.

Fig 104. — Cintre en planche clouées et chevillées.

Échelle de 0m,01 pour mètre.

On fait aussi des cintres avec des planches clouées et chevillées ensemble comme le montre notre figure 104 en plan et en élévation ; mais ce genre de cintre ne peut être utilisé que dans la construction de voûtes légères.

Pour résumer ce que nous avons dit sur les cintres, nous ajouterons : 1° qu’il faut qu’ils aient une force suffisante pour éviter tout tassement; 2° qu’il faut ménager les moyens de décintrer sans crainte d’accident; 3° qu’on doit s’efforcer d’y employer la moindre quantité de bois possible; 4° qu’on peut presque toujours employer à leur construction des vieux bois, pourvu qu’ils soient sains.

DES ÉTAYEMENTS.

On nomme ainsi une combinaison de plusieurs pièces de bois qui sert à appuyer un mur qui menace ruine, ou à soutenir dans son état normal une construction qu’on veut reprendre en sous-œuvre pour y apporter des modifications. On se sert d’étayements quand on veut pratiquer dans un mur une ouverture quelconque, et supprimer un trumeau qui se trouve au rezde-chaussée. Il faut dans ce cas, étrésillonner les baies des étages supérieurs en posant des plates-formes le long du jambage avec des étrésillons entravers, inclinés en sens contraire. On soutient la partie supérieure du trumeau conservée par un poitrail que l’on pose sur les jambages des croisées du rez-de-chaussée.

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Nos figures 103 et 106 montrent de face et de profil un genre d’étais nommé chevalement, qui est composé d’étais inclinés en sens contraire. Ils soutiennent de fortes pièces de bois qui traversent le mur. On peut ainsi supprimer une partie de la maçonnerie et passer un filet ou poitrail. Les étais inclinés qui forment chevalement sont arrêtés à leur pied par des broches en fer plantées dans le couchis et par le haut dans la pièce qui traverse le mur, au moyen d’entailles pratiquées dans le haut des étais.

Fig. 105. — Chevalement (vu de face). Fig. 100 — Chevalement (vu de profil).

Echelle de 0m,005 pour mètre.

Quand on refait un mur de face ou de refend, on est aussi obligé d’étayer tous les planchers. On pose sur le sol des sablières d’équerre sur les solives ou ce qui vaut mieux, en travers ; c’est sur ces sablières qu’on place des étais, dont le pied coupé en biseau et roidi par un coin est chassé à la pince.

On étaye aussi les terres d’une tranchée, car dans les terrains mouvants il est à craindre que l’éboulement des terres n’écrase, ou tout au moins ne blesse les terrassiers.

Pour parer à ce danger, on emploie un étayement oblique, qu’on pose par petites parties au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la fouille. On commence à poser horizontalement contre les parois de la tranchée des couchis de planches, sur lesquels on pose verticalement d’autres couchis qu’on étrésillonne alternativement, en sens contraire.

Quand les tranchées sont fort larges et qu’on ne peut étrésillonner, on pose obliquement des pièces de bois, qui sont retenues à leur partie supérieure par de forts clous ; ce qui empêche le glissement.

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